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 François Mauriac

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Exini
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MessageSujet: Re: François Mauriac   François Mauriac - Page 3 Icon_minitimeJeu 15 Mai 2014 - 19:28

J'ai lu "Le noeud de vipères" il y a un certain temps, je me rappelle moyennement l'histoire, mais quasi-parfaitement les sentiments qu'il m'a procuré ! Il faudra que je le relise, un jour  oui .


Dernière édition par Exini le Jeu 22 Mai 2014 - 20:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: François Mauriac   François Mauriac - Page 3 Icon_minitimeMer 21 Mai 2014 - 15:38

Le noeud de vipères



Sentant sa fin prochaine Louis , avocat brillant et fortuné ,  motivé par un dernier sursaut de haine revancharde,  autant que par une volonté de faire amende honorable à l'égard de sa famille ,écrit une longue lettre destinée à être lue par sa femme haie une vie durant .

Un roman surprenant, par l'audace de l'auteur qui dénonce avec violence mais subtilités ,  sans aménités aucune , un milieu social qu'il décrit comme  perfide , sournois , vil  : cette société catholique bien-pensante dont il est lui-même issu .
Mais ce que je retiens surtout , au delà de cette maestria pour tirer à boulets rouge sur ce qu'il considère comme la médiocre petite bourgeoisie Bordelaise , c'est l'immense talent de l'écrivain pour mettre en lumière la vaste comédie humaine : dans cette histoire familiale  chacun y va de son rôle , qu'il s'attribue par voie de conséquences , victime du passé ou du regard des autres ! Et comme il est difficile de détourner le cours des choses dès lors que les processus psychologiques sont enclenchés ! Enfermé dans des schémas réactionnels , des définitions , chacun mènera sa vie conditionné par l'attente de l'autre, par les automatismes mis en place pour survivre ...

Dès lors on prend conscience ,à travers le portrait de ce Louis pétri de contradictions que les hommes , au delà des apparences , du sens qu'ils ont voulu donner à leur vie se rejoignent dans leurs travers , leurs noirceurs autant que dans une certaine grandeur d'âme ....
Dans cette confession d'un vieillard qui n'a plus rien à attendre , Mauriac souligne toutes les facéties de l'être humain : celui qui se définit toute sa vie comme un être méprisable , cruel , capable des pires actes possède en lui une part de pureté ....Au bout du chemin seule l'espérance peut libérer l'homme de sa grande solitude  et l'unique  salut possible semble celui qui émanerait d'une force supérieure : tel est le constat de Louis aprés cette vie uniquement occupée à nourrir rancoeur , haines en cultivant l'appât du gain !

Mais Mauriac n'assène pas une vérité catholique , c'est une réflexion toute en finesse et ouverture , à l'opposé de  ce qui se dégage de prime abord de son personnage inflexible , intransigeant :" le bien et le mal ne s'épouse-til pas "chantait Jacques Brel ...
L' écriture est d'un classicisme aigu , d'une précision chirurgicale pour dépeindre avec incision et éclat la psychologie de ses personnages , aucune fioriture qui tendrait à détourner le lecteur : un texte tendu , écrit presque au cordeau , froid et laissant pourtant éclater par les fissures de celle- ci une sensibilité extrême .
Belle découverte d'un roman riche comme un puit sans fond . cheers

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MessageSujet: Re: François Mauriac   François Mauriac - Page 3 Icon_minitimeJeu 22 Mai 2014 - 8:48

églantine a écrit:
Le noeud de vipères
Belle découverte d'un roman riche comme un puit sans fond . cheers

C'est le livre que je suis en train de lire. Il sera terminé ce soir (commentaire pour demain). C'est effectivement une très belle découverte pour moi aussi.
Magnifique !
 aime

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MessageSujet: Re: François Mauriac   François Mauriac - Page 3 Icon_minitimeJeu 22 Mai 2014 - 8:51

Harelde a écrit:
églantine a écrit:
Le noeud de vipères
Belle découverte d'un roman riche comme un puit sans fond . cheers

C'est le livre que je suis en train de lire. Il sera terminé ce soir (commentaire pour demain). C'est effectivement une très belle découverte pour moi aussi.
Magnifique !
 aime
On pourra alors en discuter  cheers : mon commentaire est très réducteur par rapport à l'immensité des pistes de réflexions  !

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MessageSujet: Re: François Mauriac   François Mauriac - Page 3 Icon_minitimeVen 23 Mai 2014 - 10:05

Le noeud de vipères


Le nœud de vipère, c’est la confession épistolaire d’un vieil homme, âgé de 68 ans seulement mais de santé fragile grevant fortement son capital vital. Lettre destinée à sa femme qui partage sa vie de profonde austérité depuis quatre décennies, à cheval sur le XIXe et le XXe siècle.

Cet homme – fils de grands propriétaires terriens, riches paysans, viticulteurs du sud-ouest de la France – voit autour de lui ses enfants et petits-enfants qui l’observent, scrutent le moindre de ses gestes, attendant sa mort pour hériter de l’immense fortune accumulée aux prix d’une avarice absolue. Une meute de loups affamés attendant la curée qui ne saurait plus tarder. Ambiance délétère d’une famille âpre au gain qui rappelle en tout point celle campée par Zola dans son roman « La Terre ».

Dans sa lettre, Louis revient sur sa jeunesse, sa mère qui l’aimait de façon excessive et le surprotégeait, ses études durant lesquelles il était un jeune homme hautain, méprisant et persuadé d’être détesté de tous. Sur sa jeune épousée qui le libère tout d’abord de l’influence maternelle suffocante. Sur la révélation que sa femme lui fit sur l’oreiller et qu’il aurait pu ignorer ou pardonner mais qui le replongea plus profondément encore dans ses anciens démons : jalousie destructrice, haine des autres et de lui-même.

De son ton acerbe qui a toujours été le sien, Louis accuse sa femme (Isa) de l’avoir ignoré sa vie durant, de ne pas l’avoir aimé tout en reconnaissant de ne pas non plus avoir fait le moindre pas en sa direction. Mais, écrit-il, son aversion s’est estompée avec les années. L’argent qu’il a chéri et entassé (à la manière d’un collectionneur) n’est pas tout. Il avoue aujourd’hui qu’au fond de lui-même d’autres sentiments lui sont apparus au moment où il a cessé de les ignorer : l’amour qu’il a toujours éprouvé pour sa femme, pour ses enfants malgré leurs défauts que peut expliquer la mauvaise influence qu’il a eu sur eux.

Une confession très dure d’un homme bourru et habitué à haïr. Des personnages sombres, écorchés par une vie de peine qu’ils ont orchestrée eux-mêmes. Frustration immense découlant de l’égoïsme exacerbé de chacun. Sentiment de gâchis. Ce vieillard, le lecteur le déteste et le plaint tour à tour. Il est à la fois un homme odieux ayant torturé les siens durant toute sa vie et un patriarche attachant et pitoyable qui regrette d’avoir perdu tant de temps pour connaître et aimer sa famille.

Un livre, une ambiance que j’ai immédiatement adorés. Ce long monologue d’un homme détruit et qui s’est montré profondément mauvais pour les siens m’a rappelé un autre grand livre (méconnu celui-ci) : « Via Mala » de John Knittel. Une écriture magnifique, d’une force bouleversante. Un texte d’une grande noirceur et d’une grande beauté dont il m’était difficile d’interrompre la lecture.

Superbe : un réel coup de cœur !

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MessageSujet: Re: François Mauriac   François Mauriac - Page 3 Icon_minitimeJeu 17 Juil 2014 - 9:39

Le mystère Frontenac



En Gironde, dans la première décennie du XXe siècle, la famille Frontenac fait partie de la bourgeoisie aisée. Entre Bordeaux et Bourideys (dans le sud du département, non loin des Landes) Jean-Louis, José, Yves, Danièle et Marie vivent une adolescence dorée, étroitement protégés par leur mère – Blanche, veuve – et l’oncle Xavier, frère cadet de Michel, le père défunt.

Pour eux, la famille est tout : la priorité à laquelle tout doit être sacrifié. Xavier a renoncé à sa part d’héritage afin de laisser l’intégralité du patrimoine à ses neveux. Patrimoine qu’il gère pour eux en attendant que l’aîné – Jean-Louis – soit en mesure de reprendre les affaires familiales et de s’installer dans son rôle de patriarche omnipotent. On vit bien. C’est la belle époque. Les femmes portent des chapeaux compliqués et les premières automobiles foncent sur les routes de campagne.

Yves, le plus jeunes des garçons, est un loup solitaire. Il aime s’isoler pour écrire des poèmes dans un cahier dédié à recueillir ses tourments. Par jeu, Jean-Louis le lui subtilise et est immédiatement touché par la beauté et la douleur des vers composés par son jeune frère. Yves est heureux de cette émotion fraternelle : il se sent tout à coup compris, réintégré, légitimé au sein d’un groupe dans lequel il n’a toujours été que le mignon petit dernier. Un lien nouveau le rattache désormais à cette fratrie de laquelle il s’était peu à peu isolé. Les poèmes sont triés, sélectionnés, recopiés proprement et expédiés à une revue littéraire qui, contre toute attente, se montre enthousiaste et les publie. L’avenir d’Yves semble désormais tout tracé.

Dans la seconde partie du roman, le lecteur retrouve la famille à la veille de l’assassinat de Sarajevo. Nous sommes en 1913. Alors que Proust peine à trouver un éditeur pour le premier tome de sa Recherche, Yves s’est fait une place dans le milieu littéraire parisien dans lequel il mène une vie de dandy. Jean-Louis, après avoir rêvé de philosophie, est rentré dans le rang, a pris femme et a accepté de reprendre la direction des affaires familiales. José, d’abord dissipé, est entré dans l’armée et vit au Maroc sous les drapeaux. Quant aux frangines, Mauriac ne s’attarde pas sur elles : comme il était de coutume au XIXe siècle – qui n’est pas si éloigné – le seul espoir que le monde permet à une jeune fille est de faire un beau mariage, de devenir une bonne épouse et de pondre de beaux enfants – mâles, si possible. Pas de quoi fouetter un chat.

Le mystère Frontenac est une saga familiale, l’histoire de cette famille du Médoc unie par des liens très forts et impénétrables. Mystérieux. Douceur de vivre et torpeur de l’été landais. Culte de la terre, de la propriété rappelant un peu Zola. Mauriac jette un regard tendre sur ses personnages qui ont leurs qualités et leurs défauts. Leurs amours – parfois violentes –, mais aussi leur amour-propre. Leur générosité et leur égoïsme.

Un livre agréable à lire, au style riche. Un livre « familial » dans lequel on ne trouve aucun rebondissement fracassant, aucun coup d’éclat. Une histoire simple, d’une famille unie qui tente de traverser les années dignement et sans coup férir, dans l’honneur et le respect du patronyme. Un livre qui ne tourmente pas le lecteur. Qui ne le bouleverse pas non plus. Qui laissera probablement un sentiment agréable, léger mais certainement vague, très imprécis. Un roman peut-il être impressionniste ?

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MessageSujet: Re: François Mauriac   François Mauriac - Page 3 Icon_minitimeMar 30 Sep 2014 - 4:20

Génitrix

(roman, 1923, 150 pages environ, 18 chapitres numérotés et non-intitulés)

Mauriac n'est pas un auteur qui laisse dériver son imagination vers des contrées pour lui exotiques. Il ne parle que de ce qu'il connaît, on est dans la continuité du roman réaliste du XIXème.
De sorte que, d'ouvrage en ouvrage, les mêmes thématiques ou problématiques sont abordées, mais à chaque fois avec un but narratif bien précis, qui peut être distinct.
Mauriac amène toujours son lecteur quelque part. Je m'aperçois (j'ai mis du temps !) qu'en fait il ne ressasse pas.

Il ne ressasse pas ?
Paradoxe ?
Sans doute:
Ainsi, dans Génitrix, vous aurez la famille de rentier issue de la Grande Lande, pour laquelle transmettre un nom, associé à des pins, de la vigne à une descendance qui pourra vivre dans l'oisiveté et transmettre à son tour, est une forme (réussie ?) de lutte contre la mort.
Vous aurez le père défunt, le frère mort en bas âge. Vous aurez même la maison (de style Napoléon III) de Langon, proche de la ligne de chemin de fer afin de faciliter le commerce du bois, de la famille de Mauriac, dans laquelle le futur écrivain passera son enfance (NB: ce n'est pas Malagar à Saint-Maixant).

Et, j'avoue, les bruits ferroviaires couplés à la solitude d'une agonisante, après une fausse-couche, dans sa chambre sont une trouvaille magnifique.  

Mauriac "confie ces malades" à son frère (Professeur de Médecine à Bordeaux) en dédicace à l'ouvrage. En effet il s'agit bien de psychopathes, en ce qui concerne la quasi-totalité des personnages de ce huis-clos.

Nous avons Mathilde, jeune femme revancharde sur le sort, la vie qui l'a fait naître auprès d'un frère choisissant une vie dissolue à l'adolescence, et perdu de vue depuis, une sorte d'évocation (réussie) d'ange frelaté, en pré-décomposition. De l'avoir fait vivre auprès d'un père au bord de la misère, tant d'un point de vue pécuniaire que d'un point de vue intellectuel et moral, abandonné par son épouse.

Alors Mathilde, au travers d'une haie de troènes, mitoyenne à la maison de cousins où elle séjourne, séduit Fernand, le fils de Félicité, normalien, rentier, et surtout fils et héritier de Félicité.
Cinquantenaire non sevré, il fume au détour de la promenade dans un coin du jardin, en douce tel un collégien. Ne se soucie pas des affaires familiales. A une "habitude", entendez une infirmière du désir, à Bordeaux, vers laquelle il se précipite pour des prestations tarifées lorsque les besoins du bas-ventre se font sentir, ou lorsqu'il a des vélléités de rébellion envers sa mère.

Chapitre IX a écrit:
Elle l'avait élevé dans une méfiance, un mépris imbécile touchant les femmes. Dès quinze ans, il en connaissait deux seules espèces: "celles qui veulent vous mettre le grappin" et "celles qui donnent des maladies".

Mais il revient toujours au foyer, tout entier sous l'aile de Félicité, matrone fusionnelle.

Félicité est en lutte ouverte, déclarée, envers l'Ennemie, Mathilde.
Incapable de rompre le cordon ombilical, Fernand demeure clairement dans le camp maternel.
Mais voici que Mathilde vient à trépasser, est-ce la victoire totale, à plate couture, pour Félicité ?
Fernand va-t'il se rebeller, considérer que Mathilde était l'amour véritable, et surtout libérant, de sa vie ?
- Je ne dévoile pas plus loin !

Un dernier personnage figure dans ce huis-clos, même s'il paraît d'importance secondaire au début, il ne faut surtout pas le perdre de vue: Toute la démonstration de Mauriac repose dessus, impossiblesinon d'arriver au terme du trajet dans lequel Mauriac nous embarque. ,
C'est Marie, la servante "Marie de Lados".
Un nom à particule ?
Vous n'y êtes pas !
Son nom patronymique est effacé, ce qui est une manière de nier qu'elle en eût un, au profit de Lados, nom de la commune de Gironde  dont elle est originaire -du Bazadais, Lados existe réellement, comme au reste la totalité de la toponymie utilisée, ce qui est usuel chez Mauriac.
Manière d'appuyer (pour ses maîtres ?) sur sa condition ancillaire. Marie de Lados qui, naguère, devait rester debout -manger aussi debout- depuis le lever et ne s'asseoir qu'à la fin de la soirée, "à condition qu'elle filât".

Mon ressenti sur Génitrix ?
Encore un chef-d'oeuvre du Nobel de littérature 1952, un de plus !
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MessageSujet: Re: François Mauriac   François Mauriac - Page 3 Icon_minitimeMer 1 Oct 2014 - 17:38

Le Sagouin
Roman, paru en janvier 1951, 135 pages environ, 4 chapitres numérotés et innomés.


Constance a écrit:

Le style tranchant, les dialogues justes et vifs font de cette sombre nouvelle un chef d'oeuvre de concision.

Néanmoins, bien que l'histoire de cet enfant né d'un amour ancillaire m'ait émue, je n'ai pas été surprise par la fin imprégnée d'une morale catho rédemptrice, en parfaite adéquation avec l'esprit Mauriac.
Alors nous sommes d'accord, Constance, avec le style, les dialogues, la noirceur et la concision. Pour le reste, il semble qu'il y ait, peut-être, méli-mélo, confusion avec une autre oeuvre de Mauriac (mais laquelle ?), ou bien, qui sait, d'un autre auteur (?).

En effet Guillaume, alias Guillou, alias Le Sagouin, ne naît pas d'un "amour ancillaire" mais du Baron Galéas de Cernès et de son épouse Paule Meulière.
Et la fin est tout sauf "rédemptrice", elle est d'une dureté sans nom, on ne voit pas à quelle morale connue la rattacher jypeurien .

Roderick Usher a écrit:
Je viens de commencer Le sagouin de Mauriac et c'est tout sauf statique, le style est dépouillé, sec, d'une violence extraordinaire, on a l'impression de se prendre des baffes a chaque début de phrase, j'en dirais plus quand je l'aurais finis mais une chose est sur, je lirais d'autre roman de cet écrivain.

Oui, tout à fait, Mauriac est un écrivain qui peut s'avérer d'une grande violence, et assez souvent encore. On n'est jamais dans une violence d'affrontement physique au premier degré, avec action, mais dans une violence sourde, qu'il fait surgir, puis explore et n'hésite pas à pousser jusqu'à des points complètement paroxystiques.

A noter que le village (et le château, et donc le titre nobiliaire rattaché) de Cernès n'existe pas, mais, comme le dit si bien wikipédia ce patronyme se rattache à un territoire géographiquement Mauriacien par excellence...!

Il s'agit d'un des romans les plus populaires de Mauriac, peut-être le plus lu aujourd'hui et, si la sortie de Galigaï se fait concomitamment à la remise du Nobel (ou très peu avant), c'est bien Le Sagouin le titre ultime que l'Académie Suédoise avait en tête et en mains lors du choix de Mauriac (Galigaï n'était pas encore traduit).  

Le contexte social est particulièrement digne d'intérêt, puisqu'on trouve la très haute bourgeoisie bordelaise via Paule Meulière, fille d'un ancien maire de Bordeaux, la noblesse via Galéas et Guillou (enfin, si l'on veut, eux sont d'"ailleurs"!) et beaucoup via la Baronne de Cernès. On rencontre aussi le milieu instituteurs-laïques-communistes par Robert et Léone Bordas, et le personnel domestique par Fräulein.
Et la misère, la misère du coeur, ainsi que le sentiment du malheur et celui d'être inadapté au monde, rejeté, est ici l'apanage des plus hautes couches.

Paule Meulière épouse "un nom", un titre nobiliaire qui lui faisait tellement envie depuis l'âge des bacs à sable et des jeux de jardins publics. Comme un decorum de luxe. Galéas de Cernés est handicapé mental ("demeuré" -sic- autrement dit simple d'esprit).
Chapitre I a écrit:
La nuit, dérision du sort, l'horreur de s'être vendue pour une vanité dont l'ombre même lui était dérobée, occupait son esprit, la tenait éveillée jusqu'à l'aube.

Guillaume naît de cette union -sur un seul rapport sexuel, isolé, apprend-on. Souffre-douleur de sa despotique mère, son refuge, qui est aussi le refuge familial hors Paule, est la chambre de sa grand-mère.
Chapitre I a écrit:
Ce soir-là, Paule ne gagna pas directement la salle à manger, et, poussée par le désir de rouvrir au plus tôt le débat au sujet de l'instituteur, se dirigea vers la chambre de sa belle-mère. Elle n'y pénétrait pas dix fois dans l'année. Au moment d'entrer, elle hésita, attentive à ce brouhaha joyeux des trois complices derrière la porte, à un air joué avec un doigt par Galéas. Une réflexion de Fräulein faisait rire aux éclats la vieille baronne, de ce rire complaisant et forcé que Paule exécrait. Elle poussa la porte sans frapper. Comme les automates d'une horloge, ils devinrent tous à la fois immobiles. La baronne demeura un instant la main levée, tenant une carte. Galéas pivota sur le tabouret après avoir fait claquer le couvercle du piano. Fräulein tourna vers l'ennemie sa figure écrasée de chatte qui, en présence d'un chien, aplatit ses oreilles, devient bossue et se prépare à cracher. Guillou, entouré de journaux dans lesquels il découpait des photographies d'avion, posa les ciseaux sur la table et se coula de nouveau entre le prie-Dieu et le lit. Là, il rentra les pattes et se fit cadavre.

Autant que Paule y fût accoutumée, elle n'avait jamais eu une conscience si claire de son pouvoir maléfique sur les êtres avec lesquels il lui fallait vivre.    

Terrorisé et honni par sa mère, cancre, sevré d'amour maternel, renvoyé de tous les établissements scolaires et attardé dans son parcours d'écolier, Guillou demeure là, en attendant qu'une solution soit trouvée. Mais Paule, sa mère, est tenue à l'écart par tout le village et les environs, suite à une amitié, même pas une liaison, avec un jeune prêtre, naguère, qui a dégénérée en calomnie.

Cependant, l'instituteur, après une démarche de Paule qui fait suite à une première, sans succès, de la Baronne, accepte de s'en occuper. Guillou s'y rend un soir mais, dès le lendemain, pour raisons de convictions politiques, l'instituteur décline l'offre de Paule...

Personnages fondamentaux, inacceptés, Galéas et Guillou, qui sont l'un comme l'autre l'innocence et l'incompréhension incarnées s'en vont pour leur promenade vespérale...
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MessageSujet: Re: François Mauriac   François Mauriac - Page 3 Icon_minitimeVen 10 Oct 2014 - 9:27

François Mauriac - Page 3 Theres10

Thérèse Desqueyroux


Eu égard aux commentaires des lecteurs qui l'avaient déjà lu, je m'attendais à un livre qui me fasse plus d'effets, plus vibrer. Certes, l'écriture de ce livre est belle, le sujet intéressant, mais il me reste à la fin comme une impression d'inachevé, un point d'interrogation.
Au demeurant, l’enfermement de Thérèse dans un monde qui ne lui correspond pas est bien rendu, son passage par le rejet de son mari, puis le rejet d'elle même est poignant.
Mais, Thérèse reprendra-t-elle vraiment sa liberté - imposée par Bernard ? Ou finalement n'est-elle pas abandonnée à sa personnalité fragile ? Avant un destin tragique ? J'aurais aimé lire une suite !

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MessageSujet: Re: François Mauriac   François Mauriac - Page 3 Icon_minitimeVen 10 Oct 2014 - 9:56

Allumette a écrit:
François Mauriac - Page 3 Theres10

Thérèse Desqueyroux


Eu égard aux commentaires des lecteurs qui l'avaient déjà lu, je m'attendais à un livre qui me fasse plus d'effets, plus vibrer. Certes, l'écriture de ce livre est belle, le sujet intéressant, mais il me reste à la fin comme une impression d'inachevé, un point d'interrogation.
Au demeurant, l’enfermement de Thérèse dans un monde qui ne lui correspond pas est bien rendu, son passage par le rejet de son mari, puis le rejet d'elle même est poignant.
Mais, Thérèse reprendra-t-elle vraiment sa liberté - imposée par Bernard ? Ou finalement n'est-elle pas abandonnée à sa personnalité fragile ? Avant un destin tragique ? J'aurais aimé lire une suite !

La fin de la nuit est, je crois, la suite de Thérèse Desqueyroux.

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MessageSujet: Re: François Mauriac   François Mauriac - Page 3 Icon_minitimeVen 10 Oct 2014 - 10:22

Merci shanidar !
Du coup, cela s'explique peut-être ce sentiment d'inachevé ! je vais lire la suite

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MessageSujet: Re: François Mauriac   François Mauriac - Page 3 Icon_minitimeVen 17 Oct 2014 - 15:32

"Les Anges noirs"

J'avoue que passer de l'univers de Bosco à celui de Mauriac n'a pas été facile et pourtant je lis et j'apprécie Mauriac depuis des années.
Et finalement ce n'est pas tant l'écriture qui m'a posé problème (poétique, chaude, passionnée voire exaltée chez Bosco, froide, sobre, factuelle, feutrée où
peu est dit chez Mauriac comme dans ces familles bourgeoises règne de l'apparence et du non dit) que le contenu.

J'ai commencé par être rebutée par cette opposition sans concession entre la chair (tout ce qui relève de l'incarné) et le spirituel, par ces êtres torturés par des choix extrêmes, par l'apparente nécessité de renoncer aux joies sensuelles pour atteindre à l'état de parfait Amour, par cette peur envahissante de ne pas être sauvé.

Et puis je me suis laissé attendrir par l'amour que Mauriac porte aux créatures humaines, par son respect et son absence totale de jugement, par sa compassion, sa tendresse et sa vigilance à tout ce qui peut émaner de bon de l'être en apparence le plus voué au mal. Le lien aussi qui unit les hommes dans une rédemption partagée, dans un désintéressement soudain et entier qui transcende les égoïsmes quotidiens.



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MessageSujet: Re: François Mauriac   François Mauriac - Page 3 Icon_minitimeMer 9 Mar 2016 - 19:47

Les anges noirs


Pas fini.

C'est une confession à un prêtre.

On nous annonce le pire et finalement, on démarre par des histoires sentimentales, de vagues tromperies, un peu de bobards et le reste, je ne saurai jamais la suite car j'ai abandonné.

Je trouve également l'écriture insipide, le propos fade.

Ou alors j'ai rien compris ?

Mauriac m'évoquait autre chose. C'est quand même loin d'un Gracq ou d'un Gide.



honte
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MessageSujet: Re: François Mauriac   François Mauriac - Page 3 Icon_minitimeMer 9 Mar 2016 - 19:51

J'ai tenté Thérèse Desqueyroux l'été dernier, puis j'avais abandonné aussi. A des années lumières de Gracq ou Gide en effet, mais bon j'essaierai un autre titre un jour.

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MessageSujet: Re: François Mauriac   François Mauriac - Page 3 Icon_minitimeMer 9 Mar 2016 - 19:58

On sent aussi tout ce qui nous sépare de son époque.
Comme un côté suranné et...académique !
Je me dis que cela n'arrange pas.
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MessageSujet: Re: François Mauriac   François Mauriac - Page 3 Icon_minitime

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