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 Charles Juliet

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coline
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MessageSujet: Charles Juliet   Lun 5 Fév 2007 - 1:24



« Même s'il a été recueilli et élevé par une femme qui était «un chef-d'œuvre d'humanité», Charles Juliet, comme tant d'autres hommes, ne cessera jamais de porter en son cœur les larmes de sa mère. Tous les hommes portent en eux les larmes de leur mère, rares sont ceux qui ont la chance de pouvoir en faire un livre qui les délivrera un peu. » (Bernard Clavel)

Charles Juliet, né en 1934, vit à Lyon. Il est l'auteur de poèmes, de textes pour le théâtre, de récits autobiographiques (L'Année de l'éveil), d'un Journal et d'écrits sur les artistes (Samuel Beckett, Shitao ,Cézanne, Friedrich Hölderlin …) en tout une trentaine de livres.
Des extraits de deux de ses livres : L’Année de l’éveil et Lambeaux, figurent dans des manuels scolaires. Ses ouvrages sont traduits en allemand, en espagnol, en turc, en vietnamien, en japonais, en coréen, en chinois…

Charles Juliet vit l'écriture comme une longue approche de soi, un moyen d’exorciser le passé.
A trois mois, il est placé dans une famille. Enfance paysanne. Huit années à l'Ecole militaire préparatoire d'Aix-en-Provence. Il abandonne ensuite des études de médecine pour pouvoir donner tout son temps à l'écriture.
En 1989, L'Année de l'éveil, un récit dans lequel il relate la seconde des huit années qu'il a passées aux enfants de troupe, le fait connaître du grand public. Cet ouvrage a été porté à l'écran par Gérard Corbiau.
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coline
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Lun 5 Fév 2007 - 1:28

Dans Lambeaux, achevé en 1995, le narrateur clôt son récit par ces mots :
«La parturition a duré de longues, d'interminables années, mais tu as fini par naître et pu enfin donner ton adhésion à la vie».
Ch. Juliet mit 12 ans à écrire Lambeaux
Le titre du livre est fort : à travers lui, Juliet « recoud » en quelque sorte les morceaux de sa vie.

Le récit se divise en deux parties, consacrées à deux êtres, deux mères.

La première partie est une sorte de biographie de sa mère naturelle, que Charles Juliet n’a jamais connue. Celle dont il retrace les pensées, les hésitations, les doutes. Celle qui aurait voulu avoir les mots, qui ne pouvait les dire et qui souffrait de ce silence...
Elle avait tenté de se suicider alors qu’il avait à peine un mois, a été internée, puis est morte de faim dans l’hôpital psychiatrique où elle vivait. C’était à l’époque de la Seconde Guerre Mondiale, quand une politique d’ « extermination douce » des Nazis prévalait dans les hôpitaux psychiatriques : ces malades et ces aliénés, il suffisait pour s’en débarrasser de ne plus les nourrir.
« Te ressusciter. Te recréer. Te dire au fil des ans et des hivers avec cette lumière qui te portait, mais qui un jour, pour ton malheur et le mien, s’est déchirée. »

La deuxième partie raconte l'autre mère, celle tranquille et sereine qui l'a élevé comme son propre fils.
« Ni l’une ni l’autre de tes deux mères n’a eu accès à la parole. Du moins à cette parole qui permet de se dire, se délivrer, se faire exister dans les mots. »

La deuxième partie raconte aussi son enfance, un peu, mais surtout son évolution vers l'écriture car lui aussi ressent cette douleur des mots et ne demande qu'à l'exprimer. Il dévoile son parcours pour devenir écrivain :
« Quand tu es penché sur la page blanche, pourquoi ces inhibitions, ce blocage, cette impression que tu es attelé à une tâche aux difficultés insurmontables ? »

« D’abord descendre. Encore descendre. Le dégager de la tourbe, ou de la boue, ou bien encore d’un magma en fusion. Puis le tirer, le hisser, lui faire péniblement traverser plusieurs strates au sein desquelles il risque de s’enliser, de se dissoudre. S’il en émerge, enfin il vient au jour, et quand tu le couches sur le papier, alors que tu le crois gonflé de ta substance, tu découvres qu’il n’est qu’un mot inerte, pauvre, gris. »

« Tous ces textes morts nés, parce que, avant même d’en consigner le premier mot, tu étais convaincu qu’ils seraient trop inférieurs à ce que tu aurais voulu réaliser. L’admiration passionnée que tu portes à ces écrivains qui t’ont subjugué, parfois aidé à trouver ta voie. Que dire après eux ? Qu’ajouter à ce qu’ils ont su si bien exprimer ? Chacune de leurs pages t’a renvoyé à ta médiocrité. T’abstenir d’écrire serait une manière de leur rendre hommage.'

Lambeaux, livre de la quête de soi. Une descente aux enfers qui sera le prix à payer pour qu’un jour puisse éclore la joie grave et libératrice de la seconde naissance.

Les phrases de Charles Juliet sont courtes, ne comportent pas toujours un verbe. L’auteur recherche «un langage extrêmement simple, statique, exempt de tout lyrisme». Pour lui, plus la langue sera dépouillée, plus elle coïncidera avec ce qu'elle cherche à exprimer.

J’ai lu ce livre d’une seule traite, touchée par ce qu’il raconte, et surtout par la première partie, le destin de sa mère biologique…

Après sont venues les questions…Juliet, au fond, ne pouvait disposer que de très peu d’informations sur cette mère qu’il n’a pas connue puisqu’elle vivait dans un milieu où on ne parlait pas…qu’il a été élevé loin de sa famille d’origine…Pourtant, il la fait revivre de façon remarquable…Lui a-t-il donné les traits de caractère qui sont les siens ?

Et puis ce style si dépouillé de Charles Juliet !...auteur prolifique que l’on enseigne dans les écoles…Ah ! on ne risque pas de lui faire les reproches que l’on fait à Pierre Michon…C’est une toute autre manière de parler de petites gens…

Sa poésie. Jean Pierre Siméon a consacré un ouvrage à sa poésie. Et pour moi Jean Pierre Siméon est une référence!…
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coline
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Lun 5 Fév 2007 - 1:29

Lambeaux (extraits):

« Tes yeux. Immenses. Ton regard doux et patient où brûle ce feu qui te consume. Où sans relâche la nuit meurtrit ta lumière. Dans l’âtre, le feu qui ronfle, et toi, appuyée sur l’épaule contre le manteau de la cheminée. A tes pieds, ce chien au regard vif et si souvent levé vers toi. Dehors, la neige et la brume. Le cauchemar des hivers. De leur nuit interminable. La route impraticable, et fréquemment, tu songes à un départ, une vie autre, à l’infini des chemins. »

« Ne penser à rien. Arrêter ce qui sans fin tourne dans la tête. Simplement survivre. Encore une heure. Encore un jour. »

« Mais le plus souvent, lorsque tu t’absentes de la réalité et descends en toi-même, tu ne rencontres que peur et angoisse. L’existence que tu mènes ne répond en rien à tes aspirations et tu te surprends à rêver de départ, de fuite, de recommencement. […] Tu cherches des raisons qui te convaincraient que tu finiras un jour par être heureuse, mais tu ne les trouves point. Toujours en toi cette nostalgie de tu ne sais quoi, ce besoin incoercible d’une vie dégagée de toute entrave, une vie libre et riche, vaste, intense, une vie où ne règnerait que bonté, compréhension et lumière. »

« Fatigue… Epuisement… Epuisement qui te persuade que tu as tort de donner la vie, puisque toute existence est peur, solitude, souffrance, attente vaine, et pour finir enfouissement dans la fosse… »

« Ta soif de vivre et ta soif d’apprendre. Toutes deux violentes, insatiables. Mais tu es prisonnière de ta famille et tu ne possèdes qu’un seul livre. Dès que tu as le loisir de grimper dans ta chambre et l’assurance qu’on ne te découvrira pas, tu ouvres la bible et lis avidement. Parfois, dans un vieux cahier d’école précieusement conservé, tu notes à la hâte, craignant d’être surprise, un mot dont tu ignores la signification, ou bien encore une question qui t’a traversé l’esprit. Tu ne te doutes pas qu’un jour tu auras la joie d’acquérir un dictionnaire, et aussi bien d’autres livres, de ceux qui aident à mieux connaître les hommes et mieux connaître la vie. »

« Lorsqu’elles se lèvent en toi, que tu leur parles, tu vois s’avancer à leur suite la cohorte des bâillonnés, des mutiques, des exilés, des mots, ceux et celles qui ne se sont jamais remis de leur enfance, ceux et celles qui s’acharnent à se punir de n’avoir jamais été aimés, ceux et celles qui crèvent de se mépriser et se haïr, ceux et celles qui n’ont jamais pu parler parce qu’ils n’ont jamais été écoutés, ceux et celles qui ont été gravement humiliés et portent au flanc une plaie ouverte, ceux et celles qui étouffent de ces mots rentrés pourrissant dans leur gorge, ceux et celles qui n’ont jamais pu surmonter une fondamentale détresse
»
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Lun 5 Fév 2007 - 1:31

Pour les amateurs d'Art, je signale également qu'aux Editions L'échoppe vous pouvez trouver:

- Entretien avec Pierre Soulages par Charles Juliet

- Shitao et Cézanne, une même expérience spirituelle par Charles Juliet.
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Lun 5 Fév 2007 - 1:32

L'opulence de la nuit sera une de mes prochaines lectures.
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Mer 18 Avr 2007 - 13:45

Parce que j'ai l'intention de "baigner" dans l'oeuvre de Charles Juliet pendant quelques jours, je reviens à ce fil...

Et je vois que je n'ai jamais posté à propos de "L'opulence de la nuit". Parce qu'il aurait fallu que je le fasse en rubrique Poésie avec commentaire, un jour peut-être ...

Je ne mettrai donc ici que le texte de lui qu'il a placé en exergue de L'opulence de la nuit.

"Quand j'ai faim tout me nourrit
racontait cette chanteuse
dont le nom m'est inconnu

un visage la pluie l'aboiement
d'un chien moi aussi
quand j'ai grande faim

musardant par les rues populeuses
dérivant au gré de mon humeur
je m'emplis de tout ce qui s'offre

des visages des regards un arbre un nuage
lalumière du jour le sourire d'un enfant
tout est absorbé tout me nourrit"

Je vois que je suis seule sur ce fil et j'aimerais en entraîner quelques uns d'entre vous à la découverte de cet auteur cultivé, modeste, tendre, simple, profond, humain...
Wink
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Jeu 19 Avr 2007 - 11:37

Je viens de relire Lambeaux (voir chronique ci-dessus), le récit où Charles Juliet "parle de ses deux mères:
l'esseulée et la vaillante
l'étouffée et la valeureuse
lajetée-dans-la-fosse et la toute donnée
"

"Ni l'une ni l'autre de tes deux mères n'a eu accès à la parole. Du moins à cette parole qui permet de se dire, se délivrer, se faire exister dans les mots. Parce que ces mêmes mots se refusaient à toi et que tu ne savais pas t'exprimer, tu as dû longtemps lutter pour conquérir le langage. Et si tu as mené ce combat avec une telle obstination, il te plaît de penser que ce fut autant pour elles que pour toi. [...] Tu as la vague idée qu'en l'écrivant, tu les tireras de la tombe. Leur donneras la parole. Formuleras ce qu'elles ont toujours tu.
Lorsqu'elles se lèvent en toi, que tu leur parles, tu vois s'avancer à leur suite la cohorte des bâillonnés, des mutiques, des exilés des mots
."
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Ven 20 Avr 2007 - 22:19

L'Année de l'Eveil

L'Année de l'éveil est le récit dans lequel Charles Juliet évoque la seconde des huit années qu'il a passées aux Enfants de Troupe .

D’origine paysanne, il n'avait jamais quitté son village.
Aux Enfants de Troupe, il va pouvoir étudier…Mais découvrir aussi la faim, le froid, les bagarres. Les sévices que font subir les aînés. Le sadisme de certains chefs militaires. La hantise de mourir à la guerre.

Il voue une grande admiration à son chef de section et ce dernier qui l’estime l’invite chez lui le dimanche et lui enseigne les rudiments de la boxe : une passion qu'ils partagent tous deux.

Chez ce chef, l’adolescent va aussi découvrir la sexualité et l’amour. C’est la propre femme du chef, en mal d’affection, qui le guide dans cette découverte.

L’ouvrage, qui a reçu le Grand Prix des lectrices de Elle en 1989, a été porté à l'écran par Gérard Corbiau.

J’ai nettement moins aimé ce livre-là que Lambeaux. Et pourtant c’est L’Année de l’éveil qui a fait connaître Charles Juliet.
Comme tout se passait chez les Enfants de Troupe, je me suis fatiguée à l’évocation de cet univers militaire.
Et des semaines qui se succèdent où l’adolescent est déchiré entre l’admiration, l’estime qu’il a pour son chef, et la tentation à laquelle il cède de se laisser aimer de sa femme tellement pressante.
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Lun 30 Avr 2007 - 16:35

L’AUTRE FAIM
Journal 5 (1989-1992)

« Pourquoi ce besoin de déposer la substance de ma vie dans des mots ? »

« Écrire, pour moi, c’est avoir mes racines dans cette part commune, et partant de mon vécu, mettre en mots ce en quoi je souhaiterais que mes semblables puissent partiellement ou parfois totalement se reconnaître. »

1989 c’est pour Charles Juliet l'année du succès de L'Année de l'éveil.
Apprécié ou contreversé, son roman le met en tout cas pour la première fois sous les feux de l’actualité littéraire. Ilaccueille cela avec « plaisir et détachement ».
Il est amené à sortir de sa réserve, à faire des lectures de son texte, des interventions dans des lycées, des bibliothèques, des facultés.
Il est invité à l’étranger (Écosse, Québec, Grèce, Tunisie, Suisse, Autriche, Pologne, Allemagne, Portugal, Maroc).
Il est sorti de la « solitude [dont il a] été prisonnier pendant des années »

Ce journal est le reflet de toutes les rencontres qu’il est amené à faire. On le consulte sur des questions qui dépassent largement le sujet de son livre et concernent la vie en général. Il paraît comme un sage. Son parcours a fait de lui un sage. Il semble enfin serein, apaisé et heureux.

Et j’ai été saisie par le caractère "abordable" de cet homme. Des gens lui écrivent, lui téléphonent (parfois des anonymes) et il répond en toute simplicité, consacre son temps lorsqu’il sent cela nécessaire. Il se sent relié aux « êtres démunis, jetés dans une situation qui les dépasse ».

Puis il continue à lire énormément (Nicolas Bouvier, Raymond Carver, Jacques Lacarrière, Tan Zhen, un penseur chinois du XVIIe siècle,…)

Il continue à écrire, à réfléchir sur l’écriture (« que vie et oeuvre concordent, que la première authentifie la seconde, qu’elles soient unies l’une à l’autre comme les pierres d’un même édifice. »

Il réfléchit sur l’Art (il consacre des passages à des artistes comme le peintre Bram Van Velde, ou l’écrivain portugais Miguel Torga)…

Fort de son expérience, il médite, écrit, dialogue sur la vie.

L’Autre faim, c’est :

« celle qui tire l’être
hors du quotidien
lui fait rejeter
la défroque
dont on veut
l’affubler

celle qui le condamne
au chemin de solitude
le voue à l’errance
à la recherche inlassable
de l’oasis
de la paix de l’oasis
de l'eau ensoleillée
de la source"
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Babelle
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Lun 30 Avr 2007 - 20:10

Merci pour ce fil Coline.
Je ne me souviens pas avoir lu L’Année de l’éveil de Charles Juliet mais j’ai eu l’occasion de voir il y a longtemps l’adaptation de Corneau.
L’auto fiction ne me dit rien. Mais par la magie du cinéma de nombreuses personnes ont pu découvrir cet auteur très confidentiel et ça me fait plaisir. N’en a-t-il pas été de même pour Duras avec L’Amant ?

J’ai lu Lambaux, deux fois.
- Il y a plusieurs années. Parce que quelque chose me poussait vers cet auteur. Mais ma première lecture fut assez confuse : je ne retenai alors que ce que je voulais bien, c'est-à-dire une voix qui décidait de s’immerger dans des souvenances à la fois nostalgiques et douloureuses. J’aimais, sans plus.
- Puis je relus Lambaux l’an dernier car on y faisait souvent référence sur le site des Causeuses. Ma seconde lecture fut plus objective : je parvins à suivre ces deux parties distinctes qui nous permettent de mieux appréhender l’histoire de Charles Juliet, son parcours, son « sauvetage » à travers l’écriture.
En général, je n’aime pas trop le « racontage ».
- Mais ce qui me fascine avant tout, c’est le pouvoir que l’auteur possède (le sait-il ?), à la lecture de quelques une de ses phrases, de plonger son lecteur dans un désir d’écriture.
Comme s’il y avait besoin de rendre un écho à sa voix.
Comme si sa musique venait traverser la nôtre.
Aussi, je sais qu’il me suffit parfois (ce sont des moments rares) d’aller à la recherche d’une phrase, de quelques vers de Charles Juliet pour trouver le chemin de mon écriture personnelle.
Très peu d’auteurs possèdent ce pouvoir.
Je crois qu’il y a un temps où l’histoire personnelle s’efface pour laisser la place à une forme de création. Au désir de création. A la possibilité d’une création. Quelle qu’elle soit.
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Mar 1 Mai 2007 - 1:51

Babelle a écrit:


Comme si sa musique venait traverser la nôtre.

Cette expression est très belle...Elle est très vraie aussi...Et je crois qu'il serait heureux de lire ce que tu écris là ...

J'ai une vraie interrogation à propos de Charles Juliet.
Moi non plus je n'apprécie pas les auteurs qui se racontent.Or son oeuvre est largement autobiographique et je ne la trouve cependant pas narcissique. Elle n'est pas tournée vers lui-même mais vers l'humanité.

Ce qui prime c'est l'universalité et l'humanité, oui, de son propos, c'est ce qu'il a dégagé de ses années d'introspection, de descente en lui-même. Ce qu'il a appris de son parcours: ce parcours de petit garçon de la campagne, presque orphelin, élevé dans un monde sans culture et qui n'a eu de cesse de franchir une à une toutes les étapes du savoir. Un savoir, non seulement culturel mais aussi humain, qu'à travers ses mots il met en partage.
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Chimère
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Jeu 3 Mai 2007 - 22:06

JOURNAL I (1957-1964) de Charles JULIET
Ed Hachette/321p


Celui qui ne s’est pas détaché de soi, n’a pas fait retour sur lui-même, n’a pas failli commettre n’importe quoi pour vaincre la conscience de son néant, celui-là qui n’a pas été un jour où l’autre brisé, détruit, annihilé, sera à jamais incapable d’admettre l’autre dans sa toujours confondante vérité, de lui offrir sa chaleureuse et tonique compréhension (30 décembre 1964)

Ainsi s’achève la première partie de ce journal qui tient plus de recueil de réflexions sur l’écriture, la solitude, le désespoir avec toujours en toile de fond la tentation du suicide qui semble être une obsession chez Juliet à cette époque de sa vie. J’existe à mes côtés et regarde vivre ma doublure (23 janvier 1960) Si l’ensemble n’est guère joyeux, il est possible néanmoins de trouver une phrase, une idée, que l’on peut appliquer à soi-même mais aussi de découvrir les développements de l’auteur sur l’écriture et la façon dont il l’appréhende et c’est toujours intéressant.

On n’écrit jamais un livre. Chaque jour, on peine sur quelques phrases, on noircit une ou deux pages et après des mois on s’aperçoit qu’un ouvrage s’est construit. De même on ne vit jamais la vie (20 juin 1961)
L’œuvre est toujours inférieure au rêve dont elle est née. D’où ce ressentiment qui pousse le créateur à la détruire. Ou à ne cesser de la reprendre et de la modifier.
Ecrire c’est affronter à chaque mot ses manques, ses limites et encaisser l’humiliation de ne pouvoir les dépasser (15 septembre 1959)
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Sam 5 Mai 2007 - 13:49

Chimère a écrit:
JOURNAL I (1957-1964) de Charles JULIET
Ed Hachette/321p


ce journal qui tient plus de recueil de réflexions sur l’écriture, la solitude, le désespoir avec toujours en toile de fond la tentation du suicide qui semble être une obsession chez Juliet à cette époque de sa vie.
J’existe à mes côtés et regarde vivre ma doublure (23 janvier 1960)

Poèmes écrits par Charles Juliet à la même époque de sa vie(1957-1960):

Il y a une marge
entre ce que je suis
et celui que je voudrais être

il y a une marge
entre la vie que je mène
et la vie à laquelle j'aspire

il y a une marge
entre ce que j'écris
et ce que je voudrais écrire

j'ai travaillé et je travaille
avec ténacité à réduire
ces marges
qui n'en font qu'une
...........................

parce qu'il est muselé
sa rage va croissant

j'appelle l'instant
où il pourra
se libérer
et me libérer

je redoute l'instant
où son cri
trop longtemps retenu
va me traverser
me faire voler en éclats
..........................

J'ai tenu à distance
cet autre que j'épiais
et qui me tendait la main
pour que je le rejoigne

J'ai été tenu à distance
par cet autre qui me défiait
et qui me repoussait
quand je me portais vers lui

son besoin de me blesser
de me déchirer
de me saper de me faire
perdre pied

C'est lui- son oeil
acéré intraitable- c'est lui
que j'ai eu à combattre
et à chasser hors de la maison.
................................

Avant de me donner
des fondations
j'ai dû
me déraciner
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Mar 5 Juin 2007 - 19:58

Attente en automne (recueil de 3 nouvelles) :

La première confrontation avec son écriture totalement égocentrée sur un personnage principal est difficile mais une fois que l’on voit que cet individu n’est pas l’écrivain, en tout cas pas que lui, on prend le temps de rentrer dans leurs « pantoufles » (3 nouvelles donc 3 personnages principaux) et notre intérêt grandi…

Les conflits intérieurs, les états d’âmes et les révélations de nos héros deviennent de plus en plus intéressants au fil de la lecture mais il manque un petit quelque chose que j’appellerais la distance…ses personnages sont très humains et attachants mais cet absolu égocentrisme narratif reste un peu gênant…

En tout cas, je testerais d’autres livres de cet auteur qui mérite une lecture attentive…
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MessageSujet: Re: Charles Juliet   Mar 5 Juin 2007 - 20:36

viens de lire ce fil depuis le début (encore heureux cat )... je devrai noter quelque part pour ne pas oublier quand je cherche...

la façon dont tu en parles Coline me donne envie de le lire... (c'est peut être bien thérapeutique en plus... )

_________________
Je suis snob, j'ai lu un Mickey Spillane.
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