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 David Le Breton [anthropologie]

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shanidar
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MessageSujet: Re: David Le Breton [anthropologie]   Lun 4 Mai 2015 - 10:15

Signes d'identité, Tatouages, piercings et autres marques corporelles

Le livre de Le Breton se découpe en deux parties, la première est une approche chronologique du tatouage, la seconde une étude sociologique contemporaine de l'acte.

Tout commence par les premiers à arborer des tatouages en Europe : les pirates et les prostituées, signe d'une stigmatisation, d'une vie repoussée dans les marges sociales, le tatouage est un signe distinctif à connotation malsaine puisqu'il marque les criminels. On retrouve cette marque sur l'épaule fleurdelisée de Milady dans Les Trois Mousquetaires de Dumas ou encore les trois points caractéristiques d'un séjour en prison de nos jours, sans compter les innombrables ancre de marine et autres femmes dénudées des biceps de marins.  

fin XIXème

Au XIXème siècle, grâce au développement des voyages et aux recherches scientifiques qui les accompagnent (mais aussi littéraires, sociologiques, linguistiques…), le tatouage reprend sa figure initiale celle que l'on retrouve chez les peuples dit primitifs, d'embellissement du corps. Les corps tatoués des Maoris, des Tahitiens, des femmes du Maghreb fascinent les voyageurs : ils y voient deux éléments constitutifs d'une appartenance à une tribu : la souffrance du corps (lesquels sont pratiquement intégralement tatoués) et la beauté des lignes (lire le récit de voyage de Paul-Emile Botta, par exemple aux îles Sandwich montre la fascination de l'occidental pour ces dessins rituels qui sont le résultat, bien souvent, du passage de l'âge d'enfant à l'âge adulte -note personnelle-).
C'est alors que les voyageurs eux-mêmes commencent à revenir tatoués de leurs expéditions (Pierre Loti ramène ce genre de souvenir d'un voyage au Japon). Les enfants de la Reine Victoria lancent la mode du tatouage dans les grandes cours européennes, le tatouage devient alors un signe de reconnaissance de l'élite (celle des lettrés, des nobles, ceux qui ont les moyens de faire le voyage jusqu'aux tatoueurs).

vers 1900

Le XXème siècle voit le tatouage se répandre démocratiquement dans toutes les couches de la population : il ne s'agit plus d'un signe avilissant mais d'une mise à l'épreuve du corps pour un embellissement (imaginaire ou bien réel, chacun est maître de son dessin/dessein).

Maud Wagner, 1907, première femme tatoueuse et tatouée

On entre alors dans la seconde partie de l'ouvrage : que dit le tatouage sur la crise identitaire que traverse notre époque ?

D'abord, il s'agit (à l'inverse de la page blanche évoquée par topocl, mais on s'aperçoit vite que finalement Le Breton parle de la même chose : une manière d'être au monde) d'inscrire quelque chose sur son corps, dans un geste d'une liberté totale de réappropriation du corps. Il ne s'agit plus d'effacement mais d'affirmation de soi. A l'heure où les repères s'effacent, où les idéologies s'éteignent ou les références culturelles s'amenuisent grâce à l'accès à l'éducation et aux soins pour tous, à l'heure surtout où la maîtrise des choses semblent échapper à son protagoniste (peur du chômage, de la maladie ; famille éclatée, divorcée, recomposée ; nécessaire mobilité qui éloigne de la famille et des amis ; délocalisation ; mondialisation, c'est-à-dire uniformisation voire indifférenciation entre les êtres), la réappropriation du corps par le tatouage est un moyen comme un autre d'avoir le sentiment de revenir à soi, de retrouver une maîtrise, une main mise sur son propre épiderme. Affirmer son identité, son emprise sur soi et donc sur le monde.  A cela s'ajoute l'idée qui semble toujours expliquer le tatouage : la mise à l'épreuve et l'embellissement de l'être (ou l'effacement, d'un défaut, d'une partie honteuse, d'un complexe). Le tatouage est un langage du corps, il dit, il exprime et devient recours de tout un chacun pour s'affirmer à un moment où plus personne ne semble audible.

Le Breton n'évite pas la question de la mutilation (piercing, scarification), du tatouage chez les très jeunes (en particulier les adolescentes comme une sorte d'automutilation,  d'un supplice), mais cette mise à l'épreuve (que le service militaire ou d'autres contentions oubliées permettaient) ne doit pas être vu comme nécessairement négative, mutilante ou vulgaire. Il s'agit plus souvent d'une affirmation de soi, qui passe par le corps, subsume la souffrance et confirme une liberté de choix qu'il est utile d'afficher pour pouvoir exister. Encore une fois : l'inverse de la page blanche.

Tout cela n'est qu'un résumé d'une lecture assez ancienne (j'avais pris quelques notes ; mais où sont-elles ?). En tout cas le livre avait au moins deux valeurs : ne pas stigmatiser l'acte du tatouage et donner un ensemble d'interviews réalisées à la fois auprès des professionnels (importance de l'hygiène, du choix du dessin, de la confiance à instaurer entre tatoueurs et tatoués), auprès des tatoués (plaisir et affirmation de l'être, satisfaction de celui qui s'offre une différence, qui reprend la direction de son corps), auprès des parents et des adolescents (cherchant à démontrer que le piercing comme le tatouage sont des actes à penser ensemble dans le respect de l'un comme de l'autre…).

Bref, un texte très équilibré, intéressant (sans jamais être révolutionnaire, vous n'y trouverez aucune révélation miraculeuse sur le tatouage), ou trop engagé dans un sens ou dans un autre et parfaitement accessible à n'importe quelle personne tatouée ou non.

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topocl
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MessageSujet: Re: David Le Breton [anthropologie]   Lun 4 Mai 2015 - 10:39

Merci pour cette tâche difficile de faire ressurgir une ancienne lecture, shanidar.

shanidar a écrit:
D'abord, il s'agit (à l'inverse de la page blanche évoquée par topocl, mais on s'aperçoit vite que finalement Le Breton parle de la même chose : une manière d'être au monde).

J'ai bien l'impression en effet qu'il y a une réelle continuité dans l'oeuvre de David Le Breton, une façon de faire ressortir les mêmes thèmes, en positif ou négatif.
Et aussi une façon de les traiter de façon un tout petit peu trop appliquée, qui fait de ses livres

shanidar a écrit:
un texte très équilibré, intéressant (sans jamais être révolutionnaire...
?
A vérifier par d'autres lectures.
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shanidar
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MessageSujet: Re: David Le Breton [anthropologie]   Lun 4 Mai 2015 - 10:52

Oui j'ai vraiment l'impression que Le Breton cherche avant tout à réinstaurer un dialogue : entre le monde et soi, entre parents et adolescents, entre corps et société. En tout cas, je suis également intéressée par l'essai que tu as lu et qui correspond également à ma manière d'être au monde par le retrait, l'effacement, le repli...

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topocl
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MessageSujet: Re: David Le Breton [anthropologie]   Lun 4 Mai 2015 - 13:56

shanidar a écrit:
Oui j'ai vraiment l'impression que Le Breton cherche avant tout à réinstaurer un dialogue : entre le monde et soi, entre parents et adolescents, entre corps et société. En tout cas, je suis également intéressée par l'essai que tu as lu et qui correspond également à ma manière d'être au monde par le retrait, l'effacement, le repli...
Oui, l'analyse de Le Breton montre qu'il y a un petit bout en nous tous qui fonctionne comme cela, et un gros bout pour certains : genre tortue et sa carapace, je dirais. J'en suis, ce n'est pas pour rien que ce livre m'avait attirée.  sourire .
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shanidar
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MessageSujet: Re: David Le Breton [anthropologie]   Lun 4 Mai 2015 - 14:09

Ah oui, on va fonder l'harmonieux phalanstère de la tortue liseuse !

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topocl
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MessageSujet: Re: David Le Breton [anthropologie]   Lun 4 Mai 2015 - 14:19

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GrandGousierGuerin
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MessageSujet: Re: David Le Breton [anthropologie]   Lun 4 Mai 2015 - 19:21

Merci aux tortues commentatrices Very Happy
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Ariane SHOYUSKI
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MessageSujet: Re: David Le Breton [anthropologie]   Lun 4 Mai 2015 - 22:16

Il est très discret comme auteur, non ? Ou bien sa maison d'édition ne publie pas beaucoup d'exemplaires ?
J'étais attirée plutôt par Marc Augé ou François Laplantine (à cause de "Tokyo-ville flottant" content ) comme anthropologue.
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MessageSujet: Re: David Le Breton [anthropologie]   Mar 5 Mai 2015 - 8:17

Je ne sais pas. Quand j'ai demandé le bouquin en librairie, la responsable du rayon Sciences humaines avait l'air de le connaître et pas seulement pour son dernier livre paru.
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topocl
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MessageSujet: Re: David Le Breton [anthropologie]   Jeu 21 Mai 2015 - 15:49

Du silence



Le livre aborde le silence sous un aspect sociologique, psychologique et anthropologique. Il traite essentiellement le sujet sur le versant absence de parole et dans ce sens est assez exhaustif. Je lui reprocherai (et finalement c'était un peu pareil dans Disparaitre de soi) un côté parfois  un peu scolaire,  énumératif (accumulant par thèmes des faits en rapport avec le silence). Il y a pas mal de portes ouvertes enfoncées, mais c'est sans doute inévitable sur ce sujet, et c'est souvent joliment fait. Beaucoup d'exemples pris dans la littérature, au premier rang desquels James Agee et Camus.

Donc quand même pas mal de choses  intéressantes, mais un peu noyées. Je ne suis pas hyperemballée, car j'en attendais sans doute trop.
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MessageSujet: Re: David Le Breton [anthropologie]   Mar 27 Sep 2016 - 9:41

David Le Breton se passe de présentations lorsqu'il s'agit de marche. J'ai pris la peine d'effeuiller Marcher. Éloge des chemins et de la lenteur. Ce livre fut un coup de coeur pour moi en 2015 même si j'ai tendance à vouloir lorgner du côté d'Éloge de la marche. Dans le contexte, j'ai suivi un atelier de flâneries urbaines. Avec Pierre Sansot - Du bon usage de la lenteur - et Henry David Thoreau - De la marche ou Marcher, suivant les éditions -, nous pouvons dire que le texte de David Le Breton est un phare.


David Le Breton, Marcher. Éloge des chemins et de la lenteur, 2012, Paris : Métailié, coll. «Suite Essais», p. 121. a écrit:
Le flâneur est à la fois dans une conscience aiguë de sa disponibilité, mais simultanément il est immergé dans une conscience flottante aux détails qui l'environnent, il construit des romans en regardant les passants, ses souvenirs l'emportent dans une période ancienne de la ville qu'il a bien connue. Il chemine dans le temps et l'espace, mais le temps lui-même se décline en maintes couches sédimentaires, et l'espace est composé de nombre de passants, des rues, des quais, des églises ou des monuments.

Dans l'ensemble, j'ai apprécié lire l'ouvrage. J'avais quand même remarqué un certain côté inégal, morcelé dans la lecture des extraits. Le texte coule de source car les extraits pleuvent, les extraits qu'on a tendance à retenir quand David Le Breton nous parle. Le programme du texte est assez costaud, Le Breton ratisse assez large dans la problématique de la marche. Il nous parlera par exemple des flâneries en ville comme des longues marches à la Bernard Ollivier. À mon sens, pour avoir lu Rebecca Solnit de date récente, ce sont deux auteurs dont les livres se picorent à petites doses. David Le Breton a le mérite de la concision dans la rédaction de cet ouvrage essentiel à la compréhension de la problématique de la marche appréhendée comme mode de vie basé sur la lenteur et s'opposant au productivisme.

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shanidar
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MessageSujet: Re: David Le Breton [anthropologie]   Mar 27 Sep 2016 - 9:57

Merci pour ce commentaire Jack. La marche est aussi un bon moyen pour rêver et comme je suis en train de lire (sans marcher) le livre de Mona Chollet qui touche au thème de la rêverie (La tyrannie de la réalité), je me dis que dans nos sociétés motorisées, l'absence de marche (pour certains) est aussi absence de rêves...

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MessageSujet: Re: David Le Breton [anthropologie]   Mar 27 Sep 2016 - 13:00

(on a aussi le droit de rêver avec un volant... )

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topocl
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MessageSujet: Re: David Le Breton [anthropologie]   Mar 27 Sep 2016 - 15:41

tu me l'ôtes de la bouche Very Happy !
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MessageSujet: Re: David Le Breton [anthropologie]   Mar 27 Sep 2016 - 15:48

ou juste un carreau d'ailleurs. clown

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