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 Voyageurs excentriques ?

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Chamaco
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MessageSujet: Voyageurs excentriques ?   Voyageurs excentriques ? EmptyJeu 22 Oct 2015 - 11:45

Ce fil pourrait être l’occasion d’ouvrir sur les voyageurs et voyages sortant de l’ordinaire, anecdotes, relations succintes de voyage, chemins s’éloignant des sentiers balisés du tourisme ordinaire (qui n’est bien sur pas à négliger), perceptions différentes du voyage.
Ainsi pour revenir sur le livre de Keay, ce passage de conseils donnés par le chevalier de Walton ou Waterton autre personnage-voyageur étudié par Keay, propriétaire anglais de Walton Hall et de terres en Guyane anglaise, descendant d’une des plus vieilles familles d’Angleterre dont le nom est cité dans Richard II de Shakespeare, et comptait sept têtes couroinnées et autant de saints dont Saint-Louis de France et Thomas More jusqu’au règne d’Henri VIII avant l’arrivée de la famille d’Orange, mais revenons aux conseils, ainsi :
«Laissez donc derrière vous tous vos mets raffinés, vos bouteilles de vin, votre épicerie fine ; choisissez seulement ce qui sera indispensable à votre confort et à la réussite de votre projet ; pour le poisson ou le gibier, il faudra vous en charger vous même, ou le faire prendre par votre guide indien. Une couverture teinte, longue de quatre mètres, large de trois, avec des anneaux agrafés sur chaque côté, vous rendra les plus grands services : en quelques minutes, vous pourrez la suspendre entre deux arbres et obtenir un toit. Sous cet abri improvisé, dans votre hamac, vous dormirez sans vous soucier des pluies battantes ni des rosèes nocturnes. Un chapeau, une chemise et une paire de pantalons en toile fine : voilà tout ce qu’il vous faut. L’habitude vous apprendra vite à marcher d’un pas léger, pieds nus, sur un terrain crevassé par endroits, et à passer sans vous écorcher au milieu des ronces. Le jeune imprudent qui vient tituber dans le hall de Drury Lane, après un souper consacré à Bacchus, s’expose à une ruine, à une déliquescence et à des maladies plus certaines qu’un homme voyageant, une année entière, parmi les terres sauvages de Demerara».
Marcher pieds nus lui causa des mésaventures, ainsi un jour il marcha sur un pieu et resta trois semaines alité, risqua l'amputation et "se soigna avec des cataplasmes de bouse de vache fraîche portée à ébullition"il aurait espéré que des chauves souris "vampires" lui fassent des saignées mais celles ci n'étaient que fructivores, voilà un original bien singulier Laughing
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MessageSujet: Re: Voyageurs excentriques ?   Voyageurs excentriques ? EmptyJeu 22 Oct 2015 - 13:50

Mungo Park

Voyageurs excentriques ? Mungop10

"Mungo Park naît à Foulshiels (Selkirkshire, Écosse) le 20 septembre 1771.

Jeune chirurgien, il est engagé sur le Worcester pour un premier voyage qui le mène à Sumatra. Il en tire une description qui lui vaut d'être engagé par l'African Association pour reconnaître la région du Niger, en Afrique occidentale. C'est ainsi qu'à 24 ans, en 1795, il part tout seul en mission en Afrique.

Il remonte le fleuve Gambie, au milieu du Sénégal actuel, jusqu'à l'ultime poste britannique, à 200 miles en amont. De là, il s'engage vers l'intérieur seulement accompagné de deux serviteurs noirs. Les péripéties foisonnent. Ainsi est-il capturé par un chef maure et réussit-il à s'enfuir au bout de quatre mois."

Source

Voyage dans l'intérieur de l'Afrique de Mungo Park
Présentation de l'éditeur
En 1795, l'African Association de Londres commandite un jeune Écossais de vingt-quatre ans ayant " une formation médicale et des connaissances en histoire naturelle " pour entreprendre un voyage de prospection à l'intérieur des terres africaines. Ce jeune Écossais se nomme Mungo Park. Ce qu'il voit en amont du fleuve Gambie, dans les territoires du Sénégal et du Mali actuels, nul autre homme ne le verra jamais plus ; et c'est pourquoi son récit de voyage demeure à la fois un document unique sur les prémices de l'esclavagisme mercantile britannique et américain et un legs ethnographique irremplaçable. À mesure qu'il avance à l'intérieur des terres, Park découvre une Afrique industrieuse, commerçante et souveraine, formée d'innombrables États indépendants et jaloux ; un espace historique dense et prospère que la présence coloniale dénaturera de tragique façon, interrompant les échanges entre royaumes, démantelant le commerce, délaissant ou déviant l'agriculture, rabattant cruellement les populations autochtones sur les zones côtières de mise en valeur. C'est cette Afrique jadis active et souveraine, cette Afrique insoupçonnée des petits monarques devenus par la force des choses d'âpres esclavagistes, que le Voyage de Park restitue sans complaisance.
Biographie de l'auteur
Mungo Park (1771-1806). Tout jeune chirugien, d'origine écossaise, il voyage à bord du Worcester jusqu'à Sumatra, avant d'être engagé par Sir Joseph Banks, de l'Association pour la promotion de la découverte de l'intérieur de l'Afrique, pour se lancer dans une première expédition de près de deux ans. Il repartira pour le Niger en 1805, où il disparaitra dans un naufrage. Il reste le premier Européen à s'être aventuré aussi profond en Afrique noire.


Voyageurs excentriques ? 61rvzv10

p.s : Banks, encore lui, cet homme aura côtoyé tous les explorateurs de son époque, se rappeler James Cook dont il fut du premier voyage, il aida auss Thomas Manning...
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MessageSujet: Re: Voyageurs excentriques ?   Voyageurs excentriques ? EmptyVen 23 Oct 2015 - 14:37

Le cas de Joseph Wolff :
Fils de rabbin il se convertit pour la religion catholique avec la ferme intention de convertir les juifs à cette religion, il finira par rejoindre l'église anglicane, passages :
"Deux ans plus tard, en 1821, il s'embarqua pour la Méditerranée, emportant avec lui une malle entière de bibles, afin d'entreprendre la conversion des Juifs. Ses prédécesseurs avaient causé à la Société de cruelles déceptions. L'un d'entre eux était devenu musulman, l'autre voleur, un troisième pickpocket et le quatrième mercenaire. Wolff avait la ferme intention de faire mieux et il commença vaillamment sa mission parmi les grandes communautés juives de l'Est méditerranéen. Entre Le Caire et Antioche, il n'y a guère de ville où il n'ait proclamé les mérites du christianisme{......] Il pensa alors qu'il serait plus facile de continuer au sein des communautés plus restreintes, et moins sophistiquées, qui étaient dispersées à travers la Mésopotamie, la Perse et l'Asie centrale.[.....], il s'embarqua pour un voyage qui le mènerait à travers la Terre entière."
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MessageSujet: Re: Voyageurs excentriques ?   Voyageurs excentriques ? EmptyVen 23 Oct 2015 - 20:59

merci Chamaco tu me donnes des envies.

cependant le fil est intitulé John Keay, tu y amènes des intrus ? sourire

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Dernière édition par Bédoulène le Sam 24 Oct 2015 - 7:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Voyageurs excentriques ?   Voyageurs excentriques ? EmptyVen 23 Oct 2015 - 21:14

Bédoulène a écrit:
merci Chamaco tu me donnes des envies.

cependant le fil est intitulé John Keay, tu y amènes des intrus ? sourire

le livre de Keay porte sur les voyageurs excentriques, j'y ajoute d'autres du même genre, penses tu qu'il faille changer le titre..?
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MessageSujet: Re: Voyageurs excentriques ?   Voyageurs excentriques ? EmptySam 24 Oct 2015 - 7:30

certes Chamaco !

Kenavo a déplacé ton fil dans ce domaine, mais pour Keay ; Topocl choisira peut-être d'en faire un fil spécial "Voyageurs excentriques" où tu pourras continuer à y ajouter d'autres auteurs, comme tu l'as fait ! et personnellement si tu comptes les commenter, ce que j'espère sourire un lien pourra être fait vers le fil d'auteur.

à voir donc

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MessageSujet: Re: Voyageurs excentriques ?   Voyageurs excentriques ? EmptySam 24 Oct 2015 - 13:47

Bédoulène a écrit:
certes Chamaco !

Kenavo a déplacé ton fil dans ce domaine, mais pour Keay ; Topocl choisira peut-être d'en faire un fil spécial "Voyageurs excentriques" où tu pourras continuer à y ajouter d'autres auteurs, comme tu l'as fait ! et personnellement si tu comptes les commenter, ce que j'espère  sourire  un lien pourra être fait vers le fil d'auteur.

à voir donc

pour moi je suis ok pour un film "voyageurs excentriques"...J'en ai d'autres en vue et j'étayerai pas des bios, des extraits de bouquins etc...
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MessageSujet: Re: Voyageurs excentriques ?   Voyageurs excentriques ? EmptySam 24 Oct 2015 - 13:48

si les voyageurs ne sont pas dans le bouquin c'est un peu chiant quand même. en fait ça risque de devenir (devient ?) un énième fil fourre tout avec finalement surtout rien dedans. tristesse et dépit !

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MessageSujet: Re: Voyageurs excentriques ?   Voyageurs excentriques ? EmptySam 24 Oct 2015 - 14:17

Sur que vu ce que tu viens d'écrire cela ne donne pas envie de chercher à agrémenter un fil.. Je vais donc tranquillement ronronner dans les rails du forum pour pas devenir "chiant" et ne "rien mettre dedans"...C'est vraiment désolant la négativité..lire est plus agréable...Bonne journée..
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MessageSujet: Re: Voyageurs excentriques ?   Voyageurs excentriques ? EmptySam 24 Oct 2015 - 14:20

poster tout ce qui passe sous la main et comme ça vient ce n'est pas forcément "agrémenter". jypeurien

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MessageSujet: Re: Voyageurs excentriques ?   Voyageurs excentriques ? EmptySam 24 Oct 2015 - 14:26

négatif, je ne poste pas tout ce qui me passe dans les mains, je me réfère à des bouquins que je recherche, qui ont pour lien le voyage et plus particulièrement l'étrangeté et l'excentricité des voyageurs à des époques où voyager était rare. Visiblement on n'a pas la même vision des choses et de la vie, il vaut mieux donc que nous en restions là et ne surtout rien changer...
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MessageSujet: Re: Voyageurs excentriques ?   Voyageurs excentriques ? EmptySam 24 Oct 2015 - 14:34

ce n'est pas non plus comme si on avait commencé à parler de ce genre de truc hier c'est sûr...

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MessageSujet: Re: Voyageurs excentriques ?   Voyageurs excentriques ? EmptyLun 26 Oct 2015 - 15:57

Le voyageur le plus excentrique dont j' ai entendu parler est l' écrivain Raymond Roussel qui vécut dans la première moitié du 20e
siècle.
L' auteur était très novateur et compte toujours des fidèles inconditionnels. De lui, j' ai lu Locus solus. J'avais 17 ou 18 ans et je me
suis ennuyé. Mais il faudrait peut etre que j' essaie à nouveau.


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MessageSujet: Re: Voyageurs excentriques ?   Voyageurs excentriques ? EmptyLun 26 Oct 2015 - 16:02

RAYMOND  ROUSSELL


« Il faut encore que je parle ici d’un fait assez curieux. J’ai beaucoup voyagé. Notamment en 1920-21, j’ai fait le tour du monde par les Indes, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les archipels du Pacifique, la Chine, le Japon et l’Amérique. (Pendant ce voyage, je fis une halte assez longue à Tahiti, où je retrouvai encore quelques personnages de l’admirable livre de Pierre Loti.) Je connaissais déjà les principaux pays de l’Europe, l’Égypte et tout le nord de l’Afrique, et plus tard, je visitai Constantinople, l’Asie Mineure et la Perse. Or, de tous ces voyages, je n’ai jamais rien tiré pour mes livres. Il m’a paru que la chose méritait d’être signalée, tant elle montre que chez moi l’imagination est tout. »


Ces lignes, extraites de Comment j’ai écrit certains de mes livres, ouvrage posthume de Raymond Roussel qui paraîtra bientôt aux éditions Alphonse Lemerre, et dont La Nouvelle Revue Française publiera des fragments dans l’un de ses prochains numéros, peuvent de prime abord susciter un certain étonnement : comment un écrivain et voyageur tel que le fut Roussel, si épris d’étrangeté et d’exotisme, auteur de livres pourvus de titres (il est vrai, plutôt paradoxaux) tels qu’Impressions d’Afrique et Nouvelles impressions d’Afrique, a-t-il pu ne rien mêler de ses voyages à son activité d’écrivain ? Quelques documents sur la manière dont voyageait Roussel permettront peut-être de résoudre la question.

L’un des premiers voyages qu’ait fait Roussel est la croisière aux Indes qu’il effectua, plusieurs années avant la guerre, en compagnie de sa mère. Cette dernière, obsédée par l’idée qu’elle pourrait mourir en route, avait emporté son cercueil. Quant à Roussel, bien avant que le paquebot eût atteint une latitude assez basse pour qu’on pût voir la Croix du Sud, il s’inquiétait de son apparition, interrogeant quotidiennement le personnel du bord, et bien plus préoccupé, semble-t-il, de cette constellation que de toutes les curiosités naturelles ou ethniques qu’il allait voir.

Deux ans après la guerre, il fit le tour du monde seul, sans domestique, n’ayant avec lui qu’une valise contenant quelques effets qu’il renouvelait dès qu’ils étaient usés. De la correspondance qu’il échangea avec une amie dévouée, j’extrais – grâce à l’obligeance de celle-ci – quelques passages qui montrent dans quel esprit il faisait ce voyage.

D’une carte postale en couleurs envoyée de Melbourne et représentant une rue de cette ville très moderne, avec de beaux immeubles et un tramway :


« Melbourne ne te plairait pas car c’est plein de hansom cabs. Moi, je me délecte, car j’adore ce genre de locomotion. J’ai déjà employé le chauffage aux bougies car, ici, j’ai trouvé l’hiver ; pendant la première partie de la traversée, je crois qu’elles auraient fondu sans que je les allume. Comme ma chambre donne en plein nord, j’ai le soleil toute la journée. Il y a des huîtres exquises et comme nous sommes dans les mois sans r, c’est tout à fait la bonne saison. Je me propose de manger un de ces soirs de la soupe au kangourou, c’est une grande spécialité de l’Australie. Les courses de chevaux sont une frénésie. Il y a sept champs de courses à Melbourne et toutes les grandes villes sont à l’avenant ; quant aux petites, elles en ont au moins un. C’est ici la patrie de Melba, son vrai nom est Armstrong et Melba est un surnom tiré de Melbourne. Il y a près d’ici deux stations de bains de mer gui s’appellent Brighton et Menton. C’est bien la peine de venir si loin pour excursionner à Brighton et à Menton, ce que j’ai fait. »


D’une carte postale envoyée de Tahiti et représentant un site océanien classique, des palmiers au bord de la mer :


« À Papeete, j’habite rue de Rivoli juste à l’envers de celle de Paris. Si ma rue de Rivoli manque de Rumpelmeyer, en revanche, on y mange des fruits étonnants. Je suis juste le voisin de la reine et nous sommes en très bons termes. Elle sait très bien le français et est très intéressante quand elle parle de son île. J’ai entendu l’autre nuit des « himénés » ; ce sont des chœurs tahitiens tout à fait étranges et poétiques. »


Alors qu’il naviguait en Océanie, Roussel avait reçu de sa confidente une lettre dans laquelle elle lui disait combien elle l’enviait de pouvoir admirer tant de choses, notamment les couchers de soleil qui devaient être si beaux ! Il lui répondit qu’il n’avait rien vu de tout cela, travaillant dans sa cabine et n’en étant pas sorti depuis des jours.

Durant son tour du monde, Roussel avait si souvent fait et défait sa valise qu’il avait pris en horreur toute espèce de bagage, dont la vue même lui était désagréable. Telle est la raison pour laquelle il se fit construire une roulotte automobile, avec laquelle il se rendit en Italie. Plusieurs communiqués parurent dans la presse à l’occasion de celle randonnée ; en voici un, paru dans Le Matin du 13 décembre 1926 :


« UN CURIEUX RAID EN ROULOTTE. — Paris-Rome et retour par la Suisse et le Mont-Cenis sans quitter un seul jour sa propre demeure, tel est l’étrange record que vient d’établir M. Raymond Roussel dans sa roulotte automobile comprenant tout un luxueux appartement avec salle de bains. Sur son parcours, la roulotte a été visitée à Chamonix par le sultan Moulay Youssef, au château de Moncaliéri par la regrettée princesse Lætitia Bonaparte, et à Rome par M. Mussolini qui en a très attentivement étudié chaque détail. M. Raymond Roussel a été reçu en audience particulière par le pape qui s’est également intéressé à ce curieux genre de tourisme. Comme on le voit, le grand poète de Locus Solus n’est pas moins novateur dans le domaine de la réalité que dans le domaine du rêve. »


Lors de son voyage en Perse, – qu’il effectua par les moyens courants , – Roussel avait à peu près cinquante ans. Depuis un certain temps déjà, il était obsédé par la crainte d’avoir des cheveux blancs ; sur le conseil d’un médecin réputé, deux fois par semaine, il promenait de place en place sur ses cheveux un séchoir à air chaud, le maintenant à chaque endroit jusqu’à sensation de brûlure. Disant que s’il y manquait une seule fois, il cesserait de suivre ce traitement, ayant rompu la « série, » il lui arriva, – dans des endroits où il ne pouvait utiliser l’appareil, qu’il avait emporté avec lui – de le remplacer par des casseroles préalablement chauffées ; une fois même, faute de casserole, il employa une plaque de métal chaude, près de laquelle il dut s’agenouiller.

De Bagdad, il écrivait à son amie :


« L’autre jour, j’ai crevé un pneu à Tyr ; je trouve cela assez élégant. De Beyrouth, j’ai fait des excursions dans le Liban, puis j’ai été à Damas où il y a de la glace à la guimauve extraordinaire ; me voici à Bagdad, le pays des 1001 nuits et d’Ali-Baba, ce qui me fait penser à Lecocq ; les gens ont des costumes plus extraordinaires que ceux des figurants de la Gaîté. Ma chambre donne sur le Tigre ; j’ai visité les ruines de Babylone. »


Et d’Ispahan :


« … En allant à Téhéran, j’ai passé une nuit à Ecbatane, la capitale de Darius et de Xerxès. J’ai fait une excursion à la mer Caspienne, le royaume du caviar. J’espérais en manger de l’extra-frais, mais ce n’est pas encore la saison et celui qu’on m’a donné était un peu salé. Si là j’étais en avance pour le caviar, ici, à Ispahan, je suis en retard pour les roses. La Perse est très curieuse, mais très inconfortable. On peut se croire en 1346 de l’ère chrétienne et non de l’hégire. »


Certaines villes étaient tabou pour lui, celles auxquelles se rattachaient des souvenirs particulièrement heureux de son enfance : par exemple, Aix-les-Bains (où il ne voulait pas même passer en chemin de fer), Luchon, Saint-Moritz, villes dans lesquelles il ne voulut jamais retourner, de peur de gâcher ses souvenirs.

Pendant une période de sa vie, il ne voyagea jamais en train la nuit, souffrant d’angoisse quand il se trouvait sous un tunnel et tenant en conséquence à savoir toujours où il était.

Lorsqu’il mourut à Palerme, le 14 juillet 1933, il était décidé à ne plus revenir à Paris.

De l’ensemble de ces traits, il ressort que Roussel n’a jamais à proprement parler voyagé. Il paraît probable, en effet, qu’à aucun moment il ne fut dupe du métier de touriste, que jamais l’extérieur n’entama l’univers qu’il portait en lui et que, de tous les pays visités, il ne voyait que ce qu’il y avait mis d’avance, éléments en absolue correspondance avec cet univers qui lui était particulier. Son voyage à Tahiti ne fut guère autre chose qu’un pèlerinage à la tombe de l’héroïne de Pierre Loti ; la Perse le fit penser aux opérettes qu’il aimait et les costumes de ses habitants aux chienlits de la Gaîté. Situant par-dessus tout l’Imaginaire, il semble avoir éprouvé pour tout ce qui était théâtre, trompe-l’œil, faux-semblant, un attrait bien plus vif que pour la Réalité ; dans Comment j’ai écrit certains de mes livres, il déclare par exemple que les Nouvelles Impressions d’Afrique n’ont point eu pour point de départ des sites réels, mais que primitivement « il s’agissait d’une minuscule lorgnette-pendeloque, dont chaque tube, large de deux millimètres et fait pour se coller contre l’œil, renfermait une photographie sur verre, l’un celle des bazars du Caire, l’autre celle des quais de Louqsor. »

Comme tout vrai poète, Roussel qui, plus que quiconque, dut se sentir seul au monde, traînait partout avec lui son cortège d’anges et de démons : hantise des astres, amour du luxe et du confort, goût enfantin des friandises, manie des gloires consacrées, des merveilles classées et des noms du Gotha, obsession du vieillissement et de la mort, nostalgie de sa première enfance, et cette angoisse irréductible qui ne l’étreignait pas que sous les tunnels. Où qu’il fût, il se retrouvait toujours identique à lui-même, avec ses habitudes, ses hantises et le regret des premières années de sa vie, bagage qu’il emportait nécessairement avec lui tout comme, allant aux Indes, sa mère avait emporté son cercueil.

Ainsi qu’il le fit en roulotte, Roussel voyagea « sans quitter un seul jour sa propre demeure, » celle – somptueuse et terrible – que lui bâtissait, à travers tous les paysages, son immuable tourment intérieur."

MICHEL LEIRIS


[url=laporteouverte.me/2014/11/17/le-voyageur-et-son-ombre/]laporteouverte.me/2014/11/17/le-voyageur-et-son-ombre/[/url]

J' ai reproduit tout le texte que j' ai trouvé très interessant. B

_____



(in La Bête noire, artistique et littéraire, n° 1, 1er avril 1935)
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MessageSujet: Re: Voyageurs excentriques ?   Voyageurs excentriques ? EmptyLun 26 Oct 2015 - 16:06

Voyageurs excentriques ? Rousse10

La "caravane" avec laquelle Raymond Roussel voyaga.

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