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 Bruno Arpaia [Italie]

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Bédoulène
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MessageSujet: Bruno Arpaia [Italie]   Jeu 6 Nov 2014 - 23:44



Bruno Arpaia est un écrivain et journaliste italien né à Naples en 1957.
Bruno Arpaia est diplômé en sciences politiques de l'Université de Naples. Il est spécialisé en histoire de l'Amérique.
• Dernière frontière, [« L'angelo della storia »], trad. de Fanchita Gonzalez Batlle, Paris, Éditions Liana Levi, 2001, 312 p. (ISBN 2-86746-285-1)
• Du temps perdu, [« Tempo perso »], trad. de Fanchita Gonzalez Batlle, Paris, Éditions Liana Levi, 2003, 215 p. (ISBN 2-86746-318-1)
(source wikipedia)



Dernière frontière

L’auteur imagine une rencontre entre un Républicain Espagnol et le philosophe Juif Allemand Walter Benjamin,  sur un chemin de montagne dans les  Pyrénées , plus exactement au passage déjoué de la frontière Franco-Espagnole.

Mais cet auteur est rusé, la rencontre se fera tardivement dans le récit ce qui permet au lecteur de faire  longuement connaissance avec le narrateur, Laureano le Républicain Espagnol, émigré au Mexique et lentement  au rythme de sa démarche mal assurée, du vieux Benj  comme ses amis le surnomme, le philosophe.

Tous deux sont des émigrés qui ont fuit leur pays devant le fascisme pour sauver leur vie et leur parcours, leur fuite est aussi terrible pour l’un que pour l’autre, mais Laureano est jeune, fort et a un but , rejoindre celle qu’il aime. Walter est vieux avant l’âge, il n’aspirait qu’à penser, écrire, vivre une vie  tranquille ; il a besoin de la solitude, du silence pour se sentir à l’aise, d’autant que sa santé est fragile. Mais le sort en a décidé autrement, il est poursuivi par le « petit bossu » malfaisant de la comptine depuis son enfance et jusqu’à sa mort.

Seuls ses écrits permettent à Walter de survivre, il ne trouve d’intérêt qu’à l’écriture ; passant des après-midi entières à la bibliothèque nationale de Paris.  Il transportera  dans sa valise les pages écrites d’une thèse qu’il espère faire éditer aux Etats unis, sa fuite l’épuise, la maladie l’accable mais il refuse d’abandonner  ce bagage à l’incompréhension, voir au reproche  de ses compagnons d’infortune.

De nombreux personnages connus, certains de ses amis croisent Benj dans cet exil,  ces rencontres aident Walter à continuer le chemin.   Lui dont les manières surannées, l’ extrême politesse étonnent ceux qui  croisent son chemin et dont la  fragilité invite à l’attention.

L’auteur  a, comme il le dit, puisé largement dans les écrits de Koestler, d’Anna Seghers et de tant d’autres  ce qui m’a rendu la lecture très facile puisque j’ai rencontré dans  mes précédentes lectures, la guerre d’Espagne, les camps de concentration Français. Par contre, je  ne connaissais pas Walter Benjamin (seulement aperçu), cet écrivain, philosophe chassé par le fascisme, par « le petit bossu »  et qui a fait du tableau de Klee « l’angelus Novus » l’allégorie de l’Histoire.

Une bonne lecture  et une écriture agréable,  la construction du récit qui alterne le destin de Laureano et celui de Walter  figure bien le chemin parcouru et à parcourir pour l’un comme pour l’autre, jusqu'à cette "dernière frontière" qui est aussi pour Walter celle  qui sépare la vie de la mort.
Après recherche, je me rend compte de l’habileté de l’auteur à porter à notre connaissance certains écrits de Walter Benjamin en  les « condamnant » mystérieusement dans la valise.

Extraits :  « Je pense lui racontait-il, que pour mon anniversaire je serai à Nice, en compagnie d’un type plutôt drôle que j’ai déjà rencontré souvent dans mes vagabondages, et que j’inviterai à boire un verre à ma santé, à moins que je ne préfère rester seul. Qui était ce type, Scholem se creusa inutilement la tête pour le comprendre. Aujourd’hui seulement nous pouvons imaginer que c’était le « petit bossu » de ses comptines d’enfant et de ses pires cauchemars, que c’était son destin déjà aux aguets. »

« En peu de temps, il se créa une communauté à partir du néant, une société naquit du chaos et de la confusion. Soudain était apparu un homme qui disait à tous ce qu’il fallait faire. «  Personne ne savait d’où il était sorti ; on savait seulement que cet homme faisait la bonne proposition au bon moment. »

« Walter vivait de détails, et il était capable de reconstruire l’univers de ces vétilles ; mais dans un camp, il cousait les jours ensemble avec un fil de détails absurdes qui résistait à sa pensée. «

« Je crois que le vieux Benj ne pouvait prendre une tasse de thé bouillant qu’après avoir développé une théorie sur la tasse. »

« Il écrivit les dix-huit Thèses au verso d’un de ses carnets, remplissant les marges de lettres minuscules et hâtives, dépouillées par l’urgence de toute hésitation, de tout ornement. Il écrivit comme s’il laissait un témoin dans un relais, un talisman à remettre à ses amis d’outre-atlantique avant qu’il ne soit trop tard. Il écrivit en réunissant enfin marxisme et messianisme, liés dans une ultime et terrible défense contre la foi obtuse dans le progrès, contre l’absurdité de l’histoire.  Il écrivit en franchissant avec une ironie libérée les frontières entre théologie, philosophie et littérature, comme si, face au danger, tout devait apporter sa contribution au salut. »

« Jamais à sa place : telle était toute sa vie »

« Lui qui ne savait sans doute rien faire d’autre, qui à force de se bourrer la tête de pensées était allé  dans la vie comme si elle lui était prêtée, une vie d’occasion. Voilà que cette vie – son corps, son cœur, ses muscles, ses poumons – lui présentait l’addition. »

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Dernière édition par Bédoulène le Dim 4 Déc 2016 - 13:33, édité 1 fois
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shanidar
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MessageSujet: Re: Bruno Arpaia [Italie]   Sam 8 Nov 2014 - 15:53

Merci Bédou pour ce commentaire qui fait envie. Le livre est la médiathèque. Je vais sans doute l'emprunter rapidement. C'est intéressant de pouvoir mettre en parallèle ce que nous savons (après les lectures de Koestler par exemple) de cette époque et la manière dont des auteurs contemporains choisissent de traiter cette période. Voir comment une relecture de l'Histoire et des histoires personnelles se transforme en littérature.

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domreader
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MessageSujet: Re: Bruno Arpaia [Italie]   Dim 9 Nov 2014 - 9:55

Oui, merci bédou, cela fait un bon moment que j'ai ce livre sur mes étagères et que je le prends puis le pose à nouveau, ce sera le prochain que je lirai.

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shanidar
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MessageSujet: Re: Bruno Arpaia [Italie]   Lun 22 Déc 2014 - 17:42

Dernière frontière

J'ai bien peu d'éléments à ajouter au commentaire de Bédoulène. Juste confirmer que la lecture se fait vraiment avec plaisir, elle coule d'elle-même, Walter Benjamin est abordé par le versant humain de sa personnalité (sa sœur, ses amis qui l'entourent, ses angoisses, son corps défaillant et vieux avant l'âge), les dialogues sont certes imaginaires mais ils semblent couler de source (avec Bataille, tout comme avec la libraire Adrienne Monnier et même une partie de poker en compagnie de Koestler...). Tout est très simplement mis en place et l'alternance des chapitres consacrés à Benji et à Laureano fonctionne parfaitement.

Seul minuscule reproche, cette simplicité écarte l'idée même d'aborder les travaux de Benjamin -mais l'œuvre ne se veut pas exégèse-, cependant elle renforce (si besoin était) le désir de revenir à ce penseur d'un siècle de ravages.

Merci Bédou pour ce fil !

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Bruno Arpaia [Italie]   Lun 22 Déc 2014 - 22:37

merci Shanidar, contente que ce livre t'ait plu.

oui nous retrouverons Benjy


Les parties de cartes avec Koestler et les autres ont bien eu lieu.

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shanidar
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MessageSujet: Re: Bruno Arpaia [Italie]   Mar 23 Déc 2014 - 17:09

Bédoulène a écrit:
merci Shanidar, contente que ce livre t'ait plu.

oui nous retrouverons Benjy


Les parties de cartes avec Koestler et les autres ont bien eu lieu.

Oui Bédou la situation est bien réelle mais je suppose que le dialogue (et les mises) est plus ou moins inventé et sert à mettre en évidence le caractère de Benji (plaintif, un peu fou, fonctionnant par coup de tête et par idée fixe).

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Bruno Arpaia [Italie]   Mar 23 Déc 2014 - 20:28

Koestler a écrit de lui : il est bizarre et génial !

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Sigismond
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MessageSujet: Re: Bruno Arpaia [Italie]   Mar 30 Juin 2015 - 22:05

Dernière frontière
Titre original: L'Angelo della Storia. Roman, 300 pages environ, paru en Italie en 2001.


Walter Benjamin

Roman de mise en scène alternée de deux personnages, l'un connu, Walter Benjamin, juif allemand ayant fui Berlin dès 1932, l'autre inconnu, Laureano Mahojo, combattant républicain espagnol, jusqu'à  leur rencontre, peu avant le terme du roman. Naviguant au près du témoignage historique, bien que l'auteur affirme en post-face n'avoir fait que prendre appui sur l'Histoire pour bâtir sa fiction, nous sommes pris, à travers ces destinées narrées en alternance, dans ce tourbillon trouble que furent les années 30 et début 40 en Europe.

En Europe ? A vrai dire, l'action ne se déroule qu'en France et en Espagne. La peinture de la France d'alors est des grande acrimonie, et quelques clichés naïfs que nous véhiculons encore communément dans l'hexagone de nos jours s'en trouvent entachés, si ce n'est mis à bas. Je ne crois pas que ce soit férocité ou exagération, au reste.

Un des grands charmes tient au casting de personnages célèbres, des milieux intellectuels et littéraires, qui sont mis en scène, comme Walter Benjamin lui-même, bien sûr, mais aussi Hannah Arendt, Arthur Koëstler, Georges Bataille, le poète Antonio Machado, à propos duquel je rélaise, comme Hannah Arendt, qu'il n'a pas encore son fil ici
Spoiler:
 
, Bertold Brecht
Spoiler:
 
, Saint-John Perse, et j'en passe !!

Traverse aussi le roman, en ultime objet inséparable de Walter Benjamin, outre son dernier manuscrit, un tableau de Paul Klee qu'il possède, Angelus Novus.


Paul Klee, Angelus Novus.

Les peintures des personnages sont inégales - celle des deux héros principaux sont -c'est le jeu- abouties, on aurait aimé, le lecteur est exigeant attentif que B. Arpaia fouille encore un peu plus aux tréfonds des caractères secondaires -est-ce assez dire combien j'étais pris par cette histoire ?

Un bon livre en tout cas, que devraient plébisciter ceux que la période historique couverte -et les lieux- intéresse, sans compter, cela va de soi, ceux qui manifestent quelque goût pour quelques-uns des auteurs ou intellectuels que l'on rencontre ou qui figurent sur la toile de fond de cette étonnante fresque.

J'ai beaucoup apprécié, outre la façon dont l'auteur s'y est pris pour camper Walter Benjamin -exercice délicat- les deux styles narratifs bien distincts dont il use pour les deux personnages, pas évident d'arriver à un résultat cohérent en alternant les styles d'écriture (pour correspondre aux personnages) à chaque chapitre !
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bix229
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MessageSujet: Re: Bruno Arpaia [Italie]   Mar 30 Juin 2015 - 23:22

Je l' ai trouvé décevant. J' attendais mieux avec un tel sujet...

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Bruno Arpaia [Italie]   Mer 1 Juil 2015 - 7:48

merci Sigismond, j' ai beaucoup aimé ce livre où il y a d'ailleurs pas mal de vérité sur l'histoire, et qui m'a donné envie de connaître mieux Walter Benjamin (donc j'ai acheté manifeste incertain de Pajak)

Spoiler:
 

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