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 Augusto Roa Bastos [Paraguay]

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Bédoulène
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MessageSujet: Augusto Roa Bastos [Paraguay]   Ven 22 Aoû 2014 - 22:04



Augusto Roa Bastos (né le 13 juin 1917 à Asuncion au Paraguay - mort le 26 avril 2005) est un écrivain paraguayen du xxe siècle.
Il passa son enfance à Iturbe, un petit village bilingue isolé, à soixante kilomètres de la capitale, où son père, ex séminariste, fut ouvrier puis employé administratif d'une raffinerie de canne-à-sucre. Ensuite, dès l'âge de 15 ans, il participa à la guerre du Chaco (1932-1935) entre le Paraguay et la Bolivie en tant qu'infirmier volontaire, il était encore lycéen à l'époque et il ne finira jamais d'ailleurs ses études secondaires...

Ce qui ne l'empêcha pas d'écrire une pièce de théâtre La carcajada, avec sa mère, dès l'âge de 15 ans, qu'ils représentèrent de façon itinérante dans cette région du Guairá, et les fonds récoltés servirent à soutenir les veuves et les blessés de guerre. Ensuite, en cette même année fatidique pour son pays, de 1932, il écrivit, seul, un conte extraordinaire, Lucha hasta el alba, qui contient en germes une grande partie de son œuvre future...

(source wikipedia)


Fils d’Homme

Ce récit est celui de la vie d’hommes et de femmes  du Peuple vivant dans deux villages d’une même contrée au Paraguay  et dont les destins vont s’entrecroiser sur plusieurs décennies  dans les révoltes et les guerres.

Le narrateur, habitant lui aussi d’Itapé qui conte l’histoire dont il est le témoin et l’un des participants en tant que militaire, fasciné qu’il a été enfant par les vêtements rutilants.

Itapé : Les habitants d’Itapé ont adopté comme Fils de Dieu, la sculpture  en bois d’un Christ lépreux sorti des mains d’un musicien – Gaspar Mora -  qui le fit à son image et le laissa pour le remplacer quand il mourut de sa maladie. «  C’est son Fils il l’a laissé pour le remplacer dit Macario » C’est le Fils d’Homme !

Maria Rosa  aimera Gaspar jusqu’après sa mort jusqu’à la folie,  offrant sa belle chevelure au Christ lépreux.

Rancho



Sapukai : Ville tragique née l’année de la comète qui balaya la Terre de sa queue de feu, où la révolte agraire fut écrasée coûtant la mort des rebelles, trahis par le télégraphiste du village, et de la population. Les stigmates de la gare,  d’où devait partir le train des révoltés et qui  fut bombardée, ne s’aplanirent qu’au bout de plusieurs années. La conservation du  seul wagon encore debout devint pour Casiano,  évadé de la plantation où lui et sa femme Nati travaillaient comme des esclaves, le but de sa vie. Cette obsession, engendra chez leur Fils une volonté d’accomplir ce qu’il devait, que ce soit un nouveau soulèvement ou la guerre où s’engagea sa Patrie.

« Car maintenant il ne restait plus qu’à avancer, avancer toujours, avancer coûte que coûte à travers la jungle, le désert, les éléments déchaînés, la tête morte d’un ami, à travers ce trémolo où la vie et la mort se rejoignaient sur une ligne indéfinissable. C’était ça le destin. Et que pouvait donc être le destin pour un homme comme Cristobal Jara, si ce n’est de conduire son obsession comme un esclave, sur un étroit sentier de la jungle ou sur la plaine infinie, emplie de la sauvage odeur de la liberté ? »

Dans cette ville était arrivé un étranger qu’un jour la population du village découvrit comme étant médecin. Il vivait dans un rancho dans la forêt, s’occupa des lépreux, sauva plusieurs personnes dont Maria Regalada qui lui voua un amour et une reconnaissance inébranlable qui la conduisit,  alors que le docteur les avait tous abandonnés à s’occuper elle-même des lépreux et de son chien fidèle, alors même qu’il l’avait violée.

« Le chien ramasse l’ayaka entre les dents et s’en retourne par le chemin, résigné à tout, aux coups de pieds du tenancier, aux crottes de boue qu’un gamin lui jette avec sa fronde pour exercer son adresse, ou aux serpents et crapauds morts que d’autres lui mettent furtivememnt dans le panier. Lui, il ne s’en rend même pas compte, occupé à sa trace. Il ne sait même plus aboyer. Rien que ce hurlement ténu qui lui sort encore de la gorge certaines nuits, au dernier quartier de la lune, avant de s’endormir roulé en boule contre la porte de la cabane vide.
La Maria Regalada l’attend toujours au croisement du chemin du cimetière pour l’aider pour adoucir les abus".


Les militaires qui étaient punis pour insubordination, conspiration  et les civils  emprisonnés pour soulèvement furent eux aussi mobilisés quand la guerre éclata entre le Paraguay et la Bolivie.  Parce que toute chair est bonne pour la guerre.  

« Près de mon abri git mon adjudant, les lèvres retroussées et bleues dans le dernier visage. Il me tend encore le pot de fer-blanc entre les clavettes de ses doigts, me montrant les dents pleines de terre. Les mouches vertes entrent et sortent par ses fosses nasales. De temps en temps il s’en détache une et elle fait une rapide virée de reconnaissance sur moi, pour voir si je suis déjà mur. J’ai comme l’impression que ma lenteur et ma résistance l’énervent. »

Le destin du narrateur Miguel n’est pas meilleur, considéré dans l’armée comme conspirateur et par la population de Sapukai de traitre, il ne parvient pas à contrôler sa vie tiraillé par sa position et par le sentiment que lui inspire les « révoltés », ces  hommes du peuple.

« Je pense aux autres êtres comme eux, dégradés jusqu’à l’extrême limite de leur condition comme si l’homme qui souffre, l’homme humilié, était toujours et partout le seul être fatalement immortel.
Il doit bien y avoir une issue à ce monstrueux contresens de l’homme crucifié par l’homme. Parce que sinon il faudrait penser que la race humaine est maudite à jamais, que ceci c’est l’enfer et que nous ne pouvons espérer de salut.
Il doit y avoir une issue, parce que sinon……. »


Il est important de lire la préface de l’auteur et la note de la traductrice.  Ouvrir un fil au nom de cet écrivain m’apparait évident.

L’écriture de l’auteur porte toutes les traces de l’histoire de son pays, il a participé à la guerre contre la Bolivie et les descriptions dans son livre sont des plus réalistes.  A travers la mémoire du personnage Macario  est rappelé que ce pays a subi plusieurs  dictatures, cause notamment  de deux soulèvements agraires, malheureusement écrasés par les troupes présidentielles.
Le fait qu'à certains moments les personnages s'expriment dans leur langue le guarani apporte du poids quant aux liens qui les unissent.
Il y a de belles figures de Femmes dans ce récit, femmes compagnes mais aussi "compagnonnes"

C’est une très bonne lecture et ce livre étant le premier d’une trilogie je continuerai donc ma connaissance de cet auteur.

L’un des camions porteur d’eau dans cette région où, en absence,  cet élément était l’un des plus cruels ennemis.



la route poussièreuse qui étouffait les combattants


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Dernière édition par Bédoulène le Ven 22 Aoû 2014 - 22:36, édité 2 fois
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Marko
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MessageSujet: Re: Augusto Roa Bastos [Paraguay]   Ven 22 Aoû 2014 - 22:28

Ton commentaire est très instructif et donne envie d'aller voir de plus près.

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Augusto Roa Bastos [Paraguay]   Ven 22 Aoû 2014 - 22:38

Oui Marko ce serait bien que tu le lises, je suis sur que tu y trouverais bien plus !

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MessageSujet: Re: Augusto Roa Bastos [Paraguay]   Ven 22 Aoû 2014 - 23:57

Roa Bastos a aussi écrit Moi, le Suprême, un très bon roman sur un dictateur. On suit la vie du dictateur - Francia. Roa Bastos nous donne plusieurs sources sur le dictateur, dont les propres écrits de Francia, qui croit, bien sûr, qu'il a fait un très bon travail, en gardant son pays isolé des influences dangereuses de l'extérieur. Francia était, en effet dictateur du Paraguay au XIXème siècle.
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MessageSujet: Re: Augusto Roa Bastos [Paraguay]   Sam 23 Aoû 2014 - 7:46

effectivement c'est le 2ème livre de la trilogie, le 3ème étant "le procureur général"


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MessageSujet: Re: Augusto Roa Bastos [Paraguay]   Sam 23 Aoû 2014 - 9:19

C'est romancé ou c'est un vrai récit?
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Augusto Roa Bastos [Paraguay]   Sam 23 Aoû 2014 - 9:29

non c'est romancé, mais certains personnages évoqués au passage ont bien existé et les lieux de la guerre, notamment le siège de Boqueron. J'aime bien me renseigner sur le pays et les lieux cités pour connaître la réalité des évènements, je trouve que cela me permet d'entrer plus facilement dans la lecture.


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MessageSujet: Re: Augusto Roa Bastos [Paraguay]   Sam 23 Aoû 2014 - 9:31

C'est toujours bien les romans qui s'ancrent vraiment dans la réalité.
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Avadoro
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MessageSujet: Re: Augusto Roa Bastos [Paraguay]   Sam 23 Avr 2016 - 22:54

Fils d'homme

Merci Bédoulène pour cette très belle découverte !
Le roman est d'abord intimidant dans sa structure, avec des chapitres qui retracent des morceaux entiers de l'histoire contemporaine du Paraguay. Roa Bastos ne s'embarrasse pourtant pas d'un contexte et choisit d'évoquer un flot de sensations : l'écriture, poétique et flamboyante, représente alors un tourbillon fascinant dans sa fièvre et ses excès.

Des conflits, des batailles sont les reflets d'une époque tourmentée mais Roa Bastos oppose à une réalité souvent destructrice une effervescence créative : ce sont des souvenirs d'enfance, des images figées, des moments d'état de grâce qui révèlent la force d'une humanité à la recherche d'un avenir. A travers l'évocation d'un monde rural, Roa Bastos valorise une humilité, une capacité de résistance...les blessures accumulées deviennent des motifs de fierté pour préserver un mode de vie, un héritage, des traditions. Fils d'homme exprime ainsi la portée d'une mémoire collective, qui s'enrichit grâce à une persévérance et une obstination.
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MessageSujet: Re: Augusto Roa Bastos [Paraguay]   Sam 23 Avr 2016 - 23:25

ça me fait plaisir que tu l'ai lu et apprécié.

Merci pour ton commentaire qui rend justice à ce livre.

Il faudra que je lise les 2 autres livres d'ailleurs

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Avadoro
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MessageSujet: Re: Augusto Roa Bastos [Paraguay]   Ven 13 Mai 2016 - 23:56

Moi, le Suprême

Ce roman plonge le lecteur dans l'intimité et le flux des pensées de José Gaspar de Francia, "dictateur suprême" du Paraguay entre 1814 et 1840, alors que le pays vient d'obtenir son indépendance de l'Espagne. Le style est extrêmement dense et Roa Bastos refuse une linéarité : il rassemble des dialogues entre Francia et son secrétaire Patino, des monologues, des documents historiques et extraits de discours....Moi, le Suprême est en conséquence moins accessible que Fils d'homme, mais les thèmes abordés restent passionnants.

Roa Bastos s'empare en effet d'une figure historique incontournable pour saisir des tensions, des contradictions, des fêlures. Il valorise la culture politique de Francia, son attachement aux Lumières et à la Révolution Française pour justifier l'héritage d'un despotisme éclairé, tout en accentuant les dérives presque absurdes d'un culte de la personnalité. Le dictateur croit ainsi contrôler par un torrent de mots son image, son destin jusqu'à se confondre avec son pays.
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Augusto Roa Bastos [Paraguay]   Sam 14 Mai 2016 - 7:15

merci pour ton commentaire Avadoro, je le lirai un de ces jours il est en médiathèque.

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