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 Jean de La Ville de Mirmont

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bix229
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MessageSujet: Jean de La Ville de Mirmont   Dim 11 Nov 2012 - 21:45



Citation :
Jean de La Ville de Mirmont, né à Bordeaux le 2 décembre 1886 et mort pour la France le 28 novembre 1914 ou 29 novembre 1914 à Verneuil sur le Chemin des Dames, était un poète et homme de lettres français. Il est le fils de Henri de La Ville de Mirmont.

source

Œuvres

"Ses œuvres principales sont :

   Les Dimanches de Jean Dézert, 1914, roman inspiré en partie par sa carrière de fonctionnaire (réédition chez Quai Voltaire, 1994, avec une préf. de Dominique Joubert et à La Table Ronde, 1998, avec une préface de François Mauriac).
   L'Horizon chimérique, recueil de poèmes posthume, dont le célèbre "Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte", mis en musique par Gabriel Fauré (L'Horizon chimérique), et plus récemment par Julien Clerc (sur l'album Si j'étais elle).

En 2008, les éditions Grasset ont repris ces deux œuvres, suivies des Contes, dans la collection "Les Cahiers rouges".

Enfin, l'intégrale de son œuvre, y compris sa correspondance, a été éditée par Michel Suffran :

   Jean de la Ville de Mirmont, Œuvres complètes, éditions Champ Vallon."

Source Wikipédia

Je rajoute  :

- Le Grand voyage : Poèmes

- Lettres du guerre

Je pense que ces titres figurent dans les Œuvres compèltes. B.



Jean de La Ville de Mirmont : Les Dimanches de Jean Dézert. - La Table ronde/La Petite vermillon

Après le trè remarquable livre de Louis Chadourne : Le Pot au noir. - la Table ronde/La Petite Vermillon, un autre auteur, tout aussi remarquable et, lui aussi, victime de la guerre de 14-18, Jean de La Ville de Mirmont, mort à 27 ans, en 1914 et qui nous laisse un livre unique.

Jean Désert porte bien son nom. En tout cas c' est ainsi que Mirmont nous le présente.

"Ce jeune homme, appelons le Jean Dézert.
A moins de le bousculer au passage, vous ne le distinguerez pas de la foule, tant il est vetu d' incolore... Le dimanche, c' est toute la vie de Jean Dézert. Il apprécie ce jour que si peu de personnes comprennent...


Sa famille, son passé ?

Jean Dézert ne parle jamais de sa famille. J' ai su qu' il vit le jour dans une grande ville du Sud-Ouest. Son père occupait l' emploi de sous-directeur de l' usine à gaz. De l' autre coté de la rue, il y avait le cimetère protestant. Il a plu des escarbilles sur une enfance bornée par un horizon de cyprès... Ce renseignement nous aiderait à comprendre la patience et la résignation de son ame, la modestie de ses désirs et la paresse triste de son imagination...
Ses yeux ne quittent pas la terre, ses regards ne s' élèvent pas au dessus de ce monde, où si certains sont acteurs et d' autres spectateurs, lui n' est que figurant.


On l' a compris, Jean Dézert est un résigné, et sa vie n' est qu' attente.

Toute la semaine, il attend le dimanche. A son ministère parisien, - le ministère de l' Encouragement au Bien - il attend de l' avancement, en attendant la retraite. Une fois retraité, il attendra la mort. Il considère la vie comme une salle d' attente pour voyageurs de troisème classe... Un employé lui dira lorsque le convoi partira ; mais il ne sait pas encore vers quelle station.

Son existence est vide comme les notes qu' il consigne chaque soir sur son agenda.

A la page : 10 octobre, Saint Paulin, il note : Néant. Puis il fume une cigarette, n' ayant rien de mieux à faire avant de s' endormir.

Un jour, il découvre sous l' entassement de bouquins d' un marchand des quais.

Un maigre volume imprimé à Londres, au 18e siècle, intitulé La morale de Confucius. Philosophie de la Chine. Il l' ouvrit au hasard et lut quelques maximes. Jean Dézert gouta le sens et l' à propos des conseils qui correspondaient avec les principes directeurs de sa vie morale et ses conceptions du monde :

"Lorqu' on ne peut apporter à un mal aucun remède, il est inutile d' en chercher."

Il n' en fallait pas moins pour qu' il achetat l' ouvrage et le plaçat chez lui sur sa table de nuit, entre le bougeoir et le flacon d' eau de fleur d' oranger.

Un dimanche il décide de consacrer la journée entière à se distraire, mais utilement. Il suivra les conseils des prospectus qu' on lui a donnés dans la rue. Le matin, il prend d' abord un bain chaud aux Piscines d' Orient. Puis il se fait couper les cheveux dans un Lavatory rationnel. Il déjeune ensuite dans un restaurant végétarien et antialcoolique. Puis il consulte une voyante d' une clairvoyance extraordinaire, Mme Thérésa de Haarlem. Il va ensuite dans un cinématographhe où il s' endort. Il dine au champagne aux environs de la Barrière du Trone et termine sa soirée en écoutant une conférence gratuite, avec auditions musicales, près de la Gare du Nord. Telle est la vie de Jean Dézert. De dimanche en dimanche.

Sa vie, elle pourrait ainsi couler sans heurt jusqu' à la retraite et à la mort. Mais un jour, oh surprise, il rencontre une jeune fille au Jardin des Plantes et il ose l' aborder devant la fosse des ours blancs auxquels elle offres des miettes de biscuits.

- A tout prendre, dit alors Jean Dézert, afin de lier conversation, les ours blancs des neiges sont moins féroces que l' ours gris des montagnes Rocheuses et, certes moins dangereux que l' orang-outang de Bornéo.

La jeune fille, elle se nomme Elvire, et ils se promènent en échangeant des propos qui n' engagent en rien. Ils se revoient pourtant, se promènent encore. Ou ils se voient en tout bien tout honneur, dans l' appartement bas de plafond de Jean. Un jour, Elvire décide -c' est elle qui décide- qu' ils pourraient se fiancer, qui sait meme...se marier. Jean D accepte la chose à sa façon à lui, résignée. Jusqu' au moment fatal où, "le regardant en face pour la première fois," l' inconséquente Elvire, remarque qu' il a le visage trop long. Plus question de mariage voilà la jeune fille en pleurs. Jean D. n' est pas étonné. Il s' en doutait un peu, figurez-vous.

Mais pour mettre de l' ordre dans sa vie, il décide : 1, de faire la fete. 2, de se saouler, 3, de se suicider. Les deux parties du programme remplies, reste le suicide.

Lorque Jean D. se résolut à se suicider, il choisit un dimanche afin de ne pas manquer au bureau...Il dina sur les boulevards et s' attarda ensuite dans un café à tziganes. Les valses lui donnaient envie de se balancer, sans raison, dans l' oubli des choses... A minuit, il gagna le pont de de l' Archeveché. Voici la Seine, pense-t-il. Le fleuve s' amuse tout seul entre ses quais d' aplomb, tristement, à petits clapotis...

Deux chalands sont amarrés, l' un près de l' autre. Une corde grince par instants.

- Chalands, pense Jean D., je vous comprends. Vous passez votre existence rectiligne dans ces canaux étroits. Vous attendez devant les écluses. Vous traversez des villes, comme de vrais navires. Vous me ressemblez, somme toute. Vous n' irez jamais jusqu' à la mer.
Puis il releva le collet de son pardessus et rentra se coucher."


Tel est ce livre-doux amer, au ton léger, mais bien à lui. On pense à Emmanuel Bove qu' il ne put connaitre et aussi à Jules Laforgue qu' il admirait.

On aurait meme pu écrire sur la tombe de Jean Dézert ces vers de Laforgue :

Dans cette vie j' aurai passé

Comme un insensé qui se méfie

J' aurai passé, cadenassé.


Dernière édition par bix229 le Dim 11 Nov 2012 - 23:10, édité 1 fois
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Sigismond
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MessageSujet: Jean de La Ville de Mirmont   Mer 20 Jan 2016 - 12:37

Diogène a écrit:
Dans le genre littérature érotique qui est généralement peu présent en général, j'ai découvert récemment Hugues Rebell, qui, outre d'excellents poèmes en prose (sans doute parmi les meilleurs de notre littérature), a écrit de nombreux romans où l'érotisme joue un rôle important; notamment la Nichina, l'histoire d'une courtisane italienne à la Renaissance. Rebell a également écrit des nouvelles érotiques.  
C'est noté Diogène, aurais-tu quelque(s) poème(s) à nous proposer, par exemple, sur le fil ad hoc ?



Jean de La Ville de Mirmont Les dimanches de Jean Dézert, suivi de L'horizon chimérique & Contes


L'œuvre de Jean de La Ville de Mirmont semble trop ténue pour justifier une ouverture de fil, donc ici ce sera parfait. En format poche (chez la petite vermillon), on trouve le roman Les dimanches de Jean Dézert, suivi des poèmes de L'horizon chimérique et des Contes, ce qui a quasi valeur d'œuvres complètes.


Mort donnée par un minenwerfer à 28 ans dans l'horreur de la bataille du Chemin des Dames (première du nom, 28 novembre 1914).
Gentil jeune homme protestant de l'aristocratie Landaise, aède à ses heures, devenu ami de Mauriac à Paris où ils se connurent, alors qu'ils auraient pu se croiser et se fréquenter à Bordeaux.
Quelle photo, avec les épaules trop frêles pour les épaulettes qui font rebord ridicule, et -surtout- le regard dans le vague éthéré, dans le -méta farouche, peu si ce n'est pas capturable par l'appareil photographique.

Mauriac note, lourd de sens et de métaphore en peu de mots:
Citation :
La mort détruit, mais la vie dégrade. "Surpris dans l'attitude du combat, la tête levée, l'arme en avant, prêt à bondir..." (...) sur la rive où nous aborderons un jour, nous reconnaîtrons d'abord ce jeune homme éternel. Mais lui, il ne nous reconnaîtra peut-être pas.
(NB: entre guillemets, Mauriac cite le témoignage d'un de ses camarades de tranchée, témoin oculaire, cité lui-même par la mère de Jean de La Ville de Mirmont).



Bordeaux a gardé le souvenir en baptisant de son nom une rue tranquille et cossue du quartier situé entre la rue Fondaudège et  le Jardin Public.
Mais combien d'entre ceux qui y passent savent à qui ce nom se rapporte, quand ils pensent que cela peut se rapporter à une personne, et non à une curieuse ville nommée Mirmont ?

Nous sommes en présence d'un de ces cas de talents tôt fauchés, façon Jules Laforgue pour la maladie, ou, pour un décès analogue, Alain-Fournier.
Des talents qui, en guise d'édifice littéraire, n'ont laissé que la première pierre des fondations, alors qu'on pressent que cet édifice-là aurait pu être majeur.
Il est à noter que son état de santé (myopie rédhibitoire) lui interdisant d'être enrôlé soldat, il lui fallut faire des pieds et des mains pour aller se battre. A l'instar, sans doute, de nombreux jeunes de sa génération, c'est même une banalité, mais comme tout ceci nous semble tellement...incroyable aujourd'hui !  

Pour ce qui est de sa poésie, je le dis sans ambages, je n'accroche pas trop. Convenue, apprêtée, voire corsetée, peu signifiante au final (ce n'est que mon humble avis, discutons-en si vous le voulez bien !). Sachez que d'autres sont d'un avis tout opposé, dont le grand Gabriel Fauré respect, qui a mis L'horizon chimérique en musique:

Vous en trouverez quelques versions via vos moteurs de recherches, va pour celle-ci, par exemple:

Enfin, c'est l'occasion de signaler que L'horizon chimérique a été pris pour nom par un éditeur indépendant de qualité, bordelais.

Je n'atteins pas forcément au ravissement -euphémisme- pour ce qui concerne sa poésie, peut-être à l'exception de ses très ultimes vers, laissés tels quels sur sa table de travail alors qu'il partait au front, et justement mis en exergue par Mauriac, eux ont la valeur du poignant:

Cette fois, mon cœur, c’est le grand voyage;
Nous ne savons pas si nous reviendrons
Serons-nous plus fiers, plus fous ou plus sages ?
Qu’importe, mon cœur, puisque nous partons !
Avant de partir, mets dans ton bagage
Les plus beaux désirs que nous offrirons.
Ne regrette rien, car d'autres visages
Et d'autres amours nous consoleront.
Cette fois, mon cœur, c’est le grand voyage.


Ses Contes en revanche, tout baignés d'envies marines et de rêveries les yeux ouverts sur le port de Bordeaux (qui n'a, à travers la focale Jean de La Ville de Mirmont, peut-être jamais autant mérité son nom de Port de la Lune), à effluves spleenétiques mêlées de fraîcheur adolescente, sont à recommander sans réserve.

Un seul roman, Les dimanches de Jean Dézert, au reste la seule publication de son vivant (à 333 exemplaires publiés à compte d'auteur, je tiens à rassurer ceux qui auraient pu penser que c'était quelqu'un de la notoriété de Péguy ou d'Apollinaire que la guerre dite Grande avait là emporté).

Très intéressant, moderne de facture, remarquablement aisé à lire, très coulé.
Joli numéro de diariste de la vacuité, du commun, de l'absurde, du suicide sans cesse repoussé, mais le tout écrit de façon très enlevée, légère, plaisante.
La vie grise d'un petit fonctionnaire du début du siècle précédent, très ritualisée, ordonnancée, solitaire, cette manière d'à-sa-place est contée avec verve.
Peut-être le départ dans la vie professionnelle (et l'état d'adulte) de l'auteur n'était pas si éloigné que ça de celle de Jean Dézert ?
jypeurien  Thèse soutenable, en tous cas.

Ces dimanches-là sont à ranger parmi les ouvrages vraiment annonciateurs de la littérature du XXème (oui, rien que ça, ça y est, vous devez penser que je m'enflamme Laughing  !).  

Un absurde affleure, discret et de goût, sous sa plume.
Quelques indices dans ce qu'on sait de la vie de Jean de La Ville de Mirmont nous incitent à bien les considérer, ne pas les reléguer en un élément très secondaire du décor:

Patrice Delbourg, dans "Les désemparés" a écrit:
En 1913 il adopte un petit singe, Caliban, qu'il doit étrangler avec une ficelle pour lui épargner une longue agonie. Par dépit, il pousse sa maîtresse par la fenêtre, mais il est vrai qu'il habite au rez-de-chaussée.


Ce fine young gentleman humble, mature mais de caractère fort trempé écrit à sa mère:
Citation :
Je continue à travailler. Je finirai bien par avoir du talent.
Ou affirme, réaliste, sur le comment-ça-marche le jutage littéraire:
Citation :
La notoriété s'acquiert aujourd'hui par des moyens dont je me sens incapable. On lance un livre de la même manière qu'on a propulsé les pastilles Géraudel ou le cacao Bensdorp. Je manque des qualités nécessaires.

Je recommande, vous l'aurez compris sinon je m'y suis mal pris, avec chaleur ce petit livre (200 pages environ) !
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shanidar
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MessageSujet: Re: Jean de La Ville de Mirmont   Mer 20 Jan 2016 - 15:28

Commentaire instructif qui donne presque l'impression d'avoir fait réellement connaissance avec l'auteur ! J'espère que la dame chassée par la fenêtre est rentrée par la porte ! Merci pour cette présentation, Sigismond ! Le livre étant à la médiathèque (collection Les Cahiers rouges) il est noté dans mes tablettes...

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bix229
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MessageSujet: messages   Mer 20 Jan 2016 - 16:18

Un grand petit livre ! C' est bien qu' on en reparle. Je l' ai fait moi-même, mais où ? Peut etre sur ce fil ??

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kenavo
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MessageSujet: Re: Jean de La Ville de Mirmont   Mer 20 Jan 2016 - 16:27

bix229 a écrit:
Je l' ai fait moi-même, mais où ? Peut etre sur ce fil ??
tout à fait, deux avis sur le OneShot méritent un fil

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tina
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MessageSujet: Re: Jean de La Ville de Mirmont   Mer 20 Jan 2016 - 16:48

Je l'avais repéré aussi, celui-là.
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animal
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MessageSujet: Re: Jean de La Ville de Mirmont   Mer 20 Jan 2016 - 22:38

encore un bouquin qui n'est jamais loin (merci bix !)... à bientôt sur ce fil ?

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bix229
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MessageSujet: Re: Jean de La Ville de Mirmont   Mer 20 Jan 2016 - 23:30

« Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte ;
Le dernier de vous tous est parti sur la mer.
Le couchant emporta tant de voiles ouvertes
Que ce port et mon cœur sont à jamais déserts.
La mer vous a rendus à votre destinée,
Au-delà du rivage où s’arrêtent nos pas.
Nous ne pouvions garder vos âmes enchaînées ;
Il vous faut des lointains que je ne connais pas
Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.
Le souffle qui vous grise emplit mon cœur d’effroi,
Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,
Car j’ai de grands départs inassouvis en moi. »
« Un peu plus tôt, un peu plus tard,
Lorsque viendra mon tour, un soir,
Amis, au moment du départ,
En chœur, agitez vos mouchoirs !
Un peu plus tard, un peu plus tôt,
Puisqu’il faut en passer par là,
Vous mettrez sur mon écriteau :
« Encore un fou qui s’en alla ! » » (Épitaphe)

Extrait de  L' Horizon chimérique.

www.litteratureaudio.com/.../la-ville-de-mirmont-jean-de-quinze-poemes..

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MessageSujet: Re: Jean de La Ville de Mirmont   Ven 8 Avr 2016 - 22:38

Les dimanches de Jean Dézert

Le ton juste. Désabusé sans perdre son sens de l'humour et servi par un sens aiguisé de la tournure qui fait mouche. Ce voyage au pays du jeune homme moyen, aussi moyen que doucement résigné, ou alors disons qu'il n'y croit pas, ou plus ? est doux amer. A chaque fois qu'on voit poindre le pathétique ultime il rebondit. Nous sommes celui qui n'existe pas vraiment pas pour les autres et pour lui-même. Pourtant on garde une expérience de cette lecture.

... Et de bien belles phrases.

Court mais excellent.

Recommandé et recommandable !

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shanidar
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MessageSujet: Re: Jean de La Ville de Mirmont   Lun 18 Juil 2016 - 10:29

La lecture de Thomas de Quincey (De l'assassinat considéré comme un des Beaux-Arts) m'amène à commenter celle du petit livre de Jean de la Ville de Mirmont, sans doute parce que des deux ouvrages émanent la même sidérante modernité et le même esprit à la fois joueur et distant. C'est en grattant le dos de l'ironie que les deux auteurs semblent avoir réussi l'étonnante mouture d'un style dégagé de toute pesanteur agrémenté d'une pensée qui s'amuse, tour à tour frivole et réflexive. On peut malgré tout se demander ce qui unit ces deux écrivains, l'un anglais l'autre français, le second produisant un unique recueil de poésies et un minuscule roman, l'autre rédigeant pour survivre des articles pour les journaux et pourtant il me semble qu'une certaine légèreté ou une manière un peu biaisée de rendre compte pour l'un de l'assassinat et pour l'autre de sa difficulté à trouver une place dans le monde, relève d'une même vision, d'une même position face à l'incongruité de l'être humain. Cependant, pour les différencier peut-être faut-il insister sur le désabusement qui se lit chez Mirmont, illustrant parfaitement la position du dandy fin-de-siècle et le décadentisme que ne pouvait connaître encore De Quincey, écrivant entre 1824 et 1854. Pourtant une même parenté les rapproche, ce sourire sardonique qui retient, ce regard qui frise sous la paupière baissée, cette légèreté volontaire du propos, ce rythme souple, voluptueux, distancié et même sage pour mieux se moquer, pour mieux choquer, pour mieux interroger.

Je vais donc jusqu'à penser que l'assassinat de Jean Dézert (disons le, son suicide) pourrait entrer dans le livre de De Quincey comme la négation pure et simple de l'art du meurtre guerrier.


J'ajoute pour finir, que De Quincey comme de la Ville de Mirmont sont incontestablement les précurseurs d'un auteur comme Vila-Matas, ce qui me les rend d'autant plus attachant !

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MessageSujet: Re: Jean de La Ville de Mirmont   Lun 18 Juil 2016 - 12:15

c'est bien "Les dimanches de Jean Dézert" que tu commentes Shanidar, que je note le bon titre dans ma LAL ?

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shanidar
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MessageSujet: Re: Jean de La Ville de Mirmont   Lun 18 Juil 2016 - 16:40

Exini a écrit:
c'est bien "Les dimanches de Jean Dézert" que tu commentes Shanidar, que je note le bon titre dans ma LAL ?

absolument Exini (les poèmes ne m'ont pas semblé mériter plus de commentaires que ceux de bix et Sigismond...).

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