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 Joachim Du Bellay

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colimasson
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MessageSujet: Joachim Du Bellay   Lun 11 Mai 2015 - 13:40

Joachim Du Bellay (1522-1560)




Biographie
Citation :
Joachim du Bellay naît au château de La Turmelière sur les bords de la Loire, près de Liré (région de Angers), vers 1522. Il y passe son enfance. Ses deux parents meurent alors qu’il est encore enfant, et il est laissé à la garde de son frère aîné, René du Bellay, qui néglige son éducation.

En 1547, il part étudier le droit à l'université de Poitiers, où il se lie d'amitié avec Ronsard. Ensemble, ils rejoignent Paris et les enseignements du Collège Coqueret, où l'helléniste Jean Dorat leur fait découvrir les auteurs de l'Antiquité et ceux de la poésie italienne.
Autour de lui se forme la Pléiade, composée de sept membres, en référence à la constellation. En 1549, du Bellay signe "Défense et Illustration de la langue française", inspirée des idées du groupe qui souhaite défendre le Français contre la domination du Latin, cultiver les genres nouveaux, enrichir le vocabulaire... L'Olive (1549) de Joachim du Bellay, premier recueil français de sonnets amoureux, témoigne parfaitement de ce profond renouvellement de la poésie.

De 1553 à 1557, il devient secrétaire du cardinal Jean du Bellay, cousin de son père et célèbre diplomate, avec qui il partira pour Rome. Le poète découvre alors la ville mythique de l'Antiquité, qui n'est plus que ruines, faste et débauche. Le regret s'empare du poète, sentiment qui lui inspirera ses plus belles pages.
En 1557, il rentre en France et publie Les Antiquités de Rome, les Divers Jeux Rustiques et Les Regrets (1558), d'où sont tirés les fameux sonnets "France, mère des Arts" et "Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage". Ces écrits sont reconnus en leur temps et valent à Joachim du Bellay de participer à la vie intellectuelle parisienne.
Mais malade, il s'éteint subitement, à sa table de travail, dans la nuit du 1er janvier 1560.
Il fut enterré dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, où sa sépulture est désormais perdue, loin des rives de la Loire.
Source


Oeuvres
Citation :
Défense et illustration de la langue française (1549)
L'Olive (1549)
Vers lyriques (1549)
Recueil de poesie, presente à tres illustre princesse Madame Marguerite, seur unique du Roy […] (1549) (lire en ligne)
Le Quatriesme livre de l'Eneide, traduict en vers françoys (1552) (lire en ligne)
La Complainte de Didon à Enée, prince d'Ovide (1552)
Œuvres de l'invention de l'Auteur (1552)
Divers Jeux Rustiques (1558)
Les Regrets (1558) (lire en ligne)
Les Antiquités de Rome (1558)
Poésies latines, (1558)
Le Poète courtisan (1559)
Source

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colimasson
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MessageSujet: Re: Joachim Du Bellay   Lun 11 Mai 2015 - 13:55

Les Regrets (1558)




Qui a écrit ces vers célèbres ?


« Je ne chante (Magny), je pleure mes ennuis :
Ou, pour le dire mieux, en pleurant je les chante,
Si bien qu’en les chantant, souvent je les enchante :
Voila pourquoi (Magny) je chante jours et nuits » ?



Ils se trouvent dans les Regrets, inclus dans la lignée d’autres sonnets de bon cru.


Mon goût personnel tendrait à penser que la poésie des Regrets est largement surestimée mais ne nous limitons pas à une lecture immédiate et affective. Les poèmes de ce recueil dévoilent tout leur intérêt dans la perspective d’un cadre littéraire et politique qui renvoie d’une part au mouvement de la Pléiade et d’autre part à la déchéance de la Rome papale.


Joachim Du Bellay, poète de la Pléiade, vivait à Paris avec ses semblables de plumes qui louaient unanimement la gloire de cette Rome antique qui avait permis à de grands auteurs comme Virgile ou Cicéron de construire leur œuvre, jusqu’au jour où Du Bellay fut plus ou moins embarqué dans un voyage qui devait le conduire pendant trois ans à effectuer de menues tâches administratives dans la ville « mère des Arts » vantée par Ronsard. La réalité est bien souvent plus décevante que l’imagination et pour se lamenter, Du Bellay commença à rédiger les Regrets au cours de son séjour romain. Il le poursuivit encore lors de son retour et une fois rentré au bercail parisien. Ce recueil est donc celui du paradoxe : les lamentations sur l’exil composées en partie lors du retour offrent un espace d’expression à la fois pour la plainte, pour la satire et pour l’élégie, composition hétéroclite et incohérente si on la place dans la perspective purement biographique. Un autre paradoxe, et non des moindres, peut rendre le lecteur confus. Alors que Joachim Du Bellay recommandait de prendre ses distances avec les sources d’inspiration antiques dans sa Défense et illustration de la langue française, il nous faut reconnaître qu’il déploie ici une poésie savante et riche de références à Ovide, Horace, Virgile ou Cicéron pour les anciens, mais aussi à Erasme ou à Ronsard, son compagnon et principal rival de la Pléiade. Les paradoxes se résolvent lorsque l’on déplace les Regrets du plan de la lecture biographique pour les placer sur le plan de la lecture littéraire. Le recueil devient alors le manifeste d’une écriture poétique profondément originale, dans la lignée de cet humanisme qui accorde de l’intérêt aussi bien à l’individu qu’à la toile de ses sources d’inspiration.


Les Regrets est un puissant témoignage de cette période poétique et historique de transition, qu’on lira sinon pour le plaisir, au moins pour l’anecdote.




Sonnet 1 : annonce du programme :

Citation :
« Je ne veux point fouiller au sein de la nature,
Je ne veux point chercher l'esprit de l'univers,
Je ne veux point sonder les abîmes couvers,
Ni dessiner du ciel la belle architecture.

Je ne peins mes tableaux de si riche peinture,
Et si hauts arguments ne recherche à mes vers,
Mais suivant de ce lieu les accidents divers
Soit- de bien, soit de mal, j'ecris à l'aventure.

[...]"


Sonnet 6 : un autre poème bien connu :

Citation :
« Las, où est maintenant ce mépris de Fortune ?
Où est ce cœur vainqueur de toute adversité,
Cet honnête désir de l’immortalité,
Et cette honnête flamme au peuple non commune ?

Où sont ces doux plaisirs qu’au soir sous la nuit brune,
Les Muses me donnaient, alors qu’en liberté,
Dessus le vert tapis d’un rivage écarté,
Je les menais danser aux rayons de la Lune ?

Maintenant la Fortune est maîtresse de moi.
Et mon cœur, qui soulait être maître de soi,
Est serf de mille maux et regrets qui m’ennuient.

De la postérité je n’ai plus de souci,
Cette divine ardeur, je ne l’ai plus aussi,
Et les Muses de moi, comme étranges, s’enfuient »


Sonnet 48 :

Citation :
"Il n’est feu si ardent qu’un feu qui est enclos,
Il n’est si fâcheux mal qu’un mal qui tient à l’os,
Et n’est si grand douleur qu’une douleur muette. »


Sonnet 82 : fini d'idéaliser Rome :

Citation :
« Veux-tu savoir, Duthier, quelle chose c’est Rome ?
Rome est de tout le monde un publique échafaud ;
Une scène, un théâtre, auquel rien ne défaut
De ce qui peut tomber ès actions de l’homme."


Sonnet 87 : ce serait facile de partir sans regrets... mais même cela n'est pas possible :

Citation :
« D’où vient cela, Mauny, que tant plus on s’efforce
D’échapper hors d’ici, plus le démon du lieu
(Et que serait-ce donc, si ce n’est quelque dieu ?)
Nous y tient attachés par une douce force ?

Serait-ce point d’amour cette alléchante amorce,
Ou quelque autre venin, dont après avoir beu
Nous sentons nos esprits nous laisser peu à peu,
Comme un corps qui se perd sous une neuve écorce ?

J’ai voulu mille fois de ce lieu m’étranger,
Mais je sens mes cheveux en feuilles se changer,
Des bras en longs rameaux, et mes pieds en racine.

Bref, je ne suis plus rien qu’un vieux tronc animé,
Qui se plaint de se voir à ce bord transformé,
Comme le myrte anglais au rivage d’Alcine. »


*Peinture de Giovanni Paolo Pannini

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MessageSujet: Re: Joachim Du Bellay   Lun 11 Mai 2015 - 16:15

Un poète humble et mélancolique contrairement à  Ronsard. Mais Ronsard avait le rythme et le don
propre aux meilleurs de bien choisir ses mots et de les faire sonner ensemble. Notamment ceux qui traitaient de l' amour.

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MessageSujet: Re: Joachim Du Bellay   Lun 11 Mai 2015 - 20:50

(petit déménagement dans la rubrique poésie).

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MessageSujet: Re: Joachim Du Bellay   Mar 12 Mai 2015 - 22:21

bix229 a écrit:
Un poète humble et mélancolique contrairement à  Ronsard. Mais Ronsard avait le rythme et le don
propre aux meilleurs de bien choisir ses mots et de les faire sonner ensemble. Notamment ceux qui traitaient de l' amour.

Tu insinues donc que Du Bellay ne l'a pas ? innocent
(ou de façon bien moindre ?)

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MessageSujet: Re: Joachim Du Bellay   Mar 12 Mai 2015 - 22:45

Par avance : si l'on pouvait, de manière générale, éviter les jugements péremptoires. Pour mon cœur.
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MessageSujet: Re: Joachim Du Bellay   Mar 12 Mai 2015 - 23:11

colimasson a écrit:
bix229 a écrit:
Un poète humble et mélancolique contrairement à  Ronsard. Mais Ronsard avait le rythme et le don
propre aux meilleurs de bien choisir ses mots et de les faire sonner ensemble. Notamment ceux qui traitaient de l' amour.

Tu insinues donc que Du Bellay ne l'a pas ? innocent
(ou de façon bien moindre ?)
Pas du tout, mais ça a  été le jugement de l' histoire littéraire. Ronsard était meilleur sur le plan
médiatique !

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MessageSujet: Re: Joachim Du Bellay   Mar 12 Mai 2015 - 23:12

Eh ! Mais je connais le sonnet XXXI ....
J'ai du le réciter à une certaine époque jemetate
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MessageSujet: Re: Joachim Du Bellay   Ven 15 Mai 2015 - 22:55

Celui-ci ?


« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son aage !

Quand reverray-je, helas, de mon petit village
Fumer la cheminee, et en quelle saison
Reverray-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup d’avantage ?

Plus me plaist le sejour qu’ont basty mes ayeux,
Que des palais Romains le front audacieux ;
Plus que le marbre dur me plaist l’ardoise fine,

Plus mon Loyre Gaulois, que le Tibre Latin,
Plus mon petit Lyré, que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la douceur Angevine. »


Pas facile pourtant... ça t'avait aidé à une période de ta vie ? dentsblanches

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MessageSujet: Re: Joachim Du Bellay   Sam 16 Mai 2015 - 11:22

Dans une version plus moderne il me semble ...
Et puis je ne peux nier un certain amalgame avec la chanson éponyme de Brassens ...
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MessageSujet: Re: Joachim Du Bellay   Sam 16 Mai 2015 - 12:39

C'est un poème bien connu et qui mérite analyse, en effet.
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MessageSujet: Re: Joachim Du Bellay   Sam 23 Mai 2015 - 21:22

Les Antiquités de Rome (1558)




Les Antiquités de Rome sont à la Défense et illustration de la langue française ce que la pratique est à la théorie. Elles marquent l’achèvement de la translatio studii, soulignent l’assimilation des influences par rumination et permettent de dépasser l’admiration idolâtre pour se projeter enfin vers sa propre construction.


Les Antiquités de Rome regorgent de références mythologiques et historiques au monde romain. Si la première partie, constituée de 32 sonnets, a pu être globalement élucidée par les critiques les plus avisés, la seconde partie du « Songe » n’a toujours pas révélé la totalité de ses secrets. On la soupçonne d’hermétisme à influences alchimiques et sauf à être initié, la symbolique à l’œuvre dans cette partie ne révèle pas tous ses secrets. Il y a là un défi à relever.


Joachim Du Bellay chante Rome, en déplore la corruption et invite finalement à la renouveler avec de nouveaux matériaux parmi lesquels la langue et culture françaises constituent une option aussi recommandable qu’une autre. Tout n’est que vanité sur la ligne du temps qui passe, on s’enthousiasme puis on se morfond, et enfin on passe à autre chose. Voici un recueil qui se déploie comme le chant du cygne et invite à l’invasion d’une nouvelle poésie française.





SONNET 4

(Le thème des géants foudroyés par Jupiter est appliqué à la grandeur et à la décadence de Rome.)

« Celle qui de son chef les étoiles passait,
Et d’un pied sur Thétis, l’autre dessous l’Aurore,
D’une main sur le Scythe, et l’autre sur le More,
De la terre et du ciel la rondeur compassait :

Jupiter ayant peur, si plus elle croissait,
Que l’orgueil des Géants se relevât encore,
L’accabla sous ces monts, ces sept monts qui sont ore
Tombeaux de la grandeur qui le ciel menaçait.

Il lui mit sur le chef la croupe Saturnale,
Puis dessus l’estomac assit la Quirinale,
Sur le ventre il planta l’antique Palatin,

Mit sur la dextre main la hauteur Célienne,
Sur la senestre assist l’échine Exquilienne,
Viminal sur un pied, sur l’autre l’Aventin. »



SONNET 30

« Comme le champ semé en verdure foisonne,
De verdure se hausse en tuyau verdissant,
Du tuyau se hérisse en épi florissant,
D’épi jaunit en grain, que le chaud assaisonne :

Et comme en la saison le rustique moissonne
Les ondoyants cheveux du sillon blondissant,
Les met d’ordre en javelle, et du blé jaunissant
Sur le champ dépouillé mille gerbes façonne :

Ainsi de peu à peu crût l’empire Romain,
Tant qu’il fut dépouillé par la barbare main,
Qui ne laissa de lui que ces marques antiques

Que chacun va pillant : comme on voit le glaneur
Cheminant pas à pas recueillir les reliques
De ce qui va tombant après le moissonneur. »



SONGE - SONNET 3

« Puis m’apparut une pointe aiguisée
D’un diamant de dix pieds en carré,
À sa hauteur justement mesuré,
Tant qu’un archer pourrait prendre visée.

Sur cette pointe une urne fut posée
De ce métal sur tous plus honoré :
Et reposait en ce vase doré
D’un grand César la cendre composée.

Aux quatre coins étaient couchés encor
Pour piédestal quatre grands lions d’or,
Digne tombeau d’une si digne cendre.

Las, rien ne dure au monde que tourment!
Je vis du ciel la tempête descendre,
Et foudroyer ce brave monument. »



SONGE - SONNET 10

« Sur la rive d’un fleuve une nymphe éplorée,
Croisant les bras au ciel avec mille sanglots,
Accordait cette plainte au murmure des flots,
Outrageant son beau teint et sa tresse dorée :

Las, où est maintenant cette face honorée,
Où est cette grandeur et cet antique los,
Où tout l’heur et l’honneur du monde fut enclos,
Quand des hommes j’étais et des dieux adorée?

N’était-ce pas assez que le discord mutin
M’eût fait de tout le monde un publique butin,
Si cet hydre nouveau, digne de cent Hercules,

Foisonnant en sept chefs de vices monstrueux
Ne m’engendrait encore à ces bords tortueux
Tant de cruels Nérons et tant de Caligules? »


*Peinture : Les impériaux sous les murs de Rome par Johannes Lingelbach

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MessageSujet: Re: Joachim Du Bellay   Lun 25 Mai 2015 - 21:28

Défense et illustration de la langue française (1549)




Acte de naissance du mouvement de la Pléiade et témoin de l’idéologie humaniste, le livre de la Défense et illustration de la langue française est aussi un acte politique d’unification du royaume français.


Ses fondements sont ceux de l’humanisme et expriment un fidèle attachement aux sources antiques grecques et latines du savoir. Joachim Du Bellay recommande l’étude et l’imitation de ses meilleurs auteurs mais limite cet apprentissage dans le temps de formation du nouveau poète. La littérature antique ne doit plus être considérée comme fin mais comme moyen. On peut s’en nourrir mais il faudra ensuite  lui faire connaître le processus alchimique de transsubstantiation. Parvenu au point d’innutrition des sources antiques, celui que nous ne pouvions jusqu’alors pas encore appeler un poète aura fait siennes ses références et elles seront si bien assimilées qu’elles se mettront à s’exprimer en lui avec leur langage propre ; le poète pourra alors prendre la plume et s’atteler au travail créatif. Cessant d’être asservi au passé, le poète pourra construire la littérature moderne.


Pour guider son nouveau poète, Joachim Du Bellay se livre à une critique de la littérature de son époque, qu’il juge inconsistante et sans caractère, et préconise, à l’aune de la Pléiade, la création poétique avivée de néologismes et de nouveaux tours littéraires. Mais surtout, il recommande l’abandon du latin au profit de la langue vulgaire, c’est-à-dire du français.


A l’époque de la publication de son livre, le latin était encore la langue de référence de l’élite mais son utilisation commençait déjà à être contestée dans d’autres pays et surtout en Italie, avec Pietro Bembo et Sperone Speroni. Privilégier l’utilisation du français conduisait alors à s’inscrire dans la continuité de ce mouvement et à renforcer l’unité nationale française particulièrement menacée dans l’affrontement entre le roi François Ier et Charles Quint. Joachim Du Bellay juge sans doute également que la cohésion sociale et culturelle se fera dans l’adoption d’une langue commune et le français, entre le latin et les patois foisonnants, pourrait susciter l’unanimité.


On lira ce court texte comme une curiosité performative à la fois au niveau littéraire, pour le renouvellement poétique affranchi de ses références antiques, mais aussi au niveau politique, pour l’affermissement de la cohésion nationale par l’utilisation généralisée et légitimée d’une langue commune accessible au clerc comme au peuple.




L'idée d'une origine commune des langues ridiculise d'emblée l'idée de valoriser une langue au détriment d'une autre -et inversement :

Citation :
« Donc les langues ne sont nées d’elles-mêmes en façon d’herbes, racines et arbres, les unes infirmes et débiles en leurs espèces, les autres saines et robustes, et plus aptes à porter le faix des conceptions humaines : mais toute leur vertu est née au monde du vouloir et arbitre des mortels. Cela (ce me semble) est une grande raison pourquoi on ne doit ainsi louer une langue et blâmer l’autre : vu qu’elles viennent toutes d’une même source et origine, c’est la fantaisie des hommes, et ont été formées d’un même jugement, à une même fin : c’est pour signifier entre nous les conceptions et intelligences de l’esprit. »


Il soulève le danger de superficialité de la traduction (il me rappelle alors Benjamin ou Pound) :

Citation :
« Chaque langue a je ne sais quoi propre seulement à elle, dont si vous efforcez exprimer le naïf dans une autre langue, observant la loi de traduire, qui est n’espacer point hors des limites de l’auteur, votre diction sera contrainte, froide et de mauvaise grâce. […] Il vous semblera passer de l’ardente montagne d’Aethne sur le froid sommet du Caucase. »


Il veut donner ses lettres de noblesses à l'observation concrète et directe :

Citation :
Encore te veux-je avertir de hanter quelquefois, non seulement les savants, mais aussi toutes sortes d’ouvriers et gens mécaniques comme mariniers, fondeurs, peintres, engraveurs et autres, savoir leurs inventions, les noms des matières, des outils, et les termes usités en leurs arts et métiers, pour tirer de là ces belles comparaisons et vives descriptions de toutes choses. »


En guise de conclusion :

Citation :
« Ne craignez plus ces oies criardes, ce fier Manlie, et ce traître Camille, qui, sous ombre de bonne foi, vous surprenne tous nus comptant la rançon du Capitole. Donnez en cette Grèce menteresse, et y semez encore un coup la fameuse nation des Gallogrecs. Pillez-moi, sans conscience, les sacrés trésors de ce temple Delphique, ainsi que vous avez fait autrefois : et ne craignez plus ce muet Apollon, ses faux oracles, ni ses flèches rebouchées. Vous souvienne de votre ancienne Marseille, seconde Athènes, et de votre Hercule gallique, tirant les peuples après lui par leurs oreilles, avec une chaîne attachée à sa langue. »


Peinture de Carl Larsson

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MessageSujet: Re: Joachim Du Bellay   Dim 19 Juin 2016 - 16:40

aime aime
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MessageSujet: Re: Joachim Du Bellay   Aujourd'hui à 16:20

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