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 LC Guerre d'Espagne

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shanidar
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MessageSujet: Re: LC Guerre d'Espagne   LC Guerre d'Espagne - Page 9 Icon_minitimeJeu 25 Déc 2014 - 17:43

J'ai fini et j'ai vraiment beaucoup aimé (même si je comprends les réticences des unes et des autres), je trouve le style de Tejera vraiment intéressant, il bouscule nos habitudes, cherche à nous interroger sur nos propres réactions d'enfant, à rvenir en arrière avec nos reflexes d'adulte et nous pousse à inventer cette petite fille dangereuse et en danger, pleine d'amour et de haine, de folie et de peurs. Finalement ce n'est pas tant la guerre que ses effets psychologiques sur une famille qui sont ici mis en avant, et cet aspect m'a aussi beaucoup intéressé (je ne sais pas s'il existe d'autre témoignage d'enfant de ce genre...) et la poésie de certaines images mise au regard de l'atrocité qu'elles évoquent m'a sidérée. Je crois que je vais longtemps repenser aux yeux dans le ravin, à ceux du chat et ceux de la tortue, à ceux du père et du grand-père et au regard absent de la mère sur sa fille... Un texte qu'il faudrait prendre le temps de lire et relire pour en tirer toute la magie (pour moi totalement oppérante !) !

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MessageSujet: Re: LC Guerre d'Espagne   LC Guerre d'Espagne - Page 9 Icon_minitimeJeu 25 Déc 2014 - 19:40

Je n'ai pas pu lire, mais la troisième partie me plait beaucoup plus, j'ai mal pour cette fillette qui a trop de poids sur ses frêles épaules et je pense après réflexion que ses "élucubrations" sont certainement nécessaires, comme une protection pour ne pas sombrer, comme sa mère.

Par contre c'est vrai que ses pensées quant à son père sont ambigües, mais elle s'éveille à la sexualité il me semble.

je vais lire dans la soirée

Shanidar ma médiathèque possède un livre témoignage (journal d'une enfant de 12 ans)

Un regard innocent [Texte imprimé] : journal de la guerre civile en Espagne / Encarnacio Martorelli i Gil ; traduit du catalan [et postface] par Marie Vila Casas. - Paris : Métailié, 2011. - 1 vol. (190 p.) : couv. ill. ; 22 cm. - (Bibliothèque hispanique, 1264-3238)

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MessageSujet: Re: LC Guerre d'Espagne   LC Guerre d'Espagne - Page 9 Icon_minitimeJeu 25 Déc 2014 - 19:59

shanidar a écrit:
Un texte qu'il faudrait prendre le temps de lire et relire pour en tirer toute la magie (pour moi totalement oppérante !) !
Oui tout à fait , voilà pourquoi je suis contente de l'avoir acheté car c'est un texte qui mérite du temps , de la concentration et aussi de se familiariser avec cette écriture presque expérimentale inabordable en superficie !
J'avoue que la disponibilité m'a manqué pour appréhender une telle lecture avec toute l'attention et l'investissement qu'elle mérite .

Bédoulène a écrit:


Shanidar ma médiathèque possède un livre témoignage (journal d'une enfant de 12 ans)

Un regard innocent [Texte imprimé] : journal de la guerre civile en Espagne / Encarnacio Martorelli i Gil ; traduit du catalan [et postface] par Marie Vila Casas. - Paris : Métailié, 2011. - 1 vol. (190 p.) : couv. ill. ; 22 cm. - (Bibliothèque hispanique, 1264-3238)
ça m'intéresse aussi Bédou , je note la référence , merci ! Very Happy
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MessageSujet: Re: LC Guerre d'Espagne   LC Guerre d'Espagne - Page 9 Icon_minitimeDim 18 Jan 2015 - 20:16

Un livre que je n' ai pas encore lu mais qui devrait etre interessant sur la Guerre d' espagne,
le témoignage direct de l' historien de l'art, Elie Faure.

LC Guerre d'Espagne - Page 9 Elie_f10

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MessageSujet: Re: LC Guerre d'Espagne   LC Guerre d'Espagne - Page 9 Icon_minitimeDim 18 Jan 2015 - 23:38

merci Bix !

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MessageSujet: Re: LC Guerre d'Espagne   LC Guerre d'Espagne - Page 9 Icon_minitimeLun 16 Fév 2015 - 18:02

LC Guerre d'Espagne - Page 9 Koestl10

Le testament espagnol d'Arthur Koestler

Je commence à peine cette lecture et ne suis pas étonnée de découvrir dans l'introduction quelques mots de George Orwell. Ces quelques mots évoquent les mensonges de Koestler ou les imprécisions d'un auteur dont nous avons souvent parlé de la probité et de la lucidité. Mais le texte auquel fait référence Orwell n'est pas celui que nous lisons, il s'agit d'un texte de propagande communiste, écrit par Koestler en 36-37, publié en France et en Allemagne sous le titre L'Espagne ensanglantée. Le Testament espagnol ou Dialogue avec la mort est donc la version expurgée de toute propagande après que Koestler ait quitté le PC.

Nous lisons donc, pour commencer, le journal que Koestler a tenu au moment de la chute de Malaga. Nous y retrouvons les mêmes thématiques que dans le livre de Orwell (Hommage à la Catalogne). L'impréparation de l'armée républicaine, le manque de vivres, de couvertures, de cartouches, d'uniformes, la précarité des casemates et cette incroyable assurance que les républicains finiront par vaincre, quoi qu'il arrive, qu'elle que soit les pénuries auxquelles ils doivent faire face, ces hommes sont portés par une foi inextinguible. S'ajoute ici au texte d'Orwell, cette pointe d'humour, d'ironie tragique qui fait la grâce et l'intérêt d'une lecture de Koestler, toujours lucide, toujours prêt à faire un pas de côté pour raconter l'envers du décor, la folie qui règne, la drôlerie fatale parce que totalement absurde qui plane dans l'air.

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MessageSujet: Re: LC Guerre d'Espagne   LC Guerre d'Espagne - Page 9 Icon_minitimeMar 17 Fév 2015 - 0:16

Shanidar je n'ai pas la même version que toi doc mon introduction est de Koestler lui-même. (si tu as le temps tu peux e scanner la tienne ? j'aimerai connaître les mots d'Orwell. Nous savons toutes deux que la lucidité et l'honnêteté que nous avons trouvé à Koestler s'accordaient aux livres écrits après son départ du PC et dans lequel il reconnaissait ne pas voir les choses comme elles existaient mais par le filtre du Parti.

le livre que je lis a été édité par Rencontre à Lausanne

Je retrouve avec plaisir l'écriture de Koestler, son langage, l'humour que tu notes et les anecdotes insignifiantes avec lesquelles il dit beaucoup.

Koestler reconnait dès son arrivée à Barcelone la raison de l'air malsain qui s'y est installé : la mésentente entre les partis de gauche. (comme l'expliquait Orwell).

La pénurie d'armes, de munitions et de denrées alimentaires sont relatés simplement mais efficacement ; de même l'incurie qui règne dans l' administration, l' armée par manque de moyens, de savoir-faire : Bonne volonté mais incapacité et absence d'organisation.

"En rentrant je donnai à un vieux cheval de fiacre des croûtes de pain que j'avais dans ma poche. Le cocher arriva, me les prit des mains et se mit à y mordre."

Arrivé dans le Sud, voyant les villes détruites, Malaga en ruine Koestler dénonce "L'Europe semble se désintéresser complètement du sort de Malaga, de la République Espagnole", ce qui se confirmera jusqu'à la fin de la résistance des Républicains.

Le front de Marbela : une barricade de pavés ! dérisoire et inutile
celui d'Antequera : insolite, un téléphone dans les mains d'un "guetteur" sur la Tour du Diable, pour avertir ceux du poste, mais vu que le téléphone ne fonctionne pas  régulièrement, c'est un fil de fer de 800 m qui relie la Tour au poste, lequel sera agité en cas de besoin, ce qui provoquera le tintement d'une clochette.

Malaga tombe aux mains des rebelles nationalistes, abandonnée par les "chefs" (lesquels seront d'ailleurs jugés) pratiquement offerte, aucun bateau de la République ne sera en rade de Malaga pour la sauver.

Koestler rencontre souvent des gens sympathisants de sa cause qui l'aide, il se voit offrir l'hospitalité par un Sir anglais, c'est d'ailleurs à son domicile que tous deux seront arrêtés.

Je continue à penser que Koestler ne s'épargne pas puisqu'il avoue, alors que lui et le Sir Anglais se sentent obligés de faire le salut fasciste : "La honte est dans ma gorge comme une éponge sèche."

A. Koestler est emprisonné pour la première fois de sa vie.  Arrivé dans la cellule il fait ce que fait tout prisonnier : l'état des lieux.
Ses observations plus ou moins intéressantes font tout à tour grimper ou descendre le "baromètre" de son moral. Il dit très justement "C'est lorsque la vie devient vraiment dramatique que l'on échappe le moins aux lieux comuns."

Entendre des cris alors que l'on n' en voit pas la cause mais la devine est déstabilisant, Koestler en fait l'expérience " C'étaient des cris aigus qui pénétraient l'ouïe et y persistaient encore alors que le crieur était muet pour toujours, comme si l'oreille les avait photographiés.J'eus la nausée. Je reposais sur la couhette et n'étais plus qu'une lamentable loque."

Koestler est transféré dans une cellule d'isolement, il comprends que cette aile là de la prison est celle des condamnés. Il entend un prisonnier chantait l'Internationale comme un acte de foi de celui qui va mourir.
"Il chantait, chantait. Je le voyais devant moi : pas rasé, le visage tuméfié, le supplice dans les yeux.
Il chantait, chantait. Ils devaient l'entendre du dehors, ils allaient venir et le battre à mort.
Il chantait, chantait. C'était inhumain.Comme nous l'aimions !
Mais personne ne chanta avec lui. Par peur."

Les exécutions se succèdent, ils veulent éliminer tous "les rouges", alors à force d'entendre le prémonitoire "courage Homme" des gardiens les nerfs de Koestler craquent. Il décide de se tue la nuit, et alors il devient serein, mais ce n'est que bien plus tard qu'il comprendra que cette sérénité n'était pas née de la décision mais du plaisir du  laps de temps qu'il s'accordait.

à suivre

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MessageSujet: Re: LC Guerre d'Espagne   LC Guerre d'Espagne - Page 9 Icon_minitimeMar 17 Fév 2015 - 21:05

Quoi qu’il se passe, quelles  que soient les raisons de l’ envie de mourir, d’en finir l’instinct primitif de survie joue son rôle.
Koestler ignore que la cour martiale a déjà prononcé  conte lui la peine de mort et que  5000 hommes avaient été  fusillés à Malaga  depuis la chute de la ville.

C’est dur d’imaginer qu’une paire de menottes peut rassurer Koestler et qu’ un rasage le mette en émoi, mais c’est  la réalité quand on est prisonnier et que l’on comprend que les fusillés ont les mains liés par une corde.
Lors du voyage en train vers Séville les réactions des civils Espagnols à son égard, dès qu’ils s’aperçoivent qu’il est prisonnier,  sont intéressantes et significatives.

Koestler constate que la fonction d’un individu  a plus d’importance que le caractère privé sur ses relations avec les autres, avec la société.
« Et soudain je crus comprendre pourquoi l’anarchie est si populaire en Espagne. Pour les anarchistes, le problème humain est aussi simple que celui des noix : brisez la coquille dure des institutions sociales et goûtez le fruit savoureux. Théorie contagieuse ; mais j’aurais bien aimé savoir  si jamais les noix pousseront sans coques sur les arbres. »

Le nouvel état des lieux de sa cellule à Séville est bien plus positif, surtout il dispose d’une fenêtre lui permettant de voir l’extérieur.
Mieux nourri, mieux logé mais Koestler se rend compte qu’une ligne blanche au sol devant sa cellule éloigne les prisonniers de la cour de sa fenêtre, il en conclut que cela confirme sa crainte de condamnation à mort.

Une montre qui ne fonctionne plus devient dans ce lieu d’isolement  un évènement dramatique, on ne peut plus apprivoiser le temps.
Koestler a ses propres « pilules » pour sa santé mentale, poèmes à réciter, écritures dans sa tête,  règles de mathématiques, mais « La machine à penser n’obéissait plus, je tournais en vain le volant, les roues ne suivaient pas. »

Quelle justesse  dans le raisonnement de Koestler « Représenter à un homme qu’on ampute d’un pied qu’il en à qui on a coupé les deux, n’ait plus une consolation, mais une ironie. Il y a un degré de misère  où le sentiment de la relativité cesse. »
Lors de l’annonce de sa condamnation il se rend compte du désarroi de ses réactions psychiques .

Aucune réponse à ses demandes, les plus matérielles, comme un savon etc………. mais des Manana (ça me rappelle Orwell)

Une jeune phalangiste du service de propagande vient le visiter et lui expose les faits, il est condamné à la peine de mort, parce qu’ accusé d’espionnage,  mais celle-ci  peut peut être être commuée en peine à perpétuité ;  que pense-t-il de Franco ? peut-il l’écrire dans une lettre ?  Koestler comprend que  le peut-être est suspendu à la lettre, bénéficiant évidemment à Franco !  Il dicte que bien que ne connaissant pas personnellement le général Franco……bref ce qui fait plaisir à la jeune phalangiste qui lui demande de signer le papier !

Mais si à Malaga avec Sir Peter ils avaient pu lever, même avec honte, la main  comme les nationalistes, en relisant la phrase il sait qu’il ne peut et ne veut la signer.
« Je pris la plume, relus la phrase et sentis que j’étais sur le point de signer ma condamnation à mort morale ; je barrai alors la phrase et dictai ensuite la nouvelle déclaration suivante :

Je ne connais pas le général Franco, et il ne me connait pas ; s’il devait me gracier, ce ne pourrait donc être, à mon avis, que pour des raisons politiques. Il ne m’en serait pas moins possible de lui en être personnellement reconnaissant, comme un homme est reconnaissant à celui qui lui a sauvé la vie. Mais je crois à une conception socialiste de l’avenir humain et ne cesseai jamais d’y croire.

Il signa.

L’état d’esprit de Koestler  le conduit à s’analyser et à trouver les « remèdes » lui-même, à se découvrir . « Bref, j’apprenais que l’esprit dispose de secours qu’il ne soupçonne pas en temps normal et qu’il découvre seulement dans des circonstances anormales.

« C’est pourquoi les situations vécues ne sont jamais aussi terribles que leur représentation. »
Ceci me rappelle certain propos d’ALAIN.

« Le problème du temps est le problème essentiel en prison. »
Koestler avoue avoir employé souvent la pilule « temps ».

A suivre

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MessageSujet: Re: LC Guerre d'Espagne   LC Guerre d'Espagne - Page 9 Icon_minitimeMer 18 Fév 2015 - 23:44

Shanidar où es-tu ?

j'ai continué la lecture, je ne résiste pas à Koestler sourire

La présence de Koestler est connu dans la prison, il reçoit des mots en cachette de milciiens républicains qui lui demandent  de faire connaître au monde comment l’Espagne tue les pauvres et les humbles, les Rouges.

Il lui faudra beaucoup demander, ruser pour enfin obtenir du papier, un crayon et du savon.

Les sentiments qui animent Koestler sont parfois étonnants, vu par  l’extérieur ; comment comprendre quand il dit « je m’étonne seulement de ne pas être plus malheureux que je suis « curieux comme les limites de ce qu’on peut supporter  sont élastiques. »
Une réflexion encore très juste « chacun évidemment sait qu’il doit mourir un jour. Mais le savoir est une chose et le croire en est une autre. »

Koestler joue à se donner des défis enfantins  qui répondraient à  l’obtention ou pas  d’une grâce.

Il reçoit enfin un courrier de sa femme auquel il n’a pas le droit de répondre, mais il comprend qu’elle ignore son sort.
Son argent et sa valise lui sont rendus, il peut acheter des cigarettes, fumer lui manquait tant.

Le chef du service dit à Koestler qu’il est un cas important, car ils n’ont pas tous les jours un « journaliste rouge ».
La lecture qui lui est accordée lui apporte l’oubli pendant des heures.

De l’amertume et de l’ironie dans ce qu’il écrit : « Le monde extérieur me parait de plus en plus irréel. Parfois, je crois même que j’étais heureux autrefois. On ne se fait pas seulement des illusions sur l’avenir, on s’en fait aussi sur le passé. »

Koestler édifie un stratagème qui le conduira, il l’espère à l’hôpital de la prison où il pense plus facile de faire partir un courrier. En fait il s’affame pour s’affaiblir et tomber malade. Mais le résultat sera décevant.

Ses déductions psychanalytiques m’amusent : « on découvrirait alors que quiconque rêve de violon désire une côtelette de mouton »

Au bout de 2 mois «l ‘ incomunicado » fut levé et Koestler autorisé à sortir dans le patio, il s’y trouva avec 3 autres condamnés.
A l’occasion de la fête de la république les prisonniers politiques se demandent quel drapeau arboreront les Consulats étrangers, question de savoir quel pays soutiendra la république Espagnole ou les rebelles !

On apprend aussi par les propos de Carlos – militaire Italien – que l’entente entre les Italiens et les Espagnols ou les Allemands était loin d’être idyllique.

Comme toujours, les pauvres et les humbles n’ont droit à aucune clémence.

Moment d’émotion intense quand Koestler raconte la première nuit où il a entendu les condamnés sortis de leur cellule pour l’exécution et le rituel avec le curé et les gardiens.
L’énumération des jours et du nombre de fusillés est terrifiante !

Le sentiment de devoir partager avec les autres est un frein au peu de plaisir que peut retirer Koestler d’une lettre, d’un repas… C’est comme un sentiment de culpabilité de se sentir content d’une chose.

Finalement Koestler est libéré, il est l’objet d’un échange avec une personnalité détenue par les Républicains. (Il apprendra plus tard qu'une liste de personnes influentes se sont engagées pour sa libération et la ténacité de sa femme)

La remarque de Koestler sur le mimétisme qu’un individu adopte en prison me parait justifiée au regard de l’attitude des prisonniers.
« Les théoriciens de la race, qui nient avec une si belle ignorance l’influence du milieu, devraient bien passe un an en prison et se regarder chaque jour dans la glace. »

C’est l’acte de mourir qui fait plus peur que la mort : « J’étais là quand ils sont morts. Ils sont morts dans les larmes, les vains appels au secours, et dans une grande faiblesse, comme les hommes doivent mourir. Car mourir est une chose bien sérieuse, il ne faut pas en faire un mélodrame. Pilate, d’ailleurs, n’a pas dit Ecce heros ; il a dit Ecce Homo. »

Encore une lecture très prégnante servie par l’écriture consciencieuse , lucide et clémente  de Koestler.

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MessageSujet: Re: LC Guerre d'Espagne   LC Guerre d'Espagne - Page 9 Icon_minitimeJeu 19 Fév 2015 - 17:53

Je suis là. Je te lis Bédou. Je vais juste ajouter quelques mots à ce que tu exprimes si clairement (et avec les citations en plus !).

Le second titre de ce texte est Dialogue avec la mort. Koestler arrêté, pense qu'il va être exécuté immédiatement, alors il subit une sorte de dédoublement qui l'aide à surmonter sa peur, il se voit en train de mourir et cette distanciation lui donne le courage de se rebiffer. De la même manière, une fois en prison, pour chasser l'angoisse qui l'étreint à chaque fois qu'il pense à sa condamnation à mort, il utilise deux techniques différentes : il se récite un vers d'un poème, des centaines de fois, ou des extraits de Thomas Mann et tombe dans une sorte de transe hypnotique. Ou alors il se met à penser à la vie et à la mort et à force de philosopher il se détache de lui-même et se met à rêver, à laisser son esprit dériver... Je trouve ces deux techniques très intéressantes, car comme le souligne Koestler, elles lui permettent non seulement de chasser l'angoisse (grâce à la culture et à la réflexion) mais également à contrer le temps. Le temps et ce paradoxe immense, vertigineux : le temps passé en prison, toutes ces journées et toutes ces nuits, passées dans l'attente et surtout dans l'inaction, finissent par passer plus vite (du moins par donner le sentiment de passer plus vite) que les journées ordinaires d'un homme ordinaire. Car quand Koestler se retourne sur ces journée, elles ne représentent qu'un grand vide, du rien, du hors-temps.

Je pense que nous avons tous fait l'expérience de ce genre d'évènements : une longue attente pleine d'angoisse qui finalement quand on y pense n'a laissé aucune marque, est passée si vite qu'elle a quasiment disparu de notre mémoire.

De cette expérience, je crois que Koestler tire une certaine force, une certaine capacité à patienter, à laisser le temps couler, un temps que rythme deux attentes : les livres - les cigarettes.

Des livres, Koestler tire un autre paradoxe. Enfermé, il ne serait pas capable de lire Orwell, cela lui ferait trop de mal, cela le renverrait trop à sa propre condition d'homme incarcéré. Alors il lit avec bonheur Jules Verne, Agatha Christie ou encore Stevenson...

Et pour ce qui concerne les défis enfantins dont tu parles Bédou, cela me rappelle le livre La pensée magique de Joan Didion (que j'avais peu aimé) et qui repose sur les mêmes craintes -une pensée enfantine qui voudrait se jouer de la réalité en imprimant une force sur le 'destin', si je marche au milieu de chaque dalle sans en toucher les coins je ne serai pas exécuté- C'est touchant et plein d'humilité.

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MessageSujet: Re: LC Guerre d'Espagne   LC Guerre d'Espagne - Page 9 Icon_minitimeJeu 19 Fév 2015 - 18:06

merci Shanidar des compléments que tu ajoutes et explique si bien.

Est-ce qu'Orwell et Koestler s'étaient rencontrés ?

mais nous apprendrons peut-être plus sur Koestler dans la bio de Laval.


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MessageSujet: Re: LC Guerre d'Espagne   LC Guerre d'Espagne - Page 9 Icon_minitimeJeu 19 Fév 2015 - 18:07

Bédoulène a écrit:
merci Shanidar des compléments que tu ajoutes et explique si bien.

Est-ce qu'Orwell et Koestler s'étaient rencontrés ?

mais nous apprendrons peut-être plus sur Koestler dans la bio de Laval.


Question intéressante ! (je te scanne l'intro ce w end !).

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MessageSujet: Re: LC Guerre d'Espagne   LC Guerre d'Espagne - Page 9 Icon_minitimeJeu 19 Fév 2015 - 18:14

Vous faites un bon tandem, Shanidar et Bédou ! Continuez à pédaler : la guerre d' Espagne est un
sujet inépuisable !

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MessageSujet: Re: LC Guerre d'Espagne   LC Guerre d'Espagne - Page 9 Icon_minitimeJeu 19 Fév 2015 - 18:28

bix229 a écrit:
Vous faites un  bon tandem, Shanidar et Bédou ! Continuez à pédaler : la guerre d' Espagne est un
sujet inépuisable !

Merci bix ! J'espère qu'on pourra passer le Tourmalet sans vaciller !!

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MessageSujet: Re: LC Guerre d'Espagne   LC Guerre d'Espagne - Page 9 Icon_minitimeJeu 19 Fév 2015 - 19:05

ok Shanidar

merci Bix ! de nous suivre !

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MessageSujet: Re: LC Guerre d'Espagne   LC Guerre d'Espagne - Page 9 Icon_minitime

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