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 Sorj Chalandon

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kenavo
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MessageSujet: Re: Sorj Chalandon   Dim 25 Nov 2012 - 10:53

Dom a écrit:
Ça m’apprendra à ne pas aller sur Parfumés avant de me décider….
bonne résolution Wink
et contente que tu as fait une belle rencontre avec Sorj Chalandon

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traversay
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MessageSujet: Re: Sorj Chalandon   Mer 28 Aoû 2013 - 16:14



Le quatrième mur
Citation :
1976. Sam rêve de monter «Antigone» d'Anouilh à Beyrouth. Les personnages de la pièce représenteraient les peuples et les croyances de la région : chrétien, palestinien, druze, chiite, etc. Il demande à tous, non pas la paix, mais une heure de répit, un instant de grâce et tous ont accepté. Mais Sam est à l'agonie et fait alors jurer à son ami Georges de prendre sa suite.
Ancien grand reporter, Sorj Chalandon a côtoyé les horreurs de la guerre, notamment celles qui ensanglantent un pays pour des raisons religieuses. Après l'Irlande, son dernier roman, La quatrième mur, évoque le Liban de 1982, l'année des massacres de Sabra et Chatila. Au fil des pages, le récit gagne en puissance, jusqu'à un point de non retour. Chalandon n'est pas l'écrivain des faux fuyants ni des faux semblants, il décrit une tragédie, qui ne devrait pas pouvoir être exprimée par des mots mais lui, il les dit, avec rage, désespoir et impuissance. Pourtant, il était beau ce projet, cette utopie de monter l'Antigone d'Anouilh, le temps d'une trêve de deux heures, dans les ruines de Beyrouth, avec des acteurs de toutes confessions : chrétiens, druzes, chiites, maronites, palestiniens, le tout sur une idée d'un metteur en scène juif. Le théâtre face à la guerre. L'art contre les combats. Tragédie contre tragédie. Les cèdres et les cendres. Certaines pages sont proches de l'insoutenable. D'autres, au contraire, magnifient l'amitié, la tolérance, le courage, les vertus de la transmission. Il y a beaucoup plus de violence que de tendresse dans Le quatrième mur. L'espoir vacille comme une bougie dans le vent glacé. Peut-il exister encore quand la haine et la folie des hommes submergent tout ? Un livre terrible et suffocant, peut-être le plus radical de tous ceux que Sorj Chalandon a écrit.
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coline
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MessageSujet: Re: Sorj Chalandon   Jeu 29 Aoû 2013 - 0:12

traversay a écrit:
Un livre terrible et suffocant, peut-être le plus radical de tous ceux que Sorj Chalandon a écrit.
Tant pis! Il faut que je le lise, le sujet me plaît énormément!
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Harelde
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MessageSujet: Re: Sorj Chalandon   Jeu 29 Aoû 2013 - 9:52

coline a écrit:
traversay a écrit:
Un livre terrible et suffocant, peut-être le plus radical de tous ceux que Sorj Chalandon a écrit.
Tant pis! Il faut que je le lise, le sujet me plaît énormément!
Idem : lecture prévue courant septembre ou début octobre. Dès que le bouquin me tombe sous la main. C'est la priorité de cette rentrée.

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traversay
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MessageSujet: Re: Sorj Chalandon   Jeu 29 Aoû 2013 - 11:45

coline a écrit:
Tant pis! Il faut que je le lise, le sujet me plaît énormément!
J'ai pensé à toi pendant ma lecture, coline. Obligé.  sourire
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coline
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MessageSujet: Re: Sorj Chalandon   Jeu 29 Aoû 2013 - 16:05

traversay a écrit:
coline a écrit:
Tant pis! Il faut que je le lise, le sujet me plaît énormément!
J'ai pensé à toi pendant ma lecture, coline. Obligé.  sourire 
Very Happy  Eh oui, bien sûr, le titre m'a parlé tout de suite!
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Harelde
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MessageSujet: Re: Sorj Chalandon   Mar 8 Oct 2013 - 14:30

Le quatrième mur


Le quatrième mur : Une façade imaginaire, que les artistes construisent en bord de scène pour renforcer l’illusion. Une muraille qui protège leur personnage. Pour certains, un remède contre le trac. Pour d’autres, la frontière du réel. Une clôture invisible qu’ils brisent parfois d’une réplique s’adressant à la salle.


Georges est né en 1950. Il a passé son bac en 1968 (constitué uniquement d’épreuves orales) et basculé dans le militantisme de gauche. Dans sa version violente, coiffé d’un casque et armé d’une batte de baseball – visez les genoux pour détruire la faculté de marcher. Heurts réguliers avec l’extrême droite : il donne des coups et en prend tout autant.

En 1974, il fait la connaissance de Sam, un intellectuel grec de confession juive qui a fui son pays dominé par la dictature des colonels. Le courant passe immédiatement, et bien que de dix ans son cadet, il se lie à cet homme meurtri, ce metteur en scène pacifiste qui répond à la guerre par le théâtre.

Marié et père d’une toute petite fille, Georges raccroche son activisme au lendemain des élections présidentielles de 1981, le confort familial ayant peu à peu pris le pas sur la politique. Et la destinée du narrateur et de sa famille aurait parfaitement pu se poursuivre ainsi dans une certaine nonchalance si l’ami Sam n’avait justement choisit ce moment pour réapparaître accompagné d’un cancer en phase terminale. Sur son lit d’hôpital qu’il ne devait plus quitter sinon pour se rendre dans sa dernière demeure, le metteur en scène confie à son ami la périlleuse mission d’achever son œuvre : monter l’Antigone d’Anouilh en plein Beyrouth alors ravagé par la guerre civile, en choisissant les acteurs parmi l’ensemble des communautés du Liban déchiré.
Georges qui a un sens aigu de l’amitié accepte. Un peu sans vraiment réaliser à quoi il s’engageait. Briefing du maître : Créon doit être joué par un chrétien maronite, Hémon par musulman druze, les trois gardes et la nourrice par des musulmans chiites… Et Antigone par Ismane, une belle réfugiée palestinienne. Un cocktail explosif pour une pièce lourde de références, créée par Jean Anouilh dans les années 40 aux heures les plus sombres de l’Histoire de France.

Evidemment, tout ne va pas se dérouler parfaitement dans le meilleur des mondes. En 1982, l’Israël envahit le sud du Liban, bien décidé à régler le problème palestinien. Bombardements, massacres (Sabra et Chatila en septembre 1982). La guerre prend un visage immonde. C’est le choc. Georges, évacué, revient profondément marqué dans le giron parisien : traumatisme de la guerre vécu de l’intérieur.

Le théâtre comme une alternative à la guerre. Tout au moins comme un répit – de courte durée –, un entracte. Réunir les ennemis héréditaires ou les ennemis d’un jour et les amener à jouer ensemble, à construire et à porter un projet commun. Une sorte de pied de nez à l’Histoire. Avec, omniprésente, « la Guerre ». Cette chose sombre, sale. Ce néant qui menace de tout engloutir et contre lequel tout doit être tenté. Un thème superbe qui m’évoque « Le temps où nous chantions » de Richard Powers et dans lequel deux métis noirs américains traversent les années de ségrégation en se produisant dans les grandes salles de concerts du pays.

Un texte magnifique. Un style flamboyant que j’avais déjà noté dans le « Retour à Killybegs » et qui m’a de nouveau captivé. Et bouleversé, tant les images qu’il véhicule sont difficiles, insupportables parfois. De très belles phrases, souvent courtes, percutantes. Des descriptions concises permettant à l’auteur de tout dire ou simplement d’évoquer – bien plus efficacement qu’en se répandant sur des pages entières. Et le visage roux de l’Antigone de Jaffa en toile de fond venant hanter le narrateur, et par son truchement, le lecteur lui-même.

Bravo !

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MessageSujet: Re: Sorj Chalandon   Mar 8 Oct 2013 - 15:42

Auteur que j'ai eu entre les mains hier, mais pas acheté.
Je ne savais pas trop.
Faut que je tente.

Harelde, t'étais pas avec Proust, toi ?
:confused: 
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Harelde
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MessageSujet: Re: Sorj Chalandon   Mar 8 Oct 2013 - 16:35

tina a écrit:
Harelde, t'étais pas avec Proust, toi ?
confused 
Si !
Mais je n’enchaîne pas les tomes. J'ai terminé le 3e et je vais attendre un peu avant d'entamer le 4e (en fin d'année ou tout début 2014).

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MessageSujet: Re: Sorj Chalandon   Lun 14 Oct 2013 - 18:13

Le quatrième mur

Quand on a lu  Mon traître et Retour à Killibegs, on s’attend à trouver du lourd. Là aussi ça va parler de guerre, et de l'amitié, qui tente d’illuminer le monde, mais  ne suffit pas à sauver les hommes. On va parler de croyances et de destins.

Ici, on se trouve au Liban, en 1982, dans  une des périodes les plus cruelles de son histoire. Et là encore, un petit Français naïf arrive avec ses gros sabots, croit que c’est simple, découvre que c’est tragique et sans solution. Après son cycle irlandais, Chalandon cherche une dimension supérieure, inscrit son héros dans le siècle, un jeune homme qui a vécu d’espoir un jour, au point de pas mal déconner, puis s’est calmé, c’est tellement simple et beau d’aimer une femme et son enfant. Et l’histoire va le rattraper, sous les traits de son ami Sam, un grec dont la révolte de jeunesse n’était pas un loisir mais une nécessité, et qui, donc, n’a pas abandonné le combat.  A l’article de la mort il lui confie donc la tâche de monter Antigone d’Anouilh dans Beyrouth en feu, avec des acteurs issus des différentes communautés. L’idée qu’à défaut d’une paix, un acte de rapprochement, même durant une seule heure, c’est déjà ça. Et qu’une tragédie grecque, ça a un sens,  et raconté par Anouilh, c’est, cerise sur le gâteau, sublimement beau (idée que je partage depuis longtemps). L’occasion de rejoindre l’intemporel.

Et on retrouve aussi le style de Chalandon, ses phrases brèves, comme frappées, qui ne laissent pas reprendre haleine, qui n’autorisent aucun répit. C’est un récit haletant, dense, implacable. Les dialogues sont ceux d’une pièce de théâtre, épurés, sans concession (n’y cherchez aucun naturel, Chalandon assume à fond sa tragédie libanaise). Donc, globalement, c’est du très bon.

Seulement par moments s’est immiscée en moi  cette question qui m’a souvent tarabustée : il n’en fait pas un peu trop, là ? Pas tout le temps, mais par moments. Un peu trop lourd, un peu trop beaux les personnages, un peu trop ciselés les dialogues, un peu trop parfaites les situations ? un peu insistante sa description du massacre ? Tout en sachant qu’il a sans doute raison, qu’il a choisi de ne pas se voiler la face et de nous emporter dans ce récit implacable, qu’il a vu tout cela et ne peut rien taire. Mais un doute a plané tout au long de ma lecture. D’autant plus déstabilisant  que de quel droit je déciderais qu’il doit être elliptique pour décrire ça.

Lisez, et dites-moi ce que vous en pensez. En prévenant quand même que je ne suis pas d’accord avec Harelde quand il dit:
Harelde a écrit:
Des descriptions concises permettant à l’auteur de tout dire ou simplement d’évoquer – bien plus efficacement qu’en se répandant sur des pages entières.
Donc, pour certains, prudence.
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MessageSujet: Re: Sorj Chalandon   Sam 16 Nov 2013 - 22:19

Une promesse

Je ne sais pas trop quoi dire sur ce livre, l’histoire ne m’a pas beaucoup émue ni même très intéressée. Bien sûr, au début, on se demande quelle peut bien être cette promesse que personne n’explique mais on comprend très vite et mon intérêt s’est émoussé aussi rapidement. C’est pourtant une belle histoire d’amitié mais je ne l’ai pas trouvée assez originale pour m’accrocher.

En revanche, j’ai adoré l’écriture de Chalandon et là, j’ai été émue parfois presque jusqu’à en avoir les yeux tout mouillés. C’est beau, d’une poésie toute douce, toute mélancolique parfois, de belles tournures de phrases, un style enchanteur qui fait oublier largement les faiblesses de l’histoire. C’est ce que je retiens de cette lecture et qui me donne envie d’essayer un autre livre.

Aeriale a écrit:

Je ne sais pas si vous tenterez le voyage en Mayenne avec eux, mais pour ma part j'y ai tellement trouvé de bonheur et de poésie que j'en ai relu plusieurs fois certains passages, comme ça, juste pour me laisser bercer, écouter encore la douce musique de ses mots mêlés, les ressentir vraiment au point d'en avoir parfois la gorge serrée!
C’est tout à fait ce que j’ai ressenti, et par moments, j’ai été obligée de regarder ailleurs pour laisser passer cette émotion trop forte.

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MessageSujet: Re: Sorj Chalandon   Dim 17 Nov 2013 - 7:49

Epi a écrit:
C’est ce que je retiens de cette lecture et qui me donne envie d’essayer un autre livre.
je te rejoins à 100% sur ta lecture de cette promesse... et je ne peux que t'encourager de tenter une autre lecture (p.ex. Mon traître ou Retour à Killybegs) qui devraient te plaire pour les deux aspects : écriture et bonne histoire Very Happy

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MessageSujet: Re: Sorj Chalandon   Dim 17 Nov 2013 - 11:57

Ils font souvent de très bons choix les jeunes lycéens qui choisissent leur Prix Goncourt:

Le quatrième mur de Sorj Chalandon
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MessageSujet: Re: Sorj Chalandon   Dim 17 Nov 2013 - 13:30

kenavo a écrit:
Epi a écrit:
C’est ce que je retiens de cette lecture et qui me donne envie d’essayer un autre livre.
je te rejoins à 100% sur ta lecture de cette promesse... et je ne peux que t'encourager de tenter une autre lecture (p.ex. Mon traître ou Retour à Killybegs) qui devraient te plaire pour les deux aspects : écriture et bonne histoire Very Happy
C'est bien noté, je continuerai avec l'un de ces deux titres.

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MessageSujet: Re: Sorj Chalandon   Sam 21 Déc 2013 - 12:59

Le quatrième mur

Ils ne s’y sont pas trompés les jeunes qui ont attribué leur Prix Goncourt à Sorj Chalandon pour Le quatrième mur. Belle reconnaissance de sa valeur stylistique, du témoignage, et d’une fiction empreinte d’humanité et d’humanisme.
Le titre m’avait interpellée, le sujet ne pouvait que me plaire. Ce roman tragique est superbe.
Rêver que la passion du théâtre puisse, au cœur de la guerre, faire taire les haines entre comédiens de groupes ennemis, pour quelques heures de répétitions dans un projet commun. Puis faire taire les armes pour deux heures, le temps de la représentation d’Antigone d’Anouilh.
A Beyrouth.
En 1982.
A la veille des massacres de Sabra et Chatila.
Une utopie merveilleuse, mais sans candeur, portée par la seule force immense d’y croire, de vouloir en dépit de tout, du pire, qu’elle se réalise.

Georges le narrateur est un double de Sorj Chalandon. (Sorj Chalandon a couvert le conflit libanais pour le quotidien "Libération"). Georges, lui, n’est pas reporter de guerre mais un étudiant en Histoire, gauchiste et pro-Palestinien, passionné de théâtre qui va tenter de réaliser ce projet.
Il va le faire au départ un peu malgré lui, avec une réticence que vaincront son amitié et son admiration pour celui qui en était le maître. Son ami Sam, un metteur en scène, un grand, admirable, engagé, un juif grec en exil politique à Paris et malade en phase terminale.
«Lui, la gaieté, moi, le chagrin. Lui, le cœur en printemps, moi, la gueule en automne.»

« L'idée de Samuel était belle et folle : monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.
Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l'a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui, Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m'offre brutalement la sienne...»


Sam avait tout préparé, autant que c’était possible, sur le terrain. Accords des différents groupes ennemis, engagement des comédiens, choix du lieu de la représentation : un cinéma à moitié démoli en lisière des zones rivales.
Antigone sera interprétée par Imane, une Palestinienne sunnite.
Charbel, un chrétien maronite, endossera le rôle de Créon.
Hémon est un druze.
Les gardes sont chiites.
Les Arméniens et les Chaldéens sont aussi représentés.
Le casting avait duré deux ans.
Antigone est un texte ouvert à de multiples interprétations aussi chaque communauté va trouver une bonne raison de s’investir dans le projet. (Ainsi, lors de sa création à Paris le 4 février 1944, au théâtre de l'Atelier à Paris. Résistants et nazis applaudirent la pièce.)

«Monter Antigone sur une ligne de feu allait prendre les combats de court… Ce serait tellement beau que les fusils se baisseraient.»
La maladie empêche Sam de concrétiser ce rêve fou.
Alors Georges prend l’avion pour Beyrouth à sa demande et se trouve immédiatement plongé dans le concret de la guerre civile, puis dans toute son horreur du 16 au 18 septembre 1982, jours des massacres des camps de Sabra et Chatila.

« Je me suis arrêté. J'étais sec. Des yeux, du cœur. L'air était épais. Je respirais par saccades. Inspirer, c'était bouffer de la mort. J'ai voulu prendre l'enfant. Le brandir dans le camp, le montrer à Beyrouth, le ramener à Paris, le hurler à la Terre entière. »

Psychologiquement, Georges ne rentrera pas indemne de cette tragique expérience.
Comment, après, revenir vivre « en paix » ?

Apprenant son prix, Sorj Chalandon a déclaré :
«Je suis touché et fier pour le livre et d'autant plus touché que ce prix est pur et cristallin».
«Je suis désolé, je vous ai fait partager des choses qui sont dures, mais j'en avais marre d'être seul dans ces choses-là. C'est comme si j'avais un sac de pierres, je vous ai donné une pierre à chacun, et pour moi, le sac va être moins lourd ».




« Et voilà. Sans la petite Antigone, c’est vrai, ils auraient tous été bien tranquilles. Mais maintenant, c’est fini. Ils sont tout de même tranquilles. Tous ceux qui avaient à mourir sont morts. Ceux qui croyaient une chose, et puis ceux qui croyaient le contraire même ceux qui ne croyaient rien et qui se sont trouvés pris dans l’histoire sans y rien comprendre. Morts pareils, tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris. Et ceux qui vivent encore vont commencer tout doucement à les oublier et à confondre leurs noms. C’est fini. »
Jean Anouilh – Antigone (1942)

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MessageSujet: Re: Sorj Chalandon   Aujourd'hui à 21:13

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