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 Edmond Jabès

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Sigismond
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MessageSujet: Edmond Jabès   Sam 7 Mar 2015 - 21:57

Edmond Jabès



Né au Caire le 16 avril 1912, dans une famille juive francophone, et décédé à Paris le 2 janvier 1991.
Marqué par la mort prématurée, très jeune, de sa sœur, il s'oriente ver l'écriture et commence à publier de petites plaquettes de poésie dès 1929, puis prend part à l'édition d'une revue, orientée surréalisme, La Part du sable.
Rencontre, en ce Proche-Orient alors fortement francophone, avec Andrée Chedid.

Par la suite il entretient une correspondance amicale et suivie avec Max Jacob, qu'il rencontrera en 1935, puis avec Paul Eluard. Puis, au fil des années, sans encore quitter définitivement son Egypte natale, il communique aussi avec André Gide, Henri Michaux, Philippe Soupault, Roger Caillois.

Après 1945, et fortement commotionné par les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale, il travaille pour plusiseurs revues dont une collaboration régulière avec la NRF. Il quitte définitivement l'Egypte à l'occasion de l'affaire du Canal de Suez.
Après son arrivée en France, son cercle amical, mais également de reconnaissance littéraire, ne décroît pas, on y compte Michel Leiris, Paul Celan, Jacques Dupin, Louis-René des Forêts, Michel de Certeau, Jean Starobinski, Yves Bonnefoy, René Char et Emmanuel Levinas.
Entre diverses publications et une vie de conférencier, il prend la nationalité française en 1967. Installé à Paris jusqu'à sa mort, son rythme de publication ne décroît pas, sans toutefois que son œuvre atteigne à une notoriété grand public.

De lui on peut en effet dire que c'est un Poète d'accès difficile, qui a traversé plus ou moins en catimini le siècle précédent. Le succès de ses parutions, initié par Max Jacob puis par André Gide donc, puis prolongé par René Char, est surtout un succès d'estime auprès de ses pairs.

En un sens, tant mieux, ceci permet à nombre de lecteurs d'aujourd'hui de recevoir son œuvre comme entièrement neuve.
Pour cette réception d'œuvre-là, il faudra agréer un certain dépouillement, accepter le trait poétique suggéré (ne dit-on pas de lui que c'est un poète de l'indicible, de l'ineffable ?), et parcourir les méandres de son cheminement.
Illustration, peut-être, de son rapport à l'écriture qui peut aller jusqu'à l'inquiétude du maniement des mots, et la toute-puissance de ceux-ci, le mot questionne et renvoie de "brûlantes interrogations" par une strophe, la dernière de "Je vous écris d'un pays pesant" (dans le recueil "Le Seuil, le sable, Poésies complètes 1943-1988), écrit qui mêle (alterne) prose et forme poétique versifiée:
Citation :
Je songe aux jouets de mes cinq ans. Une fois miens, ils furent les maîtres. Je croyais pouvoir, avant qu'on me les offrît, les manier à ma fantaisie. Je m'aperçus très vite que je pouvais les détruire au gré de mon humeur; mais si je les voulais vivants, que je devrais respecter leur mécanisme, leur âme immortelle.
Ainsi le langage.
Je dois aux mots la joie et les larmes de mes cahiers d'écolier, de mes carnets d'adulte.
Et aussi ma solitude.
Je dois aux mots mon inquiétude. Je m'efforce de répondre à leurs questions qui sont mes brûlantes interrogations.    

Mais une fois l'immersion dans sa poésie réalisée, avec un lâcher-prise non-calculateur, il est aisé d'y trouver des délices, d'autant plus abordables qu'ils sont non encodés.

Présentation brève d'Edmond Jabès et lecture du poème "Avez-vous jamais" ? , extrait du Livre des questions, sur France-Culture.


Bibliographie:
   Je bâtis ma demeure : Poèmes 1943-1957, Gallimard, Paris, 1959
   Le Livre des questions, t. I, Gallimard, 1963 (ISBN 2070233243)
   Le Livre de Yukel (Le livre des questions, t. II), Gallimard, 1964 (ISBN 2070233251)
   Le Retour au livre (Le livre des questions, t. III), Gallimard, 1965 (ISBN 207023326X)
   Yaël (Le livre des questions, t. IV), Gallimard, 1967
   Elya (Le livre des questions, t. V), Gallimard, 1969
   Aely (Le livre des questions, t. VI), Gallimard, 1972
   El, ou le dernier livre (Le livre des questions, t. VII), Gallimard, 1973
   Le Livre des ressemblances, t. I, Gallimard, Paris, 1976
   Le Soupçon le Désert (Le Livre des ressemblances, t. II), Gallimard, 1978
   L'Ineffaçable l'Inaperçu (Le Livre des ressemblances, t. III), Gallimard, 1980
   Du désert au livre, entretiens avec Marcel Cohen, Belfond, 1980
   Récit, Fata Morgana, Saint Clément de Rivière, 1981, relié, 13 x 23,2 cm
   Le Petit Livre de la subversion hors de soupçon, Gallimard, 1982
   Le Livre du dialogue, Gallimard, 1984
   Le Parcours, Gallimard, 1985
   Le Livre du Partage, Gallimard, coll. « Blanche », Paris, 1987
   Un étranger avec, sous le bras, un livre de petit format, Gallimard, 1989
   Le Seuil le Sable : poésies complètes 1943-1988, Gallimard, coll. « Poésie », Paris, 1990
   Le Livre de l'hospitalité, Gallimard, 1991
   Petites Poésies pour jours de pluie et de soleil, Gallimard Jeunesse, 1991
   Désir d'un commencement Angoisse d'une seule fin, Fata Morgana, 1991
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Edmond Jabès   Sam 7 Mar 2015 - 22:15

Allons-y mollo, pianissimo pour une entrée en matière, prenons du basique, du dépouillé, du bref avec L'arbre volant, prévertien je trouve, assez dans la veine du début de la seconde moitié du XXème siècle, indubitablement, en tous cas:




L'arbre volant

Que les bois aient des arbres,
Quoi de plus naturel ?
Que les arbres aient des feuilles,
Quoi de plus évident ?
Mais que les feuilles aient des ailes,
Voilà qui, pour le moins, est surprenant.
Volez, volez, beaux arbres verts.
Le ciel vous est ouvert.
Mais prenez garde à l’automne, fatale
Saison, quand vos milliers et milliers d’ailes,
redevenues feuilles, tomberont.


(Publié dans Petites Poésies pour jours de pluies et de soleil)
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Edmond Jabès   Dim 8 Mar 2015 - 15:41

Sur le socle des mers

                              pour Philippe Rebeyrol

Sur le socle des mers
le bruit apaise le sang
femme nue aux gestes accordés
à l'onde femme nue aux gestes
couronnés d'écume
Furieuses sont les maîtresses des îles
aux pins de granit douces pourtant
avec les feuilles et Ies fruits
Océan où finissent nos hésitations et nos blessures
Une fois a marqué ma vie pour toujours
Au camp des esclaves les grelots bavent
comme des nouveau-nés Il faut la patience
des murs pour retenir les forçats la confiance
du plomb et du fer Il faut aussi la mort
au collier de ruisseau perdu
Sur le socle des mers
le soleil est un vautour
que les vents enivrent
Jamais plus
les larmes fleuriront sur l'eau des champs
Jamais plus la révolte ne hantera les sentiers vendus
La route est tracée vous dis-je
et les pas des poètes sont sûrs
Le souci de vivre est une fleur pressentie
sa forme le parfum sont lieux précis d'exil
Le rêve est assis entre ses deux bourreaux
et ce sont eux qui pâlissent

Extrait de L'écorce du monde (1953-1954)






Non dénué d'une certaine violence, larvée et de grande potentialité, ce poème est une charge préparée dont on guette, du coin de l'œil, s'il y est joint un détonateur.
L'abstraction des termes, additionnée à la forme, versifiée mais sans rimes ni même allitérations, nous livre des superpositions/juxtapositions en florilège.
Jabès n'est pas tout à fait ailleurs, mais bel et bien inséré dans ces mots-là, à bien y regarder on trouve un "ma" emprunt de gravité renvoyant à sa personne, dans le vers "Une fois a marqué ma vie pour toujours".

Le langage est acéré, et les images se succèdent, couplées à ce qu'il semble par densité, d'où cet effet de puissance/violence, qui ne provient pas seulement de l'élection de certains mots-clef (du moins est-ce là mon ressenti !).

Enfin, qu'est-ce qui est le moins susceptible de servir de socle que l'élément liquide ?
Pourtant, Le socle des mers figure en titre puis est répété à deux reprises:
Dès l'entame,
Citation :
Sur le socle des mers
le bruit apaise le sang
 

puis là,
Citation :
Sur le socle des mers
le soleil est un vautour
A noter la force de puissante violence intrinsèque des termes "sang" et "vautour" !

Une autre répétition vient tout de suite après, et ce n'est, je crois pas un hasard, il s'agit de la formule "Jamais plus", qui passerait, si l'on veut, pour une lapidaire formule incantatoire, abolitionniste et déchaînante, si elle n'était suivie de deux propositions équivoques jusqu'à l'hermétisme.

Citation :
Jamais plus
les larmes fleuriront sur l'eau des champs
Jamais plus la révolte ne hantera les sentiers vendus
On remarque à propos de ces "Jamais plus" l'emploi d'une majuscule.
Jabès n'en met pourtant pas à chaque début de vers de façon systématique, non, les majuscules parsèment le poème (qui est dénué de ponctuation) et sont utilisées sur un seul mot situé à l'intérieur des vers, lui aussi doublé en l'espace de trois vers, "Il", autre répétition, dans un poème qui n'en comporte que très peu, comme on le voit.
Citation :
comme des nouveau-nés Il faut la patience
des murs pour retenir les forçats la confiance
du plomb et du fer Il faut aussi la mort

Plus apaisé, plus apaisant, le final est un hymne libérant, où vient poindre un "je", non moins emprunt de gravité et renvoyant bien sûr à sa propre personne.
Citation :
Jamais plus la révolte ne hantera les sentiers vendus
La route est tracée vous dis-je
et les pas des poètes sont sûrs
Le souci de vivre est une fleur pressentie
sa forme le parfum sont lieux précis d'exil
Le rêve est assis entre ses deux bourreaux
et ce sont eux qui pâlissent
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MessageSujet: Re: Edmond Jabès   Lun 9 Mar 2015 - 21:21

Il me plaît, je note. A voir s'il m'autorise son accès...

Un conseil pour bien commencer ? (quel recueil ?)

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MessageSujet: Re: Edmond Jabès   Mar 10 Mar 2015 - 4:53

Comme je le disais hier en présentation, la poésie d'Edmond Jabès est d'accès difficile, ardu; peut-être vaut-il le coup de préciser, à propos du poème juste précédemment cité (Le socle de la mer), le "socle".

C'est ce qui fait tenir debout, n'est-ce pas, ce qui définit un sens (de tenue). Donc l'employer sur quelque chose d'aussi inadéquat, impalpable, que la mer, ou l'élément-eau en général ne peut passer, à juste titre pour une clef de compréhension -si compréhension il doit y avoir, dès lors j'incline plutôt pour une "piste" à suivre.

Dans le poème ci-dessous, que je rapproche volontairement du précédent, il utilise  "le socle de l’air", on est bien dans la matière intangible permettant (à Jabès) l'acte d'écrire (de la poésie).


Chanson pour mon encre fidèle

Si tu étais verte, tu serais les larmes de l’arbre.
Si tu étais bleue, tu serais le socle de l’air.
Mais tu es moi-même
et ce sont d’austères châteaux que nous élevons ensemble.

Il y a une Princesse malheureuse
dans chacun d’eux que je délivre.
Il y a une aimée pour
chaque page et c’est toujours celle que j’aime

Si tu étais blanche, tu te noierais dans les yeux
Si tu étais rouge, tu serais l’amante du feu.

Noire, tu es à ma portée
et nous faisons ensemble des
miracles redoutés.

colimasson a écrit:
Il me plaît, je note. A voir s'il m'autorise son accès...

Un conseil pour bien commencer ? (quel recueil ?)

Le NRF Poésie/Gallimard "Le Seuil Le Sable" - Poésies complètes 1943-1988:



sourire
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MessageSujet: Re: Edmond Jabès   Jeu 12 Mar 2015 - 21:31

Il n'est pas à la bibliothèque. Le titre du Livre des questions m'interpelle... tu l'as lu ?

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MessageSujet: Re: Edmond Jabès   Ven 13 Mar 2015 - 15:23

colimasson a écrit:
Il n'est pas à la bibliothèque. Le titre du Livre des questions m'interpelle... tu l'as lu ?
Non, Colimasson, désolé, pas encore !
Je découvre cet auteur en 2015, pour ainsi dire; auparavant, pour une "colle", un jeu, j'aurais répondu "poète français du siècle passé", son nom me disant quelque chose, et c'est tout, si l'on m'avait demandé de citer le titre d'un de ses poèmes j'aurais séché de première  clown  !

J'avance, Colimasson, avec lenteur et délectation, dans la découverte de la poésie d'Edmond Jabès, sans cacher une certaine fascination; en effet, j'ai des romans qui m'attirent à lire, certains me faisaient envie depuis des lustres et ils sont là, empilés à côté de moi, j'en ouvre un, lis quelques pages, change de roman, lis quelques pages et...retourne à Edmond Jabès.
Il y a des moments comme ça dans une vie de lecteur. Et je sais qu'insister serait saccager la lecture de ces romans, alors que je me réjouis infiniment de la perspective de leurs lectures.

Dans un message prochain sur ce fil, peut-être livrerais-je à votre appréciation de petits morceaux aphoristiques, qu'on trouve compilés dans le recueil "Les mots tracent" (1943-1951). En particulier certains de ceux où il évoque l'art d'écrire, les mots, etc..., parce qu'après tout c'est plutôt approprié pour tenter de situer en bref l'auteur, à usage de ceux qui tomberont sur ces lignes et ne connaissent pas ou peu sa poésie.
 
Pour l'heure, afin d'illustrer en peu le fait qu'il est un peu hors-écoles, hors-mouvements, hors-tendance, quoique véritablement (du moins est-ce là mon avis) un poète estampillable poésie francophone de la seconde moitié du XXème, une manière de poème encore différente des trois précédemment postés sur cette page, qui s'intitule "Nous sommes invisibles" paru dans le recueil "La clef de voûte", 1949).


Spoiler:
 


Nous sommes invisibles



Quant tu es loin
il y a plus d’ombre
dans la nuit
il y a
plus de silence
Les étoiles complotent
dans leurs cellules
cherchent à fuir
mais ne peuvent
Leur feu blesse
il ne tue pas
Vers lui quelquefois
la chouette lève la tête
puis ulule
Une étoile est à moi
plus qu’au sommeil
et plus qu’au ciel
distant absent
prisonnière hagarde
héroïne exilée
Quand tu es loin
il y a plus de cendres
dans le feu
plus de fumée
Le vent disperse
tous les foyers
Les murs s’accordent
avec la neige
Il était un temps
où je ne t’imaginais pas
où hanté par ton visage
je te suivais dans les rues
Tu passais étonnée à peine
J’étais ton ombre dans le soleil
J’ignorais le parc silencieux
où tu m’as rejoint
Seuls nous deux
rivés à nos rêves
au large de nos paroles abandonnées
Je dors dans un monde
où le sommeil est rare
un monde qui m’effraie
pareil à l’ogre de mon enfance
Tu apparais
derrière mes paupières
comme autrefois
quand pour te dévêtir
tu masquais la lampe
qui te gênait
Nous dormons côte à côte
dans la nuit qui nous forme
par amour
Je te donne tes mains
tombées de miennes
et ta voix
Tu es méconnaissable
La fleur
t'arrive au genou
accessible corolle
pour ta chevelure
fleur de sang
Elle croît
insensible
parmi les cailloux lunaire
où les morts pour périr
dans un ultime effort
défont la ceinture de poussière
qu'ils portent
Il était un temps
où ton corps
ouvrait les routes
Tu te confondais
avec l'horizon
Je ne vois plus
où tu respires
Tu te défends
Mes yeux ont porté les tiens
mes jambes ont délié tes jambes
et ma bouche tes lèvres
Je te donne le nom
que tes sens épellent
Tu es l'écho
de chair et d'os
l'image fidèle
de mon devenir
Il était un temps
où tu m'étonnais
où pour te trouver
il me fallait lutter
contre la fatigue
contre les intrigues
A la lueur de nos baisers
les continents émergeaient
ils étaient nos complices
et se révélaient à nous
par carré par habitant
La terre a pris feu
elle s'est depuis noyée
Nous nous agitons dans l'espace
accrochés à l'eau
pendus aux flammes
brûlés noyés
Tu as attendu que je te dépasse
pour me suivre
tu ne m'as pas trahi
Je dors dans un monde
où les vivants ont tort
au-dessus des ruines grimpantes
sur des colonnes d'agonie
et de couteaux
La nuit nous confronte
avec nos sosies
Il était un temps
où pour croire à la joie
j'avais besoin de tes rires
Le jour est en moi
tu y roules nue
J'ai écrasé nos liens
sans rougir
serpents dont nous étions les charmeurs
ingénus
Tu es libre où je te consacre
tu me soutiens
J'ai arraché nos racines
encombrantes
au sol qui se soulève
prêt à nous griffer
L'arbre s'est affaissé
il nous désignait
aux autres
Nous trompons le vide
Nous sommes invisibles




Poème d'amour, et aussi d'impermanence - "invisibles", n'est-ce pas ?
A voix haute, l'"éloquence" de ce poème transmet une musicalité légère, un peu étrange, littéralement in-ouïe [en tous cas par moi].

La disposition des majuscules semble aléatoire, cependant elles reviennent souvent sur des "Je, "Tu", Il", "La" "Le", "J'", "L'".
Comme ce poème n'est pas ponctué (récurrent chez Jabès) il n'est pas interdit de supposer que les majuscules sont des jalons de lecture, un bornage du poème en quelques sorte, succédané de ponctuation, permettant de reprendre son souffle et scandant la diction.
Vous aurez remarqué que les deux derniers vers débutent par une majuscule, sur le même mot -"Nous"- seul cas de répétition de deux majuscules sur deux vers consécutifs du poème - comme si le dernier vers n'était pas assez signalé à notre attention, puisque qu'il est éponyme au titre du poème  Very Happy !

Les "où" en tête de vers ont une réelle fréquence d'utilisation (onze fois !) - mettons, simple hypothèse, qu'ils traduisent le lieu. Cela permettrait de signifier, par exemple, l'élément terre.

Les quatre éléments sont concentrés dans ces cinq brefs vers:
Citation :
La terre a pris feu
elle s'est depuis noyée
Nous nous agitons dans l'espace
accrochés à l'eau
pendus aux flammes

Même si c'est peut-être extrapoler trop loin, au vu de la date d'écriture, je me demande: les vers
Citation :
Les étoiles complotent
dans leurs cellules
cherchent à fuir
ne seraient-ils pas une référence à l'étoile jaune arborée dans l'univers concentrationnaire nazi ?
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MessageSujet: Re: Edmond Jabès   Mar 17 Mar 2015 - 20:45

Alors là... je suis passée complètement à côté... scratch

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