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 André Breton

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Sigismond
Agilité postale


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MessageSujet: André Breton   Dim 27 Sep 2015 - 9:34


André Breton (portrait par Victor Brauner, 1934)


Souci de l'ordre de la classification, où "ranger" Breton ?  
Après réflexion, c'est encore dans la rubrique Poésie, qu'à mon humble avis, etc...(mais on peut en discuter, et lui assigner sa place ailleurs !)

Biographie brève:

Naissance à Tincheray (Orne) le 19 février 1896, décès à Paris le 28 septembre 1966.
Enfance sans histoire à Pantin, fils unique d'une famille plutôt bourgeoise, éducation assez rigide.

Rencontre en 1913 de Paul Valéry, pour Breton Valéry restera d'abord, restera toujours en premier lieu l'auteur de Monsieur Teste.
Affecté, pendant la guerre, à un service de santé à Nantes, il y rencontre un patient étrange et fascinant, Jacques Vaché, étrangement détaché de tout et singulier, et cumule cette rencontre avec les lectures de Rimbaud et Apollinaire, avec lequel il entreprend de correspondre.
Découverte de Lautréamont dans la foulée.

Fondant, en 1919 avec Aragon et Soupault la revue "Littérature", il y fait la plus large place au mouvement Dada.
Mais bien vite c'est la séparation d'avec Dada, lorsque paraissent Les champs magnétiques, caractérisés par l'invention et l'emploi systématique de l'écriture automatique, livre co-écrit avec Soupault, acte de naissance du surréalisme.

A cette époque naissent les deux leitmotivs de sa production et de ses interventions, prises de parole: le rêve, l'onirisme, et l'appel à la liberté [du libertaire].

Nadja (1928) est une assise émouvante de ces thèmes-là.

Auparavant, en 1927, il avait adhéré au Parti Communiste, avant d'en claquer assez vite la porte, avec pour conséquence une séparation définitive d'avec Aragon (plus tard il signe une dénonciation en règle de mise au pas des "intellectuels" par le Parti dans Misère de la Poésie, 1932).

1928 est particulièrement prolixe avec des essais majeurs, tels Le surréalisme et la peinture, et, bien sûr, Le Manifeste du Surréalisme.

Il sera de pas mal de combats menés "au nom des intellectuels" dans les années 1930, et, en 1939, alors qu'il est affecté dans un centre médical pour aviateurs proche de Poitiers, l'armistice le surprend du bon côté de la ligne de démarcation, à quelques kilomètres à peine de celle-ci.

Repli sur Marseille, le gouvernement de Vichy censure deux de ses parutions pourtant aujourd'hui considérées comme sommitales, Fata Morgana et l'Anthologie de l'humour noir.

En 1941 il parvient à partir, direction La Martinique, via New-York où il rencontre Marcel Duchamp. Conférences, animation d'une revue (VVV, autrement dit triple V). En 1943 c'est la rencontre avec Elisa, avec laquelle il restera uni, presque fusionnel, jusqu'à son dernier jour.

Voyage au Canada, passage en Haïti. retour en France à la Libération, avec pour premier acte le fait de saluer la sortie d'Antonin Artaud du terrible asile psychiatrique de Rodez.
D'expositions internationales en happenings, de parutions en conférence, de publications en revues en lancement de peintres, sculpteurs ou écrivains, Breton foisonne.

Sa dernière exposition (1965, L'écart absolu) met radicalement en cause la société de consommation, et les modèles sur lesquels nous sommes toujours, à ce jour.






Bibliographie non exhaustive:

Essais:


Lettre aux voyantes (1925)
Légitime défense (1926)
Introduction au discours sur le peu de réalité (1927)
Le Surréalisme et la Peinture (1928)
L'affaire Aragon devant l'opinion publique (1932),
Position politique du surréalisme (1935),
Notes sur la poésie (1936),
Dictionnaire abrégé du surréalisme (1938),
Anthologie de l'humour noir (1940)
Prolégomènes à un troisième manifeste du surréalisme ou non (1942),
Arcane 17 (1944),
La Clé des champs (1953),
Entretiens avec Breton (1952),
Du surréalisme en ses œuvres vives (1953)
Constellations (1959),
Poésie et autre (1960),
L'Écart absolu (1965).


Poésie:


Mont de Piété (1919),
Les Champs magnétiques (1920) (avec Philippe Soupault),
Clair de Terre (1923),
Ralentir travaux (1930),
Le Revolver à cheveux blancs (1932),
L'Air de l'eau (1934),
Point du jour (1934),
L'Amour fou (1937)
Trajectoire du rêve (1938)
Fata Morgana (1942)
Ode à Charles Fourier (1947),
Signe ascendant (1947),
La Lampe dans l'horloge (1948).

Romans ou prose:

Poisson soluble (1924),
Les Pas perdus (1924),
Nadja (1928),
L'lmmaculée Conception (1930)
L'Union libre(1931)
Les Vases communicants (1932),
Flagrant délit (1949).



Revues fondées:

Littérature (1919-1924)
Le Surréalisme au service de la révolution (1930),
Le Surréalisme, même (1954)
La Brèche - action surréaliste ( 1961).

Mon avis:

André Breton, Figura par excellence des Lettres françaises du XXème siècle, a peut-être perdu de son aura et de son lectorat aujourd'hui. C'est qu'il était avant tout un théoricien de l'Art, et je soupçonne un théoricien aimant avant tout la théorie, ce qui est sans doute une forme d'art pour l'art.
C'est qu'il était aussi un infatigable bretteur verbal, un avis sur tout, conférencier hors pair, directeur de revues, etc...
Vous l'aurez compris, Les champs médiatiques l'occupaient autant que Les champs magnétiques.

Guichetier de la modernité, délivrant ou refusant un pass pour la notoriété, il ne faisait pas bon, au XXème, être de ses ennemis.
Ce qui fait que ceux qui n'ont pas suivi l'ascendance des signes qu'il émettait ont, en général, préféré s'écarter sans bruit, se contenter de ne pas faire route ensemble, plutôt que l'affronter frontalement (Aragon pour le cas le plus connu, mais aussi Benjamin Péret et nombre d'autres).

A demi-mots inamicaux, post-mortem, comme il convient aux grands personnages, certains seconds couteaux, pourtant nourris de sa main, ont reconnu que dans le fond il faussait tout, qu'il était le goût et la bien-pensance artistique du siècle, une sorte de Grand Ganah ou de Commandeur statufié.

Pour ma part, Nadja (qu'il faudrait que je relise) fut une déflagration, une révélation de jeunesse, de l'ordre de celle qui vous font aimer la littérature, et le "projet" -en quelque sorte - Les champs magnétiques m'a longtemps hanté, vers dix-huit ou vingt ans.

Aujourd'hui, c'est plutôt sa poésie qui m'attire.
On a parfois cantonné les poèmes de Breton un peu dans l'ombre de ceux d'Eluard, ce qui était une manière de coup de griffe fourbe à un monstre encombrant.
De grâce, ces temps sont terminés, ne les opposons pas...


Dernière édition par Sigismond le Dim 27 Sep 2015 - 9:37, édité 1 fois
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Sigismond
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MessageSujet: Re: André Breton   Dim 27 Sep 2015 - 9:35

Frôleuse
Poème publié dans le recueil: Signe Ascendant.

Même si un simple coup d'œil suffit, même si on n'a aucun doute, pour bien marquer qu'il s'agit d'un poème, ls majuscules à la ligne indiquent des vers.
Avec une prédilection marquée pour les voyelles en-tête, l'occasion de se rappeler qu'il n'y en a pourtant que six dans l'alphabet. Parmi celles-ci, Breton aligne six "O" consécutifs, impossible de ne pas y voir une expression de l'ordre du graphisme, voire un clin d'œil très symbolique à un système rimal, mais inversé.
"Champagne" est mis en majuscule sans entamer un vers, rien à y voir je pense si ce n'est le respect d'un nombre propre d'appellation ?
Hum, pas si sûr, il se corrèle avec la syllabe initiale de "Châ-" de Château, C majuscule en début de vers un peu plus haut...

J'ai respecté la mise en page dont je dispose (celle de l'édition nrf Poésie/Gallimard). Je ne suis pas certain de celle-ci toutefois.
Mon intime conviction, sans avoir les moyens de prouver quoi que ce soit, est que les décrochages à la ligne (avec un espace laissé en blanc) n'existent pas au manuscrit, mais sont une commodité éditoriale, ou peut-être une limite technique imposée par l'impression.  
En fait, d'ailleurs je ne l'ai pas respectée à 100%, cette mise en page:
J'ai rétabli le vers "A dos d'éléphants ces piliers qui s'amincissent jusqu'au fil de soie dans les grottes", imprimé ainsi:
A dos d'éléphants ces piliers qui s'amincissent jus-
   qu'au fil de soie dans les grottes


En reconnaissant volontiers que c'est ce qui m'a mis la puce à l'oreille.






Poème fin ruisselet qui coule ou découle, dé-ponctué, surréalisme non pâteux ni à marche forcée, mais à touches légères.
Suavité, et pas seulement, ces vers transpirent aussi une sensualité paradoxale, en ce sens que le choix des termes et les visions proposées ne la supposent pas nécessairement.



Quoi qu'il en soit, le lecteur est embedded, Fly Air-Breton, le commandant de bord vous souhaite la bienvenue, etc...  




Frôleuse

Mes malles n'ont plus de poids les étiquettes sont des
  lueurs courant sur une mare
Sera-ce assez que tout pour cette contrée où mène
  bien après sa mise au rebut la diligence de nuit
Toute en cristal noir le long des meules tournant
  de cailles
Château qui tremble et j'en jure que vient de poser
  devant moi un éclair
Lieu frustré de tout ce qui pourrait le rendre habitable
Je ne vois qu'étroits couloirs enchevêtrés
Escaliers à vis
Seulement au haut de la tour de guet Éclate l'air taillé en rose
Bannie superstitieusement la place primitive d'une
  brassée de joncs pour s'étendre
L'architecte fou de ce qui restait d'espace libre
Semble avoir rêvé un garage pour mille tables rondes
A chacune d'elles sont présumés souper au caviar
 au Champagne
Avec moi des bustes de cire plus beaux les uns que
 les autres mais parmi eux méconnaissable s'est
 glissé un buste vivant
Bustes car il n'y a qu'une nappe à reflets changeants
 pour toutes les tables
Assez lacunaire pour emprisonner la taille de toutes
 ces femmes fausses et vraies
Tout ce qui est ou manque d'être au-dessous de la
 nappe se dérobe dans la musique
Oracle attendu de la navette d'un soulier
Plus brillant qu'un poisson jeté dans l'herbe
Ou d'un mollet qui fait un bouquet des lampes de
 mineur
Ou du genou qui lance un volant dans mon cœur
Ou d'une bouche qui penche qui penche à verser
 son parfum
Ou d'une main d'abord un peu en marge à l'instant
 même où il apparaît qu'elle n'évite pas un rapport
 d'ailes avec ma main
0 ménisques
Au-delà de tous les présents permis et défendus
A dos d'éléphants ces piliers qui s'amincissent jusqu'au fil de soie dans les grottes
Ménisques adorable rideau de tangence quand la
 vie n'est plus qu'une aigrette qui boit
Et dis-toi qu'aussi bien je ne te verrai plus
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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: André Breton   Dim 27 Sep 2015 - 11:47

Comme toujours merci Sigismond pour ces messages enrichissants. Je n'ai pas encore lu Breton, j'ai Nadja et Point du jour. A priori, je ne suis pas trop attiré par le surréalisme, mais j'y viendrai par curiosité un de ces jours.
Ce poème est intéressant, même si je suis un peu réticent concernant ce type de forme.

En tout cas, dans son roman Gilles, Drieu la Rochelle dépeint un Breton peu attirant à mes yeux: une sorte de gourou illuminé, un chantre vindicatif du communisme...

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MessageSujet: Re: André Breton   Dim 27 Sep 2015 - 22:01

J'ai lu Nadja il y a une dizaine d'années, j'avais lu le récit de cette histoire d'amour avec une certaine forme de fièvre froide.

Pour la poésie, je suis plus réticente moi aussi. J'ai l'impression que c'est glacial et je ne vois pas qui cela peut faire frémir... mais heureusement, je ne suis pas seule sur terre.

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MessageSujet: Re: André Breton   Lun 15 Fév 2016 - 19:16

Je reviens sur ce que j'avais dit dans le passé. Je m'intéresse au surréalisme, notamment grâce à Gracq qui a fait l'éloge de Breton.
J'ai lu Nadja, assez rapidement. Très belle écriture, des références ... Mais j'ai l'impression de passer à côté de quelque chose. Peut-être pas encore prêt pour tout saisir. Je reviendrai un jour.

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MessageSujet: Re: André Breton   Lun 15 Fév 2016 - 21:25

il y a une préface de Gracq pour Rodanski qui parle avec nuance du surréalisme, c'est de ce texte que tu parles pour Breton (il n'y a pas que de l'éloge dans mon souvenir) ou d'autre chose ?

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MessageSujet: Re: André Breton   Lun 15 Fév 2016 - 21:32

Pour les surréalistes, je note quatre références :

Côté français : Paul Éluard
Côté québécois : Roland Giguère, Claude Gauvreau et Maxime Catellier

Il y a également Paul-Marie Lapointe qui a écrit Le vierge incendié qui fut encensé par Claude Gauvreau.

Edit : Comme nous avons parlé de Triolet récemment, y a-t-il d'autres références de femmes ayant écrit de la poésie surréaliste?

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De Gaulle, citant Nietzsche

Dixit celui qui écrivait plus vite que son ombre.
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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: André Breton   Lun 15 Fév 2016 - 21:40

animal a écrit:
il y a une préface de Gracq pour Rodanski qui parle avec nuance du surréalisme, c'est de ce texte que tu parles pour Breton (il n'y a pas que de l'éloge dans mon souvenir) ou d'autre chose ?

Non, je l'ai lu dans ses Entretiens. Où il revient souvent à Breton et son influence, notamment sur Au château d'Argol. Gracq a aussi écrit un essai sur Breton.

Je me suis aussi procuré La mort difficile de René Crevel, à suivre ...

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