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 LC Sebald - Les Emigrants

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shanidar
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MessageSujet: Re: LC Sebald - Les Emigrants   LC Sebald - Les Emigrants - Page 3 Icon_minitimeMar 16 Sep 2014 - 20:42

je viens de finir le deuxième :apeur:

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MessageSujet: Re: LC Sebald - Les Emigrants   LC Sebald - Les Emigrants - Page 3 Icon_minitimeMer 17 Sep 2014 - 9:04

Bédoulène a écrit:


Topocl je te fournirai en électricité gratos ! sourire



Il y a des modèles où on pédale pour produire l'énergie rire !
J'ai continué à réfléchir mais je n'ai pas trouvé de réponse sérieuse. Je trouve vraiment ça très angoissant, cette question. Une décision pour étayer une nouvelle vie, totalement symbolique donc en même temps capitale et négligeable....
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MessageSujet: Re: LC Sebald - Les Emigrants   LC Sebald - Les Emigrants - Page 3 Icon_minitimeMer 17 Sep 2014 - 11:41

Bédoulène a écrit:
la pierre ? celle que l'on doit poser comme dans le dernier récit ? ou pour édifier un monde à toi ?

je connais aussi la soupe de pierres !

Topocl je te fournirai en électricité gratos ! sourire


Shanidar tu as lu le 3ème récit ? le 4ème ?

pour ce qui concerne les émigrants ils ont apporté leurs souvenirs dans les bagages mais il ne les ont découverts que longtemps après !


Dois-je en conclure que tu as fini ta lecture Bédou ?

Explication de la pierre :

J'ai toujours ramené des pierres des endroits où j'allais, pourtant je ne suis pas pétrophile (d'ailleurs je ne sais même pas comment on appelle un collectionneur de pierres, un lapidus ??). Je prenais la plus grosse possible qui pouvait entrer dans mon sac à dos lors de mes randos, des bouts de roches arrachés aux Alpes, des galets normands, du granit breton, une belle et légère pierre volcanique de Santorin... jusqu'au jour où en rentrant d'une absence de plusieurs mois, je me suis aperçue que ma mère avait utilisé toutes ces pierres pour délimiter un très audacieux parterre de fleurs dans son jardin ! Depuis je collecte de plus petites pierres qui me servent à tenir les livres sur les étagères... Mais il est évident qu'à chaque fois que je pose les yeux sur les cailloux en question ils me renvoient à l'exact moment où je les ai tenu dans ma main...

C'est quoi la soupe de pierres ?

J'ai commencé le 3ème récit qui se déroule aux Etats-Unis, avec les souvenirs de cette famille nombreuse allemande devenant les valets de chambre des juifs richissimes de l'Amérique... drôle de retournement de situation...

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MessageSujet: Re: LC Sebald - Les Emigrants   LC Sebald - Les Emigrants - Page 3 Icon_minitimeMer 17 Sep 2014 - 15:49

j'ai fini, mais j'attends ton com sur le 3ème (perso je savoure les récits de plus en plus)

je relis en fait j'ai fait une première lecture et ensuite pour faire un petit com je relis !


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MessageSujet: Re: LC Sebald - Les Emigrants   LC Sebald - Les Emigrants - Page 3 Icon_minitimeMer 17 Sep 2014 - 15:58

pareil, je n'arrête pas de revenir en arrière pour retrouver un détail, une évocation, un lien des uns aux autres. C'est très ludique malgré la tristesse émanant de toutes ces pages...

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MessageSujet: Re: LC Sebald - Les Emigrants   LC Sebald - Les Emigrants - Page 3 Icon_minitimeMer 17 Sep 2014 - 20:29

la soupe de pierres : La Soupe de pierres est un conte qui montre comment la débrouillardise, l'initiative et la coopération permettent de sortir de l'embarras. Il illustre le proverbe « Aide-toi et le ciel t'aidera. »

Il est aussi connu sous les titres de La Soupe au clou, La Soupe de cailloux, … (source wikipedia)

il y a plusieurs versions en voici une http://www.michelpiquemal.com/IMGS/La%20soupe%20aux%20cailloux.pdf

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MessageSujet: Re: LC Sebald - Les Emigrants   LC Sebald - Les Emigrants - Page 3 Icon_minitimeJeu 18 Sep 2014 - 7:11

Je vais partir trop tard en France pour pouvoir me procurer Les Emigrants et participer à la LC. Dommage. Bonne continuation!

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MessageSujet: Re: LC Sebald - Les Emigrants   LC Sebald - Les Emigrants - Page 3 Icon_minitimeJeu 18 Sep 2014 - 8:37

tu pourras toujours lire le livre et mettre un com ici aussi si tu veux nous te lirons avec plaisir

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MessageSujet: Re: LC Sebald - Les Emigrants   LC Sebald - Les Emigrants - Page 3 Icon_minitimeJeu 18 Sep 2014 - 10:20

Ambros Adelwarth

3ème récit qui cette fois nous fait découvrir la famille de Sebald, celle qui a émigré aux Etats-Unis pour y trouver du travail (dans les années 20).
D'après ce que je comprends, Sebald décide de partir aux States à la recherche d'un oncle Théo mais il va y découvrir l'étrange destin d'un grand oncle Ambros.
Ambros est parti dès 1899 aux Etats-Unis pour y travailler en tant que majordome. Assez rapidement l'oncle Casimir explique qu'Ambros était homosexuel et avait des relations d'égal à égal avec ses différents employeurs. Il était tout autant invité que serviteur pour le diplomate qu'il accompagne jusqu'au Japon et compagnon de route de Cosmo Solomon, un richissime fils d'industriel.

Seulement Cosmo Solomon avait beau être riche, aventurier et voyageur, joueur invétéré et visionnaire, il finira dans un asile, désespéré et mutique, traversé par des hallucinations concernant la Première guerre mondiale à laquelle il n'a même pas participé.

Ambros le rejoindra quelques années plus tard, lui-même atteint par cette mélancolie douloureuse qui l'empêche de se pencher sur ses souvenirs, de les raconter, de les verbaliser.

Voilà ce que dit la tante Fini de Sebald qui a accompagné Ambros jusqu'à ses derniers jours :

Citation :
Comme même la plus infime des réminiscences, remontée très lentement pour lui de profondeurs visiblement insondables, était d'une étonnante précision, j'en suis venue peu à peu, en l'écoutant, à la conviction que s'il possédait une mémoire infaillible, il n'avait presque plus la capacité de souvenir qui lui aurait permis de renouer avec cette mémoire. Aussi se raconter était-il pour lui tout autant une torture qu'une tentative de se libérer, une sorte de sauvetage et à la fois un anéantissement impitoyable.

et un peu plus loin :

Citation :
En tout cas, plus l'oncle Adelwarth racontait, plus il était désespéré. Après la Noël 1952, il sombra dans une dépression si profonde qu'en dépit du très grand besoin qu'il avait de pouvoir raconter, il fut hors d'état d'articuler quoi que ce soit, la moindre phrase, le moindre mot, à peine le moindre son.

C'est un texte accablant qu'écrit Sebald, la douleur, la souffrance y sont terriblement palpable. Nous sommes face à des êtres inconsolables qui finissent par se réfugier dans le silence et l'anéantissement, dans la douleur muette et finalement la mort, parce qu'ils ne sont plus capable de révolte, de résistance ou de colère, ils ne sont plus capable de parler, dire, raconter, expulser hors de soi le mal, le mal de soi et le mal des autres, du monde qui va et qui lui ne meurt pas.
Je suis très émue par ce récit en particulier.

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Dernière édition par shanidar le Jeu 18 Sep 2014 - 11:41, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: LC Sebald - Les Emigrants   LC Sebald - Les Emigrants - Page 3 Icon_minitimeJeu 18 Sep 2014 - 11:14

j'avais compris au premier abord l'homosexualité quand l'oncle Kasimir dit "il était naturellement de l'autre bord, comme tout le monde pouvait le voir aisément" puis bien sur les forts liens avec Cosmo, le Conseiller de l'Ambassade du Japon, et il ajoute l'oncle "même si la parenté a toujours voulu l'ignorer, ou a fait en sorte de le masquer, ou, peut-être pour partie, n'a effectivement rien compris."

Cet homme est admirable, polyglotte, intelligent "d'une grande noblesse" comme le dit la tante Fini.

Sa décision de "s'interner" dans l'établissement psychiatrique est un suicide.

les descriptions du voyage de Milan, Venise, Grèce, Turquie, Syrie, Liban, Israël  sont  tout simplement superbes. Quel périple !

J'ai remarqué à plusieurs reprises que sa madeleine à lui c'était les monts enneigés, chaque fois il y retrouve  Gopprech !

tous les récits de Sebald sont d'une profondeur indéniable, et laissent peu d'espérance. Les personnages portent  leurs souvenirs comme une valise lourde qu'ils ont besoin de vider un jour devant une autre personne, une oreille attentive.

Je te disais que j'aimais de plus en plus cette lecture !

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MessageSujet: Re: LC Sebald - Les Emigrants   LC Sebald - Les Emigrants - Page 3 Icon_minitimeJeu 18 Sep 2014 - 11:39

Oui, il faut aussi parler de la manière dont Sebald-personnage investit le texte, se donnant toujours un petit rôle, un lien avec les personnes dont il parle, sans jamais vraiment expliquer ce qu'il cherche en exhumant leur vie, leur passé, leurs souvenirs. La fin du 3ème récit semble un peu plus personnel, Sebald parle d'un rêve et de son propre périple à Deauville (passage savoureux). Il est toujours très juste dans sa position, à la fois effacé et présent, récipiendaire silencieux de la parole et passeur de légendes. Il semble aussi attaché aux morts qu'aux vivants, c'est en tout cas ce que j'ai compris quand il raconte son arrivée à Manchester, la ville immense peuplée de millions d'êtres morts et vivants, comme si la différence n'avait aucune importance.

Peut-être ne partons-nous en voyage que pour aller ressusciter des morts...

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MessageSujet: Re: LC Sebald - Les Emigrants   LC Sebald - Les Emigrants - Page 3 Icon_minitimeJeu 18 Sep 2014 - 16:17

Je suis frappée par la récurrence dans ces textes de l'image de l'ermite, de l'homme qui a renoncé à la vie communautaire pour se réfugier dans la nature, près des bêtes (les ruches du Dr Abramsky) ou des plantes (le Dr Selwyn ou encore le vieux Solomon refugié dans sa serre). Si l'on veut bien s'arrêter sur l'idée d'un déracinement alors il est peut-être évident que ces hommes se soient réfugiés dans la nature pour y retrouver un peu des racines qui leur manquent, un peu de cette matière ligneuse sans laquelle rien ne tiendrait debout... Comme si à un moment donné il n'avait pu que renoncer au monde, parce que ce monde ne ressemblait pas à l'image qu'ils voulaient en avoir (médecin, psychiatre, industriel, peintre), ils tentent d'échapper à l'existence pour laquelle ils ont fait des études, ont émigré, se sont dévoués… Mais arrive toujours le moment où la nostalgie, la mélancolie, la dépression les rattrapent et tout comme Cosmo Solomon ou l'oncle Ambros, réfugiés eux dans la folie ou la catatonie, l'asile psychiatrique devient un refuge, l'enfermement une échappatoire.

Pas de révolte, pas de résistance possible contre la vie mais le suicide, l'enfermement, l'internement et la mort. Pas de révolte, pas de colère, pas de rébellion, parce que les mots ne sont plus exprimables, parce que la douleur n'est plus dicible, parce qu'il n'existe plus rien que la souffrance et son silence. En ne trouvant plus la force de parler, de mettre des mots sur la dépression, d'exprimer les peurs, les passés douloureux, les angoisses, les hommes qui peuplent ces récits sont passés de l'autre côté de la vie, dans le territoire sans lumières des fantômes.

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MessageSujet: Re: LC Sebald - Les Emigrants   LC Sebald - Les Emigrants - Page 3 Icon_minitimeJeu 18 Sep 2014 - 17:04

dans ce dernier récit, je trouve que Sebald se livre un peu plus, déjà lors de son arrivé à Manchester, à propos de l'appareil étrange (tea-maid) il dit : c'est cet appareil aussi pratique qu'étrange qui, par sa luminescence nocturne, son léger gazouillis le matin et sa simple présence pendant tout le reste de la journée, m'a raccroché à la vie à une époque où, étreint par un sentiment de délaissement pour moi incompréhensible, j'aurai très bien pu m'éloigner définitivement."

de même lorsqu'il préfère repartir en Angleterre plutôt qu'enseigner en Suisse.

Retrouvant la trace du peintre qu'il avait connu lors de son premier séjour en angleterre à Manchester, et ayant connaissance dans la presse  du passé douloureux de Ferber (parents d'origine Juive déportés et assassinés en 41) Tous deux se retrouvent avec plaisir, Ferber avoue à Sebald qu'ils n'a pas de souvenirs dans son pays d'origine au-delà de ses 8/9 ans, il a perdu la langue allemande.
Ferber confie à Sebald ce dont il se souvient, notamment l'ambiance à la maison de plus en plus étouffante dans les années 30, son père lui obtient un visa pour l'Angleterre Ferber s'envole donc le 17 mai 39. Dans ses souvenirs, il ne voyait pas ses parents, mais l'Oberwiesenfeld pendant toutes ces années "avec la même épouvantable précision."

Lors de ses adieux à Ferber, celui-ci donne à Sebald une liasse de documents enveloppée dans du papier d'emballage et retenue par une ficelle, contenant outre des photographies une centaine de pages manuscrites de la main de sa mère pour la période de 1939 et 1941, eux qui n'avaient pu obtenir de visa pour quitter l'allemagne.

Sebald après lecture de ce manuscrit décide de partir sur les traces de la famille de Ferber, ce qu'il fait ; c'est un parcours du souvenir absolument émouvant, bien que Sebald ne fut pas bien accueilli dans cette région, dans cette ville, deux visites m'ont particulièrement troublée, celle du cimetière où Sebald découvre le monument funéraire de Fritz et Luisa Ferber au-dessous des noms de Lily et Lazarus Lanzberg (famille de Luisa) ; Sebald dit "Je suis resté longtemps devant cette sépulture où il aura été donné à la seule Lily, qui avait mis fin elle-même à ses jours, de reposer.
Je ne savais que penser, mais avant de quitter l'endroit j'ai déposé, comme le veut la coutume, une pierre sur la tombe."


Ce séjour a été difficile aussi pour Sebald confronté à l'abêtissement et l'amnésie des Allemands, qui ont "nettoyé" les traces de ce passé. Il anticipe son départ .

la 2ème visite émouvante et quelque part rassurante, parce que le lieu est reconnaissable, la Saline où se rendait Luisa et où elle passa de bons moments.

Ferber est hospitalisé et Sebald voit qu'il vit mal cette situation avilissante pour lui "et avait conçu le dessein d'y échapper le plus tôt possible, d'une manière ou d'une autre."

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MessageSujet: Re: LC Sebald - Les Emigrants   LC Sebald - Les Emigrants - Page 3 Icon_minitimeJeu 18 Sep 2014 - 17:07

shanidar a écrit:
Je suis frappée par la récurrence dans ces textes de l'image de l'ermite, de l'homme qui a renoncé à la vie communautaire pour se réfugier dans la nature, près des bêtes (les ruches du Dr Abramsky) ou des plantes (le Dr Selwyn ou encore le vieux Solomon refugié dans sa serre). Si l'on veut bien s'arrêter sur l'idée d'un déracinement alors il est peut-être évident que ces hommes se soient réfugiés dans la nature pour y retrouver un peu des racines qui leur manquent, un peu de cette matière ligneuse sans laquelle rien ne tiendrait debout... Comme si à un moment donné il n'avait pu que renoncer au monde, parce que ce monde ne ressemblait pas à l'image qu'ils voulaient en avoir (médecin, psychiatre, industriel, peintre), ils tentent d'échapper à l'existence pour laquelle ils ont fait des études, ont émigré, se sont dévoués… Mais arrive toujours le  moment où la nostalgie, la mélancolie, la dépression les rattrapent et tout comme Cosmo Solomon ou l'oncle Ambros, réfugiés eux dans la folie ou la catatonie, l'asile psychiatrique devient un refuge, l'enfermement une échappatoire.

Pas de révolte, pas de résistance possible contre la vie mais le suicide, l'enfermement, l'internement et la mort. Pas de révolte, pas de colère, pas de rébellion, parce que les mots ne sont plus exprimables, parce que la douleur n'est plus dicible, parce qu'il n'existe plus rien que la souffrance et son silence. En ne trouvant plus la force de parler, de mettre des mots sur la dépression, d'exprimer les peurs, les passés douloureux, les angoisses, les hommes qui peuplent ces récits sont passés de l'autre côté de la vie, dans le territoire sans lumières des fantômes.

c'est formidablement exprimé, merci Shanidar !

le refuge de Ferber c'est sa peinture !

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MessageSujet: Re: LC Sebald - Les Emigrants   LC Sebald - Les Emigrants - Page 3 Icon_minitimeJeu 18 Sep 2014 - 20:44

C'est vraiment extraordinairement stimulant de faire ces lectures avec toi Bédoulène. Je ne me serais sans doute pas (ou différemment) arrêtée sur certains passages des textes de Sebald et ta correspondance me permet de prendre conscience d'une infinité de nuances qui m'auraient échappée... (l'épouvantable précision par exemple).

Je pense qu'une photo s'impose pour représenter cette incroyable machine à gaz, thé, heure et réveil s'il vous plait, dont parle Seblad et qui m'a totalement scotchée (je trouve incroyable la manière qu'il a de mêler le passé à son présent, ses recherches et sa vie...) :

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L'improbable machine qui fait réveil et vous sert votre thé au réveil. Ce qui me permet de souligner l'humour incroyable de Sebald, dans les pires situations, les plus délicates, les plus tristes il parvient à glisser un petit quelque chose qui sans jamais défigurer le moment lui donne une once de légèreté. Cet homme écrit avec son cœur, c'est indéniable et indéniablement fort la manière dont il nous livre la vie des autres...

J'essaie demain de parler de Nabokov (qu'il ne faudrait surtout pas oublier).

Je ne sais pas toi, Bédoulène, mais j'ai envie de tout lire de cet auteur mort beaucoup trop tôt !

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