Parfum de livres… parfum d’ailleurs

Littérature, forum littéraire : passion, imaginaire, partage et liberté. Ce forum livre l’émotion littéraire. Parlez d’écrivains, du plaisir livres, de littérature : romans, poèmes…ou d’arts…
 
Accueil*Portail*RechercherS'enregistrerMembresConnexion

Partagez | 
 

 Mahasweta Devi [Inde]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité



MessageSujet: Mahasweta Devi [Inde]   Lun 16 Mar 2015 - 16:23




Mahasweta Devi est née en 1926 à Dhaka, de parents également écrivains. Son oncle était le fameux réalisateur Ritwik Ghatak.
Après la partition du Bengladesh, elle rejoignit le Bengale indien, et étudia l'anglais à l'université fondée par Rabindranath Tagore à Santiniketan, puis à l'université de Calcutta. Elle fut l'épouse de Bijon Bhattacharya (décédé en 1978), personnalité du théâtre au Bengale, co-fondateur de l'association "Indian People's Theatre Association", groupe d'artiste tentant de refléter dans leur travail les difficultés des démunis de l'Inde.

Mahasweta Devi a enseigné dans une université destinée aux filles et a travaillé quelques temps comme journaliste. Activiste, elle s'engage en faveur des basses castes, notamment des communautés tribales de l'ouest du Bengale. Récemment, elle a fédéré autour d'elle artistes et intellectuels pour dénoncer la politique industrielle et le développement de l'agriculture intensive dans cette région de l'Inde.
Dans ses oeuvres, elle décrit l'oppression dont sont victimes les basses castes, et la corruption des gouvernants.

A propos de son inspiration, elle déclare :
"J'ai toujours pensé que l'histoire est faite par les gens ordinaires. J'observe constamment la façon dont, à travers les générations, ils se réapproprient sous diverses formes le folklore, les chants, des mythes et légendes. L'inspiration me vient de ces personnes exploitées qui n'acceptent pourtant pas la défaite. Pour moi, ces êtres incroyablement nobles dans leur souffrance sont une inépuisable source d'inspiration. Pourquoi chercher ailleurs, une fois que j'avais commencé à les connaître ? Parfois, il me semble que mes écrits sont en réalité les leurs.
"

Depuis 1956, Mahasweta Devi a publié une soixantaine de romans et recueils de nouvelles. Elle est l'un des auteurs les plus connus dans son pays.

Bibliographie en français :

Roman :
La mère du 1084, Babel (format de poche d'Actes Sud), avril 2001.

Nouvelles :
Indiennes, Rudali et autres nouvelles, éditions Actes Sud, juin 2004 et Babel (format de poche), novembre 2012
Le char de Jagannath et autres nouvelles, éditions Actes sud, novembre 2012
Revenir en haut Aller en bas
eXPie
Abeille bibliophile
avatar

Messages : 15620
Inscription le : 22/11/2007
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: Mahasweta Devi [Inde]   Lun 15 Fév 2016 - 23:29


Photographie de couverture : Femme à la fenêtre, Jaisalmer, l'Ouest du Rajasthan, Inde.

- Indiennes. Rudali et autres nouvelles. Traduites du bengali par Marielle Morin. Babel.. 282 pages.

Les six nouvelles qui composent ce recueil sont extraites de trois livres, publiés en 1978 et 1979.
1/ La première nouvelle donne son titre au recueil : il s'agit de Rudali, les pleureuses (52 pages).
Nous sommes dans le village de Tahar.
Citation :
"Comme tous les habitants, Sanichari, de la caste des ganjus, a toujours vécu dans la plus extrême indigence. Selon sa belle-mère, elle devait sa malchance au fait d'être née un samedi ou sanichar, jour néfaste dans le calendrier." (page 7)
Un lexique permet de comprendre certains termes. Par exemple - et cela amène à se poser quelques questions : "Randi : mot hindoustani servant à désigner à la fois les veuves et les prostituées". (page 282)

On se rend rapidement compte que la description de la misère est contrebalancée par un certain humour acide ; le texte n'est donc pas misérabiliste.
Les malheurs s'abattent sur la pauvre Sanichari... Les décès se succèdent, mais elle ne pleure pas : elle n'en a pas le temps, elle ne doit pas s'effondrer, il lui faut lutter pour survivre.
Citation :
"Il leur avait toujours fallu lutter pour tout, fût-ce un peu de gruau de maïs ou une poignée de sel." (page 35).
Citation :
"Dans un village, tout se sait. Les gens parlèrent beaucoup de son incapacité à pleurer mais cette dernière choisit d'ignorer les critiques." (page 12).
Il lui faut rembourser un emprunt.... On voit comment les riches propriétaires tiennent les pauvres ; on voit les usuriers en action.
Un jour, Sanichari bouscule une femme.
Citation :
"Une belle querelle se préparait. Sanichari s'en réjouissait d'avance. Rien de tel qu'une bonne dispute pour débarrasser l'esprit de ses scories et faire place nette." (page 22).
Mais il s'agit d'une ancienne connaissance !
"Elles s'installèrent à l'ombre d'un pipal et se lancèrent des regards obliques, soulagées de constater qu'aucune n'était mieux lotie que l'autre." (page 23).
Ensemble, elles vont gagner leur vie comme pleureuses, avec succès.
Citation :
"Car c'étaient des professionnelles or, de nos jours, l'avenir n'appartient plus aux amateurs mais aux pros. L'intendant le savait bien, lui qui était un expert pour falsifier les comptes des ouvriers agricoles et augmenter le taux d'intérêt des emprunts. Et qui se débrouillait même pour avoir des champs, du bétail, voire, si le coeur lui en disait, plusieurs femmes, le tout sur un salaire de dix roupies par mois. C'est dire jusqu'où allait son professionnalisme ! Pour la mort d'individus que personne ne pleurerait, l'intendant savait qu'il était tributaire des professionnelles du deuil. Dans les grandes villes, la concurrence était dure entre prostituées, mais Tohri n'étant qu'une petite bourgade il devait se plier aux exigences de Sanichari." (page 37).

Très bonne nouvelle. C'est dur et sarcastique.

2/ La suivante s'intitule : Dhauli (37 pages).
Citation :
"Dhauli savait que son regard effarouché, la finesse de sa taille et sa poitrine pareille à un lotus en fleur feraient son malheur. Aussi quand elle venait balayer le verger, elle s'enveloppait le corps et se couvrait la tête d'un sari grossier, acheté sur le marché local. Jamais elle ne levait les yeux, pas même pour contempler les arbres pliant sous le poids des fruits." (pages 67-68).
Dhauli est veuve. Elle a été mariée à la puberté. Pour son mariage, son père a dû contracter un emprunt ; pour le rembourser, il a été obligé de travailler énormément et en est mort. Par chance (parce qu'il était violent), le mari de Dhauli est mort rapidement. Dhauli est donc une veuve jeune est jolie... Certains sont intéressés, bien sûr !

Encore une bonne nouvelle.

3/ La chasse. (27 pages) . Notre héroïne s'appelle Mary Oraon. Elle est métis, son père étant un Blanc qui avait une plantation avant l'Indépendance. Du coup, les règles de la société ne s'appliquent pas à elle aussi strictement. C'est une battante : elle a une machette. Les hommes doivent faire attention.
C'est une bonne nouvelle, à la tonalité différente des précédentes. Il y a de la révolte, de la transgression.

4/ Draupadi (28 pages). Après La Chasse, qui tirait vers la révolte, on y est vraiment. On commence par un avis de recherche. Les voies du gouvernement sont "aussi impénétrables que le principe masculin dans la philosophie samkhya, ou que les premiers films d'Antonioni pour le spectateur lambda" (page 129).
"C'était une période très troublée." (page 139). Oui, troublée et complexe. Je n'ai pas tout compris.

5/ Celle qui donnait le sein (26 pages).
Citation :
"Jashoda était mère de métier, une mère professionnelle, pas une dilettante comme les épouses et les filles de la maison du maître. Car le monde appartient aux professionnels. Cette ville, ce royaume n'ont que faire du mendiant amateur, du pickpocket ou de la prostituée dilettantes. Même le chien qui erre sur les routes et les trottoirs ou le corbeau qui cherche à manger parmi les ordures ne tolèrent pas les amateurs inexpérimentés. Jashoda, elle, a fait carrière dans la maternité." (pages 149-150).

On a ici un schéma qui rappelle celui de la première nouvelle, Rudali, mais en un peu moins bon (peut-être parce qu'on avait lu Rudali en premier ?)
La société évolue :
Citation :
"Mais, après avoir eu une douzaine d'enfants, les belles-filles avaient mis le holà aux grossesses. Ces traîtresses étaient même arrivées à convaincre leurs époux de les laisser aller faire le nécessaire à l'hôpital. C'était là le fruit pourri de ce vent nouveau. Jamais l'homme sage ne laisse le vent du changement s'infiltrer chez lui. " (pages 170-171).
Ah la la, tout se perd...

6/ La statue (84 pages)
Nous sommes dans le village de Chhatim. C'est un trou perdu.
Citation :
"c'est un voeu pieux d'espérer que dans un village comme Chhatim quelqu'un lise le journal. C'est aussi vain que d'espérer de l'action dans un film d'action bengali." (page 198).
Il faudrait une route pour désenclaver le village. Mais comment faire ? Il est question qu'une statue soit érigée dans ce village, en l'honneur d'un certain Dindayal Thakur, "combattant pour la libération, mort en martyr (1900-1924)" (page 270). Qui était-il ? Que s'est-il passé ? Le lecteur va avoir droit à de nombreuses histoires... un peu comme dans Rashômon (le film), où est la vérité ?
J'ai trouvé cette nouvelle vraiment très, très longue. En fait, je n'ai jamais réussi à m'y intéresser.



C'est un recueil de nouvelles qui mêlent misère et humour, très intéressantes, d'autant que l'on apprend beaucoup de choses sur la vie de tous les jours (il y a même un régime alimentaire pour les veuves !). C'est un monde avec lequel on se familiarise.
Les trois premières nouvelles, très bonnes, m'ont semblé, à moi Occidental qui ne suis certainement pas le destinataire premier de ces textes écrits en bengali, être les meilleures du recueil.

Un grand merci à Invité pour cette découverte ! bonjour
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.plathey.net
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Mahasweta Devi [Inde]   Mar 16 Fév 2016 - 12:11

Merci pour ton commentaire eXPie. Contente de lire qu'au final, c'est le positif qui l'emporte, malgré quelques bémols.

Finalement nos avis se rejoignent en grande partie. Les trois premières nouvelles m'avaient totalement conquise, et j'ai aussi trouvé que les 3 suivantes étaient moins faciles d'accès : construction plus complexe, avec pas mal de digressions, et un contexte dont les subtilités nous échappent forcément. Je me souviens que j'avais même fait quelques recherches qui m'avaient aidée à mieux appréhender ces nouvelles.

Mais finalement c'est ce que j'avais aimé aussi, cette absence de "calcul" : Mahasweta Devi n'écrit pas pour le public occidental, comme c'est souvent le cas. De ce fait, son oeuvre est peut-être plus "authentique". Certaines nouvelles m'ont demandé un effort, mais au final j'ai l'impression d'avoir touché du doigt une réelle authenticité dans la description du quotidien, mais aussi dans l'écriture, la façon de conter, d'appréhender le récit en Inde.
Revenir en haut Aller en bas
eXPie
Abeille bibliophile
avatar

Messages : 15620
Inscription le : 22/11/2007
Localisation : Paris

MessageSujet: Re: Mahasweta Devi [Inde]   Lun 1 Aoû 2016 - 13:09

Mahasweta Devi est décédée le 28 juillet à Calcutta, voir par exemple http://indianexpress.com/article/opinion/web-edits/mahasweta-devi-the-writer-as-activist/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.plathey.net
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Mahasweta Devi [Inde]   

Revenir en haut Aller en bas
 
Mahasweta Devi [Inde]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Inde, visite du Radjastan
» Cochon d'inde
» Inde : Jyoti Amge - la plus petite fille du monde
» Cochon d'inde, bonne idée ou pas ?
» L'INDE les palais

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Parfum de livres… parfum d’ailleurs :: Le cœur du forum : Commentons nos lectures en toute liberté… :: Littérature asiatique (par auteur ou fils spécifiques)-
Sauter vers: