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 Renée Vivien

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Sigismond
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MessageSujet: Renée Vivien   Jeu 22 Oct 2015 - 0:02

Renée Vivien
Colette, Ces plaisirs...(1932) a écrit:
Le charmant visage de Renée ne reflétait qu'une partie de [sa] puérilité, par la joue renflée et suave, duvetée, la lèvre supérieure naïve, relevée, à l'anglaise, sur quatre petites dents...Elle portait long ses beaux cheveux d'un blond d'argent, fins, plats, et les massait sur le haut de sa tête d'où ils se dénouaient brin à brin, comme une paille fine...[...] Son long corps sans épaisseur, penché, portait comme un lourd pavot la tête et les cheveux dorés, et de grands chapeaux chancelants.




Biographie:

Pauline Mary Tarn, Renée Vivien en poésie, naquit à Londres le 11 juin 1877 et décéda à Paris le 18 novembre 1909.
Elle est née d'une alliance entre une Américaine et un Britannique fortuné (John Tarn), lequel mourut en 1886, la laissant à la tête d'un héritage la mettant à l'abri du besoin, durant presque -mais pas tout à fait- sa courte vie.

Pauline grandit d'abord en France, où son père réalisait l'essentiel de ses affaires (dans la décoration, l'architecture d'intérieur), puis en Grande-Bretagne. A sa majorité en 1899, elle choisit de regagner Paris (23 avenue du Bois de Boulogne, aujourd'hui avenue Foch, un somptueux rez-de-chaussée orné d'un jardin japonais).
Colette, entre autres, laissera quelques descriptions de ces surprenants lieux. Mais prenons plutôt celle d'une autre romancière, Marcelle Tynayre:
Citation :
Les murs, le plafond, le sol sont uniformément tendus d'étoffe couleur de nuit, couleur de ces sombres satins chinois où les mandarins taillent leurs robes. De grands panneaux brodés de soie et d'or cachent des niches obscures où chatoient, quand on soulève l'épaisse étoffe asiatique, des dieux assis sur des lotus, des déesses aux tempes larges, aux hanches étroites, aux pieds joints. L'Asie nocturne m'accueille avec le sourire éternel de ces divinités si paisibles, si graves, si ironiques; et je sens son haleine dans le parfum évaporé de l'encens.

Après la mort de Renée Vivien, les ayant-droits de la famille Tarn firent don de 77 œuvres d'art aux Musées de la Ville de Paris, dont une pagode mesurant 3,50 m. de haut !
Certaines, à ce qu'il paraît, peuvent encore se voir au musée Cernuschi.

De sa base parisienne, elle entreprend de nombreux périples, tels le Japon, la Turquie, la Grèce (Mytilène...). Elle étudie aussi, solidement, le Grec ancien dans un College renommé, aux Etats-Unis, du côté de Philadelphie.

Une amie de scolarité, Violet, fut sans doute son premier amour durable. S'ensuit une liaison avec Natalie Barney, tempétueuse, Pauline prend l'initiative de la rupture, lassée des trop fréquentes infidélités de Natalie. Sa vie durant, Natalie Barney tentera en vain de reconquérir Pauline, et laissera, outre quelques vers et missives, divers témoignages aujourd'hui précieux sur Renée Vivien.

Pauline vit ensuite une relation beaucoup plus stable et apaisée avec Hélène de Zuylen de Nyevelt de Haar (Hélène de Zuylen, née Hélène de Rothschild), cette dernière est mariée, mère de deux garçons, et très posée.
En outre, Pauline et Hélène évoluent avec aisance, par éducation, étiquette et naissance, dans la haute société, avec tout ce que cela peut comporter de respect, de tact et de distance de la part d'autrui au quotidien. Elle fréquente, du coup, le haut du panier littéraire et artistique en général, dans un Paris 1900 encore en pointe mondialement.
Sans éléments de preuve, il est en particulier possible que Renée Vivien ait côtoyé Marcel Proust, puisqu'ils fréquentèrent la même société huppée et furent publiés de façon concomitante dans les mêmes périodiques.

C'est la période littérairement parlant la plus féconde pour Renée Vivien. Il semble même que Pauline et Hélène aient collaboré en matière d'écriture, en ce qui concerne les publications effectuées sous le pseudonyme Paule Riversdale, aujourd'hui à peu près unanimement attribuées à Renée Vivien.

Puis, une correspondance suivie naît entre Renée Vivien et Kérimé Turkhan Pacha, épouse d'un haut diplomate Turc (qui deviendra plus tard Ministre des Affaires Etrangères de Turquie), à l'initiative de cette dernière, admirative de ses écrits.
De suivi, cet échange épistolaire devient passionné.
C'est la période orientalisante de Renée Vivien. S'ensuit un amour, au physique, de rendez-vous clandestins ne se signalant pas par leur fréquence, mais virant au brûlant entre encre et papier.

Liaison achevée avant le départ de Kérimé Turkhan Pacha, qui suit son mari, muté en Russie, par une rupture de la part de Kérimé, la laissant tomber pour une autre amante.

De cette rupture de 1907, Pauline ne se relèvera jamais. Elle tente l'oubli dans le voyage (Hawaï, le Japon...) en compagnie de sa mère.

Puis Pauline sombre dans l'alcoolisme, les drogues dures aussi, et, affaiblie, commence à cumuler les maladies et les pépins de santé, tout en se sous-alimentant, histoire de ne rien arranger. Elle se découvre aussi criblée de dettes.
La suite de la descente passe par deux tentatives de suicide, une dépression en règle et prolongée, et s'achève au trépas, à 32 ans seulement, diagnostic du médecin légiste: congestion pulmonaire.

Bibliographie:

Études et préludes (1901), recueil de poèmes.
Cendres et poussières (1902), recueil de poèmes.
Brumes de Fjords (1902), prose poétique.
Évocations (1903), recueil de poèmes.
Sapho (1903), recueil de traductions et d’adaptations des textes de la poétesse grecque antique Sappho.
Du vert au violet (1903), prose poétique, première signature Renée Vivien.
Une femme m’apparut (1904), roman autobiographique.
La Dame à la louve (1904), nouvelles, réédité aux éditions Gallimard en 2007.
Les Kitharèdes (1904), traductions modernes de huit poétesses grecques.
La Vénus des aveugles (1904), recueil de poèmes.
Une femme m’apparut (1905), nouvelle version de son roman autobiographique.
À l’heure des mains jointes (1906), recueil de poèmes.
Flambeaux éteints (1907), recueil de poèmes.
Chansons pour mon ombre (1907), anthologie poétique publiée sous le nom de Pauline M. Tarn.
Plusieurs proses ironiques et satiriques (1907).
L’Album de Sylvestre (1908), volume d’aphorismes.
Sillages (1908), recueil de poèmes et de prose poétique.
Anne Boleyn (1909), biographie.
Anthologie de ses poèmes en prose après remaniement (1909).
Œuvres intimes inédites : Le papillon de l'âme, publication posthume en 2011.
Dans un coin de violettes recueil posthume de poèmes.
Le Vent des vaisseaux recueil posthume de poèmes.
Haillons recueil posthume de poèmes.

Renée Vivien aurait également entrepris plus de dix ouvrages sous le pseudonyme de Paule Riversdale, sans doute en collaboration, mais dans quelle mesure (?) avec Hélène de Zuylen de Nyevelt de Haar (voir biographie). Quatre, suffisamment achevés, donnèrent lieu à des publications, en 1903 et 1904:
Deux recueils de poèmes:
Vers l'amour (1903)
Echos et reflets (1903)
Et deux ouvrages en prose:
L'être double (Roman ? Poésie en prose ?) (1904)
Netsuké (contes) (1904)

L'œuvre poétique de Renée Vivien a été republiée dans sa quasi intégralité chez ErosOnyx en 4 volumes :
Études et Préludes, Cendres et Poussières, Sapho (2007).
Les Kitharèdes avec le texte grec (2008).
Sapho avec le texte grec (2009).
Poèmes 1901-1910 (2009).

Autres rééditions :
Œuvres poétiques, 1901-1903 (2007) aux éditions Paléo (contient, en fait Études et préludes, Cendres et poussières).

Du vert au violet (2009),
Brumes de Fjords (2010),
Chansons pour mon ombre (2010), aux éditions du Livre unique.



Un site internet: Académie Renée Vivien




Mon avis:

Inventivité, vers ciselés, métrique ajustée, rythme, facilité à jouer de l'évocation des quatre sens, raffinement, érudition solide, habileté à rayonner aussi en prose poétique voire en art romanesque, et émérite en traduction:
Renée Vivien, voilà. Rien que ça !
Sans doute le XXème siècle (trop de violences, trop de factions, trop de dogmes, trop de camps...) n'avait que faire de Renée Vivien ? Peut-être...
Sans compter que le corpus féministe traditionnel a tenu sa postérité à l'écart, bien qu'elle ait publié très tôt dans des revues féministes, alors de première avant-garde, peut-être à cause de sa situation de mondaine fortunée, jugée rédhibitoire (?): je m'abstiens, en tous cas, de reproduire ici une sentence bien revêche de Simone de Beauvoir à l'encontre de Renée.
A moins que ce ne soit sa conversion au catholicisme à l'approche du soir de sa vie, incompatible avec la doxa du XXème, à la suite d'un élan mystique (comme Paul Verlaine, Germain Nouveau, Francis Jammes, etc., pour faire court et pas trop éloigné de son temps), qui lui valut cette absence de relais en notoriété (re-?).

Quoi qu'il en soit:
J'ai trouvé délectable sa traduction de l'Aède de Lesbos, "Sapho" (sic) sans être en mesure de vous assurer si c'est là une référence en la matière, atteignant très vite si ce n'est d'emblée mon seuil d'incompétence.
A propos, son surnom Sapho 1900 lui aurait sans aucun doute déplu, elle qui traduisait ce nom-là Psappha "conformément à quelque orthographe primitive, on rencontre aussi Psapphô chez les Anciens, le a long étant la particularité du dialecte éolien là où d'autres dialectes employaient le ô" nous dit-on dans la préface presque anonyme (signée: l'éditeur) de Sapho.
Ce dernier, tout en indiquant cela, a tout de même préféré titrer la traduction Sapho, dans un pur souci commercial à ce que j'interprète, du coup (?).


Je suis sans mot devant sa production littéraire, énorme à l'aune de la brièveté de son passage terrestre, et de grande qualité, pas vraiment inégale. Il faut briser le mythe de la mondaine aisée, s'adonnant à l'écriture par dérivatif. Plus je lis Renée Vivien, plus je suis convaincu qu'il y a un bourreau de travail acharné derrière tout cela.

Mettons en exergue le charme légèrement ensorcelant de ses écrits, j'insiste sur l'extrême intérêt de ceux-ci hors tout contexte, Renée Vivien mérite mieux qu'une vague position iconique aujourd'hui.
Pour personnage que soit Renée Vivien, sans faire du Contre Sainte-Beuve à l'académie distinguée du bon Marcel, est-il possible de formuler le souhait que le lecteur reçoive ces lectures brutes, les lise pour elles-mêmes, sans aller regarder si l'auteur est listée dans les anthologies, les manuels, les critiques, si elle suscite beaucoup de travaux universitaires, ou encore si elle est citée fréquemment par ses pairs, ou enfin quel est son tirage ?
 
Cet aujourd'hui pourrait être le temps de l'habilitation
Spoiler:
 

Touchant comme un Saxe brisé, pour citer un extrait du Sonnet de porcelaine, son art poétique aux allitérations souvent délicates atteint, très juste et très frais, nos cœurs contemporains:
Que dire de ce Désir (1902, recueil Cendres et poussières) somptueux, achevé, entêtant, balancé à merveille ?
Amour, certes, mais on est, désolé pour l'évidence, dans Eros et non dans Philia ou Agapê. Et un Eros aux limites, il y a du dégoût exprimé, du nauséeux -disons- ce n'est pas la fête du corps et de l'union, la jouissance, le lecteur, qui a pu s'accrocher à un "volupté" central par sa disposition (deuxième vers de la quatrième strophe !), s'y trouve suspendu d'une main dans le vide.

Le rendu, à rimes croisées et à métrique d'horlogerie (paire à douze pieds), est stupéfiant d'animalité, de suggestion. Les mots brisés, agonie, atroce, horreur, morte, sinistre etc... chargent d'un signifiant faix ces vers que je ne trouve pas si symbolistes que ça, non que symboliste soit un défaut, mais histoire de laisser entrevoir que, pour Renée Vivien comme tant d'autres auteurs, la code-barrisation commode est une courte-vue.



Désir

Elle est lasse, après tant d’épuisantes luxures.
Le parfum émané de ses membres meurtris
Est plein du souvenir des lentes meurtrissures.
La débauche a creusé ses yeux bleus assombris.

Et la fièvre des nuits avidement rêvées
Rend plus pâles encor ses pâles cheveux blonds.
Ses attitudes ont des langueurs énervées.
Mais voici que l’Amante aux cruels ongles longs

Soudain la ressaisit, et l’étreint, et l’embrasse
D’une ardeur si sauvage et si douce à la fois,
Que le beau corps brisé s’offre, en demandant grâce,
Dans un râle d’amour, de désirs et d’effrois.

Et le sanglot qui monte avec monotonie,
S’exaspérant enfin de trop de volupté,
Hurle comme l’on hurle aux moments d’agonie,
Sans espoir d’attendrir l’immense surdité.

Puis, l’atroce silence, et l’horreur qu’il apporte,
Le brusque étouffement de la plaintive voix,
Et sur le cou, pareil à quelque tige morte,
Blêmit la marque verte et sinistre des doigts.
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Renée Vivien   Jeu 22 Oct 2015 - 0:04

L'être double
1904, roman (?), sous le pseudonyme de Paule Riversdale.

Vous trouverez ici ce texte, brut, en pdf, mais je ne saurais trop vous conseiller d'encourager le louable effort des éditions ErosOnyx de ré-éditer, récemment, à peu près la totalité des écrits de Renée Vivien en vous procurant ce livre chez eux, par exemple via votre libraire indépendant...

L'histoire:
1900 environ, un mari à tout le moins nuque-épaisse et imbu(-vable), Raoul de Vauriel et sa charmante, délicate épouse Géraldine évoluent sur les bords de la Tamise, puis en France, au milieu de figures figées de second-plan, victoriennement raides et convenues, mais du monde dit beau.
Deux rencontres d'exception jalonnent toutefois leurs séjours: Vivian Lindsay, américaine, c'est elle qui tient la lyre ici et c'est donc un personnage de prime importance, semblant croiser au-dessus du soleil quand la société des êtres humains se débat dans ses amibes...
C'est elle l'initiatrice, et la référence, en matière poétique, introduisant en particulier force japonisme.
L'autre est Natacha, Russe, fauchée mais se cramponnant au monde, voyant en Raoul une proie fructueuse en termes de revenus, et tombant amoureuse de Géraldine...

Géraldine comme, bien sûr, Vivian Lindsay (voyez le prénom !) sont des avatars de Renée Vivien elle-même, du moins est-ce là mon interprétation.

L'intérêt:
Ce livre (roman ?), écrit en français, est constellé de poésies, et le tour de force est que toutes sont données dans chacune des langues originales, puis traduites par Renée Vivien elle-même, directement, sauf une, en arabe, pour laquelle Vivien précise s'appuyer sur une traduction anglaise (poème d'Omar Khayyam). Ce qui suppose une certaine maîtrise, outre de l'anglais mais c'est sa langue natale, de l'italien, et surtout du japonais.

S'ajoute à cela une partie poétique de Vivien elle-même, et, quant à la prose, il s'agit de prose poétique bien tournée, qui me fait penser à de l'impressionnisme, s'il avait eu un prolongement en littérature.
Un exemple, peut-être, ce sera moins malhabile, plus illustratif:
Citation :
Dans la solitude des bleus après-midis, elle tenta inutilement de déchiffrer ce visage évoqué.

Parfois, elles s'en allaient ensemble sur l'eau miroitante, où se révulsaient d'étranges paysages, pareils aux réfractions d'un cristal brisé.
Natacha possédait le don merveilleux du silence. Elle savait le charme et le pouvoir des songes taciturnes. Les rares paroles qu'elle modulait par les soirs ambigus enveloppaient Géraldine plus légèrement que des tissus d'araignée.

"La Tamise inspire la paix ou la mélancolie, soupira-t-elle un jour, la mélancolie, lorsqu'on y promène une méditation solitaire, la paix, lorsqu'on est deux à l'aimer."

Et son regard brûla le visage de Géraldine.

"La Tamise est un fleuve perfide, malgré le calme de son flot, répondit la jeune femme, évasive, un peu tremblante. Ses algues sont redoutables. Elles emprisonnent d'une étreinte mortelle."

Natacha contempla anxieusement les tiges fluides qui émergeaient de l'eau.

"Jamais je n'ai vu d'algues fluviales aussi longues ni aussi vigoureuses, s'inquiéta Géraldine. Elles me glacent d'un malaise qui touche à l'épouvante.
- Une seule chose m'épouvante, c'est le souvenir, frémit Natacha."  

Cela permet, accessoirement, de dégager quelques racines ou points d'appuis, de références disons, qui sont utiles pour mieux appréhender Renée Vivien, Poète. On va voir que c'est un drôle de cocktail, en égrenant les noms:

Swinburne, Shakespeare, Omar Khayyam, - passons sur Baudelaire, deux strophes mises là pour les critiquer derechef, Vivien a aimé avec passion puis rejeté avec tout autant de passion Baudelaire, pour cause de misogynie (pyscho)pathétique - Dante, (nombreux) poètes parfois anonymes japonais, dont Onono Komachi, Tchiyo-no-Kaya Seï Shonagon (selon la note de l'éditeur), Shelley, A. de Vigny, Milton, Keats, Browning, Goethe, Coleridge. Les auteurs de ces poèmes ou extraits ne sont pas logés à la même enseigne, certains revenant souvent, d'autres figurent là une seule fois.

Se développe au gré des pages le thème de l'androgynie, comme être supérieur, l'homme, bourdon ou bourreau, et bien sûr un certain saphisme idéalisé sans doute -se rapporter au contexte poétique-.  
Une courte phrase illustrative de l'androgynie/être supérieur ?
Citation :
Miss Gwen les contemplait à l'écart, de ses yeux purs de chevalier chrétien.

Il y aurait matière, à mon humble avis, pour une mise en scène de cet ouvrage, par un génie inspiré, du domaine du théâtre ou même mieux -osons- de l'Opéra contemporain.

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MessageSujet: Re: Renée Vivien   Jeu 22 Oct 2015 - 7:15

Sigismond a écrit:
Vous trouverez ici ce texte, brut, en pdf, mais je ne saurais trop vous conseiller d'encourager le louable effort des éditions ErosOnyx de ré-éditer, récemment, à peu près la totalité des écrits de Renée Vivien en vous procurant ce livre chez eux, par exemple via votre libraire indépendant...
Il doit falloir être dans le bon état d'esprit pour essayer. sinon ces éditions ça arrache moins les yeux que le site web de l'éditeur ou pas ?

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Sigismond
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MessageSujet: Re: Renée Vivien   Jeu 22 Oct 2015 - 9:30

Laughing  Je ne suis pas allé sur le site de l'éditeur, mais en ce qui concerne les objets (livres) je te garantis qu'ils sont de facture on ne peut plus habituelle, je vais même jusqu'à totalement banale, pas de quoi hérisser un poil de Panda !

Ici un exemple d'une veine nettement symboliste, par ex. dans un vers comme:
"Leurs cheveux emmêlés pleurent le sang des vignes".
Il y a cet écœurement comme une ambiance, et le poids que Vivien sait asséner à ses vers en quelques qualificatifs opportunément disposés.
Et toujours ces douze pieds et rimes croisées.



Bacchante triste

Le jour ne perce plus de flèches arrogantes
Les bois émerveillés de la beauté des nuits,
Et c'est l'heure troublée où dansent les Bacchantes
Parmi l'accablement des rythmes alanguis.

Leurs cheveux emmêlés pleurent le sang des vignes,
Leurs pieds vifs sont légers comme l'aile des vents,
Et la rose des chairs, la souplesse des lignes
Ont peuplé la forêt de sourires mouvants.

La plus jeune a des chants qui rappellent le râle :
Sa gorge d'amoureuse est lourde de sanglots.
Elle n'est point pareille aux autres, - elle est pâle ;
Son front a l'amertume et l'orage des flots.

Le vin où le soleil des vendanges persiste
Ne lui ramène plus le généreux oubli ;
Elle est ivre à demi, mais son ivresse est triste,
Et les feuillages noirs ceignent son front pâli.

Tout en elle est lassé des fausses allégresses.
Et le pressentiment des froids et durs matins
Vient corrompre la flamme et le miel des caresses.
Elle songe, parmi les roses des festins.

Celle-là se souvient des baisers qu'on oublie...
Elle n'apprendra pas le désir sans douleurs,
Celle qui voit toujours avec mélancolie
Au fond des soirs d'orgie agoniser les fleurs.
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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Renée Vivien   Jeu 22 Oct 2015 - 17:32

bonjour

Cela valait le coup d'attendre. Il ne me reste plus qu'à chercher sa poésie...

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Sigismond
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MessageSujet: Re: Renée Vivien   Ven 23 Oct 2015 - 23:36

Merci Arturo, il y en a quelques-unes disponibles sur la Toile.

Je suis, d'ailleurs, curieux de ce qu'un regard aiguisé comme le tien appréciera (ou pas) de ses lignes mélodiques, de ses judicieux placements de spondées (vraiment au service de l'effet poétique à produire, sans balourdise), des iambes utilisées (peut-être une influence de l'étude du Grec ancien, je ne sais ?) et même de la prosodie en général:
Oui, je ne dissimule pas mon enthousiasme.

Je n'ose rêver que certains Parfumés éclairent un peu la valeur de son (autre) travail de traductrice (ou, au contraire, le fait que c'est assez quelconque, s'il y a lieu d'émettre cet avis).

Spoiler:
 





Poème d’amour, recueil "Les Kitharèdes" (1904)

La façon dont la première strophe se mire dans la dernière "arrondit" l'ensemble, et c'est un exercice difficile si l'on souhaite éviter la trop simple figure de style -et la vacuité qui s'y attache souvent. Mais là, les quelques mots, petites variantes de rien en apparence, procurent une effluve de subtilité qui se laisse volontiers flairer.

En fait, pour tout vous dire, c'est presque la double césure du troisième vers de la seconde strophe qui me gêne, il "casse" un peu la diction, laquelle perd en fluidité (ou alors je n'ai pas trouvé le ton juste), comme en harmonie.

Pourtant, sur cette strophe-là, peut-être pour atténuer ce vers dont elle ne souhaitait se défaire (? Simple hypothèse de ma part), Renée Vivien a souhaité "blinder" avec ces trois "T" durs en tête de vers (Tes, Tu, Ton).

Mon vers préféré ?    
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres,
"Bleu" longue syllabe lourde sourde, contraste avec le scintillant et léger minuits au niveau duquel tombe la césure, le côté translatif de "à travers" sur l'objet par excellence de l'au-delà (du regard), les fenêtres.
Les "è" de travers et fenêtres sonnent avec le "tr" allitératif de "travers" et "fenêtres" pour suggérer le passage: Limpide, basique, efficace.
Question: pourquoi faire tarabiscoté ou empesé quand on peut suggérer autant avec si peu ?  


Poème d’amour


O toi qui savamment jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres,
Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des parfums et de l’heure et des rires champêtres.


Le soleil blondissait tes cheveux d’un long rai,
Tes prunelles sur moi dardaient leur double flamme;
Tu m’apparus, ô nymphe ! et je considérai
Ton visage de vierge et tes hanches de femmes.


Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des ombres et de l’heure et des rires champêtres,
O toi qui longuement jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres.


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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Renée Vivien   Sam 24 Oct 2015 - 9:58

De ce que tu nous proposes, je le la trouve plutôt classique. Presqu'un lyrisme romantique. Son symbolisme paraît un peu léger non ?

J'aime beaucoup ces deux vers :

Ô frissons de ta nuque où brûlait mon haleine ! (Sonnet de porcelaine)

Leurs cheveux emmêlés pleurent le sang des vignes, (Bacchante triste)


En tout cas la pureté, et la "simplicité" de ses vers sont deux très grandes qualités. Très agréable.

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MessageSujet: Re: Renée Vivien   Sam 24 Oct 2015 - 16:48

ArturoBandini a écrit:
De ce que tu nous proposes, je le la trouve plutôt classique. Presqu'un lyrisme romantique. Son symbolisme paraît un peu léger non ?

Tout à fait, symboliste est un épithète accolé par la plupart des exégètes, commentateurs et préfaciers rencontrés au hasard de la Toile et des éditions en format livre: mais tu as pu voir que je trouvais cela outrancier de simplisme, réducteur.

L'éclairage sur le romantisme, à fort ascendant britannique mais aussi légèrement germanique, le "tilt", m'est venu de la lecture de L'Etre Double et de la sélection de poèmes enchâssés-là puis traduits, des auteurs comme Swinburne, Shelley, de Vigny, Milton, Keats, Browning, Goethe, Coleridge...
Il y a aussi ce côté dandy-décadent (baudelairien ?), assez prégnant je trouve (et ça tombe bien, j'apprécie !).
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MessageSujet: Re: Renée Vivien   Dim 25 Oct 2015 - 23:03

Sigismond a écrit:





Mon vers préféré ?    
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres,
"Bleu" longue syllabe lourde sourde, contraste avec le scintillant et léger minuits au niveau duquel tombe la césure, le côté translatif de "à travers" sur l'objet par excellence de l'au-delà (du regard), les fenêtres.
Les "è" de travers et fenêtres sonnent avec le "tr" allitératif de "travers" et "fenêtres" pour suggérer le passage: Limpide, basique, efficace.
Question: pourquoi faire tarabiscoté ou empesé quand on peut suggérer autant avec si peu ?  



Je commence à comprendre ce qui fait que je ne goûte pas assez la poésie. Merci de nous dire comment tu lis ces vers. Il faut vraiment lire très doucement, en détachant les mots (comme si on les lisait pour la première fois ?).
Toujours en quête du "truc" au-dessus, je ne prends pas le temps de lire de cette façon et je rate sans doute beaucoup de choses.

J'arrive malgré tout à reconnaître que les poèmes publiés ici retiennent l'attention.

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MessageSujet: Re: Renée Vivien   Lun 26 Oct 2015 - 18:14

Oui, lire doucement, à voix basse/haute, dans un murmure, scandé ou dans sa tête, et faire toutes les liaisons, même celles qui ne semblent pas naturelles a priori. Il faut prendre son temps, c'est un peu comme la philo... L'approche de l'escargot. zen

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MessageSujet: Re: Renée Vivien   Lun 26 Oct 2015 - 23:20

Pas sûre que ce soit comme la philo... celle-ci est plutôt synthétique tandis que la poésie est beaucoup trop analytique à mon goût.

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J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
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MessageSujet: Re: Renée Vivien   

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Renée Vivien
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