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 Marie-Andrée Gill

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Marie-Andrée Gill   Mer 10 Fév 2016 - 6:49



Marie-Andrée Gill est née en 1986. Elle a écrit deux recueils de poésie jusqu'à maintenant. Elle traite de la condition autochtone en s'inscrivant résolument dans le projet de la littérature québécoise. Elle étudie à la maîtrise en lettres. Sa poésie est parfois désinvolte et ça passe mieux pour traiter de la thématique autochtone. Nous pouvons percevoir à travers ses yeux de jeune femme qu'il vaut mieux se sentir vivre et lire entre les lignes ce passé vécu dans une réserve ilnue du Saguenay.

Je vous évoquais sur le fil de Sara Dignard, l'existence de Marie-Andrée Gill. Frayer a été publié au cours de la même période de l'automne 2015, moment à lequel Sara Dignard faisait paraître Le cours normal des choses. Dans Frayer, il est question de l'eau d'un lac alors que Sara Dignard évoque la mer dans un contexte de région éloignée - les Îles-de-la-Madeleine.

Bibliographie

Béante, 2012
Frayer, 2015

_________________
«L'amplitude des contradictions à l'intérieur d'une pensée constitue un critère de grandeur.»
De Gaulle, citant Nietzsche

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Marie-Andrée Gill   Mer 10 Fév 2016 - 7:33

Frayer (2015) :

Franchement, j'ai ressenti la lecture du recueil comme un vent de fraîcheur. Marie-Andrée Gill maîtrise sa plume et fait preuve d'une vivacité tout en s'inscrivant comme poétesse de la relève au Québec. Hugo Beauchemin-Lachapelle du site Internet Poème Sale en parlait d'ailleurs dans le texte qu'il a rédigé à l'intention de son premier recueil, Béante :

Hugo Beauchemin-Lachapelle, Poème sale, 5 novembre 2012 a écrit:
«Bien qu’on pourrait lui reprocher ses acrobaties verbales qui désarçonnent la lecture, il demeure que la livraison sentie convainc de l’authenticité de l’entreprise, et que sa violence ne m’a pas laissé indemne.»

Lors d'une première lecture, j'ai eu le temps d'apprécier les qualités formelles du recueil. Nous pouvons sentir que Marie-Andrée Gill et la maison d'édition ont bien peaufiné l'ouvrage en ce qui a trait aux subdivisions des suites poétiques et leur enchaînement somme tout assez libre.

De ma propre initiative, j'ai posté un premier extrait que j'ai recopié sur Facebook :

Marie-Andrée Gill, Frayer, 2015, Chicoutimi : La Peuplade, p. 24. a écrit:
«lécher la surface de l'eau avec la langue que je
ne parle pas

le jour me soulève sur ses épaules pour regarder
le cutex à moitié enlevé des mémoires
le pelage du béton sur nos peaux de farouches

comment prédire autre chose
que des miracles croches
de toute façon»

Par la suite, j'ai épluché le recueil à quelques reprises pour extraire le jus. À la seconde reprise, je n'étais pas certain de ma première impression. Puis en relisant le tout sporadiquement quelques fois de plus, j'ai senti la perception tangible qui m'avait saisi lors de la première lecture.

Ça donne entre autres cette pioche :

Ibid., p. 30. a écrit:
quoi faire de sa peau : la tendre
l'assouplir
de nos mains de chargeur vide

l'agrandir, la peau
de notre regard d'animal
comme un autre

Les pages qui se suivent démontrent qu'après avoir choqué lors d'un moment précis, Marie-Andrée Gill revient à un ton de sobriété. En cela, nous pouvons sentir la poétesse qui maîtrise bien son arsenal. Elle m'a rappelé en quelque sorte les acrobaties verbales d'un Daniel Leblanc-Poirier.

Ibid., p. 47. a écrit:
vendredi je me sauverai par ma fenêtre
on trouvera quelqu'un pour nous sortir de la
                                                     bière

on fera de la galerie quelque part
et je perdrai la tête sur toi
mais on aura une histoire juste à nous deux
même si les mots nous manquent
pour s'inventer

nous sommes le monde
mais nous ne le savons pas

Marie-Andrée Gill est une fervente lectrice de poésie québécoise moderne et récente. Nous le ressentons derrière son écriture. Son écriture parvient à sublimer une expérience du réel et la transposer sur le plan littéraire. Ce n'est pas si souvent que nous voyons quelqu'un citer Paul-Marie Lapointe en exergue du recueil. J'exagère sûrement, mais c'est un compliment que je lui en fais en bon amateur de poésie québécoise.

Ibid., p. 49. a écrit:
nous apprenons par coeur
la logique des noeuds
de toutes les démesures

l'internet trouant la pénombre
dans nos yeux de rouges-gorges
pas capables de voler comme du monde

Sur le thème du rêve «griché» :

Ibid., p. 53. a écrit:
nos rêves sentent la boucane et dessinent
un voilier d'oies blanches
sur le plafond des possibles

j'ai dans le ventre un ski-doo la nuit sur
                                        l'asphalte
avec toutes les étincelles que ça peut faire

En décrivant le thème de l'inscription du nom :

Ibid., p. 63. a écrit:
passer le doigt au béton frais du rempart
écrire un prénom, jamais le même,
devant le lac et ses branchies de ciel cru
où le vent siffle une chanson country toujours

c'est l'heure dégrisée
de la soif d'eau juste

En tant qu'apothéose :

Ibid., p. 71. a écrit:
il y a déjà le fardeau de naître
entre les vetèbres de chaque épaisseur de la
                                                      glace
et de ne pas connaître l'abrupt des horaires

par ici on flatte le chaos
comme le meilleur avenir possible de l'homme
quand il se contente du cadeau glauque de la vie
offerte en quelques paiements faciles

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Marie-Andrée Gill   Lun 15 Fév 2016 - 18:53

Béante (2012) :

Il fallait bien que je lise plusieurs poésies de femmes de la nouvelle génération au Québec pour les apprécier dans leur ensemble et pouvoir vous en faire part. Dans le cas de Marie-Andrée Gill, nous pouvons parler d'une poésie pionnière puisqu'elle ouvre le chemin vers une littérature d'inspiration amérindienne en même temps qu'elle s'approprie l'héritage québécois. En cela, je dois avouer une certaine inclination à être plus réceptif à sa poésie étant donné que je compte écrire en tant que poète sourd québécois dans les années à venir.

Dans Frayer, nous sentons que Marie-Andrée Gill est forte d'une certaine expérience dans la contrée poétique. À ses débuts, nous percevons la matière brute de sa poésie même si nous voyons les coutures de ce qui déploie son oeuvre à venir :

Marie-Andrée Gill, Béante, 2015, Chicoutimi : La peuplade, coll. «Poésie», p. 97. a écrit:
je vais

une épine
dans la bouche
faute de fleur exacte
pour dire le présage

je vais

béante

Un peu plus tôt, elle déclarait :

Ibid., p. 93. a écrit:
je suis tous mes ancêtres en aléatoire



les esprits
dégoulinent
à travers
les murmures



une trace de sang séché
que l'on grignote encore
pour ne rien laisser derrière

À travers les matériaux de son oeuvre, Marie-Andrée Gill puise à même son expérience de jeune femme :

Ibid., p. 27. a écrit:
l'esprit de bout portant
les ongles   la peau   l'asphalte


les nuits d'après
à ronger l'équation
des peut-être



il n'y a plus rien dans nos miroirs

Pour avoir vu des sans-abri autochtones dans les rues à Montréal et cerné la problématique de l'alcool au sein de ces contrées, je suis à même de mieux apprécier la finesse d'esprit de cette poésie :

Ibid., p. 36. a écrit:
t'avais les paumes trouées
avec le goût d'une cenne sur la langue


les étoiles ne parlaient plus
ou n'avaient jamais rien dit


je ne suis plus sûre

Concernant l'extrait qui vient, je le considère comme partie prenante de l'esthétique moderne de notre poésie après le Printemps érable au Québec en 2012. Le recueil fut publié pour la première fois le 4 septembre 2012. Nous pouvons donc le considérer comme contemporain du Printemps érable :

Ibid., p. 39. a écrit:
un espoir étrange sur les cils
peut-être un déjà-vu
ou l'attente que l'on sait
sur nos bouches engourdies

toutes les paroles à imprimer
ou un peu de crayon
sous les yeux
pour toutes ces pages blanches

regarde en haut regarde bien
comme je t'aime à ciel ouvert

Toute poésie s'inscrit au coeur de son époque. Il est important de nous approprier les matériaux d'une oeuvre à venir. Marie-Andrée Gill s'inscrit résolument comme écrivaine québécoise d'origine autochtone :

Ibid., p. 54. a écrit:
c'était
en septembre mais ailleurs je pense
c'était
la fin de la nuit où ça sent les murs et d'autres toi

ma peau trop petite pour m'y cacher

alors j'avançais vraiment croche
un seul regard pour lumière

Je garde le meilleur pour la fin, habituellement le signe d'une chute :

Ibid., p. 85. a écrit:
n'empêche
que je sois
une plasticine manquée
qu'on écrase d'une main sans démêler les couleurs

je te le dis
il poussera des dents aux poignées de mains pour
broyer ces coeurs automatiques

je renaîtrai trois quatre fois
enfin sans petits suicides sur la rétine

On ne pourra pas dire que le surréalisme n'est pas important en poésie, même de nos jours.

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