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 René Daumal

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colimasson
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MessageSujet: René Daumal   Mar 7 Avr 2015 - 21:03

René Daumal (1908-1944)




Biographie:
Jean-Pierre Rosnay a écrit:
La hiérarchie en matière de poésie, comme aillRené Daumaleurs (certainement même un peu plus) s'est installée de bric et de broc, au gré de forces qui n'ont rien de poétique, hélas. Faute de quoi, si l'on tenait René Daumal pour ce qu'il est, on lui accorderait, parmi les poètes qui ont traversé ce siècle, l'une des premières places, et l'on ferait lire et relire aux enfants de 6 à 70 ans, déclamer et chanter sur tous les tons, Les Dernières Paroles du Poète, qui constitue non seulement un merveilleux poème, mais aussi un art poétique irremplaçable.
Allez, recopiez-moi cent fois ce poème et glissez-le dans les boîtes aux lettres de tous les établissements scolaires de votre quartier.

Depuis toujours, on parle surtout de poètes se rattachant non seulement à une époque, mais à un mouvement ou un autre, lesquels mouvements firent parler d'eux et disposèrent, peu ou prou, de publications. Pour ce qui concerne la poésie contemporaine, il est un mouvement qui a pris beaucoup d'importance, c'est le mouvement surréaliste, auquel ont appartenu Eluard, Aragon, Desnos. (On notera au passage ce qui n'est pas sans intérêt historique, que plusieurs d'entre eux ont également fait partie des poètes qui ont écrit durant l'occupation, dans la presse clandestine de la Résistance.)La hiérarchie poétique s'est généralement constituée autour de ces mouvements et les poètes qui n'ont appartenu à aucun groupe, chrétien (Péguy, Claudel, Marie Noël), communiste (Eluard, Aragon), surréaliste (Breton), etc. comme Daumal ( qui au contraire s'est confronté avec Breton et ses amis) eur ent naturellement des difficultés à franchir le mur du silence et à toucher un public.

René Daumal qui est né à Reims, en 1908, est mort à 36 ans de phtisie. Pour les raisons ci-dessus résumées, il a été et demeure injustement méconnu, alors qu'il est certainement une des grandes voix de la poésie du XXe siècle.

Daumal est à l'origine de la création du Grand Jeu, revue poétique qui fut hélas éphémère et d'audience limitée, mais d'altitude. Pour notre part, mes amis du Club des Poètes et moi, dans mes émission à la télévision et à la radio, ou au cours de nos tournées poétiques, nous sommes toujours employés à tenter de donner à René Daumal la haute place qu'il mérite.
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Une autre source intéressante : ICI


Bibliographie:
Citation :
1936 : Le Contre-Ciel, Cahiers Jacques Doucet. Réédité chez Gallimard avec Poésie noire, poésie blanche.
1938 : La Grande Beuverie.
1952 : Le Mont Analogue, récit véridique, préface par Roland de Renéville, postface de Véra Daumal.
1970 : Tu t'es toujours trompé, Mercure de France, Paris.
1970 : Bharata, l’origine du théâtre. La Poésie et la Musique en Inde, rééd. 2009.
1972 : Essais et Notes, tome 1 : L'Évidence absurde.
1972 : Essais et Notes, tome 2 : Les Pouvoirs de la Parole.
1978 : Mugle, Fata Morgana, Montpellier.
1981 : René Daumal ou le retour à soi, L'Originel, Paris. Contient La Soie.
1985 : La Langue sanskrite, Ganésha.
1996 : Fragments inédits (1932-33). Première étape vers la Grande beuverie, éditions éoliennes.
1992 : Correspondance, tome 1 : 1915-1928.
1993 : Correspondance, tome 2 : 1929-1932.
1996 : Correspondance, tome 3 : 1933-1944.
1994 : Je ne parle jamais pour ne rien dire. Lettres à A. Harfaux, Le nyctalope.
2004 : Chroniques cinématographiques (1934). Aujourd'hui, Au signe de la licorne.
2008 : Correspondance avec les Cahiers du Sud, Au Signe de la Licorne.
2014 : (Se dégager du scorpion imposé). Poésies et notes inédites, 1924-28, éditions éoliennes.
Source

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MessageSujet: Re: René Daumal   Mar 7 Avr 2015 - 21:35

L'Evidence absurde - Essais et notes 1 (1926-1934 )




René Daumal connaît la nature du rire absurde en sa qualité de pataphysicien et il sait que ce n’est pas drôle. C’est pourquoi on peut en rire tout le temps, avec force et méchanceté, jusqu’à sentir passer sur sa peau « le granuleux hérissement du sublime ».


L’essai consacré à Spinoza (« Le non-dualisme de Spinoza ou la dynamite philosophique ») nous aidera à mieux comprendre cette position limite, menaçante comme une crise épileptique. Il suffit de se souvenir que Spinoza a écrit : « L’âme en effet éprouve la Joie lorsqu’elle agit, c’est-à-dire lorsqu’elle connaît, et la Tristesse lorsqu’elle pâtit ». La joie ne doit pas être confondue avec le plaisir. La joie naît dans les souffrances de la connaissance. Elle est absurdement voulue malgré les souffrances mais se révèle savoureuse à un degré extatique que jamais les plaisirs subis ne sauraient égaler. Voilà ce qu’est la joie : la souffrance dans le but de connaître. Ce n’est pas une joie drôle, c’est le rire terrible qui veut faire éclater le scandale : l’humanité a appris le langage pour dissimuler ses angoisses. Oui, le langage ne serait qu’un lénifiant sans valeur, dévitalisé, abandonné aux bavards ensommeillés :


« Et si à nous autres pataphysiciens le rire souvent secoue les membres, c’est le rire terrible devant cette évidence que chaque chose est précisément (et selon quel arbitraire !) telle qu’elle est et non autrement, que je suis sans être tout, que c’est grotesque et que toute existence définie est un scandale. »


Lui, René Daumal, joue au « Grand jeu » sans règles et danse avec toute l’énergie flamboyante non de son corps -perdu à ses origines animales- mais de sa poésie, qui devrait être à l’image de ce déchaînement primaire. Forces tribales qui ne représentent pas la sympathique et naïve enfance des civilisations, ainsi qu’ont voulu nous le faire croire certains critiques d’art lorsqu’ils ont découvert les objets nègres, mais la violence sans mots de la vie.


« […] fourrez donc seulement la tête dans cette tête en viande d’arbre et en ficelle, pour voir du point de vue des millénaires ici présents, pour voir du point de vue du bout de bois, du dedans du dedans, du dehors du dehors […]. »


René Daumal donne le tournis et à la fin de la voltige, lumière : quelques réseaux de compréhension se seront retrouvés. La sauvagerie devient véritablement sublime, peuplée de ses arbres tortueux, de ses animaux charognards et de ses peuplades primitives, et nous fait regretter de n’être qu’un animal domestiqué.




Vous trouvez que l'art nègre est beau, tendre et réconfortant comme la petite poupée de l'enfance ?

Citation :
« Vous croyez peut-être que [les objets nègres] sont beaux, les bonshommes, vous croyez peut-être qu’ils sont drôles, et qu’ils ont le génie et la fraîcheur de la jeunesse et le charme si particulier (tatsim ! tatsim !) des « peuples-enfants », et bien au goût du jour, pas vrai, morveux de la cervelle, civilisés, mais regardez-les, ces bouts de bois, ils se foutent de vous. Si vous saviez à combien de déluges d’eau, de vent, de feu ils ont survécu avec leur rire d’au-delà toutes les voûtes crâniennes et célestes, qui est de chaque instant, qui est de chaque battement de ta tempe, monsieur, rire au fil de rasoir au ras de l’artère gonflée de ton sale sang de fausse brute ! »


Une liberté chère à Spinoza :

Citation :
« La liberté n’est pas libre-arbitre mais libération : elle est la négation de l’autonomie individuelle. […] Tout ce qui tend à me limiter, corps, tempérament, désirs, croyances, souvenirs, je veux le laisser au monde étendu, et en même temps au passé, car cet acte de négation est créateur de la conscience et du présent, acte unique et éternel de l’instant. »

Citation :
« [L’abnégation] est la seule action qui soit libre ; je veux dire, non pas que l’on soit libre de faire ou de ne pas faire, mais que l’on accomplit en restant libre. »

Citation :
« Ne rien affirmer qui me définisse à jamais, ou qui définisse quoi que ce soit à jamais, car ce serait encore me définir en face de quelque chose, mais laisser mes opinions et mes croyances naître, se développer, changer de formes d’expression comme l’insecte accepte ses métamorphoses […]. »

Citation :
« « Spectacles », « distractions », « divertissements », honte ! Regarder passivement, s’oublier, s’évader de soi, se détourner de la Grosse Question, voilà l’immonde plaisir de milliers de mes contemporains, chaque jour, collectivement, en matinée et en soirée. »


Et l'influence des philosophies indiennes :

Citation :
« Un individu, c’est l’illimité se pensant limité, donc privé de soi-même, torturé dans une forme particulière. Si tu comprends ceci, tu ne cesseras plus de voir le spectacle atroce d’une foule de souffrances visibles sous les formes des corps. »

Citation :
« S’éveiller, c’est se mettre à penser quelque chose extérieur à soi-même ; celui qui s’identifie à son corps, ou à quoi que ce soit, tombe dans le sommeil.


Une lucidité qui va de paire avec la volonté de mettre fin aux illusions positiviste et scientifique :

Citation :
« Ce n’est pas une théorie de la connaissance qui est à combattre, c’est l’impuissance des occidentaux à dépasser l’activité intelligente. »

Citation :
« La science cherche, c’est donc vrai, l’explication par l’identité. Son danger est que, malgré son échec, elle veut s’imposer comme seul mode de recherche de l’identique. »

Citation :
« Il faut quitter cette vue abstraite d’un univers fait de choses individuelles, existant chacune pour soi et se déterminant les unes les autres devant la conscience immuable de l’homme qui cherche seulement à voir le lien causal ; il faut revenir à la vision concrète et immédiate de moments successifs, à chaque instant déterminés par un acte de l’esprit. »


« Celui qui voit l’absurde souffre ce supplice : avoir le Mot-de-la-fin-de-tout sur le bout de la langue, mais imprononçable. »


« O bipèdes sociaux inaptes à la mensuration du nombre π ! »


*Illustration d'Artür HARFAUX

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colimasson
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MessageSujet: Re: René Daumal   Mar 7 Avr 2015 - 21:37

Je me permets de rajouter ce que j'avais déjà publié sur le fil de Spinoza :

colimasson a écrit:
René Daumal a écrit un essai de quelques pages sur Spinoza et tout particulièrement sur l'Ethique.
Je ne peux qu'approuver corps et âme ce magnifique témoignage d'amour à l'oeuvre de Spinoza. Témoignage d'amour et de sauvetage ?

Et donc, que nous raconte l'Ethique ?


« Le point de départ est le nombre deux. L’Ethique raconte le douloureux chemin depuis la dualité jusqu’à la Joie, la Connaissance et l’Amour de l’Unité. »

Spinoza nous aide à dépasser le dualisme cartésien en nous acheminant à la résolution en acte de l'antinomie classique corps/âme. Il détruit en même temps le Dieu de la théologie classique. Celui-ci redevient Etre, Substance, Pensée et Etendue. C'est pourquoi on a souvent dit que Spinoza était athéiste ou panthéiste, au choix, selon les inclinations individuelles de chacun.


« A la limite, comme disent les mathématiciens, « Dieu » est une façon de ne pas dire l’indicible extrémité où l’être embrasse la réalisation de tous les possibles. »


René Daumal résumé simplement les raisons pour lesquelles Spinoza, en abolissant le libre-arbitre, nous rend véritablement libre :

« Mais l’homme expérimente que s’il ne fait aucun effort, il perd peu à peu la notion même de son existence. Il agira donc. Il ne peut pas faire ce qu’il a voulu. Mais il voudra ce qu’il fait. Etant, il veut persévérer dans l’être, il veut se connaître, progresser selon sa nécessité propre. Connaître et vouloir sont un pour lui. Il n’a pas l’inconcevable libre arbitre qui lui permettrait de « choisir » entre deux contingences. Mais il tend à se libérer de toutes les contingences. »


Le seul Bien est ce qui est vraiment utile. Le seul moyen de le réaliser se fait par la connaissance en acte qui unit le corps et l'âme :

« Les propositions de l’Ethique, si simples mais si fulgurantes dans leur brièveté, ruinent la morale théologique basée sur la foi aveugle, et aussi bien la « morale laïque » fondée sur un devoir incompréhensible. Revenant à la tradition socratique, Spinoza réunit à nouveau le Vrai, le Bien et l’utile. »

Autre innovation de Spinoza : association de la Joie et de la Vertu :

« Une autre opposition qui s’évanouit dans l’œuvre de Spinoza, c’est celle de la Joie et de la Vertu. La doctrine dite « chrétienne » a solidement implanté dans l’opinion du monde occidental le préjugé que la souffrance est bonne par elle-même, et la Joie mauvaise : l’homme doit souffrir sur cette terre, pour gagner […] un bonheur perpétuel dans le ciel. […] Mais ce que le monde chrétien a oublié, c’est que la souffrance n’est pas celle de l’être qui progresse ; mais de ce qu’il dépasse, surmonte et brise dans son progrès. Et sa Joie essentielle est à la mesure même de cette souffrance. »

Il reconnaît que la joie n'est pas le plaisir. Elle naît dans les souffrances et est absurdement voulue malgré les souffrances. La joie désigne les souffrances dans le but de connaître et s'oppose à la tristesse qui désigne les plaisirs subis. On comprend toutefois que ce n'est pas une joie drôle (René Daumal n'était pas pataphysicien pour rien).

Conclusion:

« Ce que je puis dire de mieux à sa gloire, persuadé que d’autres pourront le dire aussi, c’est qu’il m’a fait gagner du temps. »

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MessageSujet: Re: René Daumal   Ven 10 Avr 2015 - 22:23

Qu'est-ce-qui t'a donné envie de lire ce livre ?
Est-ce-que ta comparaison avec Spinoza est personnelle ou un sujet du livre ?
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MessageSujet: Re: René Daumal   Jeu 16 Avr 2015 - 21:21

Je ne sais plus comment j'ai eu envie de lire René Daumal. De bouche-à-oreille littéraire, sans doute. Par lecture de quelques extraits alléchants... je savais qu'il allait me parler en ce moment !

Daumal a écrit un petit essai (ou un long article) sur Spinoza "La non-dualité de Spinoza". Pas étonnant pour cet homme passionné d'hindouisme.
Dans cet essai, il y a des extraits de l'Ethique et dans le résumé que j'en fais, je crois que j'ai été chercher quelques autres petits passages qui me semblaient pertinents par rapports au développement de Daumal.

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MessageSujet: Re: René Daumal   Ven 17 Avr 2015 - 9:27

Le rapprochement avec l'hindouisme m'intéresse plus particulièrement ; il y a pas mal d'années j'avais emprunté un livre de Daumal (Le Mont analogue, je crois) et je ne l'ai pas lu car je découvrais au même moment Georges Bataille qui mobilisait toute mon énergie. Il est peut-être temps de découvrir Daumal.

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colimasson
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MessageSujet: Re: René Daumal   Mar 21 Avr 2015 - 21:29

Oui, j'ai pensé à toi en lisant ce livre justement ! Et j'aimerais bien connaître ton avis.

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shanidar
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MessageSujet: Re: René Daumal   Mar 21 Avr 2015 - 21:35

colimasson a écrit:
Oui, j'ai pensé à toi en lisant ce livre justement ! Et j'aimerais bien connaître ton avis.

Ce livre est à la médiathèque. Je ne suis pas sûre d'être très disponible dans les jours à venir mais je le mets en outsider ! (Bédou, d'après ce que tu m'as dit cet exemplaire n'est pas à ta médiathèque), j'emprunterai dans la foulée Le mont analogue pour que nous puissions nous retrouver (disons fin mai ?).

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: René Daumal   Mar 21 Avr 2015 - 22:35

bien sur d'accord pour le mont analogue !

parce que l'évidence absurde coûte une main à l'achat !

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MessageSujet: Re: René Daumal   Dim 26 Avr 2015 - 19:22

Bédoulène a écrit:
bien sur d'accord pour le mont analogue !

parce que l'évidence absurde coûte une main à l'achat !

Ah oui ? j'ai de la chance de l'avoir à la bibliothèque alors. Et le Mont analogue est aussi dispo, tant mieux.

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MessageSujet: Re: René Daumal   Mer 22 Juil 2015 - 16:07

Essais et notes, Tome II : Les pouvoirs de la parole (1935-1943)




Comme le chemin d’enseignement hindouiste, les pouvoirs de la parole s’acquièrent graduellement ; comme le chemin d’enseignement philosophique, les pouvoirs de la parole doivent servir à atteindre l’extrême décontraction de celui qui a parcouru l’aller-retour et qui sourit en constatant que le point d’arrivée et le point de départ ne sont pas les mêmes.  


Dans le système hindouiste, les enseignements du Veda s’adaptent aux quatre périodes de la vie d’un homme. L’enfant répète par cœur les hymnes du Veda. Entre 20 et 30 ans, il consulte les Brâhmanas, premiers commentaires des Veda qui orientent leur compréhension vers le monde extérieur. Parvenu à la maturité, l’homme consulte alors le « Livre des forêts », commentaires des Veda qui privilégient cette fois l’édification et la contemplation du monde intérieur. Enfin, parvenu au grand âge, l’homme lira les « Upanishads », ultimes commentaires de ces Veda qui apprendront à l’homme aguerri que tout n’est qu’illusion et qui l’inviteront à relire les Veda dans l’innocence, comme lorsqu’il était enfant. Simple régression ? Certainement pas. On comprend l’attachement de René Daumal à la philosophie de Spinoza : la démarche qu’il préconise est similaire à celle qui fait passer de la servitude à la compréhension active de ses actes.


Dans la lignée du volume précédent de ses Essais, René Daumal écrit sur l’hindouisme, la poésie et la pataphysique comme moyens de découvrir la vérité spirituelle. Ou plutôt de la retrouver. Peut-être était-elle directement accessible à l’époque où la parole n’était pas venue s’interposer pour brouiller les pistes. Et si la parole gardait une trace de ces temps immémoriaux ? Il s’agit alors de décortiquer la parole de manière ludique et de révéler sa véritable sauvagerie en retranchant du langage les pâles concessions faites à la diplomatie civile ou à l’anesthésie intellectuelle.


Ces quelques observations ne pourront pas faire comprendre la force cruelle, frénétique et percutante des analyses de René Daumal. Contre les esprits têtards, il propose –non pas une pensée, ce qui serait trop simplement éthéré- mais une dynamique cachant derrière les mots l’impulsion primitive de la danse grimée en poésie et en paroles.




« « Un œuf dur », dit-on pour désigner un ancien futur poulet coagulé. »

Exemple de l'image poétique à travers le symbole social de la République chez Socrate:

Citation :
« Le symbole social [de l’Etat dans le discours de Socrate] a l’avantage de présenter une image que chaque homme, en tout temps, aura sous les yeux ; celui d’être cohérent à lui-même et à l’homme ; et enfin d’être extrait d’une réalité humaine qui possède ses lois propres, que nous ne pouvons modeler à notre guise et qui, par conséquent, nous retiendra de divaguer. »


Quel est le rôle des images dans le langage ?

Citation :
« Le rôle de cette abstraction [des mots] n’est pas de faire penser, mais de prévoir ce que l’on pensera LORSQUE l’on pensera. »


Extrait de "L'envers de la tête":

Citation :
« Il est remarquable que les Français ont abandonné leur mot chef, qui désignait le conducteur du corps, pour le mot teste qui signifie « pot », à l’époque justement où l’on commençait à regarder plus que jamais la tête comme une chose à remplir plutôt qu’à faire fonctionner […]. »


Extraits de "Pour un métier poétique":

Citation :
« Il devait lire le journal, pour ne pas perdre l’usage de la langue populaire, grâce à laquelle il pourrait, à l’heure de l’apéritif, communiquer avec ses semblables en apparence, et les guider sur la voie du bien. »

Citation :
« Une syllabe sur trois tombant, en moyenne, dans le passage du latin au français, ces quinze syllabes [de la versification latine] se sont réduites à douze. Ainsi notre alexandrin et les vers qui en dérivent ne font que répéter le bruit des pas des légions romaines de César. »


Extrait de "Sur le scientisme et la révolution":

Citation :
« La science […] ne fait que préparer ou suivre l’acte, elle est médiate, conditionnée par le langage, elle porte sur les objets extérieurs, ne donne qu’indirectement le pouvoir d’agir sur eux et peut être acquise par toute intelligence normale qui veut seulement y consacrer le temps suffisant. »


Défense et réaction contre l’expression « patrie indestructible » :

Citation :
« Bien sûr, il n’y avait pas « la patrie est indestructible ». Mais la copule est substantielle alors même qu’elle est sous-entendue. Admettre la copulation de ces deux incopulables, la patrie et l’indestructibilité (car, même empiriquement, je veux dire sous la figuration historique, on en a bien vu disparaître, des patries, au cours des siècles !), cela aurait signifié pour moi : « je consens à être avec le même degré de substantialité que la patrie est indestructible », c’était un suicide. »


Extrait du "Grand magicien" : CLIC


*Peinture: Flock of Chickens, Katsushika Hokusai

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MessageSujet: Re: René Daumal   Jeu 30 Juil 2015 - 15:24

Sur le web, deux courts textes sidérants de René Daumal (ce sont les versions les plus fiables que j'ai pu trouver, je les mets ici juste pour vous donner envie de vous jeter ses écrits  sourire ) : La guerre sainte et Souvenir déterminant.
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colimasson
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MessageSujet: Re: René Daumal   Mar 1 Sep 2015 - 12:54

Suite à la LC :

Le Mont analogue (1944)




Voilà un de ces sommets qu’on ne peut jamais parcourir jusqu’au bout. René Daumal, commençant la rédaction du Mont analogue en 1939, apprit la même année qu’il était condamné par la tuberculose. Il mourut en effet peu de temps après, en 1944, et laissa un roman inachevé, dans l’élan d’une phrase suspendue par une virgule. Il ne manquait, vraisemblablement, plus que deux chapitres.


Comme l’indique le sous-titre de l’ouvrage, l’expédition vers le Mont analogue est un « roman d’aventures alpines non-euclidiennes ». La troupe qui s’embarque pour l’ascension de cet étrange massif illustre en effet les étrangetés permises par la théorie récente de la relativité restreinte :


«Vous savez […] qu’un corps quelconque exerce une action répulsive […] sur les rayons lumineux qui passent près de lui. Le fait, prévu théoriquement par Einstein, a été vérifié par les astronomes Eddington et Crommelin, le 30 mai 1919, à l’occasion d’une éclipse de soleil; ils ont constaté qu’une étoile pourrait encore être visible alors qu’elle se trouve déjà, par rapport à nous, derrière le disque solaire. Cette déviation, sans doute, est minime, mais n’existerait-il pas des substances encore inconnues —inconnues, d’ailleurs, pour cette raison même, capables de créer autour d’elles une courbure de l’espace beaucoup plus forte? Cela doit être car c’est la seule explication possible de l’ignorance où l’humanité est restée jusqu’à présent de l’existence du Mont Analogue.»


On ne reviendra pas sur la facilité avec laquelle la troupe embarquée pour l’exploration du Mont analogue parvient à braver cette difficulté : après tout, nous sommes aux premiers temps de la physique quantique et ses promesses permettent un enthousiasme qui pourrait expliquer comment notre groupe d’aventuriers réussit à découvrir le territoire sur lequel se situe le Mont Analogue. C’est comme lorsque du verre entre en résonance sous l’effet d’une certaine fréquence d’onde : ainsi, si chaque membre du groupe s’aligne sur une même fréquence, fonde sa cohésion dans la réalisation d’un objectif précis, le groupe réalisera le bond quantique que de moins tenaces ne réussirent pas à accomplir.


La découverte de l’île mystérieuse et de ses habitants constitue la première étape d’une expérience d’abolition de soi et de mise au rebut des attributs rassurants de ce qu’on croit être une identité. René Daumal cherche à confronter ses personnages au dépouillement de soi afin qu’ils escaladent, proche du néant et de l’absolu, le mont le plus élevé qu’il existe sur Terre. Nous n’en saurons pas davantage, mais j’imagine que le récit aurait pu se poursuivre avec le dénuement progressif, voire la disparition successive, de tous les compagnons d’aventure encore trop immatures pour réaliser l’œuvre d’ascension spirituelle demandée par le Mont analogue. Rien de bien original ici, et René Daumal se montre très suggestif, déambulant avec ses gros souliers dans le magasin de porcelaine du roman. Il est bien meilleur dans ses essais et à ce titre-là, l’annexe du Traité d’alpinisme analogique résume de façon plus poétique et plus condensée ce Mont analogue. Il se suffit d’ailleurs à lui seul pour nous réconforter de l’inachèvement du roman.




Citation :
« Quelque part sur la Terre existe un territoire d’au moins plusieurs milliers de kilomètres de tour, sur lequel s’élève le Mont Analogue. Le soubassement de ce territoire est formé de matériaux qui ont la propriété de courber l’espace autour d’eux de telle manière que toute cette région est enfermée dans une coque d’espace courbe. D’où viennent ces matériaux ? Ont-ils une origine extra-terrestre ? Viennent-ils de ces régions centrales de la Terre, dont nous connaissons si peu la nature physique que, tout ce que nous pouvons dire, c’est, d’après les géologues, qu’aucune matière n’y peut exister ni à l’état solide, ni à l’état liquide, ni à l’état gazeux ? Je ne sais pas, mais nous l’apprendrons sur place, tôt ou tard. Ce que je puis encore déduire, par ailleurs, c’est que cette coque ne peut pas être complètement fermée ; elle doit être ouverte par en haut, afin de recevoir les radiations de toutes sortes, venant des astres, nécessaires à la vie d’hommes ordinaires ; elle doit aussi englober une masse importante de la planète, et sans doute même s’ouvrir vers son centre, pour une raison semblable. »


Les meilleurs passages du Traité de l'alpinisme :

Citation :
« Lorsque tu vas à l’aventure, laisse quelque trace de ton passage, qui te guidera au retour : une pierre posée sur une autre, des herbes couchées d’un coup de bâton. Mais si tu arrives à un endroit infranchissable ou dangereux, pense que la trace que tu as laissée pourrait égarer ceux qui viendraient à la suivre. Retourne donc sur tes pas et efface la trace de ton passage. Et même sans le vouloir on laisse toujours des traces. Réponds de tes traces devant tes semblables. »


Citation :
« Souvent, d’ailleurs, aux moments difficiles, tu te surprendras à  parler  à la montagne, tantôt la flattant, tantôt l’insultant, tantôt promettant, tantôt menaçant ; et il te semblera que la montagne répond, si tu lui as parlé comme il fallait, en s’adoucissant, en se soumettant. Ne te méprise pas pour cela, n’aie pas honte de te conduire comme ces hommes que nos savants appellent des primitifs et des animistes. Sache seulement, lorsque tu te rappelles ensuite ces moments-là, que ton dialogue avec la nature n’était que l’image, hors de toi, d’un dialogue qui se faisait au-dedans. »


Citation :
« Note bien dans ta mémoire les circonstances de ta chute, mais ne permets pas à ton corps d’en remâcher le souvenir. Le corps cherche toujours à se rendre intéressant par ses tremblements, ses essoufflements, ses palpitations, ses grelottements, ses sueurs, ses crampes. Mais il est très sensible au mépris et à l’indifférence que lui témoigne son maître. S’il sent que celui-ci n’est pas dupe de ses jérémiades, s’il comprend qu’il n’y a rien à faire pour l’apitoyer, alors il reprend sa place et accomplit docilement sa tâche. »

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MessageSujet: Re: René Daumal   Mar 1 Sep 2015 - 18:32

Mes connaissances ne sont pas assez étendues (à mon époque le chemin le plus court d'un point à l'autre était toujours la ligne droite sourire ) mais lecture agréable cependant.

je vois ce voyage et cette ascension du Mont comme une ré-initiation de l'homme, retrouver l'essentiel, se dépouiller, pour accéder à un état supérieur.

mais j'ai eu le plaisir de votre présence Coli et Shanidar !








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MessageSujet: Re: René Daumal   Mer 2 Sep 2015 - 22:47

De même, et on attend ton commentaire aussi si tu as envie ?

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