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 Iouri Bouïda

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shanidar
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MessageSujet: Iouri Bouïda   Ven 16 Jan 2015 - 10:29



Iouri Bouïda est né en 1954, en Russie, dans la région de Kaliningrad (terre isolée du territoire russe, se situant entre la Pologne et la Lituanie).

Il vit aujourd'hui dans la banlieue de Moscou, dans un petit appartement avec son chat. Il est rewriter pour un journal, lit Shakespeare en anglais, qu'il a voulu traduire, tout comme Pasternak, sans y parvenir. Il a mis huit mois à lire Voyage au bout de la nuit de Céline en français, une langue qu'il ne parle pas, lecture qu'il a faite en estimant que la traduction russe ne valait pas tripette.

Bibliographie :

1998 Le train zéro
2002 Yermo
2005 La fiancée prussienne et autres nouvelles
2012 Potemkine ou le troisième cœur

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shanidar
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MessageSujet: Re: Iouri Bouïda   Ven 16 Jan 2015 - 10:34

Potemkine ou le troisième cœur

Je ne sais pas trop par quel bout entamer ce commentaire.

Peut-être en revenant sur la scène inaugurale du livre ?

Fiodor Zavalichine, alias "Théo" (ne me demandez pas pourquoi) marche dans un tunnel et croise une petite fille unijambiste avec une pancarte autour du cou sur laquelle elle a écrit : Achète-moi sinon je te poursuivrai dans tes rêves. La scène tourne sur elle-même comme une ritournelle, un manège de chevaux de bois, un rêve absurde auquel Théo parvient à échapper en sortant du tunnel.

Ça c'est le point de départ.
Théo est un photographe d'origine russe, vivant à Paris, ancien soldat de la guerre 14-18, qui en sortant du tunnel et parce que nous sommes en 1926, prend un taxi pour se rendre à une séance de cinéma. Il va voir Le cuirassé Potemkine d'Eisenstein (au passage chef d'œuvre absolu du cinéma). Il ressort de cette séance en se dirigeant tout droit dans un commissariat où juste avant de sombrer dans une violente crise d'épilepsie, il se dénonce comme étant l'un des soldats qui a tiré sur la foule en croyant mater des insurgés.


Ça c'est pour annoncer les deux grands thèmes du roman : la honte et la rédemption, la culpabilité et Dieu qui entre dans le corps de Théo sous la forme d'un troisième cœur (pourquoi un troisième? cela me reste obscur), tout comme me reste obscure cette affirmation : Dieu est un marchand de honte.

Citation :
- Ah bon ? Cela arrive ?
- Qu'est-ce qui arrive ?
- Qu'un criminel souhaite sa propre arrestation… Qu'il veuille qu'on l'attrape.
- Cela arrive, j'en suis certain, dit Jacques-Christian sans grande conviction. Par exemple, quand Dieu s'abat sur un pécheur sans crier gare…
Dieu ?
- Le marchand de honte." Le jeune monsieur Auffroy sourit d'un air gêné. "Dans notre collège, nous avions un professeur qui appelait Dieu "le marchand de honte". Certains doivent payer cette denrée un prix exorbitant, et il y en a qui ne le supportent pas. Je crois que l'assassin de Deauville est de ceux-là."

Ensuite, Iouri Bouïda prend un malin plaisir à brouiller le lecteur en lui jetant au visage un nombre incalculable d'évènements, de réflexions et de meurtres. Pêle-mêle, on croise un anciens soldat russe trépané et meurtrier de femmes, le Minotaure, Jonas et sa baleine, des prostituées et de la pornographie (oui, Théo n'est pas seulement lui aussi un meurtrier, il est également pornographe et pédophile, proposant à de bons clients des photos érotiques… et vivant avec une gamine difforme et légèrement cleptomane, excusez du peu). On arrive à une course poursuite rocambolesque en voitures d'époque, un sansonnet dans une cage, une petite fille unijambiste (celle du tunnel, miraculeusement réfugiée dans la voiture de Théo) et criminelle (elle tue ses amants après l'amour, comme c'est original !), une tentative d'arrestation sur le parvis d'une cathédrale (Dieu n'est jamais loin des préoccupations souterraines de notre 'héros'), et une mort hollywoodienne…

Cela pourrait peut-être être palpitant si Bouïda était parvenu à ce que ces personnages prennent vie, qu'ils aient une peau et des organes dessous (et même un troisième cœur), mais cela ne fonctionne pas, les êtres sont ici comme des marionnettes totalement désincarnées qui entre l'hystérie de Dostoïevski et la pornographie enfantine d'un Balthus ne parviennent ni à émouvoir, ni à surprendre. Les évènements surréalistes, le nombre impressionnant de références (cinématographiques, littéraires et religieuses) ne suffisent pas à rendre ce roman patchwork attachant, ni même un peu surprenant (d'ailleurs j'ai eu parfois l'impression, surtout au début du livre, de lire une page wikipedia sur l'année 26). Le grotesque des situations et des personnages l'emportent finalement et tout est tellement ENORME que cela tombe dans le ridicule le plus inoffensif. Une bouffonnerie, en somme.

Décidemment la littérature russe reste pour moi un continent obscur...

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topocl
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MessageSujet: Re: Iouri Bouïda   Ven 16 Jan 2015 - 10:52

shanidar a écrit:
Décidemment la littérature russe reste pour moi un continent obscur...

Alors c'est peut-être pas gagné pour Dostoievski dentsblanches ?

La photo m'avait fait envie, mais le commentaire, moins...
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shanidar
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MessageSujet: Re: Iouri Bouïda   Ven 16 Jan 2015 - 10:58

Le livre ne fait que 160 pages et il est traduit par Sophie Benech. Mais je ne pense pas que cela soit suffisant pour te tenter...

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Iouri Bouïda   Ven 16 Jan 2015 - 11:35

je ne note pas ! et peu de rapport finalement au Potemkine (mais oui le film un chef d'oeuvre)

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Heyoka
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MessageSujet: Re: Iouri Bouïda   Ven 16 Jan 2015 - 15:51

shanidar a écrit:
Une bouffonnerie, en somme.

Merci pour cet éclat de rire Shanidar.

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Sullien
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MessageSujet: Re: Iouri Bouïda   Ven 16 Jan 2015 - 16:52

Bon... J'ai bien Le train zéro qui traîne par là, mais tu ne me donnes pas envie de m'y essayer !
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eXPie
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MessageSujet: Re: Iouri Bouïda   Ven 16 Jan 2015 - 16:55

Merci pour le temps gagné... Et pour ton commentaire ! Tu as dû beaucoup moins t'amuser à lire ce bouquin que nous à te lire...
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