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 Alexandre Postel

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Marko
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MessageSujet: Alexandre Postel   Jeu 30 Juil 2015 - 22:47

Alexandre Postel


Citation :
Alexandre Postel, né le 29 avril 1982 à Colombes, est un écrivain français.
Il reçoit en 2013 le Prix Landerneau ainsi que le Prix Goncourt du premier roman pour Un homme effacé, paru aux éditions Gallimard. Ancien élève de l'École normale supérieure de Lyon, Alexandre Postel est actuellement professeur de lettres en classe préparatoire à Paris



Un enseignant en philosophie est accusé à tort de détenir sur le disque dur de son ordinateur des fichiers attestant du téléchargement d'un millier de photographies à caractère pédopornographique. Le roman raconte la dérive qui en découle. L'évolution du regard des autres comme la propre métamorphose intérieure du personnage principal, analysée de façon très précise et subtile. L'originalité consistant à montrer également les conséquences de sa réhabilitation.

Depuis l'incident, sa sensibilité s'était rétractée. Il était entré dans un monde obscur et minéral.

Un sujet déjà souvent traité dans les thrillers comme dans les romans à dimension kafkaïenne ou absurde mais j'ai été très impressionné par l'intensité et la richesse psychologique de ce jeune auteur dont c'est le premier roman. C'est incroyablement maîtrisé, écrit et animé d'une réflexion singulière et profonde qui tranche sur bien des banalités des romans actuels. Cet auteur a un talent évident et je l'ai lu sans m'arrêter avec beaucoup d'admiration. Je me disais que j'aurais aimé être capable d'écrire une chose pareille.

North écoutait, fasciné, ce destin qui aurait pu être le sien - et qui, à mesure que s'étoffait la plaidoirie, devenait dans ce monde parallèle et néanmoins familier créé de toutes pièces par le verbe de l'avocat, son unique et véritable destinée. Il écoutait, et sa fascination se teintait peu à peu d'effarement: à supposer que la plaidoirie de Biasini atteigne l'équivalent, dans le domaine de la vraisemblance, de ce que les physiciens appellent masse critique, son individualité subirait-elle un phénomène analogue à la fission de l'atome? Existerait-il encore un seul Damien North?

(...)

Lui-même était à ses propres yeux un mystère, une énigme. Mais s'il était incapable de se connaître, pourquoi attendait-il des autres qu'ils le comprennent? Ils ne pouvaient rien pour lui. Ce n'était pas leur faute; simplement ils ne pouvaient rien. Entre eux et lui, il n'y aurait jamais rien d'évident. Monstre hier, aujourd'hui victime: tout ce qui avait changé, c'était la nature du malentendu. Mais le malentendu lui-même, le malentendu persisterait jusqu'à la fin des temps. Monstre, victime: c'était comme un chiffre dont ne variait que le signe, négatif un jour, positif le lendemain; mais le zéro, le paisible et bienheureux zéro, l'aveuglante évidence du zéro - jamais. Et tous les adjectifs dont leurs bouches était pleine: gentil, froid, discret, hautain, ouvert, fermé, timide, arrogant, pudique, introverti - c'était la même chose, des chiffres entassés dans le néant, des nombres, toujours plus éloignés de la paix du zéro. Les autres ne pouvaient pas lui donner ce qu'il attendait d'eux. Et peut-être au fond ne lui devaient-ils rien. Eh bien, il s'en passerait, des autres. C'était lui qui comptait; lui seul. Ce visage. Cette vie qui s'écoulait presque à son insu. Cet être qu'il connaissait si peu.

Salon Littéraire a écrit:
D’avoir écrit Un homme effacé à trente et un ans fait d’Alexandre Postel le talent le plus prometteur de sa génération. Parfaitement maîtrisée, cette fiction hyperréaliste renoue avec une tradition de la banalité tragique que maints écrivains français contemporains ont délaissée au profit de la narration vainement ludique, de l’autofiction complaisante ad nauseam, du sentimentalisme à rebondissements qui permet de ramener bien des lectrices au lit, ou de la bravade crapuleuse sur autoroute à visionner sur Arte ou Youtube.

C’est d’abord une satire ravageuse de notre société où chaque ignorant prétend à l’omniscience sous prétexte qu’il dispose d’une connexion illimitée, où le clavardage peut mener tout droit à la voie de fait, et où les tests fumeux des psychologues n’ont guère plus de valeur prédictive qu’un marc de café ou une poignée d'osselets.

C’est surtout un authentique roman, soit un lieu et un temps imaginaires où la complexité du réel est réhabilitée de plein droit.

Si "Dites aux loups que je suis chez moi" a été un coup de coeur sur le plan émotionnel presque adolescent, "Un homme effacé" est ma meilleure lecture du mois.

Vite, me procurer son second roman L'ascendant!

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
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topocl
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MessageSujet: Re: Alexandre Postel   Ven 31 Juil 2015 - 10:08

Marko a écrit:
Je me disais que j'aurais aimé être capable d'écrire une chose pareille.

cat

Sur le même thème ,j'avais lu Persécution d'Alessandro Piperno, qui n'avait sans doute pas la même qualité d'écriture. C'est troublant le caractère implacable de ce genre de descentes aux enfers.
Piperno avait cela de particulier qu'au final on n'était pas sûr de la culpabilité ou de l'innocence du Professeur.
Je tenterai peut-être.
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Marko
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MessageSujet:    Ven 31 Juil 2015 - 18:04

Ici ce qu'il montre c'est que le fait d'être coupable ou innocent revient au même. Ce ne sont que des fictions que les autres projettent sur lui. De la même façon que la police, la justice et les expertises ne pourront jamais obtenir un verdict rationnel et objectif car elles sont elles-mêmes prises dans un réseau de codes et d'interprétations qui conditionnent leur regard. La vérité n'existe pas ou plutôt elle est multiple et changeante. Mais le public friand d'images et de fictions a besoin de choisir son camp. J'ai trouvé la fin assez proche de l'univers d'Emmanuel Bove. Du pressentiment à l'effacement il n'y a qu'un pas. Et un même rapport à un réel qui se dérobe.


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Agnès
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MessageSujet: Re: Alexandre Postel   Ven 31 Juil 2015 - 18:07

Merci pour cette présentation Marko, elle donne envie de découvrir cet auteur oui
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topocl
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MessageSujet: Re: Alexandre Postel   Ven 31 Juil 2015 - 18:08

Si en plus ça finit dans l'effacement...
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Marko
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MessageSujet: Re: Alexandre Postel   Ven 31 Juil 2015 - 18:34

topocl a écrit:
Si en plus ça finit dans l'effacement...
Un effacement symbolique disons. Une sorte de compromis. Qui lira verra Very Happy

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MessageSujet: Re: Alexandre Postel   Sam 1 Aoû 2015 - 12:05



Un jeune homme apprend la mort de son père et se rend à son domicile pour préparer ses obsèques. En explorant la maison il fait une découverte macabre dans la cave. L'enjeu du récit consiste à s'interroger sur l'inertie impensable qui s'empare de lui à ce moment-là.

Est-ce bien le même auteur que celui d'Un homme effacé? Une première ébauche de roman sortie du tiroir après le succès de son prix Goncourt du premier roman? Malheureusement il semblerait que ce soit bien son 2e opus...

Un récit qui semble creuser le même sillon que le précédent mais en plus concis (le roman fait 120 pages) et surtout avec une intrigue aussi improbable qu'elle est écrite platement. On me dira que cette histoire n'est pas conçue pour être "probable" et que c'est d'abord une sorte de fantasmagorie psychanalytico-morbide qui explore la filiation avec le jeu de mot sur "ascendant".

Prose fade tout en se voulant clinique et désincarnée (on est pourtant très loin de "La Maison muette" de Burnside). J'avais hâte que ça se termine et le final n'a rien apporté de plus. J'espère qu'il retrouvera l'inspiration de son premier roman, sinon c'est foutu.

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MessageSujet: Re: Alexandre Postel   Mer 12 Aoû 2015 - 16:04

L'homme effacé

On retrouve des traces d'images pédopornographiques sur l'ordinateur de Damien North. Il n'en faut pas plus pour que ce veuf, professeur d'université en philosophie, incompétent en informatique, se transforme en bouc émissaire idéal. Nous suivons pas à pas sa lente descente aux enfers , le filet psychologique, affectif et judiciaire qui se referme sur lui.

Alexander Postel situe (sans le dire mais tout en suggestions) son action dans un lieu et temps  qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à ce que nous vivons, avec un discret décalage cependant, temporel, sociétal et législatif, qui autorise une enquête inexistante, un procès en urgence, et c'est presque dommage de s'être aidé de cette facilité alors que tout aurait aussi bien (encore mieux?)pu se passer par chez nous. Je dis dommage parce qu'inversement,   l'étau est décrit avec une acuité , une finesse et une efficacité impressionnantes.  C'est absolument imparable et donc, terrorisant.

Une petite perte de vitesse pour moi lors des tests psychologiques en cours de route , une petite déception avec la fin (la vraie fin normalisante de l'épilogue et non pas  l'effacement des derniers chapitres) ? Cela ne m'a pas empêché malgré tout de dévorer ce bouquin, d'angoisser face à l'erreur judiciaire, de haleter face aux errances psychologiques de ce héros malgré -lui, de me réjouir de la grande finesse de réflexion d'Alexandre Postel
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MessageSujet: Re: Alexandre Postel   Sam 5 Déc 2015 - 1:15

Un homme effacé

Suivant les conseils de Marko, j'ai aussi marqué par cette descente aux enfers de Damien North, lorsque le regard des autres devient un miroir déformant qui semble anéantir peu à peu une volonté propre, au rythme d'une mécanique juridique implacable. La société décrite dans le roman est en effet à la fois familière et étrangement irréelle, avec la sensation d'assister à un lent cauchemar sans pouvoir y échapper.

Alexandre Postel réussit à maintenir une tension jusqu'au bout et l'illusion d'un nouveau départ est de courte durée tant la question de la culpabilité est secondaire : l'impact d'une perte de repères et de l'éclatement d'un lien social précipite par contre un glissement, un malaise qui renforce l'effacement d'un individu. Le roman est donc très efficace, même si j'ai trouvé par moments que l'écriture restait trop figée dans un exercice de style.
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MessageSujet: Re: Alexandre Postel   Sam 21 Mai 2016 - 20:58

Un homme effacé

Je n'ai pas accroché du tout. Je vais tenter d'expliquer pourquoi.
Le roman est axé autour d'un unique personnage principal or finalement on ne sait pas grand chose de lui. j'ai cherché à comprendre pourquoi, et j'ai alors pensé que l'auteur avait voulu s'inspirer de Kafka qui dans son Procès voulait un héros anonyme pouvant être n'importe qui. Seulement, nous connaissons trop d'éléments du personnage pour qu'il prenne l'universalité d'un Joseph K. A contrario, nous n'en connaissons pas assez pour se prendre de compassion pour lui. Et c'est bien le souci, il m'a laissé si peu sensible que je voulus le laisser se débrouiller seul assez rapidement, avec une absence totale d'empathie pour ce qu'il vivait.
D'habitude, lorsque l'on prend quelque chose d'aussi ciblé que la philosophie, le héros étant professeur de philosophie, l'on s'attend à avoir des allusions à la philosophie. N'en attendez rien ici si ce n'est la répétition superficielle du titre d'un ouvrage sur Descartes. Pas d'insertion dans ce domaine comme le fait Yalom.

Reste le style. Il me serait impossible de reconnaître celui de cet écrivain si on me présentait une autre de ses oeuvres en m'en cachant le nom de l'auteur. Le langage est neutre, le rythme est neutre, les dialogues informatifs.

Pour m'occuper j'ai voulu imaginer des rebondissements imprévus. Rien d'imprévu tout fut visible, imaginable, et facile à anticiper.
Un roman qui me fut très fade.
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