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 Jean Paul Kauffmann

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Marie
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MessageSujet: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann Icon_minitimeLun 27 Aoû 2007 - 1:51

Jean Paul Kauffmann A98

Journaliste et écrivain, ancien rédacteur en chef de L'amateur de bordeaux , Jean Paul Kauffmann est l'auteur de L'Arche des Kerguelen, La chambre noire de Longwood, et de 31 , allées Damour: Raymond Guérin, 1905-1955.
Pris en otage par le djihad islamique libanais, il a été détenu trois ans , de 1985 à 1988.
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Marie
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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann Icon_minitimeLun 27 Aoû 2007 - 2:36

La maison du retour
Nil Editions

A son retour de captivité, Jean Paul Kauffmann s'est mis en quête d'un lieu.
. Pendant trois années, il avait été détenu, enchaîné, plongé dans l'obscurité et confronté à la «stupidité» de ses geôliers. En recouvrant la liberté, l'aveuglante lumière de la liberté, il savait que plus jamais il ne pourrait reprendre le cours normal de sa vie d'avant, ni son métier de journaliste, ni ses virées en Sologne. Il lui fallait renaître autrement et ailleurs.

"Les Landes, la campagne normande ou les îles Fortunées: il fallait bien se poser quelque part. Je n'ai pas choisi la maison dans la forêt. Elle s'est proposée à moi par défaut, à une époque confuse de mon existence. Choix hâtif auquel je suis lié à jamais."

Après avoir sillonné le Bordelais, l'amateur de grands vins a jeté son dévolu sur les Tilleuls, une bâtisse abandonnée au coeur de la forêt des Landes, dont il a appris qu'elle avait été, pendant l'Occupation, un bordel pour SS.
Avec, pour complices diurnes, Castor et Pollux, deux ouvriers chargés de restaurer ce qui manquait de s'écrouler et, le soir venu, pour unique lecture, « les Géorgiques », de Virgile, Jean-Paul Kauffmann va réapprendre. Le métier de vivre...

C'est un livre magnifique, où l'on ne perçoit jamais l'once d'un auto-apitoiement. Il parle de la nature environnante, de la rénovation d'une bâtisse abandonnée en parallèle à sa propre renaissance, de ce que les livres lui ont apporté en captivité et, comme tout humain qui a été longuement privé de tout, il redécouvre l'émerveillement devant un arbre, la pluie, etc.

J'ai choisi deux extraits, assez longs, mais j'aime ce livre!

Dehors, les parterres abandonnés reprennent vie malgré l'invasion des liserons, des ajoncs et surtout des bambous. J'ai passé toute la journée à extraire les deux palmiers morts pour les remplacer par les mêmes sujets: une espèce de Chine introduite à Bordeaux à la fin du XIXème siècle, capable de braver des températures allant jusqu'à quinze degrés au-dessous de zéro. Un couple de merles s'est niché dans un bois étêté. Le mâle arbore un plumage d'un noir très pur, la femelle est d'un brun foncé mélangé de roux et de gris. Leur façon vive et querelleuse de surgir des buissons, de siffler, de soulever les feuilles mortes avec leur bec et de se disputer une baie semble annoncer la fin des mauvais jours.
"Quand merle se réjouit, hiver est parti " assure le proverbe. Les lilas que je croyais morts renaissent. Je ne peux m'empêcher de penser que cet arbuste est originaire d'Iran. Depuis que la maison dans la clairière est inhabitée, le parc- ou plutôt l'airial - s'est développé tout seul; C'est une jungle de chênes, d'érables, d'acacias, de catalpas et de tilleuls enchevêtrés dans un combat sans merci, où le plus vigoureux a tenté d'exterminer le plus faible. Les arbres ne s'aiment pas entre eux.

le plus hégémonique de tous, en même temps que le plus rusé, est le bambou. Il a colonisé les abords de l'airial et s'approche sournoisement de la maison. Ce n'est pas un arbre, d'ailleurs mais une herbe, ambiguïté qui donne la mesure de sa fourberie.

Les bourgeons naissants confèrent à présent une identité à à ces chevelures entremêlées. Boutons globuleux des tilleuls, vert pâle du marronnier , granulations rougeâtres des platanes. Moins robustes, les arbres d'ornement et les arbustes ont tenté de survivre à l'ombre des géants. Il y a les dominants et les dominés. " Le dieu féroce et taciturne" dont parle Verlaine, c'est cela aussi la nature: la brutalité des plus forts qui silencieusement font plier ou anéantissent les plus délicats. Ces troncs morts, ces fûts renversés ne soulignent pas seulement la démission de l'homme mais aussi la violence du règne végétal. Dans ce corps à corps impitoyable, on devine les raids, les embuscades, les contre-attaques. Quelques buissons de rosiers sauvages n'ont pas pris part à la bataille. Les lauriers-palmes se tiennent aussi à l'écart, ils prospèrent à l'ombre des deux platanes.

de l'ouest, par rafales, de gros grains se transforment en grêlons. Je ne me lasse pas de ces cumulus qui se congestionnent, de ces flèches glacées que le ciel décoche avec acharnement sur une nature qui tente de se renouveler. Parfois l'horizon est s noir que l'on croit la nuit tombée, le vent se lève en ouragan. Alors je me précipite dehors. Les premières gouttes éclatent et ricochent sur les troncs. Leur impact pince le visage. Cette piqûre qui vrille sur la peau me fait claquer des dents.
" Rentre, supplie Joëlle. Ce n'est pas parce que tu as manqué de pluie que tu dois prendre le mal....
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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann Icon_minitimeLun 27 Aoû 2007 - 3:03

L'airial a belle allure, mais à quel prix? La terre des Landes me désespère. Ce matin, j'ai arrosé, constatant comme à chaque fois que le sable mat laissait passer l'eau sans la fixer. Le lessivage creuse un peu plus la surface, formant de petites vallées bien nettoyées aux échancrures blanchies par le rinçage. La terre des Tilleuls est ingrate. On a beau y déverser de l'humus, de la tourbe, du fumier, le sable finit toujours par réapparaître . a tout ce qu'il touche, il transmet sa nature pulvérulente ;

Ce sable qui resurgit, je le compare volontiers à ma condition, à ce passé qui ne cesse de remonter à la surface. Il métamorphose tout sur son passage, exerçant sur moi un pouvoir absolu. De ce passé qui a pu me montrer ma vulnérabilité, je me suis servi comme d'un tremplin. L'histoire des deux souris qui tombent dans une jatte de lait m'enchante. La première crie " Au secours" et se noie. La deuxième bat tellement des pattes qu'elle se retrouve sur une motte de beurre.

Reprendre une vie normale, il n'en était pas question. Dès mon retour, je me suis empressé d'adopter aux Tilleuls une existence résolument anormale. C'est probablement ce qui m'a sauvé. Une fois libéré, j'ai vite compris qu'il me serait impossible de renouer avec la vie d'antan.
Pour l'occasion, j'avais inventé le syndrome de Luis de Leon, du nom de ce théologien fameux de Salamanque qui fut arrêté au beau milieu de son cours par le tribunal de l'Inquisition . Torturé puis condamné, Leon passa une dizaine d'années en prison. Libéré, il reprit son enseignement à l'université, à l'endroit même où il l'avait abandonné en disant :" Comme je vous le disais hier", voulant signifier par là qu'il évacuait ces années terribles.

Tout invite l'ancien reclus et ses proches à se reporter à la période d'avant, à recommencer comme si de rien n'était. Je répugne à ma prévaloir de mon malheur passé. Je ne l'oublie pas pour autant. Je lui suis absolument fidèle: " Je ne veux pas qu'on m'intègre". Cette phrase d'un héros de Sartre est la mienne. Dans quel monde suis-je? J'ai pu m'échapper de l'autre rive, mais une chose est sûre: je ne serai jamais d'ici. ....

.... Réussir son retour est pour le rescapé presque aussi difficile que de tenir pendant l'épreuve. Dans le trou,il résiste. Il n'a pas le choix. Hors du trou, il a le choix, tous les choix. Il est maître du jeu. Problème de taille: le eu est trop ouvert, béant pour celui qui vient de s'extraire d'une existence réduite à sa plus simple expression. par où commencer? C'est là que les ennuis commencent. Mais ce ne sont que des ennuis, pas des tragédies.
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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann Icon_minitimeLun 27 Aoû 2007 - 3:31

Il paraît que ce livre est très bon.
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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann Icon_minitimeDim 10 Aoû 2008 - 10:48

J'ai aimé L'Arche des Kerguelen et La chambre noire de Longwood.Difficile de ne pas évoquer la notion d'enfermement.
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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann Icon_minitimeLun 15 Sep 2008 - 21:38

Bellonzo a écrit:
J'ai aimé L'Arche des Kerguelen

Moi aussi, j'ai apprécié cette "méditation sur l'île" du bout du monde, doublée d'une réflexion sur quelques éléments de la vie de Kerguelen (rien d'une biographie in extenso, juste ce qu'il faut pour la mise en contexte de la découverte de l'île).

Je n'ai plus le livre, mais j'ai le souvenir d'une écriture à la fois sobre et précise, avec de nombreuses images (pas loin d'un paysage intérieur peut-être) permettant d'imaginer une terre sauvage battue par les vents froid essentiellement habitée par les manchots et les oiseaux de mer...
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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann Icon_minitimeMar 9 Juin 2009 - 22:05

Jean Paul Kauffmann Ae141
Courlande
Citation :
Présentation
La Courlande, pays de nulle part ? Longtemps occupée par les Soviétiques, interdite d’accès jusqu’en 1991, cette contrée des confins bordée par la mer Baltique surgit aujourd’hui intacte avec ses ciels infinis, ses forêts, ses plages désertes et ses châteaux en ruine détenus naguère par les barons baltes, descendants des chevaliers Teutoniques.
Poursuivant une très ancienne histoire d’amour, Jean-Paul Kauffmann a succombé à l’attraction de cet ailleurs, dernière écluse entre le monde slave et le monde germanique.
Ce récit de voyage est aussi une enquête sur la disparition : il s’agit de retrouver la trace d’une jeune Courlandaise, d’un chercheur de tombes, d’un monarque français…
Retrouver aussi un pays, autrefois une anomalie historique, aujour-
d’hui à la recherche de son âme.

Vous ne connaissez pas non plus La Courlande ? En tout cas c’était le cas chez moi avant cette lecture.
Mais Jean-Paul Kauffmann m’a pris avec lui en voyage. On découvre ce pays qui fait partie de la Lettonie et qui se révèle comme le nombril du monde (mais oui, on apprend beaucoup de choses - celle que je vais retenir, je sais, je suis parfois trop inconsciente Wink , est que: les origines de Crocodile Dundee sont à Courlande oui )

L’auteur y va pour faire un travail de journaliste – et il revient avec ce livre.. il y a des rencontres, de l’histoire, des anecdotes, ce voyage qui va le guider lui-même à travers ce paysage perdu et oublié pendant tant d’années..
Malgré quelques moments qui m’étaient parfois trop longs (aussi dû à mon incapacité de me concentrer, je ne voudrais pas donner toute la faute au livre), j’avais un grand plaisir de voyager (pour la deuxième fois) avec cet auteur.. je vais à tout moment embarquer à nouveau Very Happy

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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann Icon_minitimeMer 10 Juin 2009 - 11:08

kenavo a écrit:
Courlande
Ca me fait penser à la "Kurlande"... La demoiselle d'Avigon... Oui, je sais, c'est n'importe quoi, je vais voir ailleurs si j'y suis laugh
(mais j'adorais ce feuilleton Laughing )

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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann Icon_minitimeMer 10 Juin 2009 - 18:22

J'ai un préjugé favorable pour ce livre, et cet auteur. C'est quand même étonnant qu'il s'intéresse à ces coins un peu perdus! Par ailleurs, la Kourlande n'est pas aussi inconnu dans le monde allemand... Je ne me rappelle pas de son nom: Meyerlinck ou quelque chose comme çca? Kauffmann semble parler de lui, un grand auteur de langue allemande, enraciné dans la nature, comme tant de gens de ces contrées-là...
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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann Icon_minitimeMer 10 Juin 2009 - 18:30

Il s'agit de Keyserling, Tom Léo dont Kauffmann parle et d'ailleurs, Epi, ce n'est pas idiot ton histoire de La Demoiselle d'Avignon car il en parle également, pour lui, la Courlande évoquait cela et Marthe Keller lui fait penser à son amour de jeunesse.

A lire pour tous ceux qui aiment les quêtes, ceux quiaiment les récits de voyages, ceux qui aiment apprendre sans lourdeur car le style est fluide.

Une très bonne découverte.
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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann Icon_minitimeMer 10 Juin 2009 - 18:44

tom léo a écrit:
la Kourlande n'est pas aussi inconnu dans le monde allemand...
oui.. il mentionne même une famille Graf Lamsdorff.. Wink
et le moment qu'il parle d'autres barons courlandais, j'ai reconnu d'autres noms.. c'est vraiment extraordinnaire qui est passé par là, qui a écrit sur ce pays, qui a eu de la famille, des origines, des intérêts.. fascinant!

tom léo a écrit:
Je ne me rappelle pas de son nom: Meyerlinck ou quelque chose comme çca? Kauffmann semble parler de lui, un grand auteur de langue allemande, enraciné dans la nature, comme tant de gens de ces contrées-là...
Maddy vient de le dire – c’est Keyserling – une sorte de B.C. de Courlande Cool – et Jean-Paul Kauffmann lit ses romans pendant tout son voyage et il en est bien mis dans l’atmosphère.. je dois dire que je ne me sens pas trop enthousiaste de me jeter tout de suite sur ses livres Very Happy

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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann Icon_minitimeMer 10 Juin 2009 - 18:47

Kenavo a écrit:
Citation :
.. je dois dire que je ne me sens pas trop enthousiaste de me jeter tout de suite sur ses livres

Moi non plus; d'ailleurs Kauffmann montre bien que c'est toujours la même histoire dans ces romans, avec de petites variantes.
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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann Icon_minitimeMer 10 Juin 2009 - 22:31

Madame B. a écrit:
Il s'agit de Keyserling, Tom Léo dont Kauffmann parle et d'ailleurs, Epi, ce n'est pas idiot ton histoire de La Demoiselle d'Avignon car il en parle également, pour lui, la Courlande évoquait cela et Marthe Keller lui fait penser à son amour de jeunesse.
Ah !!

Merci Maddy sourire
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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann Icon_minitimeJeu 10 Sep 2009 - 19:04

L'invitation au voyage en Courlande

C'est un superbe récit de voyage, écrit dans une langue tout en délicatesse et en justesse, que nous offre Jean-Paul Kauffmann dans son dernier livre, sobrement intitulé «Courlande». Des pages qui brillent par l'élégance de leur style.

Propos recueillis par Daniel Salvatore Schiffer
Le Jeudi 10/09/09


Cette contrée dans laquelle se déploie le récit de votre dernier livre a pour beau mais énigmatique nom "Courlande". C'est également son tout aussi suggestif mais elliptique titre. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ce mystérieux "pays de nulle part", ainsi que d'aucuns le présentent?

Jean-Paul Kauffmann: «La Courlande, contrée située au nord de l'Europe et bordée par la mer Baltique, n'est pas du tout un pays imaginaire mais bien réel, malgré ses aspects oniriques: ses ciels gris et infinis, ses forêts denses et à perte de vue, ses longues plages désertes et silencieuses, ses nombreux châteaux en ruine que détenaient jadis les barons baltes, et ses ancestrales légendes forgées par les exploits des chevaliers teutoniques.
Cette région, portion de terre enclavée entre les mondes slave et germanique mais qui fait aujourd'hui partie intégrante de la Lettonie, capitale Riga, est encore mal connue de nos jours. Car, longtemps occupée par les Soviétiques, elle fut interdite d'accès, pour les Occidentaux, jusqu'en 1991, année où la Lettonie acquit, deux ans après la chute du Mur de Berlin et l'effondrement consécutif de l'URSS, son indépendance politique et culturelle.»


C'est d'ailleurs en cette même contrée, la Courlande, que Marguerite Yourcenar en personne, première femme élue à l'Académie française, plante le majestueux mais sombre et même tragique décor de l'un de ses plus beaux romans, "Le Coup de grâce", dont le réalisateur allemand Volker Schlöndorff fit une magistrale adaptation cinématographique.

J.-P. K.: «Exact. Je me suis d'ailleurs passionné, dans les années 1980, pour l'œuvre de Marguerite Yourcenar. Je suis même allé lui rendre visite dans son île de Mount Désert, aux États-Unis, où elle vivait avec sa compagne. Cette rencontre, très décevante, se passa cependant très mal. Elle m'a donné à voir d'elle-même un être profondément égocentrique, exagérément narcissique. J'ai donc pris, depuis lors, de sérieuses distances avec son œuvre.
Quant à son Coup de grâce, roman qui se passe effectivement en Courlande, je préfère, de loin, l'adaptation cinématographique qu'en a faite Volker Schlöndorff. C'est, véritablement, un chef-d'œuvre!
Mais je parle, dans mon livre, de bien d'autres écrivains, dont Georges Simenon, pour lequel je nourris une vive admiration sur le plan littéraire. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard, pour moi, si le tout premier roman de Simenon s'intitulait, précisément, Pietr le Letton…»


Défi du dandy

Votre livre "Courlande", qui est un récit à connotation fortement autobiographique, commence par l'évocation d'une femme, prénommée Mara, dont le souvenir, après avoir vécu avec elle une splendide histoire d'amour, semble encore vous hanter.

J.-P. K.: «C'est vrai. Le point de départ de ce récit, qui s'avérera être également un récit de voyage, est le souvenir d'un amour de jeunesse: Mara, que j'ai connue il y a trente ans mais que je n'ai jamais plus revue, après notre séparation, depuis ce temps-là.
Le journaliste que je suis également, puisque j'ai cofondé Le Matin de Paris et que je suis ensuite devenu grand reporter à L'Evénement du Jeudi, prend là le prétexte d'un article à rédiger pour visiter la Courlande. Ce papier ne sera certes jamais écrit. Mais il donnera néanmoins naissance à ce livre puisque le narrateur, écrivain-journaliste, y part à la recherche de cette jeune et belle femme lettone, dont il poursuit le souvenir presque à la trace.»


Une subtile et émouvante "invitation au voyage" donc, pour paraphraser Charles Baudelaire en l'un de ses plus beaux poèmes, inséré dans "Les Fleurs du Mal", où s'effectueront cependant, à l'instar de certains romans de Stendhal, d'autres et très intéressantes rencontres, dont celle avec l'homme que vous y appelez affectueusement "le professeur", véritable dandy que vous décrivez par ailleurs admirablement en ces pages!

J.-P. K.: «Oui. J'écris textuellement, à propos de ce personnage que j'aime tout particulièrement, ces mots: "Ce fut pour moi une révélation. Je retrouvais dans ses propos une part de l'émotion qui avait été à l'origine de mon propre voyage. Cet homme était un complice. Je me sentais en connivence avec lui, même si je n'adhérais pas à sa vision "mélancoliste" du passé. (…). Je l'avais taquiné en le traitant de décadent. Il avait accepté l'épithète avec reconnaissance: "Je me suis inventé un monde. Je l'esthétise. Je sais, bien sûr, qu'il n'est pas réel. Je vis dans cette bulle. Je n'en sors que pour préserver cette fine pellicule remplie de rêves afin qu'elle ne se déchire pas. Je devinais chez lui un profond accablement face au monde dépourvu de grandeur et du goût de la beauté. Il lui avait tourné le dos dans cette attitude de défi propre au dandy, mais parvenait assez bien à survivre dans ce rejet, impassible, réfugié dans les illusions et les fantasmagories du passé. J'aimais son orgueil (…)". Un vrai et rare dandy, en effet: figure intellectuelle beaucoup plus profonde et philosophie de l'existence beaucoup plus complexe, celle du dandysme, qu'il n'y paraît à première vue!»

Ce récit de voyage, "Courlande", s'avère aussi, presque à la manière d'un roman-policier, comme une enquête sur la disparition: thématique très présente en ce livre.

J.-P. K.: «Oui. Le narrateur tente d'y poursuivre, non seulement la trace d'un amour ancien, personnifié sous les traits de cette jeune Courlandaise, mais d'y rechercher aussi celle, par exemple, d'un énigmatique chercheur de tombes, ou, encore, d'un tout aussi fascinant monarque français, Louis XVIII. On y croise également, d'un pas se voulant toujours feutré, une somptueuse duchesse de Dino, une insaisissable demoiselle d'Avignon, une traductrice de Sade, un rocker tendance "breakcore" et puis même un "Résurrecteur". Mais cette quête en un pays longtemps considéré comme une anomalie historique est peut-être, avant tout, celle de l'âme: de l'âme d'un pays certes étrange, mais aussi, tout simplement, de l'être humain en ses différentes facettes et parfois abyssales dimensions.»

Ce livre n'est-il pas aussi, par-delà la nostalgie qui s'en dégage parfois, une insatiable quête de vérité, le seul absolu, au fond, que vous revendiquiez?

J.-P. K.: «Peut-être! La vérité… un bien grand mot, en tout état de cause, que je n'emploie, pour ma part, que très rarement et, en tout cas, avec une extrême prudence et même circonspection, sinon parcimonie. Car ce sont bien plutôt là des vérités cachées, enfouies au plus secret de nous-mêmes.»

OTAGES AU LIBAN

Votre métier de journaliste vous a naguère emmené au Liban, où, à Beyrouth même, vous avez été enlevé, le 22 mai 1985, par le Djihad islamique, pour n'en être libéré que le 4 mai 1988: trois longues années de captivité, avec d'autres otages, dont le professeur Michel Seurat, mort, quant à lui, en détention. Quel souvenir gardez-vous de ce douloureux épisode?

J.-P. K.: «Il m'est, encore aujourd'hui, très difficile d'en parler. Ces trois longues et pénibles années de détention, dans d'effroyables conditions et aux mains de dangereux fondamentalistes islamiques, des "fous de Dieu", m'ont, bien évidemment, marqué très profondément. Les moments qui ont suivi ma libération, puis mon retour au pays, ont été très laborieux, malaisés: le douloureux réapprentissage d'une vie. C'est une expérience particulièrement difficile à vivre, que je ne souhaite à personne. Je n'avais plus envie, par exemple, de lire: un comble pour moi, qui suis un passionné de littérature. Ce n'est que près de vingt ans après ma libération que j'ai réussi, pour la première fois de ma vie, à en parler… et, encore, avec beaucoup de réticence, voire pudeur. C'était dans un de mes livres précédents, intitulé La Maison du retour, que j'ai publié, aux éditions Nil, en 2007: il y a donc deux ans, seulement!»

Quels sont aujourd'hui, après une expérience aussi cruelle et traumatisante, vos hobbys préférés, vos passe-temps favoris… en un mot, vos plaisirs quotidiens, sinon vos passions, hormis bien sûr l'écriture?

J.-P. K.: «J'adore le vin… les grands crus de Bordeaux surtout. J'ai écrit plusieurs ouvrages à ce sujet, dont Voyage à Bordeaux, avec des photographies de Michel Guillard, Le Bordeaux retrouvé et L'Âme du vin (avec Maurice Constantin-Weyer). J'ai une passion pour cette magnifique et riche région de France qu'est le Bordelais. J'aime aussi, beaucoup, le cigare… les havanes de préférence. J'ai d'ailleurs fondé à ce propos, en 1994, une revue appelée L'Amateur de cigares. Je me suis aussi laissé aller à un "Havanascop", avec mes amis Jean-Alphonse Richard et Annie Lorenzo. Ce sont effectivement là - les vins de Bordeaux et les cigares havanes - mes menus et grands plaisirs, tout à la fois, d'aujourd'hui. Rien que pour cela ,la vie vaut la peine d'être vécue!»

source

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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann Icon_minitimeDim 13 Déc 2009 - 11:37

Il y a aussi un excellent article "Courlande" sur le blog de Pierre Assouline. Ne manquez pas de savourer les belles photos.
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