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 Reza Baraheni [Iran]

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Senhal
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MessageSujet: Reza Baraheni [Iran]   Mar 28 Aoû 2007 - 22:08



Bonsoir,

Je ne savais pas où "caser" ce grand auteur persan, puisqu'aucune section ne me paraît adaptée à la littérature iranienne. Je le dépose donc ici pour le moment, ainsi qu'en exil, comme l'est l'auteur lui-même.

Il s'agirait ici de parler d'abord de Lilith, un de ses textes publiés récemment en français, puis qu'il fait partie des livres cerclés.

Quelques précisions. Il y a, à la base, un texte perse, encore jamais traduit sous nos latitudes. Puis il y a une rencontre avec un metteur en scène, Thierry Bedard, fertile, qui sera l'occasion de plusieurs performances et de l'élaboration d'Exilith, un spectacle à une seule voix (mais portant bien des voix) : celle de Lilith.

De cette adaptation théâtrale est tiré le livre Lilith.

" Je ne suis pas dans les livres. Je ne suis pas dans les spectacles. Ma langue n'est jamais la leur. Je suis dans l'absence de signes. Je suis dans les statuettes tombées sur le flanc, dans les ruines où les vents du désert entassent la poussière des millénaires durant. Je vis dans les déserts perdus où la tempête aveugle les caravanes, et c'est moi qu'on accuse. Je vis dans les recoins isolés et puants où stagne à ciel ouvert l'eau putride des fosses d'aisance, dans les forêts reculées et desséchées, dans les marécages pleins de serpents et d'insectes venimeux, dans les coïts où chacun des amants suce le sang de l'autre, dans les maladies que les nouveau-nés héritent de leurs parents, dans les crises et les attaques qui s'emparent des hommes en prise avec le froid ou la fièvre. On m'identifie à tout cela. Mes beautés usurpées, des imposteurs les transcrivent sous leur nom. Tous se moquent de savoir que je pense, et donc que je suis autre. Je n'ai pas été façonnée dans cette poignée d'argile rouge où, quarante ans durant, Adonanaï a insufflé son âme par tous les trous pour qu'Adadam se lève et se mette à marcher. Qui suis je ? " En libérant la parole de Lilith, la toute première femme à avoir été chassée du paradis par un usurpateur nommé Adonanaï, et en lui rendant sa place de matrice originelle, Réza Barahéni, lui-même condamné à l'exil, livre un condensé poétique et politique de son œuvre : un cri musical, littéralement primal, lancé contre despotes et tyrans, dont les victimes, depuis le commencement, sont les poètes et les femmes.

Vous pouvez trouver ici l'incipit :
http://remue.net/spip.php?article1247
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LaChose
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MessageSujet: Re: Reza Baraheni [Iran]   Mer 29 Aoû 2007 - 0:01

L’Iran étant en Asie, je transfère ton fil en Littérature asiatique par auteur

Pour info, je vous livre la note de Wikipedia :

Citation :
Reza Baraheni (en persan : رضا براهنی), né en 1935 à Tabriz est un écrivain, poète, critique et activiste politique azéri iranien en exil.
Baraheni habite maintenant au Canada où il est professeur. Il enseigne au Centre de littérature comparative de l'Université de Toronto.
Il est l'auteur de plus de cinquante livres écrits en persan et en anglais et ses œuvres ont été traduites dans une douzaine de langues. Il a de plus traduit des œuvres de Shakespeare, Kundera ou Mandelstam, Andric et Fanon en persan.
Son œuvre la plus célèbre est Les cannibales couronnés: écrits sur la répression en Iran, qui raconte ses jours passés en prison à l'époque du Shah d'Iran.
Baraheni, ancien prisonnier politique, est Azéri et ardent défenseur des droits de son peuple.

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Marie
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MessageSujet: Re: Reza Baraheni [Iran]   Mer 29 Aoû 2007 - 1:47

Reza Baraheni est né en 1935 à Tabriz, à l’ouest de l’Iran. Interdit de s’exprimer dans sa langue maternelle
(l’Azéri), il fait ses études à Téhéran, enseigne la littérature comparée, la poétique anglaise, et s’affirme depuis la fin des années 60 comme l’un des écrivains majeurs de langue persane.
Emprisonné sous le régime du Shah, il subit un premier exil dans les années 70 aux Etats-Unis, où il est proche des avant-gardes littéraires et des mouvements féministes. Au milieu des années 90, il échappe à plusieurs tentatives d’assassinat et s’exile définitivement au Canada. Auteur prolixe et érudit, Reza Baraheni a écrit plus de 50 ouvrages, quasiment tous censurés (voire pilonnés) en Iran : poésie, essais, fictions. Plusieurs de ses romans ont été récemment traduits en français.

J'ai eu beaucoup de mal à lire Lilith. . Pour trois raisons, je pense. D'abord parce que c'est une écriture théatrale, et que cela me gêne. Il y manque ,pour moi, des éléments de compréhension que peuvent apporter le jeu des acteurs, la mise en scène, etc. Ensuite parce que c'est une écriture métaphorique, et que là aussi je manque de bases culturelles...
Et surtout parce que c'est un texte extremement violent, qui m'a souvent heurtée. La violence faite auxpetites filles, aux femmes , de tout temps,par l'homme qui s'autorise des lois religieuses et ancestrales, le viol, et la mort.
Et que cette violence résonne très fort en moi et me révulse...

Quelques lignes:

Je dis: " Très bien, baisse ton pistolet . J'ai changé d'avis. Je veux agir exactement comme une fille de treize ans. Je veux que tu me violes." Il baisse son pistolet, se ragaillardit et dit: Je ne suis pas un violeur. Tu seras mon épouse légitime. Et tout le monde couche avec son épouse." Je demande: " Combien d'épouses légitimes as tu eues aujourd'hui?" Il dit: " Tu ne seras pas tout à fait une épouse légitime , plutôt une sigheh*. Un homme peut en posséder autant qu'il en veut." Je dis: " Tue-moi. Tu prendras ma virginité après. Vous ne baisez que des mortes. Vos cérémonies de mariage sont des enterrements. Se livrer à l'homme, c'est s'abandonner à la mort. C'est s'allonger. Pas vrai?" Il dit: " Le juge a ordonné: d'abord le dépucelage, ensuite la mort. Moi j'exécute la loi sacrée à la lettre"....

* Mariage provisoire, dit à terme ou à durée déterminée ( de quelques heures à quelques années) autorisé par la loi musulmane chiite.


Ceci dit, je trouve très intéressant que ce livre tourne, et qu'il y ait d'autres avis...
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Senhal
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MessageSujet: Re: Reza Baraheni [Iran]   Mer 29 Aoû 2007 - 15:41

Portouverte a écrit:
L’Iran étant en Asie, je transfère ton fil en Littérature asiatique par auteur


Je me sens assez bête, là...

Marie a écrit:
J'ai eu beaucoup de mal à lire Lilith. . Pour trois raisons, je pense. D'abord parce que c'est une écriture théatrale, et que cela me gêne. Il y manque ,pour moi, des éléments de compréhension que peuvent apporter le jeu des acteurs, la mise en scène, etc. Ensuite parce que c'est une écriture métaphorique, et que là aussi je manque de bases culturelles...
Et surtout parce que c'est un texte extremement violent, qui m'a souvent heurtée. La violence faite auxpetites filles, aux femmes , de tout temps,par l'homme qui s'autorise des lois religieuses et ancestrales, le viol, et la mort.
Et que cette violence résonne très fort en moi et me révulse...

Oui Marie, je te comprends concernant ces trois points, sauf peut-être pour la dimension métaphorique, qui ne m'a pas tellement semblé requérir une grande culture, ou du moins n'est-ce pas le plus important, le texte invite à lâcher prise, à sentir.

Pour l'aspect théâtral, je l'ai moins ressenti du fait que j'ai vu la représentation (éprouvante, magnifique) et que la prosodie, le ton, me sont restés.

Et autant avertir les prochains lecteurs, ce que j'aurais dû faire plus tôt : oui, ce texte est très violent.

Mais je pense qu'il est aussi libérateur. S'autoriser à voir les choses comme elles sont, c'est toujours libérateur. C'est déjà changer les choses, juste voir.

Il parle de la condition de la femme, pas seulement celle d'Iran, mais de la condition universelle de la femme.

C'est une dénonciation bien sûr, mais pas seulement, loin de là. J'ai plutôt ressenti cette démarche : "regardez en face ce que vous savez déjà". Il s'adresse aux hommes comme aux femmes. Pointe leur souffrance commune, notre souffrance, l'absurdité de cette situation.

La raison pour laquelle vous avez peur de la femme, ce qu'elle représente, son immense puissance. Et c'est pour cela aussi que le texte est beau, parce qu'il a voulu donner une voix au féminin, celle jamais entendue, sa voix libre. La voix obscure, sous-terraine, créatrice, matrice, désirante, désirable etc. La femme sorcière, la femme aimante, l'innocente, celle qui souffle les désirs, la vie, la mort.

Je pense qu'une autre lecture accompagne très bien ce texte : La Domination masculine de Pierre Bourdieu.
Une analyse sociologique qui amorce le projet très ambitieux de remonter à notre conscience les mécanismes millénaires qui nous ont fait acquérir cette vue de la femme plus jamais remise en question, comme si elle était de nature, alors qu'elle est de culture.
Le livre, en lui-même, est très court et parfaitement accessible.
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Marie
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MessageSujet: Re: Reza Baraheni [Iran]   Mer 29 Aoû 2007 - 19:23

Citation :
remonter à notre conscience les mécanismes millénaires qui nous ont fait acquérir cette vue de la femme plus jamais remise en question, comme si elle était de nature, alors qu'elle est de culture.
C'est un sujet de discussion passionnant, Senhal, et tu en parles très bien, on pourrait d'ailleurs continuer ailleurs?
Je serais très intéressée de lire, à ce sujet ,les opinions de femmes ( et d'hommes) Cool de différentes générations.
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animal
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MessageSujet: Re: Reza Baraheni [Iran]   Mer 29 Aoû 2007 - 20:43

en tout cas ce dernier post senhal, après une incapacité à... me faire une idée et après/malgré une certaine méfiance suite à l'avis de Marie (violence !), ben c'est (très) convaincant et ça donne envie de le lire.

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Le Bibliomane
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MessageSujet: Re: Reza Baraheni [Iran]   Sam 22 Sep 2007 - 16:13

"LILITH"

Elle s'appelle Lilith. Elle est la première compagne d'Adam, née de l'argile comme lui et non sortie de la côte de l'homme comme Eve qui lui succèdera.
Chassée du paradis parce que refusant de se soumettre à la domination masculine, Lilith est l'image même de la femme qui foule aux pieds la prétendue supériorité masculine. Elle a de ce fait été effacée de la version officielle de la Genese et refoulée avec les démons, incubes et succubes qui peuplent la nuit. On en a fait l'épouse de Lucifer afin d'enfoncer le clou encore plus profondément et d'éradiquer ainsi pour des siècles le symbole d'une féminité indépendante et insoumise au patriarcat.
Lilith serait en fait le souvenir d'une époque, que l'on situe au néolithique, où les sociétés matriarcales auraient été renversées par la gent masculine qui aurait ainsi usurpé un pouvoir qui ne lui était pas destiné et aurait perverti celui-ci en baîllonnant pour des millénaires celles qui jusqu'alors étaient respectées dans leurs opinions et leurs actes, libres de leurs choix et non inféodées à une domination brutale et barbare.

C'est un long monologue qui est ici proposé par Reza Baraheni. Lilith prend enfin la parole et raconte tout. Elle nous parle de l'usurpation, des humiliations, de l'exil, de toute la dureté et de toutes les épreuves qu'ont endurées – et qu'endurent encore – les femmes à travers les âges et à travers les civilisations.

Cette oeuvre est l'adaptation pour le théâtre, d'un texte de l'auteur non encore traduit en français. Cette écriture théâtrale, si elle s'avère riche en métaphores, d'une écriture remarquable, puissante et parfois d'une violence insoutenable, m'a semblé parfois, je l'avoue, quelque peu hermétique, voire incompréhensible à mon esprit d'occidental peu familier de l'histoire et de la culture persane ainsi que du symbolisme musulman. M'a gêné aussi ce côté « théâtre d'avant-garde », avec cette utilisation systématique de redondances, ce manque de repères temporels, ce monologue qui saute incessamment du coq à l'âne sans laisser de répit au lecteur ou à l'auditeur. Gêné aussi par cette débauche de sexe et de violence qui, certes, retranscrivent de manière traumatisante les violences et les outrages faits aux femmes depuis la nuit des temps.

« Lilith » est une oeuvre extrêmement dure, cruelle, mais d'une très grande lucidité sur l'oppression dont ont toujours été victimes les femmes depuis que les hommes se sont autoproclamés d'essence supérieure.
Oeuvre poétique et allégorique, servie par une écriture remarquable, « Lilith » est un texte qui m'a beaucoup plus touché par le fond qu'il induit et par le cri de révolte qu'il lance à la tête des hommes, que par sa forme qui m'a laissé, étant habitué à des procédés narratifs plus « classiques », vaguement dubitatif et quelque peu déconcerté parfois par ce monologue qui m'est souvent apparu nébuleux et sybillin.
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MessageSujet: Re: Reza Baraheni [Iran]   Sam 22 Sep 2007 - 16:48

Ce fil est vraiment très intéressant, je vais essayer de me procurer Lilith et aussi le bouquin de Bourdieu. Merci à tous les contributeurs !

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MessageSujet: Re: Reza Baraheni [Iran]   Sam 6 Oct 2007 - 9:25

J'ai terminé "Lilith"...aujourd'hui, j'essaierai de rédiger une note de lecture Wink
Je suis un peu débordée par mon travail en ce moment!
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MessageSujet: Re: Reza Baraheni [Iran]   Sam 6 Oct 2007 - 21:13

Voili voilà, le commentaire sur "Lilith"



Quatrième de couverture:

" Je ne suis pas dans les livres. Je ne suis pas dans les spectacles. Ma langue n'est jamais la leur. Je suis dans l'absence de signes. Je suis dans les statuettes tombées sur le flanc, dans les ruines où les vents du désert entassent la poussière des millénaires durant. Je vis dans les déserts perdus où la tempête aveugle les caravanes, et c'est moi qu'on accuse. Je vis dans les recoins isolés et puants où stagne à ciel ouvert l'eau putride des fosses d'aisance, dans les forêts reculées et desséchées, dans les marécages pleins de serpents et d'insectes venimeux, dans les coïts où chacun des amants suce le sang de l'autre, dans les maladies que les nouveau-nés héritent de leurs parents, dans les crises et les attaques qui s'emparent des hommes en prise avec le froid ou la fièvre. On m'identifie à tout cela. Mes beautés usurpées, des imposteurs les transcrivent sous leur nom. Tous se moquent de savoir que je pense, et donc que je suis autre. Je n'ai pas été façonnée dans cette poignée d'argile rouge où, quarante ans durant, Adonanaï a insufflé son âme par tous les trous pour qu'Adadam se lève et se mette à marcher. Qui suis je ? "

D'emblée, la révolte et la réhabilitation d'une vérité occultée sont au coeur de ce roman étrange et captivant à la fois.
Réza Barahéni nous livre un portrait de Lilith, première femme a avoir été chassée du Jardin d'Eden par Dieu. Lilith, la femme qui fut créée de la glaise, au même titre qu'Adam. Lilith, la femme qui n'est pas issue de la côte d'Adam, la femme qui n'est pas assujettie à l'homme, la femme égale de l'homme, la femme débordant de sensualité et de sexualité librement consentie. Lilith, la femme qui peut faire peur, la femme insoumise jusque dans les positions érotiques: elle n'hésite pas à chevaucher son partenaire!
Lilith est, sous la plume parfois alambiquée de Barahéni, la porte-parole des femmes qui refusent la soumission aveugle aux hommes. Elle est celle qui refuse le voile, elle est celle qui sait les failles profondes des hommes. Failles que ces derniers cherchent par tous les moyens, même les pires et les plus immoraux, à cacher afin de maintenir leur autorité, certes futile mais ô combien cruelle.
Barahéni, grâce au personnage de Lilith, dénonce la condition des femmes musulmanes, dénonce les régimes autoritaires des religieux, les tortures, les viols perpétrés dans les prisons afin de mener à la mort les femmes encore vierges: le Coran interdit la condamnation à mort des vierges...aussi, le viol est-il un moyen, sordide, de contourner la loi coranique. Il raconte combien est grand le plaisir dévoyé des tortionnaires, combien est grande la puissance du pouvoir, même inique, combien l'injustice peut être insupportable.
Lilith indomptable, multiple et unique, éternelle et vengeresse: le passage de la vierge prostituée qui recouvre son hymen après chaque rapport et où les hommes se pressent et où ils revêtent un habit de deuil, ce qui intrigue le poète venu de loin, est d'une intensité dramatique extraordinaire. Tout y est dit, tout y est clair: l'homme aura beau réprimer, brimer la sensualité de la femme, cette sensualité perdurera dans ses fantasmes et ses désirs inassouvis et n'abolira jamais le fait qu'il est issu de la matrice originelle qu'est le ventre de la mère, donc de la femme.
Réza Barahéni lance un cri pour la liberté des opprimés, un cri dénonçant les tyrans et les despotes où qu'ils soient. Leurs victimes désignées d'avance, les femmes et les poètes, les créateurs, sont les Lilith que l'on assassine pour que la vérité, les vérités, ne voit pas le jour.
Un roman que j'ai aimé malgré un style parfois trop fleuri, trop théâtre expérimental, et qui regorge de passages de pure poésie! Un livre que l'on aime après avoir digéré la lecture ardue des phrases ou des mots scandés tels des mantras. Un beau voyage au coeur de la résistance au despotisme religieux, cruel, obtus et intolérant.
« Lilith » est aussi un bel hommage rendu à Kafka par Barahéni: les dernières pages, celles racontant la vierge qui recouvre éternellement son hymen, est un clin d'oeil au « Le procès » de Kafka. Un pur délice.
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Isidore Ducasse
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MessageSujet: Re: Reza Baraheni [Iran]   Lun 8 Oct 2007 - 18:04

Tout ça m'a donné envie de m'y mettre, et je l'ai rajouté à ma liste, ce que je ne fais pas pour tous les auteurs dont on parle sur ce forum. J'espère que je saisirai quand même le principal, car j'ai parfois du mal avec les textes trop métaphoriques...
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Babelle
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MessageSujet: Re: Reza Baraheni [Iran]   Lun 8 Oct 2007 - 19:09

Impossible de trouver dans les base Electre Les cannibales couronnés.
Les seuls titres disponibles chez l'éditeur en France sont Lilith et Elias à New York, tous deux publiés chez Fayard.
L'article de Wikipedia, auquel sousmarin fait référence plus haut, indique pourtant qu'il est l'auteur de plus de cinquante livres écrits en persan et en anglais et que ses œuvres ont été traduites.
J'ai inscrit Lilith sur le cahier de suggestions de ma médiathèque et, au vue de vos chroniques de lecture, j'ai hâte de pouvoir m'y plonger.
Merci de nous faire partager vos découvertes!
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MessageSujet: Re: Reza Baraheni [Iran]   Lun 8 Oct 2007 - 21:26

"Lilith" part chez toi demain Very Happy
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animal
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MessageSujet: Re: Reza Baraheni [Iran]   Sam 27 Oct 2007 - 19:58

scratch

je me demande depuis tout à l'heure ce que je vais pouvoir vous raconter...

j'ai eu du mal moi aussi avec la forme et mon manque de points de repères (et la faculté de mes yeux à se fermer plus que tout seuls en ce moment)... en même temps j'ai plutôt apprécier l'aspect un peu surréaliste du récit, ça lui donne une liberté et des perspectives particulières.

j'ai l'impression d'avoir refermé le livre mais pas complètement... c'est un peu comme si un homme avait écrit (ou essayer d'écrire) comme une femme (impression qui va avec mon formidable manque de connaissance !)

assez troublant...

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MessageSujet: Re: Reza Baraheni [Iran]   Sam 27 Oct 2007 - 20:23

petit extrait :
Citation :

Le boucher dit : "il n'est pas nécessaire que les gens soient nés du même père ou de la même mère, appartiennent à une même tribu ou parlent la même langue, ni même qu'ils soient issus de la même génération ou du même siècle pour qu'un lien les unisse. Une chose étrange assemble les évènements entre eux et place les hommes côte à côte. C'est un genre de conte, de rêvasserie; ou plutôt - comment l'appelle-t-on déjà? -, de la littérature peut-être. Elle ne surgit véritablement que dans l'obscurité".

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