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 Philippe Delerm

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kenavo
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MessageSujet: Re: Philippe Delerm   Ven 24 Juil 2009 - 11:50

Ce livre devrait plutôt plaire aux amateurs du peintre Vilhelm Hammershoi, mais je veux quand même aussi mettre un petit message sur le fil de l'auteur Wink


Intérieur
Citation :
Présentation de l'éditeur
"LA LETTRE, comme un souffle d'ailleurs. On l'accueille avec une feinte désinvolture - tendre la main vers une lettre fait partie des gestes apparemment paisibles du rituel intime. Pourtant, les meubles et les murs changent soudain de nature. Même la cafetière, même ce peu de sucre fondu au fond de la tasse, même l'odeur éparse du café n'y peuvent rien - une lettre à la main, la maison se fait port, et l'on devient navire à quai."
Philippe Delerm rentre ici dans l'intimité d'un des plus grands peintres danois qui le touche particulièrement : Vilhelm Hammershoi (1864-1916). En observateur zélé, nanti de cette acuité tout animale, il s'immisce dans les toiles du peintre pour mieux nous raconter ce qu'il a vu et qui nous aura échappé. Déambulant dans cet intérieur - celui de la propre maison du peintre -, dans une demi-lumière qui préserve le secret, Philippe Delerm nous offre ici un texte qui réussit le tour de force de nous réapprendre ,à observer, éclaircissant la palette de ce peintre de l'intime, que d'aucuns qualifient comme le Vermeer danois.

extrait de ce livre à lire ici

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Sénèque
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coline
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MessageSujet: Re: Philippe Delerm   Ven 24 Juil 2009 - 17:22

J'aime bien, moi aussi, un petit Delerm de temps à autres... content
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kenavo
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MessageSujet: Re: Philippe Delerm   Ven 24 Juil 2009 - 17:37

coline a écrit:
J'aime bien, moi aussi, un petit Delerm de temps à autres... content
Delerm, certes.. mais ici c'est un peu différent que dans ses autres livres - c'est le peintre qui est au centre.. il lui "prête" des mots pour nous 'parler' de ses tableaux..
oui, c'est toujours Delerm.. mais je le ressens autre.. il se met derrière l'effet que les peintures ont d'abord sur le 'lecteur'.. et par après viennent seulement les mots.. très beau.. très calme.. un pur bonheur Very Happy

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coline
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MessageSujet: Re: Philippe Delerm   Ven 24 Juil 2009 - 17:55

kenavo a écrit:
coline a écrit:
J'aime bien, moi aussi, un petit Delerm de temps à autres... content
Delerm, certes.. mais ici c'est un peu différent que dans ses autres livres - c'est le peintre qui est au centre.. il lui "prête" des mots pour nous 'parler' de ses tableaux..

Un peu comme ICI... content


Folon
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MessageSujet: Re: Philippe Delerm   Dim 6 Déc 2009 - 23:31

Je suis en train de lire son recueil La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules. J’adore…Il choisit des petites choses toutes simples auxquelles il donne des descriptions magiques ; il est difficile d’expliquer comment il fait ça ! Il a un langage proustien si j’ose dire… Dans beaucoup de passages des romans de Proust, on voit le narrateur rêvait en contemplant de petites choses que son regard pénétrait, en sombrant ainsi dans de lointaines pensées, décrivant minutieusement tout ce qu’il voyait, et ce qu’il en pressentait…
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moinonplus
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MessageSujet: Re: Philippe Delerm   Ven 22 Jan 2010 - 12:07

Citation :
On pourrait presque manger dehors
C'est le " presque " qui compte, et le conditionnel. Sur le coup, ça semble une folie. On est tout juste au début de mars, la semaine n'a été que pluie, vent et giboulées. Et puis voilà. Depuis le matin, le soleil est venu avec une intensité mate, une force tranquille. Le repas de midi est prêt, la table mise. Mais même à l'intérieur, tout est changé. La fenêtre entrouverte, la rumeur du dehors, quelque chose de léger qui flotte. "On pourrait presque manger dehors." La phrase vient toujours au même instant. juste avant de passer à table, quand il semble qu'il est trop tard pour bousculer le temps, quand les crudités sont déjà posées sur la nappe. Trop tard? L'avenir sera ce que vous en ferez. La folie vous poussera peut-être à vous précipiter dehors, à passer un coup de chiffon fiévreux sur la table de jardin, à proposer des Pull-overs, à canaliser l'aide que chacun déploie avec un enjouement maladroit, des déplacements contradictoires. Ou bien vous vous résignerez à déjeuner au chaud - les chaises sont bien trop mouillées, l'herbe si haute...
Mais peu importe. Ce qui compte, c'est le moment de la petite phrase On pourrait presque... C'est bon, la vie au conditionnel, comme autrefois, dans les jeux enfantins : "On aurait dit que tu serais..." Une vie inventée, qui prend à contre-pied les certitudes. Une vie presque à portée de la main, cette fraîcheur. Une fantaisie modeste, vouée à la dégustation transposée des rites domestiques. Un petit vent de folie sage qui change tout sans rien changer...
Parfois, on dit: "On aurait presque pu..." Là, c'est la phrase triste des adultes qui n'ont gardé en équilibre sur la boîte de Pandore que la nostalgie. Mais il y a des jours où l'on cueille le jour au moment flottant des possibles, au moment fragile d'une hésitation honnête, sans orienter à l'avance le fléau de la balance. Il y a des jours où l'on pourrait presque.
Philippe Delerm :
La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules
Éditions Gallimard, 1997.

Cet extrait m’a paru particulièrement délicieux, avec un parfum subtil, plein de fraîcheur, qui ramène des souvenirs, et crée en nous une nostalgie pour un passé où l’on a souvent « presque » fait ou dit ce qui aurait pu changer le cours d’un instant, une journée, ou même de toute une vie…
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coline
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MessageSujet: Re: Philippe Delerm   Ven 22 Jan 2010 - 16:17

moinonplus a écrit:
Je suis en train de lire son recueil La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules. J’adore…Il choisit des petites choses toutes simples auxquelles il donne des descriptions magiques ; il est difficile d’expliquer comment il fait ça ! …

Delerm est à lire à doses homéopathiques qui font un bien fou...Rn abuser peut menacer d'indigestion ...Je dis cela parce que j'aime bien le lire quelquefois... content
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Philippe Delerm   Ven 22 Jan 2010 - 16:25

Je tenterai ce livre pour faire connaissance avec cet auteur.

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Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour soi est un esclave. » Friedrich Nietzsche
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moinonplus
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MessageSujet: Re: Philippe Delerm   Dim 21 Mar 2010 - 16:35

Un été pour mémoire, quelque chose de magique accompagné de la douceur champêtre. Simplicité des mots, la mélodie que jouent les souvenirs, tout est un rêve dans une réalité…on le lit, et l’imagination nous emmène vers des tableaux sublimes, qu’on croit voir tant tout est détaillé et si bien reproduit…Les petits détails, la description minutieuse, le jeu de la mémoire…Un style qui se veut harmonie, une écriture qui berce et qui enchante l’esprit.[/size]
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MessageSujet: Re: Philippe Delerm   Sam 13 Nov 2010 - 17:31

Le fait de ne pas avoir accès à des bibliothèques ou à des amis prêteurs de livres m’oblige assez souvent à relire, voire à re-re-relire mes bouquins. C’est d’ailleurs très bien, combien de fois je me rends compte que je n’avais pas lu tel livre au bon moment. Et c’est le cas pour Traces….Belle harmonie entre les photos et les textes. On se demande qui a commencé ? un texte par Delerm et ensuite la quête de la photo par madame ? Non, je ne crois pas. Je préfère les imaginer mus par la même sensibilité, au fil d’une balade. Mais peut-être suis-je trop idéaliste ?
Parfois, ils nous surprennent…page 24/25, deux photos sans texte….on se dit « tiens, qu’est-ce que c’est ? »et puis, à la page 51, on a le texte.
C’est très beau.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Philippe Delerm   Sam 13 Nov 2010 - 17:41

Dom a écrit:
Traces….Belle harmonie entre les photos et les textes. On se demande qui a commencé ? un texte par Delerm et ensuite la quête de la photo par madame ? Non, je ne crois pas. Je préfère les imaginer mus par la même sensibilité, au fil d’une balade. Mais peut-être suis-je trop idéaliste ?
je ne crois pas.. en tout cas je le vois aussi de cette façon
et Traces est aussi un de mes préférés d'eux Very Happy

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Sénèque
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Steven
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MessageSujet: Re: Philippe Delerm   Dim 19 Déc 2010 - 10:23

Quelque chose en lui Bartelby

C'est un peu hésitant que j'ai ouvert ce livre, restant sur quelques déceptions avec cet auteur. Puis au final, quel bonheur de retrouver la légèreté de Philippe Delerm dans un livre, que dis-je un livre, une errance. Une errance à laquelle nous convie, nous invitant à mettre nos pas dans ceux d'Arnold Spitzweg.
Le crédo de vie d'Arnold ? L'anonymat, la jouissance des choses simples de la vie, permise seulement selon lui, par une solitude complète ! Il a un peu de Bartelby en lui. Bartelby que je ne connaissais que vaguement, comme le titre de la nouvelle de Melville mais dont je ne connaissais pas les caractéristiques : je préfèrerai pas s'exclame-t-il dès que quelque chose menace de transformer son quotidien. Arnold se retrouve dans ce parti pris.
Mais pourtant, sa découverte d'internet et des blogs le pousse à créer son propre blog, www.action.com, à offrir son écriture singulière à des lecteurs. Quantité infime croit-il, mais bientôt, ils sont inombrables, isolant Arnold dans ses certitudes, l'acculant face à une contradiction : s'ouvrir, partager ou rester dans son attitude "Bartelby". Surtout que son écriture plait, qu'un éditeur lui propose de l'éditer....
De ce livre, il reste les errances, les moments fugaces, ceux où Delerm exelle dans la narration. Des très bons moments, de lecture et d'errance, surtout à travers Paris :

Citation :
La chaleur est là. Cela arrive assez souvent à la mi-mai. Arnold le sait pourtant: la première semaine de Roland-Garros, la dernière du mois, sera fraîche et pluvieuse. Le beau temps à Paris est toujours un peu étrange. La réponse des autochtones est immédiate. Tout de suite, dans les quartiers, on voit des caracos, des shorts des tongs, des terrasses bondées, des pelouses de square envahies. L'idée suspendue dans l'air n'est pas tellement qu'il faut en profiter parce que ça ne va pas durer. Plutôt le sentiment d'une espèce d'éternité, vécue dans l'évidence. Sans véritable hâte, mais sans aucun retard. Certains commerçants se sont quand même laissé surprendre. Il fait si chaud ce soir. Manches de chemise retroussées, Monsieur Spitzweg a dérivé jusqu'à l'île Saint-Louis. Surprise : à vingt heures, son glacier italien préféré est déjà fermé. Arnold y a ses rites de beau temps. Un cornet double, tout café. Au début, il jouait avec des associations: café-cerise, café-noisette, ou café-pain d'épices. Ces tentatives l'ont convaincu que trop de raffinement dans le désir finissait par tuer le plaisir. C'est le café qui restait le meilleur.
Alors à prendre tout café, il a désormais l'impression de tenir en filigrane la cerise, la noisette ou le chocolat noir, d'en déguster la saveur sublimée, puisqu'il a su les dédaigner.Le raffinement du glacier italien ne s'arrête pas à la qualité de son parfum café. Les serveuses, robes noires, manches courtes gonflantes, portent une coiffe de tissu qui hésite entre la toque et le béret, avec un petit côté commedia dell'arte du meilleur effet. Elles ne se contentent pas de remplir un cornet. Avec des gestes savants du dos de la main, elles vous dessinent au moyen d'une spatule une fleur de glace, pétale à pétale, sans cesser de plaisanter avec leur voisine dans la langue de Dante. On ne se sent pas exclu pour autant: cela fait partie de la mise en scène.
Arnold s'attendait à trouver le petit attroupement rituel de touristes et d'habitués devant la boutique. Mais avant même de tourner le coin de la rue Le-Regrattier, il a deviné la déception: l'absence de rumeur était un signe sûr, hélas. C'est le premier soir de beau temps. Le commerce va suivre, les chalands l'ont devancé. Monsieur Spitzweg sort un petit Nifias pour se consoler. La fumée lui semble un peu aigre, moins voluptueuse que l'amertume triomphale de la glace au café, mais enfin ...
Ses pas le mènent jusqu'au quai d'Orléans. Il s'apprête à descendre les marches pour flâner en contrebas, au bord du fleuve. Un spectacle inattendu l'arrête. Tout le bord du quai est non pas envahi, mais habité. Des petits groupes de jeunes gens, plutôt entre vingt et trente-cinq ans. Par quatre, cinq ou six au maximum. La plupart ont déplié une nappe sur le sol. Il y a des bouteilles de rouge, du camembert, du saucisson, du pain: un programme gastronomique
étonnamment franchouillard, déballé sans complexe. Il y a surtout une sensation palpable d'extrême civilisation. Les conversations sont discrètes, sans explosions de rires ni tentatives feintes de pousser quelqu'un à l'eau. L'irritante question traverse un instant les pensées d'Arnold : dans quelle mesure ces jeunes sont-ils des bobos ? Agacé, Monsieur Spitzweg se promet de ne plus tenter d'analyses de ce genre. Que restera-t-il du plaisir de Paris, si chaque manifestation d'évolution est suspectée de boboïsme ? Des étudiants, de jeunes salariés, des chômeurs, sans doute. Malgré son nombre, l'ensemble dégage à peine une rumeur, comme si la texture de ce premier vrai soir de beau temps était fragile, et qu'il faille le saluer sans l'effaroucher. Quelques groupes de garçons, avec un volumineux pack de bières. Mais la dominante est au mélange garçons-filles et au pique-nique.
Accoudé à la rambarde de pierre qui domine le quai, Arnold sent monter à ses lèvres un sourire béat, comme ceux qui vous gagnent devant un bébé ou un chaton, il distingue de légères évolutions dans l'évolution des cercles. Ceux qui en sont au début de la collation restent rassemblés.
Ceux qui en ont fini avec l'alimentaire se dissocient plus nettement, garçons entre eux, filles entre elles. Arnold vitupère parfois l'excès vespéral des horaires parisiens. En l'occurrence, il est bien content de savoir que nombre de petites surfaces et d'épiceries resteront ouvertes jusqu'à vingt et une heures. Car déjà sa décision est prise.
Il traverse la Seine, finit par trouver sur la rive gauche un magasin d'alimentation. Une demi-bouteille de Bordeaux, une salade mexicaine, une livre de cerises à dix euros le kilo - un peu une folie, mais ce soir-là est différent. Monsieur Spitzweg jubile. Il revient à grands pas vers le fleuve, comme s'il était menacé de ne pas trouver de place. Il décide de s'installer en contrebas de la Tour d'Argent, vue imprenable sur le chevet de Notre-Dame. Pas désagréable d'imaginer qu'au-dessus de soi des gens paient une fortune pour s'offrir la même vue sur le soleil qui passe entre les tours de la cathédrale. La même vue, dans une atmosphère compassée, étriquée, avec un serveur cerbère qui lorgne votre verre et se précipite pour le remplir dès que vous l'avez vidé -l'horreur.
Arnold s'assoit en tailleur, une position jeune, qui lui fera peut-être mal au dos tout à l'heure. C'est à ce genre de détail qu'on perçoit le passage des ans. Pour l'heure, il est tout à la volupté de sortir de sa poche le couteau suisse dont il ne se sert jamais, qui gonfle son pantalon du plaisir des voluptés inassouvies. « Ça peut servir à plein de choses. » Eh bien ce soir ça va servir, pour la première fois. Il y a un tire-bouchon, une minuscule cuillère. En ouvrant sa bouteille de graves, Monsieur Spitzweg se rend compte qu'il n'a pas de verre - gênant quand même de boire du vin rouge à la bouteille. Juste à côté de lui, des jeunes utilisent des gobelets de plastique blanc. Avec une audace qui l'étonne un peu lui-même, Arnold leur demande si par hasard ... Aucun problème. De toute façon, c'est un soir sans problème.
Au-delà du service rendu, Monsieur Spitzweg apprécie les rapports de courtoisie qui émaillent ainsi la vie sociale de Paris. Il y en a beaucoup, quoi qu'on en dise, en dépit de toutes les défiances et de l'anonymat supposé hostile.
Pour quelqu'un qui vit seul, qui se trouve presque toujours seul dans les lieux où les autres se retrouvent ensemble, c'est très important. Demander un gobelet en plastique ne nécessite pas de longues explications, de commentaires dilatoires. Arnold imagine une scène équivalente à Kintzheim. Il faudrait plus ou moins révéler qui on est, au moins esquisser en parallèle une discussion météo. Civilité et curiosité se trouveraient d'emblée mêlées, dans une abondance ambiguë. Et que dire du sud, qu'Arnold ne connaît pas, qu'il imagine trop? À Paris, on ne vous demande pas de droit de douane pour exister. Souvent, on a plaisir à vous rendre un service. Mais on vous laisse dans votre bulle, au café, au restaurant, dans le métro, dans le bus. Les regards n'ont pas d'efforts à faire pour s'éviter. C'est une mécanique de la pudeur - d'autres diraient de l'indifférence, mais Arnold ne pense pas ainsi.
C'est un bon soir pour être dans sa bulle, si près des conversations alenties. Monsieur Spitzweg déguste le rouge de son verre dans un gobelet de plastique blanc. Il y a la langueur des soirs qui se prolonge étonnamment dans une trace de lueur orange entre les tours de Notre-Dame.
Comme le graves est léger !

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MessageSujet: Re: Philippe Delerm   Mer 12 Jan 2011 - 10:03


Le trottoir au soleil
Citation :
Présentation de l'éditeur
Le trottoir au soleil s’inscrit dans la lignée des textes brefs, La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, La sieste assassinée, Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables… qui ont fait le succès de Philippe Delerm. Avec la même minutie que dans les recueils précédents, il évoque ces petits éclats de vie qui font la trame des jours heureux : le miroitement du soleil sur l’eau, les moments passés avec un enfant, les arrivées à Paris sous la verrière de la gare Saint-Lazare…
Ce nouveau recueil marque cependant une inflexion par rapport aux précédents : une incursion discrète vers l’intime, un balancement entre le « on » et le « je », un effet de miroir subtilement nostalgique à propos du temps qui passe… Le rythme, aussi, diffère : régulièrement, un texte plus développé vient ponctuer le recueil, lui apporter la dimension de la réflexion. Mais sans gravité inutile : comme le titre l’indique, tout l’ouvrage se place sous le signe du côté ensoleillé de l’existence, de cette lumière solaire seule capable de transfigurer le moindre détail pour en faire un instant parfait.
Quand on aime les livres de Philippe Delerm, celui-ci ne devrait pas faire changer d’avis.
On retrouve le flâneur qui aime jeter un oeil sur les petits détails de la vie.
Lire ces petites “brèves”, une par jour, de temps en temps, selon l’envie, donne l’impression de faire une petite pause dans la course des jours et cela ne se refuse pas.



À soixante ans on a franchi depuis longtemps le solstice d’été. Il y aura encore de jolis soirs, des amis, des enfances, des choses à espèrer. Mais c’est ainsi: on est sûr d’avoir franchi le solstice. C’est peut-être un bon moment pour essayer de garder le meilleur: une goutte de nostalgie s’infiltre au coeur de chaque sensation pour la rendre plus durable et menacée. Alors rester léger dans les instants, avec les mots. Le solstice d’ét est peut-être déjà l’été indien, et le doute envahit les saisons, les couleurs. Le temps n’est pas à jouer; il n’y a pas de temps à perdre.

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MessageSujet: Re: Philippe Delerm   Mer 12 Jan 2011 - 10:36

Kenavo, une question: c'est traduit en allemand? Je me demande si tous ces plaisirs minuscules sont bien rendus en traduction....en espagnol, je ne crois pas que ce soit fait.
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MessageSujet: Re: Philippe Delerm   Mer 12 Jan 2011 - 11:45

Dom a écrit:
Kenavo, une question: c'est traduit en allemand? Je me demande si tous ces plaisirs minuscules sont bien rendus en traduction....en espagnol, je ne crois pas que ce soit fait.
depuis que je me suis remise à lire en français, je lis les auteurs de langue française en français, donc je ne savais pas pour Delerm
je suis allée voir et si je ne me trompe pas, plus de nouvelles traductions de ses livres en allemand depuis 2004/05
je pense qu'un bon traducteur pourrait aussi en allemand redonner ces petits bouts de textes.. je viens de voir qu'il y a p.ex.: La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, mais je ne l'ai pas lu en traduction Very Happy

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MessageSujet: Re: Philippe Delerm   Aujourd'hui à 10:33

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