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 Warszawski Oser [Pologne]

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Bédoulène
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MessageSujet: Warszawski Oser [Pologne]   Ven 5 Fév 2016 - 16:11



Oser Warszawski (1898-1944) est un auteur de la littérature yiddish et un peintre juif polonais.

Né près de Varsovie en 1898, Oser Warszawski est passionné de photographie. Il visita les grandes capitales européennes durant les années 1920. Israélite, il se réfugie à Rome avant d'être livré aux Nazis et d'être déporté à Auschwitz. C'est là qu'il perdra la vie le 10 octobre 1944.

bibliographie :  On ne peut pas se plaindre
                      L'arrière-Montparnasse
                      Marc Chagall : Le Shtetl et le Magicien
                      Trilogie : Les Contrebandiers - la Fauchaison - l'Uniforme


Les contrebandiers    (ce livre fait partie d’une trilogie mais peut-être facilement lu indépendamment car les personnages ne sont pas les mêmes)

Le récit se déroule au cours de la Première guerre mondiale dans une petite ville de Pologne où vit notamment une communauté Juive, leur quartier :  le » shtetl ».

Les Allemands occupent le pays et les gens modestes  vivent de plus en plus difficilement sous les astreintes et restrictions drastiques imposées. Comment s’en sortir ? A l’initiative de Pantl, charretier de métier, les hommes de la communauté décident de faire de la contrebande. Ils deviendront habiles, ingénieux  à tromper les postes de surveillance placés sur le chemin de Varsovie où ils vendent leurs produits (farine le plus souvent mais aussi viande, alcool..). C’est de nuit que les « voitures » se déplacent au rythme des sabots des chevaux, par tout temps.

Ces voyages pour être périlleux (notamment les cruels frères Gurtchisky véritables truands) n’en sont pas moins cocasses.  Pour passer plus facilement les hommes se font accompagner des «  shiskés » (prostituées non-juives) qui jouent de leurs charmes auprès des allemands et dont  les femmes légitimes  voient bien sur l’arrivée au shetetl  d’un mauvais œil.

Tous s’étaient réjouis du départ du précédent commandant allemand « Aman » (en réf. A Haman).

« Le shtetl, un beau jour, souffla un peu. Les boulangers, les fabricants d’eau-de-vie, de savon, les marchands de cigarettes, les taverniers, les sans-travail et en outre toute la gamme possible des divers contrebandiers, tout le monde rendit grâce à l’Eternel à qui rien n’échappe, même pas le moindre vemisseau : la fin d’Haman était venue, et ce n’était pas trop tôt. »

Pelté revient de russie où il était le fournisseur du Tsar Nicolas II, il raconte les « petits bonshommes rouges avec des drapeaux, avec des banderoles rouges comme eux et criant : « liberté ! liberté ! »

De retour de chaque expédition les jeunes se délassent dans leur association la  » Bilbothèque » mais ces jeux et rencontres ne sont pas du goût des religieux et des notables qui interviennent auprès du district allemand pour fermer l’association, s’en suit une révolte de ces pauvres gens qui vont contraindre le rabbin a intervenir auprès des allemands pour la réouverture du lieu.

L’ambiance délétère rend difficile les rapports entre les « modestes » et les nantis.  Les contrôles se resserent,  la méfiance s’installe ; mais un évènement en Allemagne va bouleverser le quotidien du shtetl : l’abdication de Guillaume II. Les allemands quittent le village.

L’un des « shaïguets » Yanek, lequel a déjà fait son armée,  prend le contrôle de la situation, il récupère les armes des allemands  et les distribue. Puis sur la place du marché il déploye un drapeau portant le sigle « OMP ». Le shtetl apprit plus tard que cela signifiait "Organisation militaire Polonaise ».

Mais des rumeurs arrivent d’autres villages, bien peu réjouissantes ; qu’allait-il se passer ?

Yanek  « commandant en chef » ordonne : Dispersion générale ! Rentrez chez-vous !etc……..

Cependant un évènement vient les réjouir ; le mariage de Faïfké avec Raithl est source de joie dans le shtetl.

De plus avec l’annonce des fiancailles d’un de ses fils Pantl clame que la contrebande, la vraie va commencer !

«  Vous entendez ? Moi, Pantl, j’vous dis comme ça : la contrebande, ça fait que commencer…La vraie contrebande…Parce que, jusqu’à maintenant, c’était seulement un truc pour les gosses…C’était pas sorcier de faire de la contrebande…Mais maintenant, les gars…
«  Vous entendez ? Moi, Pantl, j’vous dis comme ça : c’est maintenant qu’on la commence, la vraie contrebande, oui la vraie… »




Une bonne lecture qui relate le quotidien d’ un quartier juif en Pologne pendant la Grande Guerre,  l’obligation de débrouillardise pour ces gens démunis, des personnages frustres, violents  et naïfs à la fois. Ils utilisent un langage généreux en images et en insultes. Ils sont bouleversés par une chanson, une danse, le clinquant.
Il faut noter aussi l’incompréhension entre les jeunes qui ne respectent plus les lieux du culte ni les cérémonies et les anciens toujours attachés aux traditions et que le passé retient.
Le récit se déroule  sur deux lieux : à Varsovie dans un quartier précis où vendre les marchandises et dans le shtetl, cela renvoi à un univers fermé. Le reste du monde n’est représenté que par la présence des allemands et le retour de Russie de l’un d’eux et il n’est intéressant que s’il influe sur leur vie.

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Dernière édition par Bédoulène le Ven 12 Fév 2016 - 8:57, édité 5 fois
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bix229
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MessageSujet: Re: Warszawski Oser [Pologne]   Ven 5 Fév 2016 - 16:29

Très bonne idée, Bédou ! J' ai entendu parler plusieurs fois de cet auteur.

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pia
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MessageSujet: Re: Warszawski Oser [Pologne]   Ven 5 Fév 2016 - 17:21

Merci Bédou. C'est intéressant.

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topocl
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MessageSujet: Re: Warszawski Oser [Pologne]   Ven 5 Fév 2016 - 17:39

Bédoulène a écrit:

Les contrebandiers    (ce livre fait partie d’une trilogie mais peut-être facilement lu indépendamment car les personnages ne sont pas les mêmes)


Dans ma médiathèque, les trois volumes sont réunis :Les contrebandiers, la fauchaison, l'uniforme.... 740 pages jemetate !
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Warszawski Oser [Pologne]   Ven 5 Fév 2016 - 21:24

tout à fait Topocl, l'avantage c'est de pouvoir lire les livres séparément, je lirai plus tard le deuxième livre donc "la fauchaison"

c' était un livre recommandé dans une de mes lectures.

J'ajoute que malgré que cet épisode se situe dans une période dramatique de l'Histoire il y a de l'humour dans l'écriture.

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kenavo
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MessageSujet: Re: Warszawski Oser [Pologne]   Sam 6 Fév 2016 - 5:21

intéressant tout ça... j'ai commandé un de ses livres, je reviens après ma lecture Very Happy

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Warszawski Oser [Pologne]   Sam 6 Fév 2016 - 8:21

à tantôt alors kena !

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MessageSujet: Re: Warszawski Oser [Pologne]   Sam 20 Fév 2016 - 5:05


L’arrière-Montparnasse
Citation :
Présentation de l’éditeur
C'est l'envers du décor, le Montparnasse des sans le sous, de la faim, de la solitude et de l'angoisse, où l'on amuse le bourgeois qui paie, où l'on boit plus souvent qu'on ne mange, où l'on rêve de festins, de gloire et de vendre un tableau, où l'on meurt...

Tout au long des textes, il y a des gouaches, aquarelles et dessins de l’auteur, un exemple :

Un recueil avec cinq nouvelles. Des croquis de la vie à Montparnasse des débuts du XXème siècle.

Oser Warszawski montre le milieu des artistes de ces temps lors de leurs déambulations dans Paris. Surtout ceux qui sont encore à la recherche de la gloire, de la reconnaissance.

La vie n’est pas facile, on vit au jour le jour.

Il fait de bien beaux portraits (non seulement dans ses images).

Le livre est trop court pour juger plus, mais une bonne première impression de son écriture.  



Montparnasse, 1920s

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MessageSujet: Re: Warszawski Oser [Pologne]   Dim 21 Fév 2016 - 5:51

Il devait y avoir une sacrée ambiance à Montparnasse! Epoque fructueuse!

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MessageSujet: Re: Warszawski Oser [Pologne]   Dim 21 Fév 2016 - 5:57

pia a écrit:
Il devait y avoir une sacrée ambiance à Montparnasse! Epoque fructueuse!
en effet...
si la machine à remonter le temps existerait... ce serait l'endroit que je voudrais visiter Wink

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MessageSujet: Re: Warszawski Oser [Pologne]   Dim 21 Fév 2016 - 11:09

La fauchaison (2ème livre de la trilogie)

Le récit se déroule dans un bourg Polonais sous l’occupation Russe et pendant la Grande Guerre, du départ des réservistes,  Polonais et Juifs, jusqu’à la débacle des armées Russes qui traversent le bourg de Gouranè.

Situation : « La Légion Pulawski aussi appelée 1ère Légion, a été crée en août 1914 à l'initiative du Grand duc Nicolas Nicolaïevitch, qui souhaitait une réunification de la Pologne sous le sceptre russe mais aussi rallier les polonais des territoires autrichiens et allemands pour combattre aux côtés du Tsar contre les troupes du Kaiser et de l'empereur d'Autriche. »(wikipedia)

Les caractères des habitants de ce bourg, qu’ ils soient Juifs, Russes ou Polonais sont traduits sans aucune aménité. Les haines entre chrétiens et juifs, entre riches et pauvres sont vivaces tout au long du récit.

L’auteur nous montre des mendiants, des paysans, des commerçants, sur lesquels  on a du mal à s’apitoyer,  mais à regretter leur obscurantisme qu’entretient la religion.

Dans la naissance d’un enfant anormal que sa mère reconnait comme « l’enfant de la guerre » l’auteur montre certainement son aversion pour  la guerre.

Dès le départ des réservistes, les « bergers » le Rabbin et le Curé se sauvent par le train, la nuit, abandonnant leur « troupeau d'âmes ». Lesquelles âmes continuent à prodiguer « longue vie à lui » pour l’un, « béni soit-il » pour l’autre.

L’ambiance est délétère, il faut au chef de la police trouver les espions,  ce sont eux qui font perdre des batailles, car qui oserait penser que les soldats du Tsar sont mal vêtus, mal équipés…. ?

La débacle déverse dans les rues du bourg les armées défaites, les habitants  effrayés courent se cacher  dans leur maison. La garde arrière, celle des Cosaques abandonne le bourg à l’ennemi.

Encore une fois j’ai trouvé une belle écriture imagée et poétique malgré le contexte.


Extraits

« Pan Ludwig, le négociant, brûlait d’une sainte colère contre Chaïé Weintraub, son voisin d’en face ; il ne se calmait jamais. Après son père, bénie soit sa mémoire, doté de champs et de forêts, de propriétés foncières innombrables, après ses aïeux, bénie soit leur mémoire, jusqu’ à la plus reculée et la plus obscure des générations, tous portaient cette haine de la famille maudite de Chaïé Weintraub. »

A propos de l’indic : « Au moment où l’on remua la terre, on trouva – outre des serpents gras et peut-être vénimeux – beaucoup de squelettes pourris d’hommes avec des croix rouillées à l’endroit du cou. Petits et grands coururent avec la peur au ventre et une curiosité à peine dissimulée voir les serpents et les hommes. Au heder, Graine de potence surpassa alors tous les bandits-à-cent-têtes de plusieurs dizaines de crânes. »

« Il n’y a pas de fin au nombre de tonneaux. La fosse se transforme en rivière qui déborde sur les pavés, s’écoule dans les caniveaux. Des hommes se jettent à plat ventre, tirent la langue pour lamper le précieux liquide. Paysans, Juifs, tous accourent avec des récipients. »

« Et ce don de Dieu est sa jalousie forcenée à l’égard de Moïshé-Yankev et de Zilberbauguer qu’il cultive depuis des années, depuis qu’ils sont devenus l’un premier et l’autre deuxième conseiller communautaire. Et chaque fois que s’allume en lui le brasier rouge de cette jalousie qui commence, pareille à un ver aveugle, à lui grignoter les entrailles, il verrouille ses portes, ouvre les armoires et commence à compter les liasses accumulées dans ses tiroirs. »

« Les voyant passer, se tenant par le bras, les femmes des réservistes rappelés et celles qui étaient debout derrière leurs tristes étals se les montraient du doigt et crachaient à leur passage. Les Grinberg passaient, chapeautés et dignes, faisant semblant de ne rien voir. »

« Hum, hum, c’est ce que disent tous les juifs – mais tu sais bien Heniek que personne ne te compte parmi eux… Monsieur le curé a même dit que…oui…on savait tous… que ton père était presque un chrétien, presque. C’est pour ça que tu n’es pas obligé de faire ce que tout le monde va faire ; imiter les Juifs, ces usuriers, ces traîtres de toujours ? Moi…moi je vais… »


la suite bientôt avec le 3ème tome

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Warszawski Oser [Pologne]   Jeu 25 Fév 2016 - 23:14

L'UNIFORME 3ème livre de la trilogie

Quelle profondeur dans cette cinquantaine de pages !

L'uniforme : celui abandonné dans la rue se mouvant au gré de l'air ? celui témoin d'un passé, sorti du placard ? celui qui porte médailles ? ou celui ensanglanté dans lequel se meurt le soldat ?

Ce vêtement c'est l'honneur, la gloire de la patrie.

L'auteur nous décrit la vie quotidienne d'une famille de Berlin pendant la guerre, une famille convaincue de la justesse de cette guerre parce que l'Allemagne peut et doit dominer les autres pays, c'est son destin ! Le chef de famille fait preuve d'une
abnégation totale envers la Patrie et son chef suprême : le Kaiser ! Il s'est démuni de ses avoirs pour l'emprunt de guerre et ses trois fils sont sur le front. Que peut-­il faire de plus ? .............................s'engager lui aussi.

Dans Berlin affamée les familles amputées survivent au rythme du rationnement, la détresse est commune mais supportée avec cette fierté,  cette rigueur que porte en lui le peuple Allemand.

La guerre continue sa moisson d'hommes, à Berlin certains commencent à s'interroger sur son dénouement d'autant que l'empereur d'un pays voisin est destitué mais pour cette famille là, le Kaiser est une icône.  Alors quand il abdique et s'enfuit c'est l' effondrement physique et mental du chef de famille déjà éprouvé par les deuils et son passage au front. Ce personnage a le regret d'un temps disparu et ne reconnait pas sa patrie où s'invitent des étrangers.



L'auteur décrit l'horreur de la guerre sur le front et surtout pour les civils à Berlin, par la profondeur des sentiments, l' oralité n'est dans ce récit qu'accessoire.  Il me semble aussi y reconnaître le regard du photographe et du peintre qu'il est.


Le parcours de Warszawski est analysé en fin de livre par la traductrice Rachel Ertel ; c'est intéressant car elle relate les mouvements culturels, le modernisme notamment dans les grandes villes européennes et aussi aux USA.


je n'en ai pas fini avec cet auteur, j'ai commandé " On ne peut pas se plaindre"


Extraits :

"Après le passage des troupes, un uniforme était resté sur le pavé de la ville. Aux fils de ses broderies scintillait encore la rosée des cavaliers de la nuit. Piétiné, tout fripé, il se redressa. D'une grande goulée d'air il regonfla sa poitrine plate qui durcit, s'enfla comme une montagne et fit saillie. Les manches et les jambes du pantalon, semblables à des troncs creux, commencèrent alors à se mouvoir en mesure. Il se mit à marcher, et la nuit alentour s'émerveilla de ce vide en mouvement.


"Comme la plupart d'entre eux, un grand chien noir avait gonflé ses babines et son ventre, se préparant à faire entendre sa voix des grands jours quand les bribes éparses du chant des autres s'égrenaient dans les airs comme les vibrations d'une batterie. Personne, hélas, parmi ceux qui l'entouraient, n'avait remarqué le savoir-faire de ce chien-là, dont le corps avait soudain extraordinairement raccourci, gagnant en largeur ce qu'il avait perdu en longueur. Son museau s'étant coincé dans les jupes d'une dame entre deux âges, et cette position n'étant guère plaisante, d'autant plus que la lumière s'y faisait rare et l'atmosphère confinée, il tendait la gueule vers le haut, comme un tuyau. Il s' imaginait qu'ainsi il pourrait mieux rugir et son petit maître serait content de lui. Le chien n'arriva même pas au bout de sa première note. Une douleur terrible l'envahit et lui coupa le souffle. Il laissa glisser sa gueule ouverte le long de la jambe molle de sa voisine, pousser par l'obscur désir d' exhaler son souffle ultime à l'air libre. Il n'y parvint pas davantage : ses pattes vacillèrent, elles refusèrent de porter plus longtemps son grand corps noir."

"La désolation s'était emparée des grands chevaux d'artillerie et elle pesait sur leur dos. Leur tête pendait de ce côté comme une langue inutile, et à ceux qui les conduisaient ils posaient une question muette : "tout cela va-t-il durer encore longtemps ?" Et comme ils ne recevaient aucune réponse, les croupes couvertes de plaies enflaient, gonflaient - ces croupes qui depuis les semailles sanglantes portaient les fardeaux rouges de minuit, un présent pour la ville... Et voilà que leurs cavaliers eux aussi inclinaient la tête, obliquement."

"Du porche des maisons surgissaient en grand nombre des hommes âgés vêtus d'uniforme d'emprunt qui ne leur allaient certes pas comme à des jeunes gens. Dans les rues, depuis longtemps silencieuses, on entendait le bruit des serrures et des portes qui se fermaient, comme un lointain craquement d'os."

"Lorsqu'un enterrement passait dans la rue, les gens regardaient avec envie ceux qui s'en revenaient, munis d'un petit sac de rations supplémentaires."

"Elle tâta les jambes de Frida, et elle ne se contentait plus de hocher la tête : elle l'agitait en tout sans, contemplant, extasiée, ces deux colonnes de chair qui se métamorphosaient à vue d'oeil en une merveilleuse carte de ravitaillement et, Ô magie, Ô splendeur, en un grenier à pain,  à céréales, à charbon...!"

"En un rien de temps il sombra dans la confusion, commença à jeter par terre et à piétiner les rouleaux de gaze et de charpie. Il se démenait, secouait la table pour en faire descendre son fils, lequel avait déjà rendu une jambe au ciel et se traînait, avec son moignon sanglant, quelque part dans les tréfonds de la démence."

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MessageSujet: Re: Warszawski Oser [Pologne]   Mar 29 Mar 2016 - 14:17

On ne peut pas se plaindre

Aux basques de Naphtali Cheminère, le lecteur suit le chemin de fuite d’un Juif parmi tant d’autres pendant la seconde guerre mondiale, en France. Alors qu’il est en résidence forcée dans un village de Provence, comme 5 autres de « son peuple » voilà que Cheminère est enjoint de se présenter devant la commission des camps de travail. Il ne lui reste qu’un choix pour échapper à ce camp dont on connait l’issue fatale, la fuite. Il rejoint donc une autre ville, puis Grenoble où il doit faire régulariser sa situation, quémander quelques jours de séjour « en attendant ». Tous, villages ou ville où il séjourne depuis la rafle de 1942, sont des refuges « en attendant » ! Avec en fond le sentiment qu’  : On ne peut pas se plaindre ! dans ces résidences, on est en vie ! Mais les hoteliers en profitent : vous comprenez, Vichy, zone libre, zone occupée ……alors ils sont bien obligés de comprendre !

C’est encore avec une plume à l’humour caustique, que s’exprime l’auteur que nous pouvons reconnaître dans Cheminère puisque son parcours est similaire et « en attendant » aura une fin dramatique au camp d’Auschwitz.

Extraits :

« Là, l’homme qui écrit – avant, pendant et après les repas – et dont un seul regard raconte les humiliations, les fatigues, les souffrances physiques et morales de la moitié de l’Europe, car il les porte en lui, il en est rempli comme un baril. »

« Voici enfin une famille qui sait jouer des coudes et des gros culs qui la caractérisent pour se frayer un passage à travers la foule. Elle est précédée d’un poisson pilote, une espèce de cicerone qui connait son rayon. Et voilà que les portes des bureaux s’ouvrent largement devant eux avec un grincement, le miaulement d’un chat à qui on aurait marché sur la queue. Il est clair que les gros culs ont l’accès assuré aux fonds et à la soupe. »

Au Maire : Vous avez laissé partir deux millions d’hommes en captivité. Après les hommes vous avez donné le blé, si nécessaire au peuple. Puis le vin, les pommes de terre, le riz, le café. Et maintenant qu’allez-vous offrir ? Le monstre réclame de la chair fraîche, il en a toujours besoin. Soutenez-le, grattez-lui le ventre, mouchez-le, épouillez-le, et il vous soutirera votre jeunesse, les jeunes gens et aussi les jeunes filles ! Il lui faut tout ! »

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MessageSujet: Re: Warszawski Oser [Pologne]   Lun 5 Sep 2016 - 21:32

La Grande fauchaison

C'est sous ce titre que l'on trouve la trilogie de l'auteur :
- Les Contrebandiers
- La Fauchaison
- L'Uniforme

Il y a l'ordre chronologique de l'écriture et une chronologie des temps qui change, c'est à dire qu'en changeant de lieu entre chaque partie on se rapproche de ce que devrait être la civilisation.

Sauf que ça ne va pas vraiment dans ce sens. La faute à deux choses : la toile de fond chaque fois plus proche est la première guerre mondiale et dans Les Contrebandiers comme dans La Fauchaison nous sommes avec la communauté juive, communauté non dénuée de travers mais pour laquelle les temps ne changent pas en bien.

On ne se situe pas encore dans ce qu'on connait mieux, ou qu'on serait faussement tentés de dire comme ça, et en plus tout se dévoile de l'intérieur, à travers le quotidien multiforme des gens.

Dans Les Contrebandiers nous sommes dans la campagne polonaise occupée par les allemands, les habitudes sont bousculées : on distille dans le jardin, on va vendre à Varsovie, la jeunesse se remue, certains ont les poings qui démangent, d'autres s'accrochent à la routine. Ca vie, ça se démène, ça s'engueule à qui mieux mieux et les petits drames peints avec un humour grinçant mais encore chaleureux font passer à l'arrière plan le temps lointain du monde. C'est parfois répétitif avec des personnages qu'on retrouve en alternance au fil des chapitres mais on découvre plein de choses, ça bouge et c'est très dépaysant !

La Fauchaison nous amène cette fois dans une vraie petite ville. Les portraits sont plus vaches, la population et les mœurs plus mélangées... l'illusion ou la réalité d'une culture plus grande se dispute l'ironie du récit avec les faillites et faiblesses des uns et des autres. Et la guerre est bien là, et l'antisémitisme beaucoup plus marqué. Les armées du tsar passent dans un sens et puis dans l'autre et la situation ne fait qu'empirer.

C'est le plus gros morceau de la trilogie, celui aussi dans lequel les répétitions se font le plus sentir et même si les talents de portraitiste et de narrateur sont bien là, j'ai eu des baisses d'attention... Il se passe pourtant pas mal de choses et la vision plus complète d'une communauté dans la tourmente sans être vraiment soudée ne manque pas d'intérêt. On ne peut pas nier ce que j'appellerai un sens commun du tragique.

Avec L'Uniforme on passe de l'autre côté, à Berlin avec une famille allemande dévouée au kaiser jusqu'à la folie. C'est le morceau le plus tassé et cohérent , le plus affûté mais même si la satire ne manque pas forcément de justesse et que l'amertume qui est derrière est très compréhensible ça ne m'a pas forcément emballé avec un petit côté "tirer sur l'ambulance".

Une lecture qui fut assez longue pour moi, trop morcelée certainement pour pouvoir être suffisamment perméable. Un peu loin aussi des questions sur l'avant garde artistique des années 20 qui sont expliquées dans la postface et sont effectivement sensibles à la lecture.

Intéressant et loin d'être anecdotique par son contexte, divertissant aussi, ce qui n'est pas rien mais il m'a manqué le chose en plus.

En tout cas merci à Bédoulène parce que sans LC je ne risquais pas de le lire ou certainement pas de si tôt !

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MessageSujet: Re: Warszawski Oser [Pologne]   Lun 5 Sep 2016 - 21:48

Motivant!

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"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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MessageSujet: Re: Warszawski Oser [Pologne]   

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