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 Jean Paul Kauffmann

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Marie
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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann - Page 2 Icon_minitimeSam 26 Déc 2009 - 0:42

J'ai découvert la Courlande avec Jean Paul Kauffmann, j'aime cette façon de voyager au hasard de l'Histoire , et de son histoire à lui, puisqu'il y est parti à la recherche finalement d'un souvenir d'amour. Une lettonne, rencontrée au Canada. Au hasard des rencontres, aussi, qu'il sait exploiter . Et surtout des rencontres littéraires, et elles sont nombreuses dans ce livre!
Très bon moment de lecture encore une fois avec cet auteur.

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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann - Page 2 Icon_minitimeDim 17 Fév 2013 - 17:12

Jean Paul Kauffmann - Page 2 A106
Remonter la Marne
Citation :
Présentation de l’éditeur
Remonter à pied la Marne depuis sa confluence avec la Seine jusqu’à la source est une odyssée à travers les odeurs, des paysages encore intacts traversés par une étrange lumière, la rambleur. Villages aux devantures vides, églises fermées, communes démeublées mais nullement moribondes, cette France inconnue se découvre pas à pas. Seule la marche permet un rapport profond au temps, au silence, aux rencontres.
Une géographie imprévue se dessine, l’aventureuse histoire de notre pays, riche en coups de théâtre, s’y révèle à la lumière du présent. Vulnérable, la Marne est depuis toujours la rivière du sursaut. La grâce surabonde dans cette Champagne marquée par le jansénisme.
L’auteur y a découvert la France des conjurateurs, ces indociles qui résistent à la maussaderie des temps présents et conjurent les esprits maléfiques d’aujourd’hui.
Remonter la Marne, ce n’est pas revenir en arrière et pleurer le passé, mais au contraire se perdre, chuter pour mieux renaître.

En venant de Metz pour aller à Paris, il n’y a pas moyen d’échapper à cette région. Traversant la France depuis plus de 16 ans pour aller en Bretagne, il me faut utiliser l’A4 qui longe pendant des kilomètres la Marne. Bien que ni la vitesse ni la situation d’une autoroute ne permet de profiter à 100% d’un paysage, il n’en existe pas beaucoup de vues sur la campagne française que je connais si bien que celle sur cette Vallée de la Marne. Et même si le fleuve n’est souvent qu’annoncée par un panneau et qu’on doit ralentir pour traverser un pont qui la traverse, la Marne m’est en quelque sorte « familière », aussi bien que –presque- tous les villages dont parle Jean-Paul Kauffmann dans ce livre.

C’est pour cela que j’ai opté de lire ce livre. En plus de connaître l’auteur par deux autres livres que j’ai bien aimé. Et cela fut un très bel voyage.

À part la description de sa ‘balade’ et des rencontres qu’il fait en cours de chemins, il remonte naturellement pas seulement le fleuve, mais aussi le temps. Et il ne peut pas éviter de parler de 1945, 1940 et naturellement de 1914.. Mais tout cela avec des citations bien choisies, une multitude de références littéraires qui n’ont rien à voir avec la guerre (p.ex. Georges Simenon, Jean de la Fontaine, dont il va visiter la maison de naissance…).

Tout un éventail d’anecdotes, mémoires personnelles, idées et description de paysages s’ouvre devant le lecteur. C’est intéressant, très bien écrit, passionnant et tout à fait adorable.

Quelques-unes des sculptures représentant la Marne qu’il a rencontré lors de son voyage :

Jean Paul Kauffmann - Page 2 A94
Saint-Maur : Edouard Cazaux,
Une femme fleuve, quai Winston-Churchill ! Nue, mi allongée, la main gauche posée sur son genou droit. Elle profite du soleil. Ses cuisses sont puissantes, le corps est ferme et rond. Le visage inexpressif, laisse une forme d’anéantissement. Il est probable que personne ne remarque cette naïade étendue au milieu d’un parterre de fleurs. Sur le socle de la sculpture, une date est inscrite : 1964, avec le nom de l’artiste, Édouard Cazaux. La Marne est toujours représentée sous les traits d’une femme comme à la fontaine des Quatre-Saisons rue de Grenelle à Paris. Parce qu’elle est du genre féminin, comme la Seine ou la Loire ? Briseur d’obstacle, le Rhin, lui, se veut un fleuve viril, et le Rhône fougueux est souvent comparé à un taureau.

Jean Paul Kauffmann - Page 2 A101
Château-Thierry : Denis Gelin
À chaque entrée du pont, deux naïades fluviales réalisées en 1952 par un certain Denis Gelin témoignent d’un véritable culte que Château-Thierry rend à la Marne. […] La Marne est un mot d’origine gauloise, latinisée sous le nom de Matrona, la mère nourricière, source de richesse pour les pays qu’elle traverse. De là à en considérer comme une femme d’âge mûr, d’allure grave et imposante, une matrone, il n’y a qu’un pas qu’a craint de franchir le sculpteur. Tout en rondeurs, cambrures et courbes, les deux allégories hésitent entre la figure maternelle et la jouvencelle.
Une chose ne change pas, la pose. À croire qu’il existe une tenue typiquement marmaise […]. Un refus d’affronter. Une façon alanguie de renverser la tête, de s’accouder, de regarder dans le vide. Aucune tension, aucun élan, un manque évident de tenue. La statuaire de cette époque se plait à représenter des femmes aux cuisses puissantes, à la Maillol, des visages amples et charnus comme dans les masques du Picasso de la période rose.


Jean Paul Kauffmann - Page 2 A105
Vitry-le-François, pas de nom d’artiste
Rien d’une matrone, divinité nourricière. Plutôt une naïade qui plie la jambe pour se mettre en valeur. Détail d’importance : elle est debout. Elle fait face. Elle tient dans une main une rame qui rappelle la vocation batelière de ce port fluvial situé au confluent de trois canaux et d’une rivière ; de l’autre, elle porte une corne d’abondance. Les deux attributs pourraient l’encombrer, mais elle les exhibe avec élégance. C’est jusqu’à présent, la représentation la plus gracieuse de la rivière que j’ai vue.
Elle fait penser à Mélusine, la femme mi-divine, mi-humaine, qui pourrait tout aussi bien se transformer en serpent. Dans sa façon de se glisser dans le paysage, de se faufiler dans l’épaulement de notre pays, invisible et secrète, d’enlacer villes et villages, de se métamorphoser, le serpent incarne le mieux la Marne.


Il n’oublie pas de mentionner les peintres qui ont fait des tableaux autour de la Marne

Jean Paul Kauffmann - Page 2 A95
Paul Cézanne, Rive de la Marne

Jean Paul Kauffmann - Page 2 A96
Raoul Dufy a habitué en face de l’île des Loups

Je ne vais plus jamais faire ce voyage entre Vitry-le-François et Paris comme avant. Je vais penser à la Marne et Jean-Paul Kauffmann marcher auprès de ces rives.

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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann - Page 2 Icon_minitimeSam 8 Juin 2013 - 7:25

Puisque Marie est en train de lire ce livre, cela me rappelle que j'ai écouté cette émission, il y a quelques semaines et j'ai bien aimé
autant que je suis réticente quand il s'agit de livres audio, autant j'ai de plus en plus de plaisir à écouter des émissions comme celle-ci...

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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann - Page 2 Icon_minitimeDim 9 Juin 2013 - 5:23

Merci Kena, j'écouterai avec plaisir après lecture!

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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann - Page 2 Icon_minitimeMar 9 Juil 2013 - 4:12

Citation :
Mais tout cela avec des citations bien choisies, une multitude de références littéraires qui n’ont rien à voir avec la guerre (p.ex. Georges Simenon, Jean de la Fontaine, dont il va visiter la maison de naissance…).
Et bien voilà , Kenavo a dit tout le plaisir qu'il y a à voyager avec Jean Paul Kaufmann! On apprend quelque chose à chaque page sans que ce soit le moins du monde pesant.
J'ai écouté l'entretien avec Kathleen Evin, et il revient aux rencontres qui l'ont marqué. Celles avec ceux qu'il nomme , se référant à La Fontaine, les " conjurateurs": "Dès l'heure même on vous met en présence Notre démon et son conjurateur"..Des individus qui ne sont pas exclus, mais qui , à leur manière, résistent au sentiment de tristesse d'une France rurale qui va mal dans ces régions .

J'aurais eu envie de recopier beaucoup de pages de ce livre, en particulier ce qui concerne La Fontaine et sa " comparaison" avec Bernard Frank , que j'aimais beaucoup lire. mais j'ai choisi, puisque visiblement, ces " conjurateurs" sont chers à Jean Paul Kaufmann, cet extrait:

Une forteresse vide. L'image devient plus nette. ce n'est pourtant pas un pays en ruine que je vois défiler, depuis mon départ, plutôt un monde secrètement délabré, travaillé par le doute et la peur. Fêlure plus que cassure. La détérioration n'est pas irrévocable, elle s'accompagne presque toujours d'un renversement imprévu qui réajuste et reprend l'ensemble. J'ai vu des villages que la vie avait apparemment désertés: maisons barricadées, devantures abandonnées, trottoirs défoncés. Des affiches annonçant une réunion, un voyage, un collectif de lectures, une manifestation indiquaient que la communauté n'était pas morte. Derrière l'apparence défensive se terre un monde invisible. Une autre vie agit à l'intérieur par le seul mérite du don, du bénévolat, de la solidarité.
Une telle plongée ne va pas sans une part d'aveuglement. Je ne refuse pas de voir les disgrâces de la France marnaise, ni même de les raconter, mais à quoi bon s'attarder sur cette partie si voyante et trop souvent décrite? Une certaine dose d'insensibilité et même d'indifférence est nécessaire. Marcel Duchamp, à qui l'on demandait: " Pourquoi êtes-vous pour l'indifférence?" , avait répondu: " Parce que je hais la haine." La haine anime ceux qui se plaisent à décrire la France comme une entreprise en liquidation. Ils se délectent de cette veillée funèbre, de l'attente de la catastrophe. Dans cet élan destructeur se mélangent la rancoeur, le reniement de soi, le plaisir trouble qu'engendre le refus de connaître et de comprendre. Dommage que l'équanimité , qualité d'une âme détachée, à l'humeur égale, ait pratiquement disparu du vocabulaire.


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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann - Page 2 Icon_minitimeMer 22 Oct 2014 - 9:16

L'arche des Kerguelen – Voyage aux îles de la Désolation

Jean Paul Kauffmann - Page 2 K12

Citation :
Pour le survivant, tout livre a un sens. Peu importe son contenu. La moindre histoire est stimulante parce qu'elle donne l'illusion d'être libre. Nous ne sommes plus seuls. Ce qui dans des circonstances ordinaires paraissaient obscur ou insignifiant  ne l'est plus. Contraint à l'élémentaire, l'esprit extrait d'emblée l'essence des choses, élucide ce qui est hermétique, pourvoit à ce qui est indigent. Avec le presque rien, on invente presque tout.

Jean-Paul Kauffmann a toujours rêvé des îles Kerguelen, cet archipel de l'Océan Indien à la limite du continent antarctique, possession française depuis sa découverte par Kerguelen en 1772, peuplé de quelques militaires et scientifiques et de milliers de lapins, éléphants de mer et manchots. Les paysages sont fabuleux, chaos premiers aux évocations bibliques.

Citation :
Entre la  page blanche et l'achevé d'imprimer, les Kerguelen donnent l'illusion d'approcher des origines ou des fins dernières.
Quatre ans après sa libération de captivité, c'est chose faite, il s'embarque sur le Marion-Dufresne  se confronter à cet archipel désertique, battu par la pluie et les vents, mi- mystère, mi-vérité. À côté des découvertes naturelles, géologiques, botaniques, zoologiques, à côté des paysages fantastiques, il teste cette nouvelle forme de solitude, où, cette fois encore, le temps ne se compte pas, mais à laquelle l'espace donne une ouverture pour lui salutaire.

Citation :
Je suis heureux d'affronter de mon plein gré l'extrême solitude et l'élémentaire clarté d'une nature hostile.

Pas un mot de sa captivité, mais au travers des phrases, au-delà du récit de voyage, du rapport des nombreuses connaissances historiques ou géographiques accumulées , du recensement scrupuleux des noms de lieux et des morts, célèbres ou obscurs, Kauffmann poursuit une réflexion qu'il a intégrée à tout son être, qui s'est construite dans le cachot, et l'a sans doute sauvé, sur le temps, le silence, l'attente, la solitude.

Citation :
Existence cloîtrée, sans véritable but : pour moi la vérité à l'état pur.Désolation, terre de l'attente. Attente du chaland, attente d'une meilleure météo, attente du Marion, attente de l'arche que je n'ai pu rallier par Val Travers. C'est l'espoir sans l'impatience.
Le temps est un espace que le ciel et le vent laissent ouvert. Nul besoin de combler ce vide. L'attente ne s'épuise pas en efforts inutiles, en signes dérisoires que d'ordinaire l'on s'impatiente à interpréter. Dans le désœuvrement kerguélénien, il entre une indolence qui est le contraire de l'apathie, une sorte d'insouciance ardente, tendue vers rien. L'esprit ne dépend ni des faits ni des instants, il n'est captif  ni du passé ni de l'avenir. L'ordre des jours est aboli.

Dans cette expédition, Kaufmann court après des chimères, peut-être. Il s'imprègne du vent (« la singulière complicité entre le silence et le vent »), de la lumière, des odeurs qu'il partage avec ces explorateurs et aventuriers dont les pas l'ont précédé sur l'île.

Jean Paul Kauffmann - Page 2 Marion10
Le Marion-Dufresne
Jean Paul Kauffmann - Page 2 Kergue10    
Jean Paul Kauffmann - Page 2 Port_j10    
Station baleinière de Port Jeanne d'Arc
Jean Paul Kauffmann - Page 2 Port_j11
Cimetière des baleiniers
Citation :
Les tombes sont l'une des rares traces d'humanité de la désolation, pays sans arbres que la mort à reboiser de s'est-elle plantée en plein vent.
Jean Paul Kauffmann - Page 2 Index144
L'éléphant interdit



Citation :
Je déteste la marche. Mes amis pensent que j'aime la nature parce que je possède une maison dans la forêt landaise. Je passe à leurs yeux pour une sorte de  François d'Assise interpellant les fleurs et les oiseaux. Je me garde bien de les contredire. Ils m'imaginent en promeneur solitaire errant sur les chemins forestiers alors que je ne bouge jamais de chez moi. Une vie d'homme ne saurait suffire à explorer l'arpent que je possède.

Citation :
Plus que la souffrance le désœuvrement n'est-il pas l'épreuve suprême ? Qui sait combler le vide de l'âme quand plus rien ne l'absorbe est tiré d'affaire. Il triomphe du supplice le plus cruel : le temps sans mesure ni terme. La douleur occupe ; l'être souffrant se contemple dans son tourment. L'ennui ne connaît ni la nuance ni la satiété.
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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann - Page 2 Icon_minitimeSam 1 Aoû 2015 - 6:25

Jean Paul Kauffmann - Page 2 A426
L’arche des Kerguelen
Citation :
4e de couverture
«Aux Kerguelen, archipel français perdu des mers australes, il y a beaucoup de messages abandonnés dans des bouteilles mais nul ne les a retrouvés. Depuis quarante ans, je me prépare à ce voyage. J’irai à Port-Christmas pour découvrir l’arche des Kerguelen. Cette voûte de cent trois mètres de hauteur, qui stupéfia tant de navigateurs, évoque l’entrée d’une crypte. Le sens caché de cette France australe longtemps maudite s’y trouve peut-être dissimulé. Ces îles dites de la Désolation, où règne le vent, passent pour être le point le plus isolé du globe. La solitude y est extrême, rompue seulement par des troupeaux de moutons, des régiments de chats sauvages, des lapins cachés dans les prairies profondes. On retrouve des tombes partout. Ce que j’entreprends n’est pas un voyage initiatique. Il n’y a pas de Graal à découvrir dans ce district mystérieux que le chevalier de Kerguelen, emprisonné après avoir découvert ces îles en 1772, appelait le "troisième monde".» Jean-Paul Kauffmann.

Même pas besoin d’essayer de faire un commentaire suite à celui de Topocl. Tout y est dit, en plus des citations que j’aurais probablement aussi choisies.

J’ai fait cette lecture pour la LC des îles, et je pense que rare sont les destinations où cela convient mieux qu'ici. Ce sentiment d’isolement, cet archipel est vraiment hors du temps, on pourrait même dire hors du monde. On perd tous les repères, c’est le vent qui prend le devant et on doit s’y faire pour survivre.

J’ai beaucoup aimé cette lecture, en combinaison avec le beau livre d’Emmanuel Lepage, c’est comme j’y aurais été !


Jean Paul Kauffmann - Page 2 A427

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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann - Page 2 Icon_minitimeSam 1 Aoû 2015 - 9:37

Un chouette plaisir de partage!
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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann - Page 2 Icon_minitimeMer 23 Déc 2015 - 11:58

La maison du retour

De retour après trois ans de captivité au Liban, Jean Claude Kauffmann souhaite repartir à zéro et le faire en achetant une maison dans le paysage un peu perdu des Landes. Par le truchement de cette maison (d'abord sa quête, sa rénovation puis son investissement), le lecteur découvre l'intimité d'un homme qui cherche à se reconstruire, à retrouver le goût des choses les plus simples comme des plus élaborées.
Secrètement, pas à pas, Kauffmann ouvre les portes qui mènent jusqu'à lui et ses petits plaisirs de tous les jours.

D'abord l'appropriation progressive de cette maison qu'il a tout de suite aimée, qu'il a tout de suite voulue, comme dans une relation amoureuse ; et puis la découverte de son 'jardin' appelé 'airial' dont les arbres, les oiseaux qui les peuplent, les fragrances qui en naissent apaisent parfois les angoisses de l'ancien captif. Car l'homme ne le cache pas, il est un peu déboussolé après trois ans d'enfermement, il a besoin de réapprendre à respirer, et le lecteur accompagne cette nouvelle naissance qui passe par l'observation de la nature, par des sensations olfactives, par la nécessité de réapprendre à toucher, à humer, à goûter. Bien sûr, cette plongée dans la vie quotidienne de l'auteur permet la confidence mais aussi la découverte des amours esthétiques d'un homme qui trouve au grenier un livre de Virgile, qui écoute Haydn et admire Tiepolo. D'ailleurs la découverte de Virgile est loin d'être anecdotique puisque ce livre (Les Bucoliques et les Géorgiques) le ramène à la fois à l'heure de sa jeunesse estudiantine mais aussi à cette quête, reconquête d'un Age d'or à laquelle il aspire. L'œuvre de Virgile devient la métaphore à peine déguisée de l'attente de l'auteur : retrouver cette plénitude naturelle, cet agencement lisse du temps et des saisons, cette sécurité des évènements qui reviennent chaque année à date fixe. Mais en parallèle à cette lecture pastorale, Kauffmann n'oublie pas de parler du monde et de cette période qui précipite Salman Rushdie dans l'exil à cause des Versets sataniques, comme si la fatwa lancée contre l'auteur offrait un pendant à l'Age d'or, comme s'il fallait nécessairement que le monde s'équilibre, puisque les hommes ont goûté le fruit défendu, fruit de l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal.

Cette lecture a été extrêmement forte, touchante et sous des allures agrestes, profondément mélancolique. Alors même si j'ai eu un tout petit peu de mal au début à apprécier le style un peu précieux, très élégant, voire désuet (?) de Kauffmann, ce voyage immobile dans les Landes en compagnie d'un homme en reconstruction n'en reste pas moins un enchantement, sentiment d'avoir à la fois humé l'air de la forêt de pins, d'avoir goûté le bouquet parfumé d'un cru-bourgeois et d'avoir, l'espace d'un instant partagé quelque chose de très intime, de très intense avec Mr Kauffmann.

Délicat. Sensuel et sensible.


Je ne sais pas si Sigismond lira ceci, mais à chaque page tournée je pensais à lui en me disant que ce livre pourrait bien lui plaire !

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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann - Page 2 Icon_minitimeJeu 24 Déc 2015 - 11:28

Merci  Shanidar pour cette présentation,
je retrouve tout à fait dans ton approche La maison du retour que j'ai tellement aimée  : "Délicat. Sensuel et sensible.", oui c'est tout à fait cela vraiment.


Dernière édition par silou le Ven 25 Déc 2015 - 18:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann - Page 2 Icon_minitimeJeu 24 Déc 2015 - 14:51

Merci silou, je suis contente d'avoir pu te rappeler de bons moments de lecture. De mon côté, j'ai l'impression d'avoir découvert un auteur terriblement attachant, dont la petite musique continue à m'accompagner ! Je vais donc tenter de poursuivre petit à petit cette belle rencontre !

J'ajoute que dans son livre, Kauffmann propose une solution pour celles et ceux qui se sentent un peu trop envahis par leurs livres !

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann - Page 2 Icon_minitimeMer 13 Jan 2016 - 20:04

Jean Paul Kauffmann - Page 2 Kauffm10


Comment revivre quand on a été otage au Liban pendant trois ans ?  Et qu' on est désormais  blessé, nu et vulnérable comme un Bernard Lhermite en quete d' un coquillage protecteur ?
Jean-Paul Kauffmann trouvera dans les Landes  une grande batisse abandonnée, mais harmonieuse.

"Après trois ans d' enfermement, j' ai besoin de la démesure de ce paysage, ponctué par des vides au milieu des pinèdes mais jamais
borné...
Mon choix relève d' une forme d' ingénuité. C' est vrai : je me suis conformé à la surface des choses, à leur apparence...

La vie reprend ses droits et s' affirme au fil des jours, comme les deux palmiers que l' auteur  a planté. Encagnardé ,en hibernation, il vit  seul dans la grande maison en plein chantier. Un chantier sous la haute main de deux ouvriers portugais, mutiques mais efficaces. Des quasi jumeaux que Kauffmann a surnommés Castor et Polux.
Kauffmann aime cet état transitoire au point de souhaiter que le chantier ne s' achève jamais.

L' ambiance du chantier me convient bien. Il flotte dans cette maison un climat d' attente, une sorte de suspense qui répugne à l' épilogue.
J' aimerais que cette situation se prolonge indéfiniment.

Kauffmann se souvient de sa détention et des rares livres à sa disposition, livres futiles, mais qui lui "sauveront la vie".

Donner une signification à ce que je lisais était accessoire. C' est l' infusion du texte que je recherchais, non son interprétation.
Jamais je n' ai dévoré avec une telle intensité. J' oubliais la cellule. Enfoui au fond de ma lecture, produisant en moi-même un autre texte.

Et aussi se rémémorer les lectures passées, poèmes et romans. 
Mais, la liberté retrouvée, le rapport aux livres change radicalement. La lecture devient machinale, il le constate avec tristesse et frustration. Ce sont les arbres désormais qui occuperont désormais toute la place. Ceux qui existaient déjà et ceux qu' il va planter
partout avec frénésie.

Je suis assis face aux deux platanes monumentaux... Dépouillés de leurs feuilles, ils n' en dégagent pas moins une puissance prodigieuse.
Ils se tiennent en sentinelles devant la  maison. Mes deux compagnons devient la période de convalescence que je vis.

Avec bienveillance, ils me regardent reprendre des forces."

Des gens, Kauffmann en verra peu. Sa femme, ses enfants et quelques amis de rencontre.  Mais il est conscient désormais qu' il ne
pourra jamais plus renouer le fil  avec sa vie passée. A vrai dire, il ne le souhaite meme pas. Il n' est plus dans les normes, mais il
a retrouvé le pur bonheur d' etre encore vivant et d' opposer aussi à la fatalité une résistance qu' il souhaite à toute épreuve.

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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann - Page 2 Icon_minitimeJeu 14 Jan 2016 - 8:08

Et qu'en as tu pensé?
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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann - Page 2 Icon_minitimeJeu 14 Jan 2016 - 15:08

J' ai été sensible à cette leçon de vie , à cette régénération. A cette maison perçue comme un abri mais plus encore, comme un
etre vivant. Aux perceptions de la nature et surtout des arbres qu' éprouve Kaufmann dans sa solitude habitée.
Moins les réflexions sur le vin. Tous ces gouteurs snobs et chichiteux me hérissent le poil.
Heureusement Kauffmann ajoute qu' il y a une grande part d' imagination dans sa relation aux vins.

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MessageSujet: Re: Jean Paul Kauffmann   Jean Paul Kauffmann - Page 2 Icon_minitimeVen 13 Mai 2016 - 12:45

L'arche des Kerguelen - Voyage aux îles de la Désolation

Avant les commentaires de topocl et de kenavo, je ne connaissais pas les Kerguelen, cette terre australe et inhospitalière sur laquelle des hommes passent des mois entiers en 'hivernage' et y reviennent. Ceux qui sont passés sur cette île semblent en être marqués à vie et la question bien sûr, pour nous lecteur et pour celui qui tel Kauffmann rêve depuis l'enfance de cet endroit, est de savoir pourquoi ? Pourquoi cette île imprime en l'homme un tel amour, une telle ferveur, alors qu'elle est battue par les vents, solitaire pour ne pas dire, puisque c'est ainsi que James Cook la baptisa : terre de Désolation… Pas solitude, pas érémitisme, pas expiation mais désolation

Or si je me réfère à mon intransportable Petit-Robert, la désolation est d'abord une action : "action de désoler, de ravager un pays ; son résultat". Par retour on peut imaginer que le paysage 'désolé', 'ravagé' des Kerguelen renvoie son contemplateur à sa propre dévastation… Est-ce cela que Kauffmann et les kergueléniens recherchent sur cette immense terre désertique, où l'absence d'arbre donne au vent une voix unique ? Est-ce pour cela que le lecteur, un peu fébrile, se prend (s'éprend) de ce livre, à la fois récit d'une quête et d'un échouage, d'un rêve et de son inaboutissement.

Le voyageur comme le rêveur ne trouve jamais ce qu'il recherche, semble nous dire Kauffmann, à moins que ce ne soit le vent des Kerguelen qui nous le souffle…

Car si le personnage principal de ce livre est la recherche de l'Arche mythique des Kerguelen, son compagnon est bien le vent, celui qui s'engouffre partout et fait moutonner l'eau, celui qui crie la nuit et violente les sommeils, celui qui balaye la pluie sur les toits aux gouttières inutiles. Le vent, ici, semble combattre l'eau avec l'acharnement d'un animal sauvage, intraitable et glorieux. Et si le vent est ici personnage principal, son corollaire qui est l'odeur est son pendant. Car Kauffmann nous apprend que l'air des Kerguelen est sans doute l'un des plus pur du globe et que sur cette terre épargnée, les odeurs, astringentes, fortes, sont comme entières.

Citation :
Alors que je redescends vers Armor (sic), le vent me renvoie une odeur minérale et humide qui provient des cailloux arrosés par le passage d'un grain. Ce n'est pas un effluve marin, mais le parfum raréfié des hauts sommets, mélange d'humus et de silex, une sensation acide et vive. Il émane des pierres de la Désolation une sapidité rare, celle d'un monde qui rumine et qui vit, une odeur très pure de gangue et de pierre à fusil. Aucun autre parfum ne l'altère.

On comprend alors mieux, peut-être, pourquoi cette permanence et cette impermanence des éléments parviennent à recueillir et à cueillir le cœur des hommes.

Cependant, je dois avouer que ce livre de voyage m'a semblé moins abouti que La maison du retour ; sans doute parce qu'il s'agit d'un premier livre, premier pas d'un homme qui cherche et ne trouve pas, qui gratte les croûtes de ses cicatrices mais n'arrive pas encore à regarder au-delà. Il n'empêche. Ce livre, par sa sourde mélancolie est une intéressante variation autour de cette question toujours renouvelée : à quoi bon se rendre dans des territoires inhumains, inhospitaliers ?


Ce livre m'a rappelé l'excellente lecture de Les Fusils de Vollmann par cette quête abstraite d'un lieu impossible (sans doute parce qu'il n'existe qu'en l'homme) et par le désir, obscur, de se mettre en danger au cœur d'une nature impitoyable. Il m'a également renvoyé à la lecture récente des Montagnes hallucinées de Lovecraft qui par leur mystère, leur isolement, l'effroi qu'elles génèrent, ressemblent un peu au paysage désolé des Kerguelen.

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