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 Sarah Marylou Brideau

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jack-hubert bukowski
Zen littéraire


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MessageSujet: Sarah Marylou Brideau   Lun 22 Fév 2016 - 8:38


(40 ans de Prise de Parole, 2013)

À la bibliothèque, je suis tombé sur Coeurs nomades de Sarah Marylou Brideau (1983-...). J'appris donc son existence à ce moment précis. Elle a fait publier le recueil à la maison d'édition où Patrice Desbiens a fait publier quelques recueils de poésie éponymes. Le hic est que Sarah Marylou Brideau a déjà publié il y a plusieurs années deux autres recueils. Elle a entre-temps étudié. Elle a une maîtrise en Langue et littérature française à l'Université McGill à Montréal.

Voici sans plus tarder son oeuvre :

Romanichelle, 2002
Rues étrangères, 2005
Coeurs nomades, 2013

_________________
«L'amplitude des contradictions à l'intérieur d'une pensée constitue un critère de grandeur.»
De Gaulle, citant Nietzsche

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Sarah Marylou Brideau   Lun 22 Fév 2016 - 9:12



Coeurs nomades (2013) :

Sarah Marylou Brideau était une parfaite inconnue pour moi au moment où j'ai lu son recueil. J'avais bien recensé le fait qu'elle avait publié deux recueils antérieurement, mais seul Coeurs nomades devait faire l'objet d'un test. Pour le moment, je dois dire que la poésie est longuement travaillée et que oui, il y a des fulgurances. Disons que son côté ample n'est pas nécessairement prompt à me conquérir a priori. Il faut néanmoins ajouter que Sarah Marylou Brideau s'inscrit dans la lignée laissée par Patrice Desbiens et qu'il est difficile de faire autrement que face à une empreinte de cette taille sur le paysage de la communauté francophone en terre d'Amérique.

Sarah Marylou Brideau peut être considérée comme une poétesse beat. À ce trait, je ne disputerai pas sa place dans le corpus.

À peu près sans cérémonie, elle annonce :

Sarah Marylou Brideau, Coeurs nomades, 2013, Sudbury : Prise de parole, coll. «Poésie», p. 15. a écrit:
Je te retrouve
dans la cruelle brutalité de Bukowski
une mélodie qui s'agrippe
aux vestiges de mon corps abandonné

Je revois tes vêtements
déchus sur le plancher
la voie lactée sur ton dos
la pluie qui tombe et coule
une douche froide
faisant disparaître la ville
et ses péchés matinaux
la toile de nos vies éparpillées
une dentelle éparse et ombragée

Jamais plus pareille après ton passage
après la douceur de tes ravages
la putréfaction de mes paysages

Là-dessus, oui, je sentais bien la matière qui suivait la référence poétique mais je demandais à en voir plus.

Comme Sarah Marylou Brideau est passée par Montréal, elle lui a dédié un poème :

Ibid., p. 24. a écrit:
«Montréal»

Amoureuse
des trous noirs
des lumières de la ville
la chaleur souterraine
les questionnements sans réponse
les inside jokes
les énormes flocons
           en contraste avec le orangeish-purple
           night sky

Un jazz ­musician
debout dans le métro
écrit ses mélodies sur papier

Sa flute et ma musique
en conversation
fluidité sans fin
et silences paisibles
transperçant le brouillard urbain

Il y a une poésie assez poignante mais je sais pas... du clinquant... peut-être... passons :

Ibid., p. 57. a écrit:
Plus d'océans à découvrir
que de silences sordides
d'impitoyables questions

Promesses
écrasées sur les côtes
de nos corps brisés

Your minimalist instrumentations
shattered sounds
burning desire
awakened by your taciturn whispers


Les grands échos
sons qui éclatent
sanglots en pistes cachées
et l'ardent désir
éveillant tes taciturnes soupirs

Don't ever think that je vais minimiser ma sensibilité face à ce qui émane de la poésie :

Ibid., p. 66. a écrit:
«Stupeurs et tremblements III»

On le sent se déchirer
           le coeur
et couler
se déchaîner comme une rivière
            après l'hiver
se ruer sur les rochers
sortir de son nid douillet
inonder la terre

Ça peut détruire
           un coeur en crue
ça peut faire
chavirer

Sarah Marylou Brideau est portée par la danse et la musique. Elle se réfère au jazz comme quelque chose d'assez vital dans la quête qu'elle mène :

Ibid., p. 107. a écrit:
Le jazz
ce que tes doigts font à mon âme
qu'ils ne pourront jamais faire à mon corps
chante à mon coeur
ce que l'amour ne saurait dire

Tes doigts
sur mes touches
sur mon âme
comme jamais sur mon corps

Le jazz me joue

Je m'épuise comme l'encre d'une plume
sur le dos d'un oiseau
Une sérénade que j'inspire profondément

Je vous réfère à «Imagine doors», p. 53-54, pour contempler ce qu'une poésie anglaise peut inspirer. Là-dessus, je vous laisse avec un dernier essai, question de voir si ça vous plaît... :

Ibid., p. 49. a écrit:
Silence de toutes mes confidences
silence de mes sanglots d'enfant
silence du bonheur qui refuse de se taire
le gémissement douloureux
d'une bouteille qui s'ouvre

Silence d'un bonheur étouffé
d'un cri poussé pendant que le cauchemar
t'engloutit
d'une soif qui abuse
silence agressé
une mélodie qui fait monter les larmes

Silence
une cacophonie créée pour masquer
une porte que l'on referme
to hold in the collapse

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Sarah Marylou Brideau   Lun 22 Fév 2016 - 10:28

j' aime précisément : le coeur en crue

sanglots en pistes cachées

ce que tes doigts font à mon âme
qu'ils ne pourront jamais faire à mon corps



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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Sarah Marylou Brideau   Ven 26 Fév 2016 - 8:35

Rues étrangères (2004) :

Sarah Marylou Brideau est entrée dans ma collection de poétesses à lesquelles je me référerai le temps venu, surtout qu'elle est beat. Elle a fait un travail aux cycles supérieurs sur l'oeuvre de Gérald Leblanc qui est vu comme le poète acadien ultime. À l'instar de ce dernier, Sarah Marylou Brideau s'est établie au Nouveau-Brunswick.

Au niveau du recueil et de la production poétique de Sarah Marylou Brideau, il est important de la considérer comme une écrivaine acadienne et canadienne francophone. Nous ne pouvons pas vraiment la considérer comme québécoise, étant donné que sa production poétique est passablement mâtinée d'usage de l'anglais. Cette propension à utiliser plus que de coutume l'anglais est considérée comme sacrilège chez les puristes de la langue française au Québec. Sarah Marylou Brideau a publié jusqu'à maintenant exclusivement dans des maisons d'édition en français hors-Québec et ce même malgré le fait qu'elle ait séjourné un certain temps à Montréal et au Québec.

Dans Rues étrangères, je reconnais la plume de Sarah Marylou Brideau si je compare mes impressions avec Coeurs nomades.Je dirai tout de même que la plus grande partie des poésies écrites dans le recueil me paraissent un peu plus brèves que dans Coeurs nomades. J'ai remarqué qu'elle avait progressé au moment d'écrire Coeurs nomades. Néanmoins, ça vaut la peine de revenir sur certains extraits du recueil qui est quand même bien travaillé comme l'autre.

Sarah Marylou Brideau, Rues étrangères, 2004, Moncton : Perce-Neige, coll. «Poésie», p. 24. a écrit:
«Never Over»

"It's never over
She's the tear
that hangs inside
my soul forever"
JEFF BUCKLEY

My love
tu tourbillonnes
frôlant doucement
my skin

The softness of your touch
the sweetness of my lust

tu vagabondes dans mes pensées bohèmes
qui voguent dans ma tête

Romanichel de mes rêves
déchire ce silence
avec tes paroles
ce chant inspirant

Cette douceur de café
[parcourt] mes pensées

Comme je voudrais m'y fondre
dans ce douillet café

Lover, you should've come over

Nous voyons d'emblée l'usage de l'anglais qui peut devenir plus problématique pour une littérature francophone qui se soucie de garder la qualité d'une langue. Néanmoins, il faut dire que l'usage de l'anglais n'est jamais gratuit et est même au service de projet poétique.

Ibid., p. 42. a écrit:
«Fumer»

Je fume
j'inspire

Qu'est-ce que j'inspire?

Je fume as if
que l'occasion ne reviendrait jamais

Je brûle
je tape
du beat qui résonne
et les cendres tombent
et la boucane monte
sensuellement dans les airs
I can only dream to get that high

J'écrase ce qui reste
de mon envie de fumer
tos
et j'en veux encore

Dans Coeurs nomades, j'avais lancé l'hypothèse selon laquelle Sarah Marylou Brideau était influencée par Patrice Desbiens. Nous pouvons creuser l'hypothèse un peu plus loin quand nous prenons connaissance de «Rêve de Joni Mitchell» :

Ibid., p. 49. a écrit:
«Rêve de Joni Mitchell»

Je voudrais être
le soleil
la guitare
les nuages

Je voudrais être
Joni Mitchell
son air mélancolique
sa joie de l'être
son sourire de côté

Un paysage
la rivière lointaine
un air solitaire
voyageant à l'allure d'une bohémienne

Je voudrais tant voyager
et pouvoir l'écrire
pour le chanter
let go
and getting high on that feeling

Un peu plus terre-à-terre et non pas moins poétique, «Gypsy» trace un sentier existentiel :

Ibid., p. 55. a écrit:
«Gypsy»

De déménagement en déménagement
je deviens une romanichelle
ma vie dans une boîte

À un rythme trop constant
qui m'éparpille
plusieurs endroits à la fois
je suis tannée de m'enraciner
je veux rester plantée
ça sert à quoi d'avoir une maison
sans avoir de chez-soi

Je devrais peut-être devenir une gypsy
apprendre à jouer de la guitare
porter des robes et des foulards
devenir poète
et écrire des livres

Sarah Marylou Brideau a une conscience de la frontière. Que ce soit en amour ou en suivant le trajet de ses errances :

Ibid., p. 64. a écrit:
«Frontières»

Tu m'emportes aux frontières du désert
et tu me laisses t'y découvrir

Les battements de coeur
Le tempo risqué
de ton flirt avec moi

Tu me parles sans arrêt du vide
de ton incompréhension
de toi-même
et du sexe opposé

Tu les déguises en métaphores
tu les emportes au party
tu les laisses danser avec mes idées
you pick me up
so subtle

et tu t'endors
en grinçant des dents
et en parlant dans tes rêves

Je vous laisse à vos impressions en vous signalant l'opportunité de lire le recueil. Il y a notamment un poème de trois pages sur la fête annuelle de l'Acadie et une commémoration de la survivance acadienne en terre canadienne à la fin du recueil. Cette préoccupation quand même habituellement présente en filigrane, m'a surpris de sa part. Elle n'est pas tellement centrée sur une revendication politique mais j'imagine que son exil et ses méditations l'ont menée à écrire de la poésie en ce sens...

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Sarah Marylou Brideau   Ven 26 Fév 2016 - 10:00

Je viens de terminer la lecture de Romanichelle (2002). On ne parle pas du tout de la même envergure. Sarah Marylou Brideau a commencé sur le plancher des vaches. Le livre m'est quasiment tombé des mains à sa conclusion. Il y a quelques éclats, mais trop brefs pour être considérés comme prenant part à la Sarah Marylou Brideau de la maturité. Elle a vécu un événement dur, le suicide d'une amie qu'elle mentionne au passage... on sent que l'expérience l'a meurtrie. Elle s'exprime plus en prose que d'une voie poétique bien décidée... Heureusement, ses deux recueils subséquents m'ont suffisamment convaincu pour la suivre. Il faudra tout de même qu'elle se renouvelle dans ses thèmes mais je sais pas... j'ai l'impression que la musique l'a fait renaître en écriture. Elle semble y avoir trouvé une voie d'accès.

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MessageSujet: Re: Sarah Marylou Brideau   Ven 26 Fév 2016 - 10:13

merci pour ton ressenti Jack !

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