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 Pascal Quignard

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Queenie
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MessageSujet: Re: Pascal Quignard   Pascal Quignard - Page 11 EmptyVen 27 Juil 2007 - 10:54

alors ça c'est suuuuuper diiiiingue !! une copine m'a prêté un cd de purcell (dont elle est folle), autant vous dire tout de suite, je ne suis pas fana de ce genre de trucs, même si j'en reconnais une certaine beauté et que parfois le temps d'un soupir ça m'émeut.
les coïncidences de ouf !!!
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coline
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MessageSujet: Re: Pascal Quignard   Pascal Quignard - Page 11 EmptyVen 27 Juil 2007 - 14:22

Dernier royaume


Je comprends qu’on puisse être agacé ou dérouté par les ouvrages de Pascal Quignard qu’il regroupe sous le terme de « Dernier royaume ».

Des critiques littéraires ont dit de ces ouvrages qu’il s’agissait d’OLNI : Objets Littéraires Non Identifiés.

Il faut savoir avant de les aborder que l’on ne peut pas les classer comme romans, ou essais, ou contes…puisqu’ils ne sont rien de tout cela et … tout cela aussi…et bien plus encore…


« Il jouit d’une liberté absolue par rapport aux canons des genres littéraires, aux contraintes narratives, aux limites éditoriales, à la technique de la librairie. Il écrit comme on écrit quand on n’a de comptes à rendre à personne. Il fait ce qu’il veut dans la folle perspective de penser le tout. » a dit un critique.


Chacun des ouvrages du Dernier Royaume est consacré à l’un des thèmes qui lui est cher.Or, il a entrepris de revisiter le temps, l'espace, les heures, les âges, le sexe, l'effroi, le sublime, le sordide et le reste. Et il dit qu'il ne s’arrêtera qu’avec la mort.

« Je poursuis une expérience qui n’est pas celle d’un romancier, ni celle d’un philosophe, d’un essayiste, d’un professeur. […] Si vous me passez l’image, je suis un peu comme Lancelot qui pénètre, sa lance à la main, dans la forêt des aventures et dont la quête n’aura jamais de fin. »

Chaque volume du Dernier Royaume est constitué d'une somme de récits complètement autonomes : des anecdotes, des mythes, des contes, des références à l’Histoire, à la Littérature antique ou japonaise, à la Science… Des grands noms sont cités pour appuyer le propos ( Confucius, Eckaert, Saint Augustin, et bien d’autres…) Quignard se confie aussi parfois et fait toujours très largement appel à l’étymologie.

Le moins qu’on puisse dire est que la lecture de ces ouvrages n’a rien de passif. C’est ce qui peut gêner, c’est aussi ce qui peut passionner. Il force le questionnement et n’apporte jamais des réponses, seulement des pistes, des éléments, des « fragments » qui éveillent la curiosité et sont un appel à la mobilisation de notre réflexion et de nos connaissances, un appel à connaître toujours plus, un chemin vers la Culture.

On peut se sentir perdu. Pascal Quignard est perdu lui-même :

« S’il y a une chose que je ressens profondément, c’est bien que je ne comprends rien à ce monde. En naissant, nous nous perdons. Mais je ne cherche pas à perdre autrui. Je suis vraiment perdu. »

Il cherche, il erre…et nous entraîne avec lui dans cette errance qui caractérise à ses yeux la lecture. Cela n’a rien de rassurant mais il nous mène à travers ses ouvrages à une quête de savoir et de compréhension que lui-même poursuit à travers ses lectures.

« Lire est pour moi une expérience proche de l’extase. J’y consacre toute ma vie, chaque jour des heures durant. La lecture m’occupe bien davantage que l’écriture. Je ne suis pas écrivain de ce point de vue, je ne me revendique pas écrivain du tout. Mais lecteur, ça oui, je n’arrête pas. C’est comme ramasser des brindilles, toutes sortes de débris, de signes, je suis un lecteur errant. » dit-il.


Ce peut-être une expérience difficile car déstabilisante que de lire Quignard. Cela peut énerver… ou ravir…ravir comme séduire…ravir comme emporter….

Je ne m’y suis pas sentie bien d’emblée dans ces ouvrages-là…J’ai presque détesté ma première lecture des Ombres errantes ( Le Goncourt)…Je me suis fait un peu violence parce que le contenu culturel me fascinait…Ensuite j’ai gagné avec eux ma liberté de lecteur comme Quignard a trouvé en les écrivant sa liberté d’auteur.

Je ne sais pas bien l’expliquer cette expérience de lectrice…c’est, comme toute expérience, à vivre… :)
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MessageSujet: Re: Pascal Quignard   Pascal Quignard - Page 11 EmptyVen 27 Juil 2007 - 15:02

Dernier royaume

"Enfant, durant toute mon enfance, chaque nuit, je tournais la tête du crépuscule jusqu’à l’aube. Cela me paraissait beaucoup plus intéressant que dormir.
C’était peut-être un signe de carence mais cela m’excitait. C’est vraiment une tête qui tourne à toute allure que ces volumes. Un éclair de tête. Ce n’est pas un jugement sur le temps ou le monde ou la société ou l’évolution humaine : c’est le petit effort d’une pensée de tout.
Une petite vision toute moderne du monde.
Une vision toute laïque du monde.
Une vision toute anormale du monde. "
Pascal Quignard
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MessageSujet: Re: Pascal Quignard   Pascal Quignard - Page 11 EmptyVen 27 Juil 2007 - 15:10

Dernier royaume

- Les ombres errantes, Dernier Royaume I (Prix Goncourt 2002 )
- Sur le jadis, Dernier Royaume II
- Abîmes, Dernier Royaume III
- Les Paradisiaques, Dernier Royaume IV
- Sordidissimes , Dernier royaume V


« Saint Augustin dans ses Confessions, bien plus ahurissantes que celles de Rousseau, exprime son trouble face à la vie prénatale et à la violence sexuelle. C'est l'un des plus grands livres qui soient parmi ceux consacrés au temps. Et c'est d'ailleurs en référence à son évocation d'un premier monde, obscur, liquide, que j'ai choisi d'appeler cette somme Dernier royaume. C'est une façon substantielle de dire que le second monde est le dernier, qu'il n'y a pas d'autre vie. Car la mort n'est pas une vie. »

« Ce dernier royaume est une petite arche de Noé pour passer le déluge. Une petite réserve pour y serrer l'athéisme, le trouble de pensée, l'inquiétude sexuelle, l'absence de raison de ce qui est, l'absence d'orientation du temps, l'absence de fonction des arts, le secret, la nature imprévisible, la beauté... »
" Dix, quinze, vingt, (tomes) je ne sais pas. Vraiment. Et je ne souhaite pas que mes propos me lient. Ce qui est certain, c'est que je mourrai dans ce Dernier royaume. "
Pascal Quignard.
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MessageSujet: Re: Pascal Quignard   Pascal Quignard - Page 11 EmptyVen 27 Juil 2007 - 16:15

LES PARADISIAQUES



Le thème est la quête du paradis perdu.
« Il n’y a de paradis que le vestige obscur et chaud du premier royaume. Il est traversé par la voix de jadis, la voix soprano de la mère

"Ce monde du perdu "c'est le «jadis». Un état paradisiaque, musical, de l'être et de la langue... "

Ce monde Quignard le fantasme et tente de le reconstituer.

« J'ai le désir de me rendre au paradis", écrit Quignard. « Le jadis erre sur tout l'espace de la terre. Les joies errent plus encore que les hommes - qui cherchent à retrouver les emplacements où ils les éprouvèrent."


En quarante-deux chapitres, de quelques lignes ou de quelques pages, indépendants les uns des autres, il rapporte de nombreuses histoires puisées à toutes les sources (orientales ou occidentales, antiques ou modernes), ajoute ses propres réflexions, et fait retentir ainsi des échos enfouis qu’il réveille…
Mais « le lieu sans faute, humide, doux, vert, perpétuellement printanier » est à jamais perdu.
Dans les 42 contes (récits) , ceux qui se sont aimés (maris, femmes et enfants) ayant été séparés, ne se reconnaissent pas lorsqu’ils sont à nouveau réunis.
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MessageSujet: Re: Pascal Quignard   Pascal Quignard - Page 11 EmptySam 28 Juil 2007 - 20:00

"ALBUCIUS"

« Rien n'est parvenu jusqu'à nous que des fragments, des citations, des ruines. Je suis Eugène Viollet-le-Duc remettant debout ou inventant Notre-Dame ou le château de Pierrefonds ».

Dans ce livre, que l'on pourrait qualifier de « Biographie romancée », Pascal Quignard nous invite à découvrir un auteur de l'Antiquité latine curieusement méconnu, en la personne de Caius Albucius Silus (-69 av.J.C-10 ap.J.C.), et dont la spécialité fut la rédaction d'un genre littéraire que l'on pourrait qualifier d'ancêtre du roman : la « declamatio ».

« Je n'ai pas le dessein en composant ces pages de dérouler comme un fil la vie d'Albucius Silus. J'évoque une oeuvre que je juge méconnue. J'indique quelques sons, quelques lumières peut-être qui se portaient sur un corps. Je prélève à vrai dire les traits qui m'émeuvent, parce qu'ils m'émeuvent, soit encore qu'ils justifient des défauts dont la présence chez autrui m'apaise. »

Alternant cinquante-trois déclamations avec des scènes, historiquement réelles où purement imaginaires relatant la biographie véritable et supposée d'Albucius, Quignard exhume, avec les « declamationes » d'Albucius, un procédé littéraire peu connu, destiné à alimenter, chez lecteurs et auditeurs, prises de position et controverses : mélange d'intrigues policières et judiciaires, mythologiques et érotiques, et d'anecdotes sanglantes et sexuelles où transparaît le goût prononcé de l'auteur romain pour les « sordidissima. »

En conséquence de cela, Cestius surnomma Albucius « inquietator », l'homme qui troubla et agita la quiété de la langue latine.

« Albucius Silus « inquiéta » le roman romain. Il aimait les mots bas, les choses viles, les détails réalistes ou surprenants. Un jour qu'on demandait à Albucius ce qu'il fallait entendre par le « sermo cotidianus » (la langue de tous les jours), celui-ci répondit : »Il n'est rien de plus beau que de placer dans une déclamation une phrase qui procure de l'embarras à celui qui la dit. » Tel est le critère du sordide : un sentiment de gêne nous avertit de sa présence. Reste à s'approcher de lui, à s'en saisir et à le tisser à l'oeuvre d'art. Le plus bas devient le plus touchant. »

Quignard nous livre ainsi plus d'une cinquantaine d'exemples des déclamations d'Albucius et nous fait ainsi toucher du doigt la matière de ces « romans » de l'Antiquité latine. Il classe ceux-ci en différents genres tels que, entre autres : « Romans homosexuels et romans de débauche », « Enigmes policières et intrigues sadiques », « Les pères et les fils », « Les tyrannicides », « Les riches et les pauvres », etc... Quignard cite ainsi, pour exemple, une déclamation en forme de roman -policier :

« L'intrigue qui passait pour la plus pathétique de toutes celles qu'il a déclamées, disait Arruntius, était intitulée Potio ex parte mortifera (Le breuvage plus ou moins mortel). Les auditeurs ne retenaient pas les marques de leur impatience. Le breuvage plus ou moins mortel est une espèce d'intrigue policière qui fait songer aux romans d'A.M.C. Christie.

LE BREUVAGE PLUS OU MOINS MORTEL
Potio ex parte mortifera

Lors des proscriptions de Pompée, une femme accompagne son mari proscrit. Un jour, elle se réveille brusquement au milieu de la nuit, la couche vide à son côté. Elle se lève. Elle surprend dans l'ombre de l'atrium son mari en larmes tenant une coupe d'Egypte à la main. Elle lui demande pourquoi il a quitté le lit conjugal et quel était le motif qui lui ôtait le sommeil. Il lui répondit que c'était du poison pour mourir. Elle le pria de lui en donner une partie parce qu'elle n'envisageait pas de vivre sans lui. Il but la moitié de la coupe. La femme finit la coupe. L'épouse mourut seule, hurlant dans une crise de coliques. Dans le testament qu'elle avait laissé, on vit qu'elle avait institué pour unique héritier son mari. Revenu dans sa patrie, les proscriptions éteintes, le mari est accusé d'empoisonnement par le père de la morte.
- Il est le seul des proscrits que les proscriptions aient enrichi.
- J'aimais ma femme. Elle m'aimait. Il n'est pas pire souffrance que celle où je suis : je survis à la seule personne avec qui j'aimais vivre.
L'argument que présentait Albucius possède la précision des enquêtes anglo-saxonnes de la fin du siècle dernier :
« Summis fere partibus levis et innoxius umor suspenditur, gravis illa et pestifera pars pondere suo subsidit. » (Presque toujours le liquide léger et inoffensif reste suspendu à la surface, la partie pesante et mortelle est entraînée au fond par son propre poids.) Albucius résumait l'intrigue ainsi : « Bibit iste usque ad venenum, uxor venenum. » (Lui a bu jusqu'au poison, sa femme le poison.)


Dans un autre registre, plus judiciaire et procédurier celui-là, Quignard restitue, à l'aide de fragments cités par Cestius, Arruntius et Annaeus Seneca, un des plus anciens récits connus d'Albucius :

« Je restitue comme je peux ce qui reste de ces fantômes d'oeuvres.

LES DEUX MAINS DE PHIDIAS
Phidias remissus amissis manibus


Première scène : les Athéniens prêtent Phidias aux Eléens en sorte que le sculpteur fasse un Jupiter olympien. Ils établissent le contrat suivant : ou ils rendent Phidias ou ils versent aux Athéniens cent talents.
Deuxième scène : Phidias sculpte Dieu. La statue finie, les Eléens accusent Phidias d'avoir soustrait de l'or au temple en fondant la statue. Ils lui coupent les mains comme sacrilège. Ils le rendent aux Athéniens, et les deux mains qui étaient siennes dans une boîte incrustée. Les Athéniens réclament en vain les cent talents aux Eléens. Ils intentent un procès :
- Jam Phidiam commodare non possumus. (Maintenant nous ne pouvons plus prêter Phidias.) Le tort que vous nous avez fait est entier.
- Vous possédez celui qui a conçu.
-Nous n'avons pas la main.
- Nullement. Vous avez les mains que nous vous avons remises dans la boîte.
- Elles sont coupées.
- Que le sacrilège prenne à témoin le dieu qu'il a trahi.
- Il prend à témoin le dieu qu'il a fait. Vous avez sacrifié au dieu son auteur.
- Les dieux n'ont pas d'auteur.
- Si nous avions conclu ce contrat, c'était pour les mains de Phidias.
- Vous aviez dit « Phidias rendu » et nous avons rendu Phidias et jusqu'aux mains de Phidias dans une belle boîte incrustée.
- Superest homo sed artifex periit. (L'homme reste mais l'artiste est mort.)
- Il est moins nécessaire d'orner les temples que de venger les dieux qui les ont consacrés.
- Ces mains qui suscitaient des dieux ne peuvent même plus implorer le visage d'un chien ou les seins d'une femme.
- Ces mains, quand elles se sont portées sur l'ivoire et l'or du temple, n'imploraient ni dieu ni l'art. »


En contrepoint de ces déclamations, Quignard reconstitue et imagine ce qui a été et ce qui aurait pu être la vie d'Albucius, de sa naissance en 69 avant J.C. à Novare, en Gaule cisalpine à l'époque de la République et des guerres civiles jusqu'à sa mort en 10 après J.C. Alors que règne l'Empereur Auguste.
Il nous retrace parallèlement à la biographie d'Albucius les heurs et malheurs de cette époque fertile en rebondissements qui a vu se dérouler,entre autres, la conjuration de Catilina suivie de son procès par Cicéron, la course au pouvoir à laquelle se livrent Pompée, Crassus et César , l'ascension puis la prise de pouvoir de ce dernier, son assassinat suivi de l'intronisation du premier empereur de la Rome antique : Auguste.
C'est l'occasion pour pascal Quignard de dresser avec truculence et irrévérence les portraits de ces grandes figures historiques que furent Jules Cesar, marcus Tullius Ciceron et l'empereur Auguste, portraits contrastant avec l'image hiératique,marmoréenne et édulcorée que l'on peut encore s'en faire de nos jours.
Mais d'entre tous, c'est bien évidemment d'Albucius dont il fait le personnage principal de son ouvrage. Les empereurs romains et leurs hauts faits ne sont que la toile de fond devant laquelle évolue Albucius, auteur excentrique, fétichiste, obnubilé par les mains coupées, les rhinoceros et les marabouts, époux malheureux d'une femme acariâtre et jalouse, père d'une fille disgrâcieuse et alcoolique, farouchement attaché à un vieux saladier en bois de chêne noir ayant appartenu à sa bisaïeule, et accoutumé à boire chaque matin un bol de lait de femme qu'il aimait à déguster tiède.
Quelle est, chez Quignard, la part de réel, la part de l'invention ? Peu importe.
Avec Albucius, il nous dresse le surprenant portrait d'un homme ayant vécu par, et pour la littérature, d'un homme ayant déjà, il y a deux mille ans, défini la liberté et la servitude qu'éprouve chaque homme qui s'adonne à cette étrange passion qu'est l'écriture romanesque.

« Albucius disait : « Les hommes sont les abeilles. Ils régurgitent leur vie sous forme de récit pour ne pas demeurer hébétés dans le silence comme sont les fous et les malheureux. A chaque retour de la nuit, ils restituent, amassent, partagent et dévorent les sucs qu'ils ont récoltés et le récit de leur quête. Ce sont les veillées et ce sont les rêves. » Il disait : « Je ne suis pas sûr que les récits des hommes soient plus volontaires que leurs rêves. J'ai le souhait qu'ils soient aussi impérieux si ce sont des romans (declamationes). Les romans sont aux jours ce que les rêves sont aux nuits. Quelles bêtes prédatrices pourraient-elles supporter que leur vie épouse autre chose que l'image d'une espèce d'affût et de course, de désir et de proie ? Nous nommons cela le sens de la vie. Nous aimons les mots qui sont impressionnants. Ils ne peuvent pas vivre sans remâcher un petit lambeau de couenne, sans remâchonner quelque chose de la victime. Les livres que composent les hommes depuis Troie, depuis Albe, ne sont pas plus cultivés ou civilisés que le miel ne l'est au regard de ces insectes jaunes et noirs qui volent et qui prélèvent leur butin dans le sexe des fleurs. Que celui qui coupe les fleurs que les nations contiennent sache qu'il extermine non seulement les mouches jaunes mais les astres où elles prennent repère. Les ruches s'étiolent. Le miel du retour est raréfié. Les auteurs de roman ou de conte (declamationes sive saturae) sont des araignées qui tissent des fils perlés de rosée dans le désordre des sentiments et des jours. Ils nous permettent de nous réciter une leçon que notre attention même rend impossible et qui nous fait passer en hâte d'un peu de flottaison dans l'obscurité du sexe d'une femme à la désintégration de la lumière où vécut notre désir dans la mort où il s'éteint. Ils élaborent la douleur. Ils donnent un nom à la peine ou à la vengeance. Ils préservent une proie à nos vies. Mellifères ou lettrés, Pénélopes ou épeires, tels sont les noms qu'ils portent en tremblant ! »
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MessageSujet: Re: Pascal Quignard   Pascal Quignard - Page 11 EmptySam 28 Juil 2007 - 20:59

Merci Biblio de ce commentaire fouillé. :)
Comment as-tu trouvé la lecture?...Aisée ou ardue?...A-t-elle été plaisante?...

Le procédé me semble proche de celui des volumes du Dernier Royaume.

Tu dis: "Quelle est, chez Quignard, la part de réel, la part de l'invention ? Peu importe."
On ne sait jamais en effet...mais oui, peu importe...
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MessageSujet: Re: Pascal Quignard   Pascal Quignard - Page 11 EmptySam 28 Juil 2007 - 22:38

coline a écrit:
Comment as-tu trouvé la lecture?...Aisée ou ardue?...A-t-elle été plaisante?...

je dois dire qu'à mon grand plaisir et à mon grand étonnement, cette première lecture d'un ouvrage de Quignard ne m'a pas semblé hermétique ou ardue. Ce fut assez agréable de suivre Quignard dans cette évocation de l'Antiquité romaine. Mais je ne suis pas sûr que tous ses autres ouvrages puissent me paraître aussi accessibles.
J'ai tout de même bien envie de lire un jour ou l'autre "Tous les matins du monde" et "Terrasse à Rome"
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MessageSujet: Re: Pascal Quignard   Pascal Quignard - Page 11 EmptyLun 6 Aoû 2007 - 18:05

Quelques précisions pour la Nuit sexuelle à l´Abbaye de Lagrasse, le 10 Août 2007.
La Nuit sexuelle
Compagnies de Pascal Quignard

« Comment voyagent les âmes des hommes dès l’instant où elles désirent se remémorer leur source sexuelle ?
Dans la nuit.
Il y a trois nuits.
Avant la naissance ce fut la nuit. C’est la nuit utérine.
Une fois nés, au terme de chaque jour, c’est la nuit terrestre. Nous tombons de sommeil au sein d’elle.
Enfin, après la mort, la nuit qui régnait à l’intérieur du corps se décompose à son tour dans un effacement que nous ne pouvons anticiper. Cette nuit n’a plus aucun sens pour s’aborder. C’est la nuit infernale.
Ainsi y a-t-il une nuit totalement sensorielle qui précède l’opposition astrale du jour et de la nuit. Nous procédons de cette poche d’ombre. L’humanité transporta cette poche d’ombre avec elle, où elle se reproduisit, où elle rêva, où elle peignit. »
Pascal Quignard

Afin de calmer un peu les extravagances( ou refoulements?) de certains habitués du Blog de Passou.( voir commentaires). geek
http://passouline.blog.lemonde.fr/2007/08/05/la-nuit-sexuelle-tombe-sur-labbaye-de-lagrasse/#comments
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MessageSujet: Re: Pascal Quignard   Pascal Quignard - Page 11 EmptyJeu 9 Aoû 2007 - 20:48

Ca ne se termine pas très bien, à Lagrasse...

cliquer
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MessageSujet: Re: Pascal Quignard   Pascal Quignard - Page 11 EmptyJeu 9 Aoû 2007 - 22:27

Marie a écrit:
Ca ne se termine pas très bien, à Lagrasse...

cliquer

Le titre donné à cette manifestation La Nuit sexuelle, titre emprunté au prochain ouvrage de Pascal Quignard (parrain de la manifestation, présent aussi) était quelque peu aguicheur...
Je pense que l'ouvrage de Quignard risque de décevoir ceux qui vont l'acheter pour lire du "croustillant...Comme ont été déçus ceux qui ont acheté Le sexe et l'effroi du même Pascal Quignard pour des raisons similaires...
Vouloir du c.l et se retrouver face à de la culture!...Laughing

Je disais l'autre jour en aparté à Swallow que, quelque part, je trouvais assez provocateur d'aller lire du Catherine Millet ou de projeter du Mishima dans une abbaye...
En effet, cela a provoqué...des dégâts...
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MessageSujet: Re: Pascal Quignard   Pascal Quignard - Page 11 EmptyVen 10 Aoû 2007 - 0:02

Le communiqué des editions Verdier:

Brèves

La librairie du Banquet de Lagrasse saccagée

Dans la nuit du mercredi 8 au jeudi 9 août, des inconnus ont pénétré par effraction dans l’abbaye de Lagrasse (Aude), où se déroule depuis le vendredi 3 août le dixième Banquet du Livre.
Ils ont saccagé la librairie en répandant un mélange de gas-oil et d’huile de vidange sur tous les ouvrages.
Le SRPJ de Carcassonne, arrivé sur place dans la matinée, procède aux premières constatations. À cette heure, cet acte n’a toujours pas été revendiqué.
Cette importante librairie de plus de douze mille volumes est organisée chaque année, le temps de la manifestation, en partenariat avec la librairie toulousaine Ombres Blanches.
Tous les intervenants du Banquet, écrivains, éditeurs, artistes, ont pris la décision, avec les organisateurs (l’association Le Marque-Page) et les partenaires (Région Languedoc-Roussillon, Conseil Général de l’Aude, CNL, Ministère de la Culture), de maintenir le programme de la manifestation jusqu’à la date prévue pour sa clôture, le vendredi 10 août dans la soirée.
Le Banquet de Lagrasse, organisé cette année autour de Pascal Quignard (Prix Goncourt 2002) et de son livre à paraître (La Nuit sexuelle, Flammarion), propose dans ce village des Corbières, des ateliers de philosophie, des lectures, des conférences et un cycle de cinéma documentaire.
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MessageSujet: Re: Pascal Quignard   Pascal Quignard - Page 11 EmptyVen 10 Aoû 2007 - 19:32

j´ai fini par caser mon mot sur "la République". Je n´y tenais plus:

Quelle histoire au pays de la tolérance! Nous avons en plein Tolède( Espagne) la vieille église San Vicente du XIIIe transformée en bar très à la mode, lieu de rencontres,ouvert très tard dans la nuit. On y fait un peu plus que de la lecture de textes, et tout en parfaite harmonie avec le voisinage ( en pleine zone de couvents de Religieuses Ursulines, Augustines, etc). Regardez les photos, non, ce n´est pas un film d´Almodovar!
http://www.toledoweb.org/siglo/circulo.php
C´est bien Bataille qui a dit “Les animaux et les hommes font tourner la terre en coïtant” ?

Rédigé par: Golondrina | le 10 août 2007 à 19:24

http://passouline.blog.lemonde.fr/2007/08/09/aube-amere-a-lagrasse/#comments
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MessageSujet: Re: Pascal Quignard   Pascal Quignard - Page 11 EmptyVen 10 Aoû 2007 - 20:41

Citation :
Vouloir du c.l et se retrouver face à de la culture

Citation :
C´est bien Bataille qui a dit “Les animaux et les hommes font tourner la terre en coïtant”

Je ne vois pas bien le rapport avec cet acte de vandalisme...
Mais bon. Une seule intervenante m'avait surprise, c'est Catherine Millet. Dont je n'ai pas vraiment saisi le parcours après son grandiose et bien triste étalage"La vie sexuelle de Catherine M."Que j'ai lu avec intérêt, d'ailleurs. Ce n'est ni de la culture, ni du cul ( je rajoute le u, Coline, c'est juste une lettre!) . De quoi parlait elle, à Lagrasse? Comment peut-on rapprocher Quignard et Millet ?
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MessageSujet: Re: Pascal Quignard   Pascal Quignard - Page 11 EmptyVen 10 Aoû 2007 - 23:54

swallow a écrit:
j´ai fini par caser mon mot sur "la République". Je n´y tenais plus:

Quelle histoire au pays de la tolérance! Nous avons en plein Tolède( Espagne) la vieille église San Vicente du XIIIe transformée en bar très à la mode, lieu de rencontres,ouvert très tard dans la nuit. On y fait un peu plus que de la lecture de textes, et tout en parfaite harmonie avec le voisinage ( en pleine zone de couvents de Religieuses Ursulines, Augustines, etc). Regardez les photos, non, ce n´est pas un film d´Almodovar!
http://www.toledoweb.org/siglo/circulo.php
C´est bien Bataille qui a dit “Les animaux et les hommes font tourner la terre en coïtant” ?

Rédigé par: Golondrina | le 10 août 2007 à 19:24


Très bien ton message pour le blog d'Assouline...
Très chouette aussi cette église transformée en lieu de branchitude culturelle à Tolède!
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