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 Andrei Platonov [Russie]

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bix229
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MessageSujet: Andrei Platonov [Russie]   Lun 22 Sep 2014 - 20:10



Ecrivain russe, 1899-1951

Citation :
Il fut l'un des tout premiers écrivains à émerger de la Révolution de 1917 et à tenter de mettre en littérature l'esprit de la révolution bolchévique. Il participa à la guerre civile. Alors qu'il était un communiste fervent, la plus grande part de son œuvre a été interdite de publication de son vivant en raison de son scepticisme tant envers la collectivisation qu'envers la politique stalinienne. Il estimait que la révolution libérerait l'esprit populaire.

Platonov publie tout d'abord des nouvelles, dont Les Écluses d'Épiphane et La Ville de Villegrad (1926), ou Jokh, le filou, de 1927.

Après 1933, ses écrits sont régulièrement confisqués. Seules publications de son vivant, quelques nouvelles de guerre qui se plient aux critères du réalisme socialiste1 en vigueur en URSS.

Dans ses livres, il s'interroge sur le prix du progrès et sur les sacrifices supportés par le peuple pour réaliser des objectifs absurdes. On trouve dans ses œuvres également une satire de la bureaucratie et un certain pessimisme. Pour lui c'est le peuple russe qui a fait la révolution mais il a également laissé échapper le pouvoir. Il revient ainsi à Andrei Platonov, écrivain contemporain des grands travaux de transformation de l’espace qu’a connus la période stalinienne, d’écrire sur ces chantiers. Certes, Les Écluses d'Épiphane est antérieur au percement du canal de la mer Blanche (le texte est écrit en 1927, le chantier débute en 1931), mais il est contemporain des chantiers de mise en valeur des régions septentrionales et orientales de l’Union soviétique à partir de 1929, et c’est le cas, à plus forte raison, du roman La Mer de Jouvence.

Il est mort le 5 janvier 1951 à Moscou et est enterré au cimetière arménien de Moscou.
source et suite : wikipedia.org



Il y a bien longtemps, sur les conseils de la Quinzaine littéraire, je lus un livre au lyrisme fou,
Les Herbes folles de Tchevengour d' Andrei Platonov.
Ecrivain russe des années 20 et 30.

Un peu plus tard, je lus aussi un recueil de nouvelles, où, comme dans Tchevengour, on retrouvait un écrivaiin au ton unique.

Les lecteurs sont parfois oublieux et ingrats. Moi, en tout cas. J' avais d' autres livres de Platonov,
mais dès que je les feuilletais, me sautaient aux yeux les mots peuples, ouvriers, paysans.
Et comme ces écrits dataient des années 20, en pleine période du stalinisme, je me méfiais,
craignant qu' il s' agisse d' ouvrages d' apologétique du communisme.

Les années passèrent et hier, je feuilletais un livre de Vassili Golovanov : Espace et labyrinthes,
et je lus un article magnifique sur Platonov.
J' appris que Platonov avait  connu les pires atteintes de la critique stalinienne. Au point que son eouvre fut confisquée, censurée et ne parut pas du vivant de Platonov.
Golovanov explique l' importance de Platonov, n' hésitant pas à écrire qu' il était l' un des touts
meilleurs écrivains russes de l' époque.
Un écrivain qui n' avait pas de réponses sur l' époqe et qui ne savait meme pas sur quels sentiers ses romans ses romans allaient cheminer.
Platonov incarne le refus de la narration vue comme un fleuve. C' est dans l' obscurité du vivant
et la profondeur du vivant qu' il va chercher les origines de son oeuvre

Peu à peu, heureusment -trop tard pour Platonov, son oeuvre sortit enfin de l' obscurité et de

l' oubli et firent le bonheur de toute une génération de lecteurs, impressionnés par son originalité
littéraire et la foule de questions philosophiques, littéraires et humains que son oeuvre soulevait.
Il y avait là une empathie bouleversante à une humanité bafouée, écrasée.
Une sous-humanité plutot, enfin c' est ainsi qu' on la traitait.

L' oeuvre de Platonov s' est révélée capitale pour des écrivains de la génération de Golovanov.
Pour lui, Platonov avait écrit une oeuvre novatrice, sans aucun précédent. Et Golovanov note
comment une oeuvre aussi puissante et novatrice comme celle de Platonov, et notammnent
dans son oeuvre phare Tchevengour,  n' apporta rien à son auteur sinon des ennuis, des textes
tronqués ry l' oubli.



Poiur Golovanov, l' oeuvre de Platonov s' inscrit parmi des oevures capitales de l' époque comme
L' Envie : Iouri Olecha, Le Maitre et Marguerite : Boulgakakov et L' Invitation au supplice :
Nabokov, et quelques autres.
Tchevengour, c' est l' histoire d' une révolution des steppes dormantes; ignorant les théories du

pouvoir soviétique. C' est aussi un livre d' une grande générosité, d' une liberté de ton étonnante.
Bref, l' un des plus étonnants voyages littéraires de l' époque.
Que Platonov, le bolchevik, l' ingénieur ait écrit un livre aussi novateur, meme lui l' ignorait.


Quand j' ai lu moi-meme ce livre je me suis trouvé plongé dans un territoire littéraire inconnu,
animé d' une passion tangible, d' un enthousiasme lyrique absolument fou.
A lire l' article de Golovanov, je me suis rendu compte que mon silence et mon refus de plonger
dans l' univers de Platonov était en partie du au malentendu qui, à le feuilleter négligemment,
me faisait penser -à tort- qu' il s' agissait d' un ouvrage d' apologétique du régime.

A quel point, j' en étais loin, c' est ce dont je prends conscience en lisant le texte passionné, passionnant de Golovanov.
Inutile de vous dire que je vais essayer de combler mes lacunes,  oublier mes prejugés, mes aveuglments pour une réhabilitation personnelle qui me tient à coeur.


J' espère que l' oeuvre de ce fou de Platonov vous touchera aussi et je vous invite, sans plus tarder
à vous plonger dans Tchevnegour et aussi  toutes ces oeuvres qui ont eu tellement de mal à sortir
de l'obscurité et de l' ostracisme qui les frappa.



BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE :

- Tchevengour

- La Ville de Villegrad

- Les Ecluses d' Epiphane

- L' Homme essentiel

- Djann

- Makar pris de doute

- La Fouille


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Dernière édition par animal le Ven 26 Sep 2014 - 20:34, édité 2 fois (Raison : ajout biographie)
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Andrei Platonov [Russie]   Lun 22 Sep 2014 - 21:16

quel enthousiasme Bix ; tu nous en diras plus après lecture.

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bix229
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MessageSujet: Re: Andrei Platonov [Russie]   Lun 22 Sep 2014 - 21:47

Bédoulène a écrit:
quel enthousiasme Bix ; tu nous en diras plus après lecture.
 Mon enthousiasme est de circonstance, après une nuit infernale, mais dont Platonov, Golvanov et
Nakajima Atsushi sont en partie la cause.

Regarde s' ils ont Tchevengour à ta BM ?

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marc et cie
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MessageSujet: Re: Andrei Platonov [Russie]   Mar 23 Sep 2014 - 7:21

c'est tentant, en tout cas.
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Andrei Platonov [Russie]   Mar 23 Sep 2014 - 13:36

pas Platonov !

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colimasson
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MessageSujet: Re: Andrei Platonov [Russie]   Mar 23 Sep 2014 - 15:03

Pourquoi ce cri du coeur Bédoulène ?
Ca m'intrigue... tu as des extraits à proposer Bix ?

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J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
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MessageSujet: Re: Andrei Platonov [Russie]   Mar 23 Sep 2014 - 15:06

colimasson a écrit:
Pourquoi ce cri du coeur Bédoulène ?
Ca m'intrigue... tu as des extraits à proposer Bix ?

parce que les livres cités par Bix je les trouve rarement en médiathèque !!!!!!!!! (mais je l'aurais un jour ! ) sourire


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bix229
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MessageSujet: Re: Andrei Platonov [Russie]   Mar 23 Sep 2014 - 16:19

Bédoulène a écrit:
quel enthousiasme Bix ; tu nous en diras plus après lecture.
Mais j' ai un grand souvenir de Tchevengour !

C' est un grand livre et qui ne ressemble à aucun autre !
Pareil pour le recueil de nouvelles.
Et le prochain sera Les Ecluses d' Epiphane. - Gallimard/Du monde entier

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MessageSujet: Re: Andrei Platonov [Russie]   Mar 23 Sep 2014 - 16:24

colimasson a écrit:
Pourquoi ce cri du coeur Bédoulène ?
Ca m'intrigue... tu as des extraits à proposer Bix ?

Mais non ! Bedou est assez gentille pour me faire confiance !
Comme toi, de temps en temps... Meme si tu n' a pas aimé Réjean Ducharme...Pas asez intello pour
toi... C' est un livre d' empathie désespérément affective,  presque viscérale. Tiens, je parie que Bédou l' aimerait !

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Max
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MessageSujet: Re: Andrei Platonov [Russie]   Mar 23 Sep 2014 - 19:19

Ah, Tchevengour !
Je l'attends de pied ferme, celui-là. Je fantasme dessus à mort depuis quelques temps. Il paraît en effet que Platonov c'est énorme.
Hélas pour moi, les années 20 russes sont loin encore. J'ai repris ce mois-ci justement mes russes. 1848-49, par là... j'avance doucement...
Je suis un peu deg de penser que je ne lirai pas cet auteur avant quelques années encore, par pure geekerie livresque... Pfff.

Il y en a d'autres comme ça d'écrivains que je suis pas près de lire... (F.) Sologoub, Brioussov, Biély, Bogdanov, Grine, Rezimov, Tchaïanov, j'en passe et des meilleurs. Ils me font baver  Crying or Very sad


Pour revenir à Platonov, je me souviens notamment de Soljenitsyne qui l'évoque au cours d'un entretien. Dialogues avec Soljenitsyne, 1998.
Pour ceux qui n'ont pas vu cet "entretien", c'est vraiment (vraiment vraiment) superbe . Je me souviens l'avoir regardé trois fois d'affilée lorsque je l'ai découvert, tellement c'est magnifique.

Je mets le lien (de la 1ère partie). A voir et rerevoir avec la suite.
https://www.dailymotion.com/video/xno4ev_entretien-avec-alexandre-soljenitsyne-1-3_news

Extrait au sujet de Platonov :

Citation :
- J’ai l’impression que la langue de Platonov s’est élaborée sous l’influence d’une certaine presse russe de l’époque, soviétique.
- Soljenitsyne : De la presse soviétique ? Non.
- D’un groupe de personnes… qui écrivait beaucoup, sa langue semble être le fruit d’une alchimie singulière.
- Non, il n’a pas subi l’influence de la grande culture. Dieu merci. S’il n’avait pas travaillé comme aide-cheminot, s’il avait commencé par l’académie, ce Platonov là n’existerait pas. C’est… quelqu’un… Il a une langue vraiment vivante, n’est-ce pas ? Il est simplement l’image vivante de gens simples de chez nous, qui ont été surpris par la révolution et s’efforcent par eux-mêmes de la comprendre et de l’exprimer. D’où cette façon d’exprimer les choses, à tâtons. Ce monde est si complexe, à l’intersection du monde traditionnel, d’où il est issu, comme ses parents, sa famille et le reste, et de l’incroyable nouveau monde soviétique dans lequel il veut croire. Car il veut croire. Il n’est pas le véhément critique antisoviétique qu’on a présenté. Mais il veut croire, comprendre, mais par lui-même. C’est pourquoi il tâte les objets, presque à l’aveuglette. Il manie les mots pour voir comment ils s’articulent.
- Comment l’imaginez-vous ? Quel homme était-il ? Comment marchait-il, parlait-il ? A quoi ressemblait-il ?
- A un autodidacte génial. Un autodidacte génial invente la machine à vapeur... Un autodidacte absolument génial. C’est intéressant. Oui. J’aime beaucoup sa syntaxe. Mais pour écrire sur lui et je veux écrire sur lui, il faut beaucoup de travail. Le temps me manque. Peut-être un jour…
- Quelle tristesse de penser que sa vie fut si difficile, si insupportable. Tout fut si cruel !
- Ce désastre avec son fils... Il a dû écrire des choses prosoviétiques. J’ai de la pitié pour ceux qui ont écrit des choses prosoviétiques. Lui, il l’a fait un tout petit peu. Oui, juste un peu. Un peu.
- Mais il reste étonnant et ne ressemble à personne.
- A personne.
- Soudain, un homme apparaît, comme une plante, une plante unique dans la forêt. Il aurait pu ne pas exister.
- Il aurait pu. Il est unique.
- Pour le milieu littéraire, quelle est la signification de l’arrivée dans le monde d’écrivain de cet acabit, d’un tel…
- N’oubliez pas qu’en Russie, la censure bolchevique a contraint à la création clandestine. Poèmes, romans naissaient, sans que personne ne les connaissent. Ils sont remontés à la surface avec un retard impardonnable. Ils auraient pu en temps voulu avoir un effet social énorme. Mais ils ont été affaiblis par leur parution différée de 50 ans.
- Les écrivains ont-ils été influencés par l’extraordinaire langue… de Platonov ? L’écrivain est-il sensible aux influences ?
- Ils ont tous une langue savoureuse. Un bon vocabulaire, haut en couleurs. Mais la syntaxe… Platonov, justement, n’a pas apporté grand-chose au vocabulaire. Chez lui, tout était dans la syntaxe. Mais, en termes de syntaxe, chez aucun je ne décèle aucune influence de Platonov. Je ne sais pas. Platonov est trop singulier…
- Pas moyen de l’imiter ?
- Non. Non, il y a eu quelques cas auparavant, il y a même eu ces associations de mots, on pouvait commencer… Récemment, j’ai cité un exemple de l’écriture pré-platonovienne. Du Platonov précoce. Il y avait un peu de cela dans les œuvres d’Apollon Grigoriev, de Herzen. Quelques petits éléments dispersés. Je n’ai en vue que la syntaxe, les expressions, la gouvernance des mots. Mais, évidemment, Platonov est le roi.

Mais il faut voir l'interview avec les images, les longs silences, cette sagesse... etc.
Dans mon Top 3 des interviews crépusculaires.
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bix229
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MessageSujet: Re: Andrei Platonov [Russie]   Mar 23 Sep 2014 - 19:26

Bravo, lis le, Max !
Voilà un livre qui est au niveau des fantasmes ! C' est dire !

Et on mettra  Platonov en auteur du mois et ça comblera une grosse lacune ! sourire

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colimasson
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MessageSujet: Re: Andrei Platonov [Russie]   Ven 3 Oct 2014 - 16:26

bix229 a écrit:
colimasson a écrit:
Pourquoi ce cri du coeur Bédoulène ?
Ca m'intrigue... tu as des extraits à proposer Bix ?

Mais non ! Bedou est assez gentille pour me faire confiance !
Comme toi, de temps en temps... Meme si tu n' a pas aimé Réjean Ducharme...Pas asez intello pour
toi... C' est un livre d' empathie désespérément affective,  presque viscérale. Tiens, je parie que Bédou l' aimerait !

Laughing Je ne cherche pas l'intello... Réjean Ducharme et moi serions simplement très incompatibles sensuellement (et plus si affinités)

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tom léo
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MessageSujet: Re: Andrei Platonov [Russie]   Ven 3 Oct 2014 - 22:30

Je confirme le status exceptionnel de Platonov. Rien de pareil. J'avais jamais lu quelques choses de... si bizarre, profond, littérairement intéressant. Cela fut - il y a déjà beaucoup d'années - une des rares recommandations littéraires auxquelles se risquait un très bon ami russe. Donc, j'avais lu la Fouille, Tchevengour, Djann, Makar pris de doute, Le chemin d'éthère et... j'ai oublié les titres. Je sentais quelque chose qui me dépassait en français (voir pour des éditions chez l'excellent "L'âge d'homme", cf la page: http://www.lagedhomme.com/boutique/liste_produits.cfm?type=1&code_lg=lg_fr&num=1&pag=6), mais qui m'intriguait fortement. Récemment j'ai trouvé chez un antiquaire allemand une édition en allemand que j'ai acheté. Elle attend le relecture. Et vous entendrez de moi...!

Il s'agit là de Djann que je trouvais le plus fort de tout ce que j'ai lu.

Ce qui ressort comme impression partiellement de ces lectures c'est que dans les années 20 le rêve était permis: l'amélioration vers le meilleur, des avancées techniques favorables vraiment aux hommes. Cela frise l'utopie, voir la science-fiction. Mais écrit avec une telle plume qu'on peut distinguer toute de suite l'écriture de Platonov.

Vraiment à découvrir!
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bix229
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MessageSujet: Re: Andrei Platonov [Russie]   Ven 12 Fév 2016 - 19:10

Bien d' accord, Tom !

Avant que je vous parle de Moscou heureuse, une nouvelle superbe que j' ai du lire à 16 ou 17 ans. Platonov était alors pratiquement
inconnu en France.

La vieille femme de fer (Железная старуха)
"Les feuilles bruissaient sur l’arbre; le vent chantait, poursuivant sa randonnée à travers le monde. Le petit Egor, assis dans l’herbe, écoutait la voix des feuilles et le doux murmure de leurs paroles.
Egor voulait savoir ce que disait le vent, de quoi il lui parlait; tournant son visage vers lui, il demanda:
– Qui es-tu? Que me racontes-tu?
Le vent fit silence, comme si à cet instant, lui-même eût écouté le garçon, puis il se remit à chuchoter, faisant bouger les feuilles, recommançant sa chanson.
– Qui es-tu? demanda à nouveau Egor, qui ne voyait personne.
Mais il n’obtint pas de réponse. Le vent était parti et les feuilles s’endormirent. Egor attendit: qu’allait-il se passer? Alors, il vit seulement que le soir tombait. La lumière jaune d’un soleil tardif éclairait le vieil arbre qui avait pris les teintes de l’automne. La vie sembla soudain ennuyeuse. Il fallait rentrer à la maison, pour dîner et dormir dans l’obscurité. Egor n’aimait pas dormir. Il aimait vivre sans interruption, afin de voir tout ce qui existait en dehors de lui. Il regrettait qu’il faille fermer les yeux, la nuit, tandis que les étoiles scintillaient au firmament, sans qu’il y soit pour quelque chose.
Il souleva de terre un scarabée, qui se rendait, à travers les herbes, vers son trou, pour y passer la nuit. Il scruta la frêle tête immobile et les bons yeux noirs, qui, de leur côté, regardaient avec Egor le monde entier.
– Qui es-tu? demanda Egor au scarabée.
L’insecte ne répondait rien. Mais Egor comprenait que le scarabée savait quelque chose que lui, Egor, ne savait pas. Seulement, il faisait semblant d’être petit; il s’était changé exprès en scarabée et se taisait. En réalité, ce n’était pas une petite bête, mais quelqu’un d’autre, on ne savait qui.
– Tu mens, s’écria Egor, en retournant l’insecte ventre en l’air, afin de deviner le secret de son existence.
Mais le scarabée se taisait toujours; de toute la force de sa colère, il remuait ses pattes rigides, disputant sa vie au petit homme et refusant de le reconnaître. Le ferme courage de l’insecte étonnait Egor, et il se mit à l’aimer. Mais ce qui l’étonnait encore plus, c’est que ce n’était pas un scarabée, mais quelqu’un de plus important et de plus intelligent.
– Tu mens! Tu n’es pas un scarabée, chuchota Egor au visage même de l’insecte, en l’observant minutieusement. Ne te dissimule pas, j’arriverai bien à savoir qui tu es. Il vaut mieux pour toi que tu consentes tout de suite à me dire la vérité.
Le scarabée détendit toutes ses pattes à la fois vers Egor. Alors Egor cessa de se disputer avec lui.
– Quand je tomberai entre tes mains, je ne te raconterai rien, moi non plus.
Et il lâcha l’insecte afin qu’il pût s’envoler et vaquer à ses affaires.
Le scarabée commença par voler, puis il se posa sur le sol et continua à pied son chemin. Et Egor s’ennuya aussitôt de l’insecte. Il comprit qu’il ne le retrouverait plus jamais, car il y avait au village une multitude d’autres petites bêtes semblables. Quant à celle-ci, elle vivrait quelque part, puis elle mourrait et oublierait leur rencontre, seul Egor se souviendrait de cet insecte mystérieux.
Une feuille morte tomba de l’arbre. Il y a quelque temps, elle avait poussé sur l’arbre, provenant de la terre; elle avait longtemps regardé le ciel et, maintenant, voici qu’elle retournait du ciel à la terre, comme si elle revenait à la maison après un long voyage. Un vermisseau grisâtre, maigre et pâle, rampa sur la feuille.
– Qui donc est celui-ci? se demanda Egor, devenant rêveur devant le vermisseau. Il n’a ni yeux, ni tête. Avec quoi pense-t-il donc?
Egor le prit donc dans sa main et l’emporta chez lui.
Le soir était déjà tombé; les lumières étaient allumées dans les isbas. Tout le monde était rentré des champs, afin de vivre ensemble, car l’obscurité enveloppait tout.
A la maison, sa mère fit souper Egor, puis elle lui dit d’aller au lit et lui rabattit une couverture par-dessus la tête, afin qu’il n’eût pas peur de dormir et qu’il n’entendit pas les bruits effrayants qui retentissent parfois, au milieu de la nuit, dans les champs, dans les bois et dans les ravins. Egor s’enfouit sous la couverture et desserra la main gauche où il tenait toujours son petit vermisseau.
– Qui es-tu? demanda  Egor en approchant la petite bête tout près de son visage.
Le vermisseau sommeillait; il restait immobile dans la main grande ouverte. Il sentait bon la rivière, la terre fraîche et l’herbe. Il était minuscule, net et inoffensif. C’était probablement un enfançon, à moins que ce ne fût un maigre petit vieillard.
– Pourquoi vis-tu? interrogea Egor. Tu te sens bien? Oui ou non?
Le vermisseau se recroquevilla dans sa paume, sentant la nuit et aspirant au repos. Mais Egor n’avait pas envie de dormir; il voulait encore vivre, jouer avec n’importe qui; il souhaitait que ce soit déjà le matin derrière la fenêtre et qu’il pût sortir du lit.
Cependant, les fermes étaient plongées dans la nuit qui seulement commençait et qui durerait encore longtemps. On ne pouvait tout entière la vivre dans le sommeil. Même si l’on s’endormait, on se réveillerait avant l’aube, en ces instants terribles où tout repose: les hommes et les herbes. Celui qui s’éveillait alors vivait solitaire au monde; personne ne le voyait ni ne se souciait de lui.
Le vermisseau était toujours dans la main d’Egor.
– Veux-tu? je serai toi, et, toi, tu seras moi, lui proposa Egor. Alors je saurai qui tu es. Quant à toi, tu seras un homme, comme moi. Tu t’en trouveras mieux.
Le vermisseau n’accepta pas. Il dormait, vraisemblablement, sans penser à ce qu’était Egor.
– J’en ai assez d’être Egor et toujours Egor, chuchota le garçon. Je voudrais aussi être quelque chose d’autre. Réveille-toi, vermisseau. Viens bavarder avec moi; pense à moi; moi, je penserai à toi…
La mère entendit son fils parler et s’approcha de lui. Elle ne dormait pas encore. Elle s’affairait toujours dans l’isba, ayant à terminer les derniers travaux qu’elle n’avait pu achever au jour.
– Pourquoi ne dors-tu pas? Qu’as-tu à chuchoter? lui dit-elle, en bordant son lit. Dors. Sinon la vieille femme de fer, qui erre la nuit dans les champs à la recherche de ceux qui ne dorment pas, t’emportera avec elle.
– Maman, comment est cette vieille? demanda Egor.
– Elle est en fer. On ne la voit pas. Elle vit dans les ténèbres. Elle effraye les hommes; elle obscurcit leurs coeurs.
– Mais, qui est-elle?
– Qui peut le savoir, mon petit? Quant à toi, dors, fit la mère. N’aie pas peur d’elle. Il est possible qu’elle ne soit personne; à moins que ce ne soit une pauvre vieille…
– Et où habite-t-elle? interrogea Egor.
– Elle passe dans les ravins, cherche les herbes, grignote des os desséchés, et lorsque quelqu’un meurt, elle s’en réjouit. Elle veut rester seule sur terre et elle vit, elle vit, attendant que tout le monde meure et qu’elle soit seule à errer, cette vieille femme de fer. Eh bien! dors à présent; elle n’entre pas dans les isbas. Je vais fermer la porte.
Le mère s’éloigna de son fils. Egor cacha le vermisseau sous son oreiller, afin qu’il y dorme au chaud et qu’il ne craigne rien.
– Maman, et toi, qui es-tu? Demanda-t-il.
Pourtant la mère ne lui répondit rien. Elle estima qu’Egor parlerait encore un peu et qu’il s’endormirait ensuite, car on voyait qu’il avait déjà sommeil.
– Et moi, qui suis-je? pensa Egor, sans pouvoir trouver de réponse. Moi aussi, je suis bien quelque chose. Il est impossible que je ne sois rien.
Le silence emplit l’isba. La mère se coucha; le père, lui, dormait depuis longtemps. Egor prêta l’oreille. De temps en temps, la haie gémissait dans la cour. C’était un érable qui, dressé contre elle, l’agitait. Egor avait remarqué que même par le temps le plus calme l’érable se balançait légèrement, comme s’il tendait on ne savait vers quoi, voulant grandir plus vite ou bien bouger et partir, tandis que la haie craquait continuellement à cause de lui, se plaignant d’être dérangée. C’était certainement ennuyeux d’être arbre et de vivre toujours au même endroit.
– Maman, appela doucement Egor, en sortant la tête d’en dessous la couverture. Qu’est-ce qu’un érable?
Mais la mère s’était déjà endormie et nul ne répondit à Egor. Il essaya de pénétrer l’obscurité. La fenêtre qui donnait sur le champ de millet reflétait la lumière trouble de la nuit, comme si derrière elle s’étalait la profondeur d’une eau immobile. Egor se souleva dans son lit, pensant à ce qui se passait maintenant dans le champ obscur et à celui qui marchait solitairement sur la route lointaine, portant au dos une besace remplie de pain. Quelqu’un, certainement, marchait sans aucune crainte, sur la route déserte. Qui était-ce?
Au loin, quelqu’un soupire lentement, puis gémit et se tut. Egor se mit devant la fenêtre; l’éclat de la terre obscure éclairait toujours les vitres, mais le son triste comme un soupir se fit à nouveau entendre. Etait-ce une charrette qui passait dans le lointain, ou bien la vieille femme de fer qui allait par le ravin, souffrant de voir les hommes vivre et naître? Elle n’aurait jamais la patience d’attendre d’être seule au monde.
– J’irai et j’apprendrai tout, décida Egor. Que se passe-t-il la nuit? qui est cette vieille?
Il mit ses culottes et sortit pieds nus.
L’érable remuait ses branches, prêt à prendre la route; les pissenlits se frottaient contre la haie et la vache ruminait dans l’étable. Personne ne dormait dans la cour.
Les étoiles lumineuses scintillaient au ciel; il y en avait tant qu’elles semblaient proches; c’est pourquoi, la nuit, sous les étoiles on n’avait pas peur, tout comme en plein jour, parmi les fleurs des champs.
Egor longea le millet, passa devant les tournesols ensommeillés et murmurants et prit la route abandonnée et solitaire, se dirigeant vers le ravin.
Le ravin était vieux; l’eau ne le creusait plus et il était envahi de hautes herbes et de broussailles. Les vieux et les vieilles y venaient chercher de l’osier et, en hiver, ils en tressaient des corbeilles, dans leurs isbas.
Lorsque Egor fut passé, les herbes et les broussailles se refermèrent derrière lui. Quand il fut au fond du ravin, il vit qu’il y faisait plus calme et plus sombre qu’en haut de la terre. Aucun brin d’herbe, aucune feuille ne remuaient ici et il se prit à trésaillir.
– Etoiles, veillez sur moi, murmura Egor, car, seul, j’ai si peur!
Mais du ravin on ne pouvait apercevoir que trois étoiles, et celles-là ne scintillaient que faiblement à une hauteur vertigineuse, comme si elles s’étaient éloignées, obscurcies par les ténèbres.
Egor caressa l’herbe, aperçut un caillou, puis secoua une touffe de pissenlit, qui ressemblait à celle de la cour familière de sa ferme. Il se débarrassa de son angoisse, car il les sentait avec lui, eux, qui vivaient ici, sans éprouver de crainte. Bientôt, il découvrit une petite caverne, creusée au flanc du ravin, d’où l’on extrayait de l’argile; il s’y blottit. A présent, l’envie de dormir l’envahissait, car il s’était fatigué à vivre et à gambader toute la journée.
« Lorsque la vieille femme de fer passera, je l’appellerai », pensa Egor se recroquevillant pour se préserver de la fraîcheur nocturne. Il ferma les yeux.
Un calme complet enveloppait la terre; tout se taisait; le voile céleste cachait les étoiles, tandis que l’herbe baissait la tête, comme si elle mourait.
Un bruit lugubre retentit dans ces terres basses, comme eût passé le soupir de regret de tous les hommes morts. Egor ouvrit aussitôt les yeux, ayant entendu dans son sommeil ce bruit si triste. Au-dessus de lui, il vit un corps sombre, grand et trouble dans la nuit noire environnante, prêt à surgir et prêt à disparaître.
– Qui es-tu? demanda Egor. Es-tu la vieille?
– Oui, la vieille, répondit-on.
– Et tu es en fer? J’ai besoin de celle qui est en fer.
– A quoi te servirai-je? demanda la vieille femme de fer.
– Je voudrais te voir. Qui es-tu? A quoi sers-tu? interrogea Egor.
– Quand tu seras sur le point de mourir, alors je te le dirai, répondit la voix de la vieille.
– Si tu me le dis, alors je consens à mourir, accepta Egor, saisissant une motte de terre glaise, afin d’en aveugler la vieille pour la vaincre.
– Viens plus près; je vais te le dire à l’oreille.
Et, pour la première fois, la vieille bougea et de nouveau retentit le bruit habituel et lugubre du fer qui grinçait ou des os desséchés qui craquaient.
– Viens vers moi, je te raconterai tout, et alors tu mourras. Sinon, toi, qui es petit, tu as encore beaucoup à vivre et je devrai longtemps attendre ta mort. Aie pitié de moi, je suis vieille.
– Mais qui es-tu donc? Dis-le-moi, demanda Egor. N’aie pas peur de moi; vois, moi, je ne te crains pas.
La vieille se pencha vers Egor, se rapprochant de lui. Le garçon se blottit dos contre terre dans sa caverne et, les yeux grands ouverts, dévisagea la vieille femme de fer qui s’inclinait vers lui. Lorsqu’elle fut tout contre lui et qu’il n’y eut plus, entre eux, qu’un peu de ténèbres, Egor se mit à crier:
– Je sais, je sais qui tu es. Je n’ai pas besoin de toi. Je te tuerai.
Et il jeta à la face de la vieille une poignée d’argile. Lui-même perdit connaissance et se serra tout contre le sol.
Mais, même évanoui, et le visage collé au sol, Egor entendit encore la voix de la vieille femme de fer:
– Tu ne me connais pas; tu ne m’as pas bien regardée. Pourtant, toute ta vie, j’attendrai ta mort et je te tourmenterai parce que tu ne me crains pas.
– Mais si, j’ai eu un peu peur; mais je m’habituerai et je cesserai de te craindre, pensa Egor en retombant dans le sommeil.
Une sensation de chaleur familière le réveilla. De grandes mains douces le portaient. Il questionna:
– Qui es-tu? Tu n’es pas la vieille?
– Et toi? Qui es-tu? lui demanda sa mère.
Egor ouvrit les yeux, puis les referma: la lumière du soleil éclairait de nouveau tout le village, ainsi que l’érable dans la cour et la terre tout entière. Egor ouvrit encore les yeux et aperçut le cou de sa mère, tout contre sa tête.
– Pourquoi t’es-tu enfui dans le ravin? demanda la mère. Nous t’avons cherché dès le petit matin. Le père est parti, très inquiet, travailler dans les champs.
Egor raconta que, dans le ravin, il avait lutté avec la vieille femme de fer, mais qu’il n’avait pas eu le temps de bien voir son visage car il lui avait jeté de la glaise à la figure.
La mère se mit à réfléchir. Puis elle posa Egor à terre et le regarda comme s’il eût été un étranger.
– Marche sur tes propres pieds, lutteur… Tu as dû rêver…
– Non, je l’ai vue, en réalité, affirma Egor. Il existe des vieilles femmes de fer.
– Après tout, c’est possible qu’il en existe, consentit la mère en emmenant son fils vers la maison.
– Mère, qui est-elle donc?
– Moi, je ne sais pas. J’en ai entendu parler. Je ne l’ai jamais vue moi-même. Les gens disent que c’est notre destinée ou notre peine qui marche. Quand tu seras grand, tu l’apprendras bien par toi-même.
– Les destinée? prononça Egor. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Je grandirai encore un peu, puis j’attraperai la vieille femme de fer…
– Attrape-la, attrape-la, mon petit, fit la mère. En attendant, je vais t’éplucher quelques pommes de terre et je te les ferai sauter…
– Ca, je veux bien, consentit Egor. Je commence à avoir faim. Il y a des vieilles qui sont fortes. Je me suis bien fatigué à combattre contre elle.
Ils entrèrent dans l’isba. Sur le plancher, rampait le petit vermisseau qui, sortant du lit d’Egor, rentrait chez lui, dans la terre.
– Rampe, être muet, murmura Egor. Eh quoi! Qui est-il donc? Il n’a pas voulu me le dire. Plus tard, je le saurai quand même. Et je devinerai aussi qui est la vieille. Quant à moi, je deviendrai un vieil homme de fer.
Egor s’arrêta sur le seuil et se mit à réfléchir:
– Je ferai exprès d’être en fer, afin de tant effrayer la vieille femme qu’elle en mourra. Et puis, je ne resterai plus en fer. Je ne le veux pas. Je redeviendrai petit garçon auprès de ma mère."

Contes de ma patrie. - Paris : La Jeune parque. trad du russe par Maurice Metzel

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MessageSujet: Re: Andrei Platonov [Russie]   Lun 15 Fév 2016 - 19:56



La jeune Moscou, (c' est une femme) est née pendant la "révolution d' Octobre". Orpheline, sans passé, elle garde pourtant de son
enfance des souvenirs épars, confus et obsédants.
Enfant vagabonde en quete de nourriture, elle est recueillie dans une maison d' enfants. La révolution lui a tout pris, mais lui a donné
le gite et le couvert, une instruction et un métier. Elle se sent donc redevable envers la société. Elle a l' impression d' etre une femme
émancipée, libérée.
Belle et charismatique, elle attire le regard des hommes, mais après un mariage précoce et raté elle adopte une ligne de conduite déconcertante.
Elle accompagne la vie de quelques uns pendant un bout de chemin. Des hommes honnêtes et idéalistes. A qui elle inspire des sentiments
amoureux mais en conflit avec leurs idéaux sociaux.
La vie l' appelle ailleurs, toujours ailleurs. Rayonnante, obstinée, combattive, elle semble invincible. L' incarnation meme d' un
avenir nouveau.

Ainsi sont ces personnages qui, comme tous ceux dans'œuvre de Platonov veulent  contribuer au bien etre de l' humanité. Des idéalistes
aveuglés  par eux-mêmes plus encore que par la situation réelle du pays ou par la propagande officielle.
Tous se perdent dans des espérances reveuses,, des illusions, des chimères. Qui les sauvent au moins un moment.
Et d' ailleurs, les années 30 renforcent le pouvoir de la tyrannie de la bureaucratie stalinienne. Et la technique est impuissante à réchauffer l' humanité.
Moins encore à la sauver.

Et Moscou se rend bien compte de l' omniprésence de la misère, de la souffrance, de la solitude. D' autant que ses aspirations profondes
seraient d' aller vers l' égalité, le bien-etre, la beauté.
Moscou observe les autres, toujours avec générosité. Parfois elle les envie, allant jusqu' à leur imaginant provisoirement une vie somme toute, où les attachements humains seraient bénéfiques.

"Moscou ne savait à quoi s' attacher, chez qui entrer, afin de vivre d' une vie heureuse et ordinaire. Il n' était pas pour elle de joie dans les maisons, elle ne trouvait pas de paix dans la chaleur des poeles ni la lumière des abat-jour. Elle aimait, certes, la flamme des buches et
l' électivité, mais comme si elle était elle-même la flamme et l' électricité, et non un etre humain.
Comme si elle était cette force en émoi, au service du monde et du bonheur terrestre." P. 115

Mais la vraie vie est ailleurs.
A force de se projeter dans un avenir abstrait, elle se découvre des frustrations qu' elle n' ose s' avouer. Et que le roman ne dit pas.

Ce livre est noir. Forcément. Plus encore que d' autres de Platonov, tels que le célèbre Tchevengour. Il est bien possible que son époque
 ait perçu Platonov comme un geneur. Sans meme parler de la hiérarchie  bureaucratique.
Mais les lecteurs d' alors n' ont pas eu l' occasion de le juger. La censure était passée par là.

Platonov est inclassable. Il ne ressemble à aucun autre écrivain et c' est intrigant.
Platonov est un écrivain déroutant. Je ne peux en dire plus, il faut le lire, mais je souhaite que le lecteur surmonte l' obstacle.
Parmi les écrivains que j' aime et que j' admire, Platonov est l' un de ceux qui me touchent le plus.
Depuis sa réhabilitation, il ne cesse d' etre admiré et commenté en Russie par des écrivains de premier plan comme Brodsky ou
Golovanov.

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