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 Germain Nouveau

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Sigismond
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MessageSujet: Germain Nouveau   Sam 22 Aoû 2015 - 0:31

Germain Nouveau

Biographie détaillée:
Germain Marie Bernard Nouveau est né le 31 juillet 1851 à Pourrières (Var) où il décède le 4 avril 1920.

Ici une agréable vidéo de présentation bien que beaucoup trop axée sur la partie provençale de la vie de Nouveau, laissant de grands vides béants dans sa biographie.
Il est l'aîné des quatre enfants de Félicien Nouveau (1826-1864) et de Marie Augustine Silvy (1832-1858). Il perd sa mère alors qu'il n'a que sept ans et est élevé par son grand-père. Son père se remarie en 1862.
1864: En août, il perd sa sœur et son père à onze jours d'intervalle.

Après une enfance à Aix-en-Provence et des études qu'il effectue au petit séminaire, projetant plus ou moins de devenir prêtre, et après une année d’enseignement au lycée Thiers de Marseille en 1871-1872, Nouveau s'installe à Paris à l’automne 1872.

Il publie son premier poème, Sonnet d’été,
Sonnet d'été:
 
dans La Renaissance littéraire et artistique, revue d’Émile Blémont et fait connaissance de Mallarmé, de Jean Richepin et les « Vivants » (Ponchon…) qui se réunissent au café Tabourey.
fréquente aussi les zutistes, dont Charles Cros avec lequel il collabore à la rédaction des Dixains réalistes qui tournent en dérision les Parnassiens.
Il découvre dans l’Album zutique les poèmes laissés par Rimbaud et Verlaine, qui ont quitté la capitale depuis juillet 1872.

Fin 1873, il rencontre Arthur Rimbaud au café Tabourey et, en mars 1874, ils partent ensemble en Angleterre pour s'installer à Londres, au 178 Stamford Street.

Au passage, G. Nouveau voyage en Belgique et aux Pays-Bas. En 1875, à Bruxelles, il reçoit de Verlaine le manuscrit des Illuminations que Rimbaud, croisé à Stuttgart, a adressé à G. Nouveau afin de le faire publier.
G. Nouveau retourne à Londres où il fait la connaissance de Verlaine avec lequel il restera longtemps ami...

Crise psychologique grave en 1876, lorsque sa sœur Laurence se marie, ce qu'il prend pour une haute trahison.
Elle épouse un notaire, et, plus tard, entre deux pèlerinages ou deux voyages, le mendiant Nouveau y séjournera, souvent à l'improviste, sans doute en mettant à vif les nerfs de ce couple paisible (par exemple il taillada et lacéra un portrait de Laurence en hurlant que c'est parce qu'il se retenait ainsi de le faire sur elle-même...).

En 1878, G Nouveau entreprend l'écriture de "La doctrine de l'amour", et entre au ministère de l'Instruction publique, collabore au Gaulois et au Figaro, sous le pseudonyme de Jean de Noves. Il hypothèque ses biens familiaux.
NB: Nouveau a abusé des pseudonymes:
ici la liste présumée, selon wikipédia:
 

En 1879 il passe l'été chez Verlaine à Arras, assortie probablement d'une poussée mystique et en 1880 il peint une reproduction du Christ de Saint-Géry, que Verlaine placera systématiquement au-dessus de son lit jusqu'à sa mort.

1881: Nouveau achève "La doctrine de l'amour". 1882 il tombe malade, et sollicite puis obtient un congé pour se soigner.
1883 le voit provoquer un certain Paul Alexis en duel, sous un prétexte anodin, des plus futiles. Les témoins parviennent à arranger l'affaire, qui en reste là, à un dommage près: G Nouveau perd son emploi et s'exile à Beyrouth, au Liban. Séjour trouble et mal terminé (il y était enseignant), prolongé par une visite de Terre Sainte puis un rapatriement depuis Alexandrie (Egypte).

1885: Retour à Paris, le Cabaret du Chat Noir et la fréquentation de Verlaine.

Devenu professeur de dessin au collège de Bourgoin dans l'Isère en 1886, puis à Remiremont (Vosges), puis en 1888 au lycée Janson de Sailly, à Paris, il affine les Valentines et projette de les publier.

1890 Sa hiérarchie émet des jugements défavorables sur son enseignement, puis...lui flanque des bâtons dans les roues.
Peut-être par contrecoup, Nouveau sombre dans l'alcoolisme et ce qu'on appellerait aujourd'hui une dépression.
Ceci dure jusqu'à ce qu'il soit frappé d'une crise de folie mystique, en 1891, en pleine classe.
Rapport du docteur A. Legros, rédigé dans le poste de police:
 



Il doit être interné à l'hôpital Bicêtre d'où il sort après quelques mois d'enfermement. Il traverse plusieurs crises mystiques proches de l’aliénation et entreprend une vie de mendiant et de pèlerin, s'inspirant de saint Benoît Labre.
Spoiler:
 

C'est bien sûr Verlaine (le Verlaine post-conversion, de "Sagesse", etc...) qui avait sensibilisé Nouveau à ce saint...pas vraiment partout ni en tous temps en odeur de sainteté !

1892: Il quitte la France pour la Belgique, puis l'Angleterre, l'Italie, avant de pousser jusqu'à Alger, d'où il écrira une lettre à Rimbaud (mort depuis deux ans !) en 1893, dans laquelle il projetait de le rejoindre, à son adresse...d'Aden, qu'il avait quittée en 1880-1881 !  

Il séjournera à Alger jusqu'en 1896, recevant l'Islam, déjà côtoyé au Liban et en Egypte, comme un choc, mais sans jamais se convertir.

Puis retour en France, obtient un poste d'enseignant à Falaise, démissionne un mois plus tard (1897).

Retour en Provence pour hospitalisation en 1898.

1899-1910: Vagabondages et pèlerinages. Plusieurs fois en Espagne, dont une fois (peut-être deux) à Saint Jacques de Compostelle.
Tente de se faire admettre moine dans un couvent espagnol, il y est refusé, il pense que c'est parce qu'il a commis une faute, alors que selon le témoignage (retrouvé) du Prieur et des moines, c'est parce qu'ils doutent de sa capacité à supporter la règle monastique en vigueur.

Deux pèlerinages à Rome. Durant ces années, il subsiste de l'aumône, de divers petits travaux, parfois de portraits commandés, la plupart perdus ou non identifiables.

Sa vénérée sœur Laurence décède en 1905.

Après des années d’errance, il revient dans son village natal en 1911. Il parvient à s'acheter un galetas sans confort. Il forme, en 1913, le projet avorté d'une Presse du pauvre.

Il meurt d’un jeûne trop prolongé entre le Vendredi saint et Pâques 1920. Un jeûne de...quarante jours. Si vous êtes amateurs de symboliques, d'Imitations, etc...

A noter que lui, le voyageur, le chemineau, le vagabond, qui a parcouru tant de kilomètres (dont beaucoup à pied), est venu mourir à quelques mètres du cimetière où il repose, ce dernier étant distant d'une centaine de mètres de la maison natale où il a passé son enfance. Une boucle bouclée, comme un tour sur lui-même achevé.

Ses poésies seront essentiellement publiées après sa mort, Nouveau s'y étant opposé de son vivant, allant jusqu'à faire un procès lors de la publication de son recueil Savoir aimer (l'éditeur obtiendra un non-lieu), la première version de sa Doctrine de l'Amour.

A une énigmatique exception près, fervente et exaltée, que Nouveau a insisté pour absolument faire publier de son vivant, ce qu'il fit à compte d'auteur, qui est
Ave Maris Stella, 1912:
 

Humilis & vers inédits, préfacés et publiés par le fameux copain de Rimbaud, Delahaye, en 1921.

Grâce à cette parution, Delahaye parvient à faire retirer le corps de Nouveau de la fosse commune (il fut reconnu grâce à un ceinturon), et lui fait offrir une sépulture plus décente.

Mon avis:
Une œuvre particulièrement disparate, que celle de Germain Nouveau !

On y trouve un auteur passé par différentes phases, dans chacune desquelles il s'est engagé avec fougue et talent, sans la moindre retenue.

Et aussi un auteur, comme son ami Rimbaud, qui n'a pour ainsi dire rien publié de son vivant, a tenté de détruire son œuvre et a sûrement dû pour partie y parvenir.

Un auteur qui, comme Rimbaud, a dépassé, puis rejeté, la poésie, et donc a estimé qu'elle avait une finitude, et non qu'elle était un absolu.

Si ses écrits nous parviennent aujourd'hui incomplets, il y a pire; son œuvre picturale (dessins et huiles sur toiles principalement, à ce qu'il semble) l'est encore davantage.

Sa bibliographie est un peu fourre-tout aussi, La Pléiade croit par exemple opportun de le faire voisiner avec Lautréamont, dans le même livre, alors qu'ils ne se sont jamais connus !

On trouve (chez Nrf) Les Valentines et La doctrine de l'Amour réunies en un seul volume, mais le mieux est de se procurer Les œuvres complètes (disponibles chez plusieurs éditeurs).

Dans ce pêle-mêle il faut tenir compte des dates, je crois que seul l'ordre chronologique fait sens quand on aborde cet auteur, ce qui est loin d'être le cas pour tous les poètes ou tous les peintres. D'où cette biographie un peu plus détaillée que d'ordinaire sur le forum, incluant diverses petites choses non nécessairement disponibles sur le web.

Un inventaire du bric-à-brac vous fait passer d'un coup de la chansonnette moqueuse, peut-être élaborée à plusieurs autour d'une table de bistrot, à grands coup de culs-secs de vin ou de petits verres d'absinthe, façon zutistes, au madrigal, au sonnet, à l'hymne, à la prière et l'oraison, à l'impertinente ritournelle provocatrice, etc...

Derrière les différents masques de ses pseudonymes, il peut être homosexuel, athée, décadent, alcoolisé, orientalisant, amant révérencieux, croyant, mendiant, naturalisant, canaille, bohème, fraternel exigeant, urbain brumeux, dévot inspiré par la Grâce, humoriste...avouons qu'on s'y perdrait à moins !  

La série des Valentines mériterait vraiment d'être portée à pleine lumière, disons que ce n'est pas tout à fait le cas aujourd'hui, Les Sonnets du Liban (au nombre de quatre), composés d'après son séjour à Beyrouth, sont de petits joyaux rares, exquis, audacieusement composés, très colorés et sonores, conseillés pour une courte délectation en passant.

Nouveau est un instinctif, le contraire d'un académique. Doué, "facile" sûrement même, mais jamais théoricien, il n'est pourtant pas moins novateur que sa génération.
Il s'est trop moqué des Parnassiens avec les jeunes gens fréquentés à son arrivée à Paris pour tomber dans une découpe chirurgicale de poèmes, ou d'édifications au fil à plomb, d'une rigueur qu'un logicien-mathématicien ne désapprouverait pas.

Il a parfois un goût du rudimentaire, ce qui fait que l'on hésite devant certaines compositions (enfin, je parle pour moi !), mais peut-être sont elles ainsi voulues par l'auteur, autrement dit ainsi peaufinées.  

Je pense que, comme ses poèmes n'ont été découverts qu'à partir des années 1920-1930, ils étaient hors contexte, ne correspondaient plus à l'époque.
Apollinaire, Valéry, les surréalistes avaient succédé au séisme Verlaine et Rimbaud.
Aujourd'hui, disons que c'est plus facile, nous pouvons recevoir sa poésie sans décalage, la restituer dans son véritable temps chronologique.    

G. Nouveau fut parfois porté aux nues par les surréalistes, André Breton en particulier, mais surtout Louis Aragon, qui voyait en lui ni plus ni moins que l'égal de Rimbaud.
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau   Sam 22 Aoû 2015 - 0:44

Sigismond a écrit:


Il meurt d’un jeûne trop prolongé entre le Vendredi saint et Pâques 1920. Un jeûne de...quarante jours. Si vous êtes amateurs de symboliques, d'Imitations, etc...

A noter que lui, le voyageur, le chemineau, le vagabond, qui a parcouru tant de kilomètres (dont beaucoup à pied), est venu mourir à quelques mètres du cimetière où il repose, ce dernier étant distant d'une centaine de mètres de la maison natale où il a passé son enfance. Une boucle bouclée, comme un tour sur lui-même achevé.


troublantes coïncidences en effet.....
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau   Sam 22 Aoû 2015 - 0:56

N'est-ce pas ?

Ci-dessous un poème, qui fut un temps attribué à Arthur Rimbaud (Verlaine, ami des deux, s'en souvenait comme étant de Rimbaud) mais à présent authentifié comme étant de Germain Nouveau (on a même envisagé Octave Mirbeau comme étant l'auteur !):

Poison perdu

Des nuits du blond et de la brune
Pas un souvenir n'est resté
Pas une dentelle d'été,
Pas une cravate commune ;

Et sur le balcon où le thé
Se prend aux heures de la lune
Il n'est resté de trace, aucune,
Pas un souvenir n'est resté.

Seule au coin d'un rideau piquée,
Brille une épingle à tête d'or
Comme un gros insecte qui dort.

Pointe d'un fin poison trempée,
Je te prends, sois-moi préparée
Aux heures des désirs de mort.



Alors il est possible que Nouveau ait couché un temps avec Rimbaud, peut-être même n'est-ce pas trop extravagant de croire qu'il en fut de même avec Verlaine - ou encore d'envisager un trio...

A la vérité, on n'en sait rien, et il est peu probable qu'on en sache un jour quelque chose. Mais ces doux vers mélancoliques, d'où sourd un spleen, pourraient traduire une défunte amitié amoureuse.

A noter la joliesse des rimes en -une et en -or, savamment croisées/décroisées. A regretter que les autres soient en -é, ce qui certes participe au ton douceâtre qui convient à merveille, mais n'exhaussent pas les vers.
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau   Sam 22 Aoû 2015 - 7:36

Quel destin ce Nouveau ! Merci pour la découverte.
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau   Sam 22 Aoû 2015 - 7:43

Merci Sigismond pour ce partage, et cette présentation bien détaillée! bravo

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Sigismond
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau   Sam 22 Aoû 2015 - 8:17

Merci à vous !

Comme c'est dit dans la vidéo de présentation, je n'ai pas repris le fait, corroboré par les biographes de Nouveau (Jacques Brenner, Jacques Lovichi...) qu'à l'époque aixoise lors de laquelle Nouveau était devenu mendiant mystique, il recevait chaque dimanche, sur le parvis avant la messe, l'aumône de Paul Cézanne, assortie de quelques mots...drôle de rencontre réitérée, rituelle, on aurait voulu saisir leurs échanges !

Il est difficile de trouver sur le web les peintures du professeur de dessin Germain Nouveau.
En revanche certains crobards caricaturaux ou potaches, qui assortissaient ses lettres (tout comme celles de Delahaye, Rimbaud, etc...) se rencontrent aisément, comme celui-ci.
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau   Sam 22 Aoû 2015 - 17:04

Bonne idée que  donner un peu d' espace à Nouveau. Des obstacles ont nui à sa vocation, des   troubles mentaux et leurs conséquences.
Et il a un peu trop donné dans l' alexandrin.
Mais il y a chez lui quelque chose de touchant et de spontané.


Dernier madrigal

Quand je mourrai, ce soir peut-être,
Je n'ai pas de jour préféré,
Si je voulais, je suis le maître,
Mais... ce serait mal me connaître,
N'importe, enfin, quand je mourrai.

Mes chers amis, qu'on me promette
De laisser le bois... au lapin,
Et, s'il vous plaît, qu'on ne me mette
Pas, comme une simple allumette,
Dans une boîte de sapin ;

Ni, comme un hareng, dans sa tonne ;
Ne me couchez pas tout du long,
Pour le coup de fusil qui tonne,
Dans la bière qu'on capitonne
Sous sa couverture de plomb.

Car, je ne veux rien, je vous jure ;
Pas de cercueil ; quant au tombeau,
J'y ferais mauvaise figure,
Je suis peu fait pour la sculpture,
Je le refuse, fût-il beau.

Mon voeu jusque-là ne se hausse ;
Ça me laisserait des remords,
Je vous dis (ma voix n'est pas fausse) :
Je ne veux pas même la fosse,
Où sont les lions et les morts.

Je ne suis ni puissant ni riche,
Je ne suis rien que le toutou,
Que le toutou de ma Niniche ;
Je ne suis que le vieux caniche
De tous les gens de n'importe où.

Je ne veux pas que l'on m'enferre
Ni qu'on m'enmarbre, non, je veux
Tout simplement que l'on m'enterre,
En faisant un trou... dans ma Mère,
C'est le plus ardent de mes voeux.

Moi, l'enterrement qui m'enlève,
C'est un enterrement d'un sou,
Je trouve ça chic ! Oui, mon rêve,
C'est de pourrir, comme une fève ;
Et, maintenant, je vais dire où.

Eh ! pardieu ! c'est au cimetière
Près d'un ruisseau (prononcez l'Ar),
Du beau village de Pourrière
De qui j'implore une prière,
Oui, c'est bien à Pourrières, Var.

Croisez-moi les mains sous la tête,
Qu'on laisse mon oeil gauche ouvert ;
Alors ma paix sera complète,
Vraiment je me fais une fête
D'être enfoui comme un pois vert.

Creusez-moi mon trou dans la terre,
Sous la bière, au fond du caveau,
Où tout à côté de son père,
Dort déjà ma petite mère,
Madame Augustine Nouveau.

Puis... comblez-moi de terre... fine,
Sur moi, replacez le cercueil ;
Que comme avant dorme Augustine !
Nous dormirons bien, j'imagine,
Fût-ce en ne dormant... que d'un oeil.

Et... retournez-la sur le ventre,
Car, il ne faut oublier rien,
Pour qu'en son regard le mien entre,
Nous serons deux tigres dans l'antre
Mais deux tigres qui s'aiment bien.

Je serai donc avec les Femmes
Qui m'ont fait et qui m'ont reçu,
Bonnes et respectables Dames,
Dont l'une sans coeur et sans flammes
Pour le fruit qu'elles ont conçu.

Ah ! comme je vais bien m'étendre,
Avec ma mère sur mon nez.
Comme je vais pouvoir lui rendre
Les baisers qu'en mon âge tendre
Elle ne m'a jamais donnés.

Paix au caveau ! Murez la porte !
Je ressuscite, au dernier jour.
Entre mes bras je prends la Morte,
Je m'élève d'une aile forte,
Nous montons au ciel dans l'Amour.

Un point... important... qui m'importe,
Pour vous ça doit vous être égal,
Je ne veux pas que l'on m'emporte
Dans des habits d'aucune sorte,
Fût-ce un habit de carnaval.

Pas de suaire en toile bise...
Tiens ! c'est presque un vers de Gautier ;
Pas de linceul, pas de chemise ;
Puisqu'il faut que je vous le dise,
Nu, tout nu, mais nu tout entier.

Comme sans fourreau la rapière,
Comme sans gant du tout la main,
Nu comme un ver sous ma paupière,
Et qu'on ne grave sur leur pierre,
Qu'un nom, un mot, un seul, GERMAIN.

Fou de corps, fou d'esprit, fou d'âme,
De coeur, si l'on veut de cerveau,
J'ai fait mon testament, Madame ;
Qu'il reste entre vos mains de femme,
Dûment signé : GERMAIN NOUVEAU.

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/germain_nouveau/dernier_madrigal.html

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Sigismond
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau   Dim 23 Aoû 2015 - 22:25

Excuse-moi Bix, tu dois faire erreur, il y a fort peu d'alexandrins dans les poèmes de Nouveau (nous y reviendrons sans doute sur ce fil).

shanidar, dans le topic consacré à Rimbaud a écrit:
Je cite tel quel un article du Matricule des anges à propos de la sortie récente de : Du nouveau chez Rimbaud d'Eddie Breuil (ed. Honoré Champion) :

Contre une chimère tenace, un jeune chercheur, Eddie Breuil, a livré un essai captivant qui remet les Illuminations à leur place, c'est-à-dire dans la bibliographie de Germain Nouveau. En étudiant le flou des éditions successives (après Pascal Pia ou Aragon), il montre que de ce recueil Rimbaud fut surtout le scribe. Germain Nouveau n'est donc pas "un épigone de Rimbaud (mais) son égal". La rimbaldie plie la rotule, sert les dents et vacille...

Affaire à suivre... loupe
Spoiler:
 

Alors d'abord,
Le point de vue de l'establishment:
Notons que Nouveau aide Rimbaud à la copie d' Illuminations mais revient seul à Paris en juin de la même année.

De là la tentative de buzz d'un certain Eddie Breuil.
Il suffit de montrer que Verlaine atteste Illuminations comme étant de Rimbaud, ou encore que la sœur de Rimbaud, Isabelle, après quatre mois au chevet de son frère, commente Illuminations après en avoir parlé avec Arthur, qui n'aurait pas manqué de rétablir la vérité.
N'a-t-il pas tenté de brûler son œuvre, d'une part, et a-t-il rien gagné sur ce qui est paru de lui de son vivant d'autre part, dont Illuminations (publiées en 1886), donc quel intérêt ?
Enfin, notons que Germain Nouveau a vécu jusqu'en 1920, a scrupuleusement veillé à ce que rien de sa plume ne paraisse de son vivant, et n'a pas tiqué à la parution d' Illuminations (et qu'il était à Paris lors de la publication): est-ce assez probant ?

En revanche il fut le témoin privilégié de la composition, y compris les différentes moutures, pistes de travail et atermoiements, d' Illuminations.    

La chronologie est parlante, en matière de témoignage:
Au passage, G. Nouveau voyage en Belgique et aux Pays-Bas. En 1875, à Bruxelles, il reçoit de Verlaine le manuscrit d'Illuminations que Rimbaud, croisé à Stuttgart, a adressé à G. Nouveau afin de le faire publier.
G. Nouveau retourne à Londres où il fait la connaissance de Verlaine avec lequel il restera longtemps ami...

Voilà qui suffit pour botter la tentative de buzz en touche ?


Halte-là, à première vue seulement !
Car en fait, ce M. Eddie Breuil, à propos du travail duquel je ne me prononce pas n'ayant pas lu son essai, permet une remontée à la surface d'éléments qui sont bien anciens.
Le premier graphologue à s'être penché sur les manuscrits de Rimbaud et de Nouveau, tentant de dégager une analyse comparée de leurs écritures (graphiques), est un certain Henri de Bouillane de Lacoste, au début du XXème.

Il est stupéfait de la ressemblance des écritures de Rimbaud, Nouveau et Verlaine (Nouveau appuyait un peu plus sur la plume, mais les lettrages présentent des similarités remarquables).

Très vite, on a avancé qu'ils écrivaient plus ou moins ensemble, en France comme à Londres, se passaient leurs manuscrits en cours d'élaboration, et usaient certainement avec fréquence de la même plume -voire même, co-composaient sur la même feuille, on le sait depuis les zutistes et aussi depuis quelques mémorables descentes dans quelques cabarets:

Or, quiconque écrit (a écrit par le passé, plutôt ?) à la sergent-major le sait, la différence avec le stylo-bille est qu'en principe on ne passe pas la plume à un autre, la sienne se "fait" à son écriture, et pas celle du voisin.


Ensuite, ce qui disqualifiait Nouveau de façon certaine pour cause de chronologie, serait qu'Illuminations soit antérieur à Une saison en enfer, ce que l'on a longtemps cru.
Mais c'est le contraire qui est avéré aujourd'hui:
Illuminations fut écrit à Londres, à l'époque où Nouveau et Rimbaud y étaient ensemble.

Parce que, si cela avait été antérieur, les passages d'Illuminations dont les manuscrits nous montrent qu'ils sont bien de la plume de Nouveau, auraient forcément été du recopiage: tandis que là, c'est au mieux du copiage sous la dictée de Rimbaud, et sinon ?
Sinon ?

Une de ces co-compositions, exercice littéraire qu'ils maîtrisaient fort bien ?  

Le 7 octobre 1948, Louis Aragon se fend d'une pique acérée dans Les Lettres françaises, extrait:
Citation :
Les rimbaldiens ont peur que, dans le miroir de Nouveau, on n'aperçoive comment ils ont défiguré (ou transfiguré) Rimbaud. Elle est dans ce que, sur la destinée même de la poésie, la poésie de Nouveau apporte un témoignage gênant pour ceux qui veulent que, peu après 1870, la poésie ait, avec Rimbaud, tout entière changé de signification et de route.

Autrement dit, passager Nouveau, veuillez débarquer, je répète, dernière sommation: Passager Nouveau, débarquez...

Début des années 1960, M. Jacques Lovichi, étudiant, entreprend un mémoire sur Nouveau, intitulé: Germain Nouveau précurseur du surréalisme ? (Publié en livre plus de 40 ans plus tard sous ce titre, en 2005 chez Actes Sud/Documents, collection "Autre temps").

Il en ressortait que Nouveau mérite mieux que sa réputation, que sa postérité (point de vue que je partage entièrement !).
Et, crime de lèse-establishment rimbaldien, que Nouveau n'était pas qu'un aimable compagnon écrivaillon et picoleur du Maître, mais qu'il y eut influence et réciprocité.
Ce qu'au reste, Verlaine n'a jamais contesté (on aurait peut-être pu écouter Verlaine...).  

Sommé, à quinze jours de soutenir, de biffer et reprendre des passages entiers de son mémoire, l'étudiant s'y refuse, droit dans ses bottes.
Conséquence:
Jacques Lovichi n'a jamais fait carrière, son mémoire devait être publié aux Presses Universitaires de France mais "ça n'a pas été possible" au dernier moment, et son mémoire dactylographié a subitement disparu, peu après, des archives de l'Académie.

Les surréalistes, André Breton en tête, ont tenté beaucoup pour que les vers de Nouveau soient remis au goût du jour. C'est l'autre éclairage, majeur, du livre de Lovichi.

N'anticipons pas trop peut-être sur de futures conversations sur ce fil sur le thème Nouveau, pré-surréaliste potentiel !

Finissons sur quatre vers de Nouveau mis en exergue par Breton, dont on peut dire qu'il avait vraiment étudié à fond la poésie de Nouveau.
Breton les qualifie de "merveilleuse rosée verbale" (sic, c'est très beau, non ?):


Blotti dans un parfum de lessive rieuse.
(Les Hôtesses)


La pauvreté si riche et toute jaune d'or.
(Cantique à la Reine)


Du temps qu'Athénasie était reine en riant.
(Toto)


Cour grise où tourne le soulier lacé des grandes.
(Rêve claustral)
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau   Sam 29 Aoû 2015 - 14:42

bonjour

J'interviens sur ce forum pour suggérer à ses participants le visionnage de la rencontre entre Pierre Brunel et Eddie Breuil, animée par Jérôme Thélot, qui a eu lieu à l'université Lyon 3 le 7 avril 2015. On trouve sur internet une vidéo (en deux parties) de cette rencontre. J'ai voulu accompagner mon message d'un lien mais n'y suis apparemment pas autorisé en ma qualité de nouvel inscrit.

Peut-être cette vidéo vous donnera-t-elle l'envie de lire l'essai d'Eddie Breuil Du Nouveau chez Rimbaud (éditions Honoré Champion). L'on peut bien sûr ne pas partager ses analyses mais l'on ne peut discuter sérieusement de la question de la "paternité" des textes rassemblés sous le titre Illuminations sans avoir lu ce livre.

Cordialement,


Jean-Philippe de Wind
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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau   Dim 30 Aoû 2015 - 8:41

Merci, les vidéos sont ici:

http://marge.univ-lyon3.fr/les-illuminations-de-rimbaud-sont-elles-de-germain-nouveau--933426.kjsp?RH=1399972089366

La théorie avancée semble tenir la route a priori, mais il y a trop de zones d'ombres et de spéculations. Notamment pour expliquer pourquoi Germain Nouveau ne s'est pas manifesté alors que le recueil était publié, explications guère convaincantes. Enfin, c'est une théorie, avancée sans réelle preuve au final. jemetate

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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau   Jeu 14 Jan 2016 - 17:21

Peu d'alexandrins en effet chez Nouveau. En tout cas, dans le recueil dont je dispose : Valentines et autres vers. Une bien piètre édition d'ailleurs, (FB éditions) je soupçonne que ce soit une simple impression copié collé, sans aucune vérification.
La préface, signée Ernest Delahaye, est parfois illisible. Heureusement que les vers ne sont pas affectés, hormis une ou deux coquilles.

Sinon, j'aime bien son style léger, qui coule bien. Parfois un peu convenu, et parfois très intéressant.
Le personnage semble assez insaisissable, un météore.

Un extrait, d'un poème qui a retenu mon attention, pour le fond et sa verve.

Titre : La fée

Poète : Germain Nouveau (1851-1920)

Recueil : Valentines (1885).

Il en est encore une au monde,
Je la rencontre quelquefois,
Je dois vous dire qu'elle est blonde
Et qu'elle habite au fond des bois.

N'était que Vous, Vous êtes brune
Et que Vous habitez Paris,
Vous vous ressemblez... sous la lune,
Et quand le temps est un peu gris.

Or, dernièrement, sur ma route
J'ai vu ma fée aux yeux subtils :
« Que faites-vous ? — Je vous écoute.
— Et les amours, comment vont-ils ?

— Ah ! ne m'en parlez pas, Madame,
C'est toujours là que l'on a mal ;
Si ce n'est au corps... c'est à l'âme.
L'amour, au diable l'animal !

— Méchant ! voulez-vous bien vous taire,
Vous n'iriez pas en Paradis ;
Si son nom n'est pas un mystère,
Dites-le moi » — Je le lui dis.

— « Que fait-elle ? — Elle... attend sa fête.
— C'est dire qu'elle ne fait rien.
Comment est-elle ! — Elle est parfaite.
— Et vous l'aimez ? — Je le crois bien.

— Vous l'adorez ! — J'en perds la tête.
— Vous la suivriez n'importe où ;
Ah ! mon ami... quel grand poète
Vous faites... oui, vous êtes fou.

Mais si votre femme est sans tache,
Sans le moindre... petit défaut,
Inutile qu'on vous le cache,
Ce n'est pas celle qu'il vous faut.

Il faut partir... battre les routes,
Et vous verrez à l'horizon
Luire enfin la femme entre toutes
Que vous destine... la Raison.

Voulez-vous que je vous la peigne
Comme on se peint dans les miroirs ?
Ses cheveux mordus par le peigne
Ont des fils blancs dans leurs fils noirs ;

Elle n'a... qu'une faim de louve,
Et du cœur... si vous en avez ;
C'est une femme qui se trouve
Un peu comme vous vous trouvez.

Elle n'est ni laide ni bête,
Avec... comment dire... un travers...
Un petit coup... quoi ! sur la tête,
Et capable d'aimer les vers ;

Ni très mauvaise ni très bonne,
Tâchant de vivre... comme il sied,
Et... dans un coin de sa personne
Elle a... mettons... un cor au pied !

— Ah !... quelle horreur !... jamais, Madame !
— Je vous dis, clair comme le jour :
Ce qu'il faut avoir dans la femme
N'est pas la femme, c'est l'amour.

Pour avoir l'amour, imbécile !
On ne prend pas trente partis,
La chanson le dit, c'est facile :
Il faut des époux assortis.

L'amour n'est pas fils de Bohême ;
Il a parfaitement sa loi :
Si tu n'es digne que je t'aime
Je me fiche pas mal de toi.

Bonsoir ». Ainsi parla ma fée
Qui parle... presque avec ta voix ;
Puis je la vis, d'aube coiffée,
Reprendre le chemin des bois.

Son conseil est bon ; qu'il se perde,
Saint Antoine, on peut vous prier ;
Mais partir !... au loin... et puis, merde !
Je ne veux pas me marier.

_________________
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MessageSujet: Re: Germain Nouveau   Dim 17 Jan 2016 - 23:28

Oui, quelle légèreté, c'est plaisant.

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MessageSujet: Re: Germain Nouveau   Mar 19 Jan 2016 - 21:22

C'est mignon et enchanteur!

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