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 Avital Ronell [Philosophie]

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shanidar
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MessageSujet: Avital Ronell [Philosophie]   Mer 2 Déc 2015 - 11:09



Avital Ronell naît à Prague le 15 avril 1952, de parents israéliens, qui émigreront aux Etats-Unis alors que leur petite fille à quatre ans.

Avital Ronell est professeur de littérature comparée à l'Université de New-York, elle se considère comme une disciple de Jacques Derrida avec lequel elle entretint une relation à la fois professionnelle et amicale. Parlant couramment trois langues, l'anglais, l'allemand et le français, elle explore les littératures et la philosophie pour y traquer les éléments de notre quotidien. Ses premiers travaux d'études portaient sur le sida, la télévision, les tests, l'addiction en revisitant les textes de Goethe, Flaubert, Kafka, Nietzsche ou encore Benjamin.

Sa méthode est celle qui porte le nom de : déconstruction, méthode elle-même issue de la French Theory. Elle consiste à prendre les concepts pour ce qu'ils sont au premier abord, c'est-à-dire des mots et à tenter de les identifier, en les faisant traverser plusieurs langues, en recherchant leur étymologie mais aussi la manière dont nous les utilisons au quotidien, puis en les reliant aux écrits de philosophes ou d'écrivains. J'associe son travail à un jeu de lego que l'on peut construire et déconstruire à l'infini pour bâtir de nouveaux lieux de réflexions.

Avital Ronell se considère comme une scandaleuse, une philosophe punk, une anomalie parce qu'elle traque les énigmes de la pensée dans notre quotidien et qu'elle s'attaque à la pensée par ses versants les moins sacrés : la maladie, la télé, les drogues, les guerres, la bêtise, etc.

Bibliographie

2006 Stupidity,
2006 Telephone Book. Technologie, schizophrénie et langue électrique,
2006 American philo: Entretiens avec Anne Dufourmantelle, Page 1
2009 Test drive : La passion de l'épreuve,
2009 Addict : Fixions et narcotextes,
2010 Lignes de front,
2015 Losers : Les figures perdues de l'autorité, Page 1

Citation :
mis à jour le 17/06/2016 page 1

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Dernière édition par shanidar le Ven 17 Juin 2016 - 10:35, édité 1 fois
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shanidar
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MessageSujet: Re: Avital Ronell [Philosophie]   Mer 2 Déc 2015 - 11:15

American philo Entretiens avec Anne Dufourmantelle

Avital Ronell est une philosophe qui pense contre, contre toutes les formes de pensée figée, de pensée sûre d'elle-même, de pensée ordonnée. Pour elle philosopher est un combat et la philosophie elle-même, parce qu'elle n'a (presque) plus de lieux pour se dire est en danger et ce danger est l'expression d'une oppression et d'un complot. Un complot contre, contre la pensée qui cherche, la pensée qui s'autodétruit, la pensée qui explore les régions, les territoires, les corps, les corpus, les discours qui s'attaquent à eux-mêmes.

Ses premiers travaux publiés concernaient le sida, cette maladie qu'elle interrogeait, se demandant si l'apparition du virus n'était pas 'aussi' un symptôme de notre société, le symptôme d'une société s'épuisant elle-même.
A travers ces entretiens, qui abordent les thèmes récurrents des questionnements de Ronell, à savoir le sida (et plus largement les maladies auto-immunes), la technique (à travers le prisme heideggérien : l'essence de la technique pose le plus grand danger à nos futures démocraties), le féminisme, le corps, l'addiction, la littérature, la philologie (pourquoi dans certaines langues certains mots disant l'addiction n'existent pas), la télévision, l'image de soi, la guerre, Avital Ronell balaye le spectre (et ici le mot sonne particulièrement juste) des obsessions qui la travaillent. Elle cherche à dire, dans une langue parfois contrôlée, parfois absconse, souvent violente, ce qui meurent en nous chaque jour par le fait de nos propres renoncements. Elle invente une relecture du monde qui est à la fois (et c'est sans doute le plus éclairant) une invitation à repenser les grands philosophes et les grands littérateurs ( de Nietzsche à Goethe en passant par l'inévitable Derrida) et à mettre cul par-dessus tête nos connaissances et nos affects.

On se doute bien que notre relation à la pensée, aux médias, aux corps, à la justification des guerres, au féminisme n'est pas simple, qu'il peut y avoir une manipulation de l'esprit et que les éléments les plus factuels cachent en général quelques scories bien dégueulasses ; Ronell s'engage à débusquer ses scories et à nous mettre sous le nez quelques vérités ébranlantes.

La richesse de la réflexion laisse pantois et c'est avec infiniment de respect et d'interrogations que le livre se referme sur une voix en colère, une voix qui appelle au soulèvement des esprits et des corps, à la prise de conscience que nous ne sommes pas encore ni des zombies, ni d'inévitables coupables. Un livre qui invite à la rébellion, à l'effort, à la transgression de nos connaissances, nos assurances, cette accumulation d'erreurs, ce confort de l'esprit qui frôle le ridicule et l'autocensure, en un mot la destruction.

Un livre qui permet d'entrer de plein pied dans l'univers foisonnant de Ronell, donne envie de lire ses essais et qui devrait intéresser certains parfumés curieux (coli ??).

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shanidar
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MessageSujet: Re: Avital Ronell [Philosophie]   Mer 2 Déc 2015 - 11:16

J'espère que Hanta n'hésitera pas à alimenter, corriger, transformer ce que je tente de dire puisque c'est lui qui m'a invité à lire Ronell !

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Hanta
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MessageSujet: Re: Avital Ronell [Philosophie]   Mer 2 Déc 2015 - 11:38

C'est un magnifique commentaire qui donne vraiment envie, je n'aurais pas dit mieux. Merci shanidar.
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shanidar
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MessageSujet: Re: Avital Ronell [Philosophie]   Mer 2 Déc 2015 - 17:23

Merci Hanta.

Je reviendrais plus longuement sur ce que dit Ronell du test-drive, après avoir lu le livre qu'elle consacre à notre obsession de la mise à l'épreuve. Mises à l'épreuve à travers les domaines qui nous définissent, qu'il s'agisse du travail, du sport et même de notre rapport au corps. Avital Ronell part du constat qu'avec l'épidémie du sida, le test est devenu une sorte de référence ultime qui prouve qu'un être est sain ou infecté, de la même manière elle pense que le test est devenu programmatique de nos vies, que l'épreuve, la preuve que l'on doit sans cesse montrer nos capacités nous obligent à envisager le monde de manière différente, comme si nous étions toujours 'mis en demeure' de… comme si Le Procès de Kafka envahissait nos existences.

Dans ses entretiens, Avital Ronell fait très souvent le lien entre sa vie personnelle et ses recherches et je suis curieuse de lire si elle propose le même cheminement dans ses écrits plus 'théoriques', et je mets sciemment théorique entre guillemets car Ronell ne part pas de concept, ne parle pas de théorie, mais plutôt de territoires qu'elle explore avec une lampe de poche ou un énorme spot !

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colimasson
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MessageSujet: Re: Avital Ronell [Philosophie]   Mer 2 Déc 2015 - 21:52

Ton commentaire fait très envie !
Malheureusement, ses livres ne courent pas les rues... je vais me procurer par défaut (j'aurais aimé commencer par American philo) le livre Stupidity.

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J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
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shanidar
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MessageSujet: Re: Avital Ronell [Philosophie]   Ven 17 Juin 2016 - 10:53

Losers - Les figures perdues de l'autorité

Ce que je trouve particulièrement intéressant dans le travail de Ronell (outre sa grande liberté d'expression) c'est qu'elle ne se pose pas en philosophe assénant de grands principes qui seraient figés dans le marbre de la pensée. Loin de brandir un concept dans lequel il faudrait plier et ranger toute pensée, Ronell nous propose le chemin inverse : réfléchir autour d'un concept (ici l'autorité) et chercher à savoir et comprendre ce qu'il englobe. Pour cela, la philosophe américaine d'origine juive et tchèque, n'hésite jamais à convoquer ses collègues philosophes (ici Kojève, Arendt, Lyotard…) mais aussi la littérature (de Goethe à Kafka), la psychanalyse avec de nombreuses références à Freud ou Lacan et enfin à notre culture judéo-chrétienne (en particulier le lien entre Isaac et Abraham).

Cherchant à circonscrire son sujet en se fixant pour double objectif d'observer les relations père/fils et ce qu'est l'autorité, Ronell nous avertit qu'elle ne cherche pas à démontrer un principe (qui pourrait être la fin de l'autorité) mais qu'elle cherche à comprendre comment l'autorité existe aujourd'hui et s'il est possible de la définir.

Car la première leçon de ce texte (compliqué mais lisible) est bien de nous faire comprendre que l'autorité est indéfinissable, qu'elle agit plus ou moins entre la tyrannie et l'injustice et qu'elle semble le plus souvent insaisissable. Se référent aux travaux d'Arendt et Kojève, mais aussi aux architectures de la société grecque puis romaine, Ronell se garde bien de nous donner du concept une définition finie mais cherche à en limiter les contours en la confrontant à d'autres concepts.

L'autorité nous échappe dès lors que nous essayons de l'épingler. (p.82)

Pour ma part, la disparition de l'autorité fonctionne comme une figure de la démocratie en crise. Sachant que la nature même de la démocratie est d'être toujours en crise.
[in Test Drive]

S'interrogeant également sur les relations du Père et du fils, l'un représentant l'autorité (ou ce qu'on imagine qu'elle puisse être) et l'autre le 'perdant', Ronell convoque les figures de Faust, de Kafka (avec La lettre au père) et celle plus récente de George W Bush (fils perdant, endossant la dette jamais réglée d'un père guerrier -en Irak- et reproduisant ad nauseam la faute paternelle). On retrouve d'ailleurs dans cette image la complicité complexe qui émane de la relation Abraham-Isaac de la Bible, le premier étant le patriarche sacrificateur et le second l'obscur fils acceptant l'holocauste, préfigurant l'image du Christ. De cette question du 'fils perdant' émane deux pistes de lecture : d'un côté celle de la culpabilité, le fils portant comme un fardeau insurmontable la faute du père et de l'autre la colère ou la haine éprouvé par le fils envers le père perdant, ce qui d'un côté comme de l'autre apporte la même conclusion : tous perdants ! Seul de tous, Kafka semble échapper à cette malédiction en devenant non pas un gagnant mais un 'bon' perdant, celui qui a réussi à détourner la malveillance ou la malédiction paternelle pour la transformer en substance agissante (ici la littérature, l'écriture, etc.).

Mais revenons quand même un instant sur l'apparition de l'autorité, sur l'instant où, après la mort de Socrate, Platon se voit dans l'obligation de donner un sens au crime d'Etat. Alors que jusqu'à présent, l'autorité n'existait pas, que l'idée même de l'Etat n'était régit que par deux entités distinctes : la persuasion et la violence (incarnée par la guerre), Platon doit trouver une légitimation au meurtre de son maître. Il passe donc par le prisme de l'autorité et de ses deux corollaires : la tradition et la religion. Comme si, pour justifier l'injustifiable, il fallait promouvoir l'idée d'une entité supérieure, de quelque chose chapotant l'Homme, l'Etat, les Lois, rendant l'ensemble nécessaire par le seul exercice de sa présence au monde. Telle Loi existe parce qu'elle fait autorité. Au-delà point de salut possible, ni de mise en question.


Pour que l'autorité existe il faut qu'elle s'éprouve et pour cela elle a recours au jugement (trancher est signe d'autorité), mais qui parle de jugement, parle alors de conscience de soi, notion qui amène immanquablement au libre arbitre et donc à Martin Luther qui fut de ceux à donner aux hommes (à travers la religion) cette nouvelle forme intérieure d'autorité. Ronell parle alors d'un Luther qui d'une main donne le libre arbitre et de l'autre ordonne aux paysans d'obéir à l'autorité suprême, au jugement de l'autorité, au Juge.

Du Juge, Ronell ouvre sa réflexion dans un long chapitre sur le foyer de l'autorité au travail de Kojève, tout en s'interrogeant sur le fait qu'elle a choisi Kojève plutôt qu'un autre (Burke, par exemple) ; insistant sur la relation entre Kojève et Leo Strauss, sachant que ce dernier est devenu le chantre du néo-libéralisme (si j'ai bien compris) grâce à son étude de la politique américaine. D'autre part, Kojève qui évacue totalement de son texte sur l'autorité toute référence à Freud et au Père, a lui-même changé de nom, tué le père et en devenant Kojève réinventé son origine (Kojevnikoff). Kojève tente de tracer les contours de l'autorité en lui donnant des formes comme celles de Dieu, du Juge, du Maître (Hegel) ou du Leader et Ronell reprend cette cartographie en confirmant que l'homme a et aura toujours recours à l'autorité au moins pour juguler la tyrannie et la dictature ; l'Autorité est un concept garant de la démocratie (et cela même si le demos tente d'échapper à l'Autorité).

Au final, si vous attendiez de la démonstration d'Avital Ronell la crucifixion pure et simple de l'autorité, vous devrez passer votre chemin, car la philosophe, bien plus subtile dans sa démonstration que ses affirmations punks pourraient le laisser croire, ne se laisse pas submerger par l'idée de transgression des valeurs. Au contraire, loin d'annoncer en feulant la fin de l'autorité, Ronell tente de réinscrire ce concept dans notre quotidien, cherchant à réinjecter en lui les notions positives de protection contre la barbarie et d'ultime ressource face aux politiques qui dérapent.

Je ne reviens pas ici sur les développements passionnants liés à l'enfance (convoquant Goethe, Jean Paul et Lyotard), ni sur ceux entourant Kafka et Lacan. Relisant mot à mot "La lettre au père", Ronell propose une explication de texte à la fois lumineuse, lacunaire et frappante, mettant en jeu l'impuissance de Kafka face à la puissance du Père mais laissant deviner de Kafka qu'il fut finalement ce que nous appellerions 'un bon perdant', trouvant dans son humiliation et son mutisme noblesse et fécondité, terreau nécessaire à sa création.

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Avital Ronell [Philosophie]   Ven 17 Juin 2016 - 17:43

donc il nous faudrait accepter l' article 49.3 comme une autorité protectrice ? diablotin

merci pour ton commentaire détaillé.

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shanidar
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MessageSujet: Re: Avital Ronell [Philosophie]   Ven 17 Juin 2016 - 18:59

Où faire appel à une autorité encore supérieure pour régler le problème !! Twisted Evil

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