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 Angel Vazquez [Espagne]

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kenavo
Zen Littéraire
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MessageSujet: Angel Vazquez [Espagne]   Mer 17 Juin 2015 - 9:12



Ángel (ou Antonio) Vazquez Molina, mieux connu sous le nom de Ángel Vázquez, est un romancier et nouvelliste hispanophone, né à Tanger le 3 juin 1929 et mort à Madrid le 25 février 1980.

Biographie
Tanger, alors sous statut international, influencera durablement son imaginaire et son œuvre, même si Vazquez n’est pas prisonnier du mythe de la ville et qu’il tentera toujours dans ses romans de lui rendre son authenticité.

Après avoir brièvement fréquenté les écoles françaises, italiennes et espagnoles de la ville, Vazquez est contraint d’achever ses études en autodidacte tout en occupant des emplois subalternes pour subvenir à ses besoins. Solitaire, égocentrique et autodestructeur, Vazquez resta un marginal dans la vie comme dans les lettres malgré quelques amis et admirateurs fidèles.

Prix Planeta dès son premier roman, Vazquez ne publiera pourtant que trois romans et quelques nouvelles durant toute sa carrière, allant même jusqu'à brûler tous ses manuscrits quelques heures avant sa mort. Sa situation matérielle s’étant fortement dégradée avec l’indépendance, il s’exilera en 1965 pour l’Espagne, pays dont il était paradoxalement resté étranger.

Suivront alors plus de dix ans de souffrances et de tentatives diverses pour trouver la voix et la forme du livre de sa vie: La chienne de vie de Juanita Narboni. Durant ce long monologue, Juanita nous conte les différentes époques d’une vie qui se confond avec le destin du Tanger international et cosmopolite dont Vazquez avait l’ambition de recréer le son, l’atmosphère et la langue. Ce n’est que lors de l’exil dans un Madrid franquiste où il est si mal à l’aise, lui, l’écrivain alcoolique et homosexuel, qu’il finira par trouver la distance nécessaire pour inventer un « langage-souvenir » fait de nostalgie, de lucidité et d’autodérision.

Vazquez meurt seul et dans la misère en 1980 ; un journaliste écrira alors qu’il était le dernier écrivain maudit d’Espagne.
Admiré des plus grands, de Goytisolo à Carpentier, Vazquez est aujourd’hui largement reconnu comme un auteur majeur malgré sa position atypique dans les lettres espagnoles.
Son chef d’œuvre, Juanita, figure au classement des dix romans les plus importants depuis la transition démocratique établi par le quotidien El Pais à l’occasion du salon de Francfort consacré à l’Espagne.

Source : Wikipédia

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kenavo
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MessageSujet: Re: Angel Vazquez [Espagne]   Mer 17 Juin 2015 - 9:12

Je reprends mon message que j'avais posté sur le fil de la Littérature espagnole



Vazquez Angel, La Chienne de Vie de Juanita Narboni


"La Chienne de vie de Juanita Narboni", d'Angel Vazquez : la femme-ville

Le Monde des Livres | 02.07.09 |
Raphaëlle Rérolle


C'est un mystère comme il s'en produit parfois, dans la circulation des oeuvres littéraires : en France, personne (ou presque) n'a jamais entendu parler d'Angel Vazquez. De fait, hormis les spécialistes, qui connaît seulement le nom de cet écrivain tangérois, lauréat du prix Planeta en 1962 pour son premier livre et mort à Madrid en 1980 ? Pas très loin, pourtant, de l'autre côté des Pyrénées, Vazquez est considéré comme une figure marquante de la prose en langue espagnole. Et son oeuvre, quoique maigre (trois romans répartis sur quinze ans, plus une petite poignée de nouvelles), de celles qui dégagent une lumière brillante, durable.

Par quelle absurdité, le tamis de la traduction, qui retient quantité de livres oubliables, a-t-il laissé filer ceux d'un auteur si frappant ? Est-ce la figure de Vazquez, écrivain maudit, tourmenté, qui mourut dans la misère et la solitude ? Ou la singularité de sa langue, mélange extraordinaire d'andalou et de judéo-séfarade (la haketia), parsemé d'expressions en arabe et en français ?

Le lecteur moderne, persuadé que tout passe les frontières, la littérature comme le reste, voit ses certitudes battues en brèche. Le voilà troublé, mais avec délice : découvrir La Chienne de vie de Juanita Narboni, unique ouvrage traduit de Vazquez, revient à mettre la main sur un trésor inattendu. Car à travers le monologue intérieur d'une Tangéroise, c'est à la fois la physionomie de la ville qui affleure, son histoire, son atmosphère, mais aussi beaucoup plus que cela : tout un paysage intime et mouvant, miraculeusement vivant, crédible, tour à tour tragique et désopilant, qui donne au lecteur l'illusion d'entrer directement dans la tête d'un autre - fantasme que la littérature seule peut assouvir.

Que peut-il bien se passer dans la tête des autres ? Par quelles idées, quelles sensations, quels sentiments sont traversés tous ces gens qui ne sont pas nous ? L'une des grandes forces du genre romanesque est d'offrir au lecteur quelques éléments de réponse. Notre connaissance de la nature humaine serait bien réduite sans la littérature, sans Flaubert, Proust ou Joyce et ce qu'ils nous ont montré du fonctionnement d'autres êtres.

Voici donc une femme entre deux âges, assise dans un café au bord de la mer. La scène se passe à Tanger. Elle s'appelle Juanita Narboni Cortès, elle a perdu ses parents, sa soeur vit à Casablanca, peut-être même qu'elle dissimule un ou deux "bourrelets" disgracieux sous a robe, mais après ? Que sait-on d'elle ? Que connaît-on du cheminement de son imagination, de ses soucis, de ses regrets, de ses remords, de ses désirs les plus enfouis ? Rien - ou presque.

Sa nature véritable restera plus obscure qu'une tache d'encre, sauf pour son confesseur (et encore) ou si un romancier décide de parler pour elle. Il peut la décrire de l'extérieur, devenir ce narrateur omniscient du roman classique, ou bien choisir la manière audacieuse, comme l'a fait Angel Vazquez, ou James Joyce avant lui : s'introduire directement dans le cerveau de son personnage pour suivre, de l'intérieur, les circonvolutions de sa pensée. Nous précipiter en plein milieu d'une tempête de regrets, de joies, de chagrins, de remords ou de rancunes, sans aucun bastingage auquel se raccrocher.

Dans le cas de Juanita, la tempête n'agite pas un océan, mais plutôt un verre d'eau : rien de remarquable dans l'existence de celle qui se considère volontiers comme "une de ces pauvres filles qu'on traîne comme un paquet et qui finissent par se fabriquer un petit bonheur parce qu'on finit par se faire à n'importe quoi".

Rien, si ce n'est sa ville, qu'elle connaît par coeur, et les époques dont elle est le témoin, puisque son monologue brasse presque indistinctement plusieurs périodes de sa vie : Tanger sous statut international, puis envahi par l'armée espagnole, puis rattaché au Maroc ; Tanger, où se côtoient des juifs, des Arabes, des chrétiens, des Français, des Espagnols, des Anglais ; Tanger où l'histoire passe et repasse dans la chaleur des jours d'été, où les communautés voisinent, où les chants des uns résonnent dans les oraisons des autres : "Hier matin, pendant la messe de 11 heures, il y a eu un moment de silence et on a entendu les prières dans la synagogue d'à côté."

Tout se bouscule, s'enchaîne ou se chevauche dans un incroyable chaos narratif qui veut restituer la manière dont les pensées se succèdent chez un individu. L'écrivain ventriloque loge à l'intérieur de son personnage, dont l'esprit ressemble à une tour de guet. Car Juanita voit tout, entend tout, partant du principe que "plus on en sait, moins on observe". Mais sa manière est sans hiérarchie, sans intention apparente : comme la plupart des gens, elle ne poursuit aucun but spécifique, si ce n'est de vivre ou de survivre. Spécialiste du coq-à-l'âne, elle mêle donc tout dans un même souffle : des considérations sur ses bas qui filent, sur un bateau qui ne vient pas, sur la mort de ses parents, sur la guerre d'Ethiopie, sur sa solitude ou le souvenir de sa mère adorée, la faillite d'un commerce, la vulgarité de sa soeur, son propre désir de posséder un homme.

Son soliloque fond dans un même creuset des souvenirs, des conversations avec des absents, des remarques sur les gens qui passent ("Et je te salue, je souris, regarde-moi ce sourire, aussi faux que ma bague, aussi faux que toute ma vie"), des méchancetés délectables ("Mais c'est que cela me rend absolument malade de voir mourir des gens beaux, alors que le monde est plein d'enfants de salauds bien vivants et moches à faire peur"), des constats sans douceur.

A la mosaïque de ses pensées fait écho celle de la langue, ce fameux parler tangérois, où s'entendent la musique et les mots de plusieurs cultures et d'époques variées. Comme si telle était finalement la vraie personnalité de Juanita Narboni, ou du moins la plus intense : être cette femme-ville, qui fait entendre, à elle seule et magnifiquement, tous les sons de l'humanité.



source

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kenavo
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MessageSujet: Re: Angel Vazquez [Espagne]   Mer 17 Juin 2015 - 9:12



La chienne de vie de Juanita Narboni
Citation :
Présentation de l’éditeur
Le monologue de Juanita est la voix d’une ville, Tanger.
Tout au long du roman, Juanita nous raconte sa vie, avec ses joies, ses peines, ses amours et ses haines ; mais cette vie, de la jeunesse à la décadence, se confond avec le destin de la ville cosmopolite.
Un monde où l’on mélange les traditions, jure dans toutes les langues, prie selon toutes les religions. Juanita est drôle, pleine d’ironie, parfois méchante et toujours un peu nostalgique ; une pauvre fille qui court dans ses mauvaises chaussures après sa vie qui lui échappe. Elle mêle rencontres, événements passés et présents, anecdotes et rêves dans une faconde hallucinante et hallucinée. Ce Tanger qu’elle traverse sans cesse, elle le sait condamné à disparaître, alors elle le pleure et le moque, elle le maudit et le regrette, mais surtout elle en incarne la langue, hybride et bariolée, ahurissante explosion verbale.

Depuis que j’avais posté ce message sur l’autre fil, lors de sa parution, ce livre se trouvait sur mes étagères. Et il m’a fallu jusqu’aujourd’hui pour le lire. J’avoue, j’étais intimidée, je m’imaginais « un monstre ». Comment cela pouvait être autrement d’un livre qui a sa propre page Wikipédia ?

Mais voilà que le bon moment était venu de l’entamer et je peux dire, je n’ai jamais lu de pareil ! Quel tour de force !
Tenir son lecteur en haleine pendant 340 pages en n’utilisant que la forme du monologue, faut saluer le talent de l’auteur. Et quel monologue !

Citation :
Juanita est une caisse de résonnance où l’essentiel et l’accessoire se mêlent. Tout nous est présenté sur un pied d’égalité. Il n’y a pas la moindre distinction entre le collectif et l’individuel.
Juan Goytisolo, préface, qu’on peut d’ailleurs lire ici

Juan Goytisolo cite Virginia Trueba qui a écrit dans sa préface pour une édition espagnole qu’on « entend » la voix narrative de Juanita. Et c’est vrai. J’ai espacé cette lecture sur plusieurs jours, chaque matin j’ai pris le livre et j’ai lu une bonne partie de pages… après le premier jour j’avais envie le lendemain de retrouver la ‘voix’ de Juanita et bien qu’elle parle de gens autour d’elle, de la ville de Tanger, de sa maison, je la voyais souvent seule sur une scène et déclamer ce texte.

Et c’est encore une fois Juan Goytisolo qui mentionne, entre autre, John Dos Passos qui a donné avec son Manhattan Transfer une autre vue, une autre approche sur une ville.
Angel Vazquez l’a fait pour Tanger, même si dans un tout autre genre, cette ville ne va plus jamais être autre pour moi que celle où a vécu Juanita Narboni.


Retrouvé dans le Dictionnaire des littératures hispaniques :
Citation :
… son œuvre majeure, La vida perra de Juanita Narboni. Récit bouleversant à la première personne, dans un long monologue souvent adressé à un auditeur implicite, de la vie d’une Tangéroise métisse -  le père est un Anglais de Gibraltar, la mère une Andalouse -, qui traverse le siècle de 1914 à 1970. Roman donc d’un triple métissage : linguistique – Ángel Vázquez recrée le parler populaire des Hispano-Tangérois où les différents espagnols se mélangent, saupoudrés çà et là de mots français, anglais et arabes - ; humain, à travers un univers essentiellement féminin où l’identité de la protagoniste se dessine comme pluralité culturelle - ; urbain, avec une ville, le Tanger cosmopolite, populaire et bigarré, devenu personnage entière. Raison pour laquelle, Juan Goytisolo a pu parler à son égard de véritable tour de force narratif.
Jordi Bonells


Le décor n’a pas changé ; ce sont les mêmes rues, le même ciel, les mêmes arbres… Mais l’opérette, c’est fini. On donne maintenant, dans les mêmes décors, une tragédie en langue arabe.


Premières pages : ici

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