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 Joël Pourbaix

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Joël Pourbaix   Jeu 18 Fév 2016 - 6:12



Pendant longtemps, j'ai tergiversé. Joël Pourbaix constitue l'un des sommets, avec Denise Desautels, de ce qui s'écrit dans le domaine de la poésie en prose au Québec. Né à Montréal le 2 juin 1958 d'un père belge et d'une mère luxembourgeoise, Joël Pourbaix a écrit une oeuvre qui s'échelonne depuis les années 1980 sans trop faire de bruit. Il vient de gagner le prix du Gouverneur général pour Le mal du pays est un art oublié (2014). La genèse de cette oeuvre s'inscrit sous le signe d'une rébellion. Thierry Bissonnette - aussi connu sous le nom de Thierry Dimanche - a signé en 2007 pour la revue Nuit blanche le compte-rendu d'une entrevue qu'il avait réalisée avec Joël Pourbaix. Je ne saurais pas mieux faire que vous conseiller à lire le compte-rendu de cette entrevue qui explique bien le parcours de Joël Pourbaix qui a beaucoup voyagé, les métamorphoses de son rapport à l'écriture et les influences qu'il a assumées (Joyce et Pessoa).

Voici la bibliographie de son oeuvre :

Citation :
Séquences initiales (1980)
Sous les débris du réel (1985)
Vous oublierez de nous séduire (1986)
Dans les plis de l'écriture (1987)
Passage mexicain (1989)
Le Simple geste d'exister (1989)
Voyages d'un ermite et autres révoltes (1992)
La survie des éblouissements (1994)
On ne naît jamais chez soi (1996)
Les enfants de Mélusine (1999)
Disparaître n'est pas tout (2001)
Labyrinthe 5 (2003)
Les morts de l'infini (2005)
Dictature de la solitude (2008)
Le mal du pays est un art oublié (2014)

En guise d'introduction à son univers particulier, je vais vous citer un passage de Voyages d'un ermite et autres révoltes. Avant de le citer, je vous dirai que Joël Pourbaix gagne sa vie à la tête d'un regroupement des commerçants et boutiques de la rue Saint-Denis à la hauteur du Plateau-Mont-Royal. Il faut bien gagner sa vie après tout...

Joël Pourbaix, Voyages d'un ermite et autres révoltes, 1992, Montréal : Noroît/Ubacs, coll. «Résonance», p. 80. a écrit:
Se souvenir de ce qui n'existe pas? L'âme erre, veut goûter au sel des lointaines visions. L'enfant s'enferme seul, il se sait seul, si proche maintenant de la sensation. Ne rien faire, je n'ai qu'un seul corps. Pas celui qui naît, pas celui qui meurt, pas celui qui renaît sous le joug de ses actes anciens. Je n'ai qu'un seul corps.

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«L'amplitude des contradictions à l'intérieur d'une pensée constitue un critère de grandeur.»
De Gaulle, citant Nietzsche

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Joël Pourbaix   Jeu 18 Fév 2016 - 6:47

On ne naît jamais chez soi (1996) :

Joël Pourbaix est un habitué de la maison d'édition du Noroît. Nous y retrouvons plusieurs poètes en prose assez accomplis tout comme nous pouvons en trouver par exemple aux Herbes rouges.

Dans ce recueil, il est question d'une «aventure amoureuse». Ce n'est pas le seul thème. Plus je lis Joël Pourbaix et en m'appuyant sur l'entrevue de Thierry Bissonnette alias Thierry Dimanche, je me rends compte que la posture de Pourbaix a tout d'une ascèse. Nous pouvons le constater au fil des lectures successives. Dans On ne naît jamais chez soi, Joël Pourbaix décrit les rues et les paysages en plus des nostalgies perdues. Cet univers ne m'est pas si étranger... sauf que Pourbaix n'a rien du regard du Québécois typique...

Joël Pourbaix, On ne naît jamais chez soi, 1996, Montréal : Noroît, p. 27. a écrit:
Adieux perdus sous les roues du taxi
la goulée d'air ne vient pas
incrédule gardien de mon rythme
j'enjambe Ontario Rachel Laurier
la borne moussue du viaduc m'arrête
sur la joue grésille l'étincelle salée
ton odeur n'a rien d'un souvenir
lien sans noeud lien nu

Ibid., p. 30. a écrit:
J'observe les arbres cerclés de fer
un érable maigre me retient
son désert me raconte d'autres déserts
milliards d'événements loin de l'humain
forêts ouvrant leurs bras à la foudre
tornades incendies tremblements de feuilles
ont-ils besoin de moi

Je vous disais plus tôt que Joël Pourbaix écrivait de la poésie en prose. Voici un exemple de ce qu'il écrit en prose :

Ibid., p. 62. a écrit:
Dès mon retour, je traduis les paroles de la
Rousse, déformées et trahies bien sûr. Écrire
désobéit toujours. Je ne t'ai rien dévoilé de
cette rencontre, Juliette, mais je griffonne à
côté de toi; cette chambre d'un jour protège
le passage des mots. Sur le mur la reproduc-
tion d'un Cézanne, grosses pommes au bord
d'un gouffre que la nappe plisse. Touche
après touche, la saisie de l'objet a fixé l'élan
d'une disparition. La sphère des pommes
insiste, se détache, baigne en cette lumière
des doigts; les courbes de ton corps n'en
finissent pas de commencer.

Comme vous voyez, Pourbaix privilégie le sensuel dans ses descriptions. Il peut à l'occasion se montrer plus dramatique :

Ibid., p. 81. a écrit:
Sur le fil du mur une femme
elle n'est pas d'ici
et n'a pas d'ailleurs
des voyelles transparentes voltigent
épuisent leur mélopée
la détresse bave au bas des joues
une chose plus terrible que la peur
ses bras battent l'air
il n'y a plus d'air
le vide crispé la corde claque
dernière danse au-dessus du sol
silhouette grise pendue
ma mère ma vierge ma violée
l'amande des yeux ouverts sur l'ouvert

Revenons sur les entrefaites de ce que je qualifierais à décrire de démarche ascétique dans l'écriture de Pourbaix :

Ibid., p. 84. a écrit:
Sarcle bêche tond désherbe
sème arrose étête
arrache cueille creuse élague
jamais seule toujours seule
la prière des gestes
que des rêves versés en actes
devenir chose parmi les choses
faire accueil à l'indifférence
la loi du sol décompose tes oeuvres
une plante t'apprend à lui survivre

la mince lame de l'éveil
elle traverse le chaos du coeur
le jardinier quitte toujours son jardin

J'ai eu beaucoup de plaisir à lire le recueil. Il faut savoir y revenir de façon constante, alterner les temps de lecture et digérer ce qu'il nous évoque. Cette prose est si riche à travers la poésie qui transperce son propos.

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