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 Karin Boye [Suède]

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animal
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MessageSujet: Karin Boye [Suède]   Mar 5 Jan 2016 - 22:30



Citation :
Karin Maria Boye est une romancière et poétesse suédoise née le 26 octobre 1900 à Göteborg et morte le 24 avril 1941 à Alingsås.

Par son père, Carl Fredrik « Fritz » Boye (1857-1927), Karin Boye est issue d'une famille de marchands allemands immigrée en Suède au milieu du xixe siècle. Sa mère, Signe Liljestrand (1875-1976), est elle issue de la paysannerie aisée. Après Karin, ils ont également deux fils, Sven (1903-1974) et Ulf (1904-1999). La famille déménage à Stockholm en 1909 et s'installe dans le quartier de Huddinge en 1915. C'est là que Karin Boye commence à écrire des vers, des nouvelles et des pièces de théâtre et qu'elle s'essaie à l'aquarelle. Se destinant à l'enseignement, elle entame des études de lettres à l'université d'Uppsala après son baccalauréat en 1920 et décroche son diplôme en 1928. Elle épouse l'économiste Leif Björk l'année suivante.

C'est durant cette période qu'elle publie ses premiers recueils de poèmes : Nuages (1922), Terre cachée (1924) et Les Âtres (1927). Elle rejoint le mouvement socialiste Clarté et s'intéresse à la psychanalyse. En 1931, année de la parution de son premier roman, Astarte, elle fonde la revue d'avant-garde Spektrum avec Erik Mesterton et Josef Rikwin. C'est dans cette revue à l'existence éphémère (1931-1933) que paraît sa traduction du poème The Waste Land de T. S. Eliot. Elle est également élue à l'Académie les Neuf en 1931.

Ses années 1932-1933 sont marquées par un séjour à Berlin où elle fait la connaissance de Margot Hänel, une juive allemande de douze ans sa cadette avec qui elle vit jusqu'à sa mort après avoir divorcé de son mari. Ce voyage en Allemagne est également l'occasion pour elle d'assister aux premières loges à la montée du nazisme, une situation qui lui inspire le roman dystopique La Kallocaïne (1940).

Karin Boye meurt le 23 avril 1941 après avoir absorbé des somnifères dans une intention vraisemblablement suicidaire. Son corps est retrouvé près d'un rocher à Alingsås. Elle est inhumée au cimetière Östra kyrkogården de Göteborg. Sa compagne, Margot Hänel, se suicide à son tour trente-huit jours plus tard, à l'âge de vingt-neuf ans.
source : wikipedia.org

Le fil pour sa poésie est ici




La Kallocaïne (1940)

Que j'ai lu dans la collection Petite Bibliothèque Ombres mais qui a du bénéficier d'une retraduction récente au Mouton électrique. Un livre sur lequel je suis tombé par hasard. Pour lequel j'avais hésité avant de mettre la main dessus plus tard. Ca avait à voir avec la quatrième de couverture qui lue trop vite m'avait laissé à penser que ce roman d'anticipation suivait étrangement de près le "couple". Malgré tout, SF et 1940 c'est difficile de ne pas avoir envie d'y regarder de plus près, et puis les textes proposés dans la collection m'ont rarement ou pas du tout déçu.

La Kallocaïne donc, un titre qui est le nom de la drogue inventée par le chimiste narrateur du roman. Le citoyen-soldat zélé est aussi chimiste et met au point cette substance qui ce qu'on appellerait un sérum de vérité qui une fois injectée pousse le patient-accusé à livrer ses plus intimes pensées.

La force du roman est de nous faire adopter le point de vue du rouage efficace de la machine. L'ingénieur Kall croit dur comme à fer à son Etat Mondial qui big brotherise à tout va et manie l'autocritique aussi bien que le secret et la peur. Un Etat qui se charge de régir tout ce qui peut l'être en échange de quoi et avec quelle guerre perpétuelle en fond ?

Pas de questions de communautés ou de minorités mais des individus qui seraient au mieux définis par leur profession : chimiste, policier, volontaire pour les expériences et vivants dans des villes spécialisées sans réelles localisations mais définies elle aussi par leur fonction, villes de cordonniers ou la "Ville de Chimistes N°4" de notre histoire.

L'ingénieur Kall veut gravir les échelons avec sa découverte, la validation est supervisée par un homme duquel il soupçonne sa femme d'être amoureuse. Ajouter donc à tout ce contexte la jalousie.

Lentement Kall s'enfonce d'un côté obnubilé par ses justifications "pour l'état", pour une notion de force et d'efficacité qui tient de plus en plus du prétexte et surtout qui cohabite difficilement avec la lassitude des sujets et pire encore par ce qui est entrevu et fait défaut. Ce qu'on pourrait appeler un refuge, une confiance, un repos qui est tout ce qu'il appelle de ses vœux dans sa relation avec sa femme et que certains sujets d'expériences semblent découvrir ou redécouvrir. Ce qui évidemment menace la paix et la sécurité. On retrouve donc ce qui est évoqué sur le fil poésie mais noirci par un environnement politique, public, extrême (et extrêmement nocif).

L'imbrication des vies professionnelles, sociales, politiques et intimes est bien menée et la dualité grandissante dans l'esprit de cet homme pour lequel on sait déjà que tout ne s'est pourtant pas déroulé comme prévu est un chemin presque facile à parcourir. Facile parce que cette vision totalitaire est "connue" ou déjà vue, ou très légèrement désuète. Actuel cependant parce que certains argumentaires et raccourcis font toujours certainement recette et troublant parce que cette vision de 1940 ne manquait pas de pertinence (à ne pas forcément réduire à l'Allemagne d'ailleurs) et que ce genre de page ne se tourne peut-être tout simplement pas.

En plus pour moi il y avait le goût de la découverte inattendue alors je ne saurais que recommander cette lecture !

(pour introduire le commentaire une petite image de l'adaptation en mini-série de 1981)
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shanidar
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MessageSujet: Re: Karin Boye [Suède]   Mer 6 Jan 2016 - 10:30

Ce roman a l'air aussi intéressant et mouvementé que la vie de son auteure ! Je vais faire une suggestion d'achat à la médiathèque !!

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colimasson
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MessageSujet: Re: Karin Boye [Suède]   Mer 6 Jan 2016 - 22:13

Ca a l'air bien oui. Tu as des citations ?

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MessageSujet: Re: Karin Boye [Suède]   Mer 6 Jan 2016 - 22:17

je tâcherai d'aller chercher un ou deux extraits prochainement. Wink

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MessageSujet: Re: Karin Boye [Suède]   Ven 8 Jan 2016 - 18:56

extrait alors ?
Citation :
Les héros en herbe sont généralement assez difficiles sur le choix de leur propre sacrifice. Il convient de donner à celui-ci une forme séduisante. On doit écarter les maladies et toutes les façons de mourir qui peuvent présenter un côté ridicule. Montrer le sujet dans un état où il a perdu sa dignité, où il doit recourir à autrui pour ses besoins physiologiques les plus élémentaires n'est admissible qu'aux périodes d'intervalle entre les campagnes de propagande. Et encore faut-il en pareil cas appuyer sur la note comique et donner au film un heureux dénouement. La souffrance ne suscite l'héroïsme que si elle a un aspect digne et qu'on en voie clairement la raison.
Le désir de devenir l'instrument d'un but supérieur, voilà une force motrice sur laquelle on peut compter beaucoup plus que sur l'attraction d'un certain type de héros, car nous savons tous qu'aucune vie individuelle n'a de valeur en soi. Il ne suffit pas qu'une personne soit sauvée par la destruction du sujet - dans ce cas autant se sauver soi-même - ni un petit nombre d'êtres humains mais des milliers, des millions, et de préférence tous les camarades de l'Etat Mondial.

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colimasson
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MessageSujet: Re: Karin Boye [Suède]   Dim 10 Jan 2016 - 21:56

Allez, je note (c'que c'est dur la vie).

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MessageSujet: Re: Karin Boye [Suède]   Mar 26 Avr 2016 - 11:13

Kallocaïne

Deux grands thèmes sous-tendent cet étonnant roman : la vérité et la question du couple ; peut-on connaître l'autre parfaitement ? Peut-on le posséder, le comprendre, le mesurer, le circonscrire ? Certes non. Mais on peut le trahir ou choisir de lui faire confiance. On peut lui mentir et on peut aussi se défier de lui. Quant à l'idée de couple il faut l'envisager de manière élargie en pensant à la fois au couple conjugal mais aussi à celui formé avec son collègue, avec son supérieur hiérarchique et plus loin encore à celui composé avec l'Etat.

Puisque dans la société de l'Etat Mondial, l'individu est au service de l'Etat lequel se doit de le protéger, puisque l'individu doit se consacrer tout entier à la collectivité et combattre violemment ses tendances asociales, individualistes et personnelles (on pense bien sûr aux sociétés communistes visant à l'émancipation de l'individu dans le collectif), il n'est plus question de mentir et tous les hommes se surveillent les uns les autres. Dans cette société hautement soupçonneuse, trouver un sérum de vérité la Kallocaïne est une sorte de révélation étrange, voire désagréable qui consiste à comprendre que tout le monde ment, que tout le monde a quelque chose à cacher : une tendance déviationniste, un désir de solitude, l'envie simplement humaine de pouvoir faire confiance à l'autre et de retrouver dans certains gestes vécus ensemble une sorte de sacralité, l'envie de posséder (y compris ses enfants, son ventre, sa maternité), l'envie d'avoir le choix.

Il est question de tout cela dans ce curieux roman qui m'a un peu fait penser à travers sa rigueur scientifique et sa vision politique à l'écriture de Karel Capek, à la fois sèche et non dénuée d'ironie. Car le personnage de Leo Kall (inventeur de la kallocaïne) au départ fervent militant et croyant de l'Etat Mondial, un peu nerveux néanmoins, mais surtout affreusement orgueilleux (et du coup égoïste, individualiste et très peu sympathique) parvient au fil des pages à se transformer et à croire en un monde nouveau auquel il est sûr de participer par le seul fait qu'il pense.

C'est là, le grand effet du texte : mettre la pensée (et non l'action) au cœur du politique. Dans un Etat militarisé, ultra codifié, dans lequel chaque geste est attendu, seule la pensée peut être dégagée de l'Ordre. Elle seule peut échapper à la boîte dans laquelle les hommes sont rangés et la kallocaïne devient alors un danger véritable contre les pensées les plus secrètes, celles que l'on dissimule à sa femme, à ses enfants, son Chef, ses dirigeants et parfois même son propre Moi.

Alors la question se pose : si ces pensées, auxquelles nul d'entre nous n'échappent, étaient sues, qu'en serait-il de l'Ordre, du libre-arbitre, de la séduction et même du politique ??

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pia
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MessageSujet: Re: Karin Boye [Suède]   Mar 26 Avr 2016 - 16:35

Merci pour ton commentaire!

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bix229
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MessageSujet: Re: Karin Boye [Suède]   Mar 26 Avr 2016 - 16:52

Lisez la poésie de Karin Boye. Vous comprendrez mieux son oeuvre. Après tout, elle se voulait surtout poète.

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