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 Seyhmus Dagtekin [Turquie]

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Arabella
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MessageSujet: Seyhmus Dagtekin [Turquie]   Sam 11 Oct 2014 - 22:45

Seyhmus Dagtekin (1965 -   )






Copié sur Wikipédia

Seyhmus Dagtekin est né en 1964 à Harun, village kurde dans le sud-est de la Turquie. Après des études de journalisme à Ankara, il arrive en 1987 à Paris où il vit depuis. Il écrit en turc, en kurde ou directement en français. Auteur de neuf recueils de poésie, dont sept parus aux éditions Le Castor Astral, et d’un roman, À la source, la nuit, chez Robert Laffont, il compte aujourd’hui parmi ceux qui renouvellent la langue poétique française.

Il est lauréat du Prix Mallarmé en  2007 et du Prix Théophile Gautier de l'Académie française 2008 pour Juste un pont sans feu(Le Castor Astral, 2007), du Prix_International  de la poésie francophone Yvan Goll pour Les chemins du nocturne (Le Castor Astral, 2000) et son roman a reçu en 2004 la mention spéciale du Prix des cinq continents de la francophonie.


Seyhmus Dagtekin va régulièrement à la rencontre du public, où ses lectures font sensation, et publie dans de nombreuses revues.

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Arabella
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MessageSujet: Re: Seyhmus Dagtekin [Turquie]   Sam 11 Oct 2014 - 22:49

A la source, la nuit


L’unique roman de l’auteur. Si toutefois on peut appeler ce texte roman. Que ceux qui recherchent un récit, des péripéties, une trame, un début et une fin passent leur chemin. L’auteur évoque dans ce livre ses souvenirs d’enfance dans un village kurde perdu, sans électricité, dont sans radio, télé, téléphone…Tout se passe comme il y a des siècles, il faut vivre, tirer sa substance d’une terre pas toujours généreuse, supporter l’hiver et ses rigueurs, la nature et ses dangers, loups, serpents et les sortilèges inexpliqués. Et pour aider à apprivoiser le monde, il y a le savoir que les grands transmettent aux petits, qui donne sens, qui met en garde, et qui en même temps enchante le monde, familier et pourtant mystérieux et magique. Donc l’auteur évoque la terre, le soleil, les sources, les bois, les tortues…..Quotidiens et pourtant impossibles à saisir et à épuiser. Le monde se pare des beautés de l’imaginaire, de la richesse de l’invention. Et de leurs peurs aussi par moments.

Quelques habitants du village sont aussi présent, mais peu ont un nom, encore moins un visage. Ils sont juste là pour illustrer, pour servir d’exemple, pour expliquer comment les forces en jeu interviennent dans le cours de la vie des hommes.

Un monde merveilleux et par moments effrayant se dessine, que l’auteur décrit à la façon d’un poète, dans une langue somptueuse. La magie de l’enfance, cet émerveillement et imaginaire qui disparaît avec elle et que tout le reste de la vie on voudrait retrouver, et que parfois, par la grâce d’un grand talent, on arrive à exprimer avec les mots. Sans idéaliser, parce que le monde décrit est un monde difficile, mais remplis de beautés qu’il faut savoir voir.

Une œuvre dont il est difficile de parler, tant elle est originale et personnel. Le mieux est peut être de donner quelques extraits. Le difficile étant de les choisir, tant on voudrait tout citer…..


Citation :
J’étais petit. Mon village était petit, je le sus après. Mais quand j’étais petit, il était grand pour moi, grand à me faire peur quand je devais me déplacer d’un bout à l’autre.

C’était comme si je devais traverser sept pays et trois continents, autant de mers et autant de montagnes. Comme si je faisais le tour des cieux en hauteur et le tour des terres en profondeur. A chaque cent mètres, je changeais de territoire, je changeais de peau.

Tour à tour, j’étais le voisin, le cousin, l’étranger. J’étais l’enfant de l’ennemi, l’enfant des proscrits, un enfant égaré, perdu ou presque qu’on essayait de mettre sur le chemin du retour ou d’accompagner jusqu’à ses parents quand la bonté poussait un peu plus loin. La démarche, la parole, les cris ou les pleurs changeaient selon que je sois l’un ou l’autre. Les débordements, les cris de joie et de jeux cédaient progressivement la place aux coups d’œil apeurés, aux renfermements, aux angoisses et inquiétudes quand le trajet était de notre maison vers le village et le sens des émotions se renversait quand le trajet était dans le sens inverse, de l’extérieur vers notre demeure.


Citation :
Nos maisons étaient à l’image des sources que nous avions aux alentours du village et qui avaient chacune sa réputation, chacune sa particularité. L’une était réputée bonne pour le thé parce que sans trop de calcaire, une autre pour être plus agréable à boire, une autre passait pour avoir une eau épaisse.

De celle-là même qui avait une eau épaisse et n’était séparée du cimetière que par une pente et un champ anciennement vignoble, l’on disait être plus particulièrement fréquentée par les djinns, ces bons génies et démons qui peuplaient la contrée avec nous.

Chaque source d’eau a ses heures, ses passages avec les djinns, nous disait-on, peut être pour diluer nos peurs avec un savoir ancestral et qu’on ait pas à les transporter comme des cailloux dans le ventre, pour les éparpiller sur la multitude des sources et alléger ainsi notre charge. Ou peut être pour nous faire retrouver nos peurs où qu’on aille, avec une malignité tout aussi ancestrale ; qu’on ne se déplace jamais sans elles, qu’on en ait, un peu dans la besace, un peu dans le ventre, un peu dans les jambes, un peu dans la tête. Afin de n’avoir aucune échappatoire à nos peurs.


Citation :
Tout comme les sources qui coulaient vers le sud, les fenêtres des maisons s’ouvraient sur le sud, sur le soleil. Elles s’ouvraient aux moineaux, aux hirondelles, aux colombes, à leurs ébats et à leurs douleurs. Elles étaient fermées aux vents et pluies, aux peurs et orages. C’est au pied des fenêtres que l’orage se précipitait pour vider son courroux, que les flocons de neige venaient déposer leur danse, que les moineaux et la colombe venaient dire leurs chants.

On disait que chaque flocon, chaque goutte de pluie et même chaque grêlon était, dans se descente sur la terre, accompagné d’un ange. Sinon, les gouttes se joindraient et il tomberait du ciel non de la pluie mais des pans d’eau comme des lacs entiers qui inonderaient forêts et champs, décimeraient hommes, troupeaux et tout vivant. A la place des flocons, si beaux, si fragiles tomberaient des blocs de glace qui fracasseraient ce qui se trouverait sur leur descente. Il ne resterait ni homme, ni bête, ni maison sur la terre, nous disait-on.

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églantine
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MessageSujet: Re: Seyhmus Dagtekin [Turquie]   Sam 11 Oct 2014 - 23:12

Merci Arabella , les passages sont effectivement magnifiques , je  note ! Very Happy

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kenavo
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MessageSujet: Re: Seyhmus Dagtekin [Turquie]   Dim 12 Oct 2014 - 6:29

plus que noté... hébergé Very Happy

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Arabella
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MessageSujet: Re: Seyhmus Dagtekin [Turquie]   Dim 12 Oct 2014 - 7:45

Et je vous assure que tout le livre est comme cela....

Bonne lecture à celles et ceux qui feront l'essai.

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pia
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MessageSujet: Re: Seyhmus Dagtekin [Turquie]   Lun 13 Oct 2014 - 17:35

Cela devrait me plaire!! On cercle?

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bix229
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MessageSujet: Re: Seyhmus Dagtekin [Turquie]   Lun 13 Oct 2014 - 19:23

Il est Kurde, Dagetkin et je serais étonné qu' il se considère comme Turc...Surtout en ce moment.

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Arabella
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MessageSujet: Re: Seyhmus Dagtekin [Turquie]   Lun 13 Oct 2014 - 20:38

pia a écrit:
Cela devrait me plaire!! On cercle?

Je pense qu'il a des chances que cela te plaise, malheureusement, j'ai emprunté le livre en bibliothèque et je ne peux donc le cercler. jypeurien

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pia
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MessageSujet: Re: Seyhmus Dagtekin [Turquie]   Mar 14 Oct 2014 - 19:56

Bon...c'est pas grave!

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