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 Marguerite Duras

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coline
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MessageSujet: Marguerite Duras   Lun 5 Fév 2007 - 16:04



Aimée ou décriée, dans sa vie et dans son oeuvre, elle ne laisse personne insensible. J'ai à peu près lu tous ses livres, comme j'aime le faire quand l'oeuvre d'un auteur me plaît.
 
J'ai eu plaisir à lire Duras, j'aime ré-écouter sa voix. Je peux le faire grâce à:
 
"Le ravissement de la paroles": 4 CD, toutes les archives de l'INA (interview, lectures...).
 
Archives de l'Humanité:
 
Duras et la parole radiophonique. Cette parole intime qui marque le temps s’en fait une amie, au moins un compagnon de voyage. N’est-ce pas ce qui aura guidé Jean-Marc Turine et Paméla Doussaud ?
 
Il y a que l’auteur de « Barrage contre le Pacifique » a l’art de contenir les mots, de les rendre à leur sens, humble, secret mais également partial. C’est qu’elle n’aura jamais cessé de reconnaître dans la radio le médium éminent - outre l’écriture et le cinéma - qui porte une pensée, singulière, sensible, désirable et désirée. Duras ou l’aveu des mots. On y retient soudain une douce mélodie, mais de cette douceur qui tient plus d’un Schubert (souffrance connue qu’on domestique) que de la sobre légèreté de Scarlatti (souffrance qu’on veut oublier).
 
Duras et le doute. Qui peut y croire, quand la petite fille de Saigon, la femme de Robert Antelme (« l’Espèce humaine »), l’amoureuse de « l’Amant » ou l’éblouissante jardinière de l’impossible consolation à vivre (« la Douleur ») prend à la lettre ce que parler veut dire ? Parler, autrement dit, porter d’un point sensible à un autre. De celle qui veut parler, dans cette urgence et cette nécessité à dire, vers un auditeur qui se surprend à monter le son de sa radio.
 
Duras s’écoute, Duras se voit, Duras se laisse lire. Dans une sorte
d’« abandon concerté », dit-elle souvent. On reviendrait à la musique. Une ritournelle pour laquelle elle expose en détail les couplets de sa propre inspiration, les refrains de sa propre manière d’écrire (« se laisser parler, se laisser dire, mais dire justement »). A ce titre, la publication des quatre CD édités par Radio-France et l’INA (Le Ravissement de la parole) donnent la mesure de la place qu’elle se sera accordée dans la littérature. Parce que Duras n’aura jamais attendu un prix Goncourt pour exister. Agaçant non.
 
 
Bibliographie
 
Citation :
Index: cliquez sur les numéros de pages pour y accéder directement
 
 
Romans et récits
1943 Les Impudents, Page 12
1944 La Vie tranquille, Pages 13, 14, 18 ,
1950 Un barrage contre le Pacifique, pages 6, 7, 8, 9, 11,
1952 Le Marin de Gibraltar, Page 15, 19 ,
1953 Les Petits Chevaux de Tarquinia, 19 ,
1954 Des journées entières dans les arbres - Le Boa, Madame Dodin, Les Chantiers, Pages 3, 11, 15,
1955 Le Square,
1958 Moderato cantabile, Pages 6, 11, 12,
1960 Dix heures et demie du soir en été,
1962 L'Après-midi de Monsieur Andesmas, Page 1,
1964 Le Ravissement de Lol V. Stein, Pages 11, 12
1966 Le Vice-Consul, page, 15,
1967 L'Amante anglaise, Page 1,
1969 Détruire, dit-elle,
1970 Abahn Sabana David,
1972 L'Amour,
1980 Vera Baxter ou les Plages de l'Atlantique,
1980 L'Homme assis dans le couloir, Page 5,
1982 L'Homme atlantique,
1982 La Maladie de la mort, Pages 1, 4,
1984 L'Amant, Pages 2, 3, 6,  11,
1985 La Douleur, Pages 4, 10,
1986 Les Yeux bleus, cheveux noirs, page 9,
1986 La Pute de la côte normande,
1987 Emily L., Pages 4, 7,
1990 La Pluie d'été,
1991 L'Amant de la Chine du Nord, Page 11,
1992 Yann Andréa Steiner,
1993 Écrire, Pages 4, 12,
2013 Ah ! Ernesto, conte pour enfants, ill. de Katy Couprie, Page 16

Recueils
1980 L'Été 80, Page 7,
1981 Outside - Papiers d'un jour,
1987 La Vie matérielle - Marguerite Duras parle à Jérôme Beaujour,
1987 Les Yeux verts,
1993 Le Monde extérieur - Outside 2,
1995 C'est tout,
1996 La Mer écrite, textes d'après des photographies d'Hélène Bamberger,
1999 La Cuisine de Marguerite,
2006 Cahiers de la guerre et autres textes, Pages 1, 7,
2010 La Beauté des nuits du monde, textes choisis et présentés par Laure Adler,
 
Scénarios publiés
1960 Hiroshima mon amour, Page 8,
1961 Une aussi longue absence, en collaboration avec Gérard Jarlot,
1965 La Musica,
1973 Nathalie Granger, suivi de La Femme du Gange,
1973 India Song,
1977 Le Camion, suivi d’entretiens avec Michelle Porte, Page 12,
1979 Le Navire Night, suivi de Césarée, Les Mains négatives, Aurélia Steiner,
 
Emissions/Archives sonores
Le ravissement de la parole (archives INA en CD) : Pages 1 ; 2 ; 4 ; 6 ; 7
Marguerite Duras et la parole des autres: Page 2,
France Culture-Laure Adler-Marguerite Duras, Page 10,
 
Biographie
C'était Marguerite Duras de Jean Vallier : Page 1,
Marguerite Duras de Laure Adler : Page 2,
 
Films
Hiroshima mon amour, Page 8,
Moderato Cantabile, Pages 6, 7,
Un barrage contre le Pacifique,  page 8,
Le camion, Page 12,
 
Théâtre
La mort de Marguerite Duras par Eduardo Pavlovsky : Page 1,
 
Citation :
Mise à jour le28/08/2016 à la page 19


Dernière édition par le Lun 5 Fév 2007 - 16:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Marguerite Duras   Lun 5 Fév 2007 - 16:07

Un très beau souvenir: la pièce "L'amante anglaise" jouée par l'adorable Suzanne Flon et Jean Paul Roussillon.

Une histoire ancrée en grande partie dans un faits divers (Marguerite Duras se passionnait pour les faits divers). L'histoire de cette femme qui avait découpé son mari en morceaux qu'elle venait peu à peu jeter, du haut d'un pont au-dessus d'une voie ferrée, sur les trains qui passaient...

Parmi les livres de Marguerite Duras, ceux que j'ai préférés sont "Moderato Cantabile", "La pluie d'été", "Le ravissement de Lol V. Stein"... "L'après-midi de Monsieur Andesmas", "La maladie de la mort" sont aussi de très beaux textes.

L'oeuvre de Marguerite Duras me semble indissociable de sa propre histoire. "Un barrage contre le Pacifique", c'est le combat de sa mère pour que ne soient pas submergées les terres qu'on lui avait vendues au prix fort..."La douleur", c'est le retour de son mari,Robert Antelme, etc...

J'ai lu ses livres en faisant parallèlement la lecture de la biographie que lui a consacré Laure Adler. C'est passionnant.

Mais, encore une fois, si vous pouvez vous procurer, d'unefaçon ou d'une autre, les CD des archives de l'INA ("Le ravissementde la parole" )vous retrouverez la musique de sa belle voix que l'on retrouve dans son écriture.
Là encore, cette voix me semble indissociable de son oeuvre.
Vous avez compris, je suis plutôt fan! ...
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MessageSujet: Re: Marguerite Duras   Lun 5 Fév 2007 - 16:08

Enrique Vila-Matas parle de Duras :

Il fut autrefois son locataire à Paris. Son séjour, il le raconte dans le roman « Paris ne finit jamais »

« Je pense que l’écriture de Marguerite Duras ne laisse au lecteur que deux possibilités : l’aimer ou la détester.
Le moyen terme n’existe pas avec elle. Moi, je l’adore. Elle a la beauté de ce qui est littérairement infini. La poésie de son écriture me fascine et elle m’a parfois ému ou fait pleurer. Toutefois, j’ai dû écouter cent fois les violents rejets qu’elle suscite. Je ne me suis jamais donné la peine de réfuter de tels avis parce que je sais que c’est inutile. Celui ou celle qui déteste l’écriture de Duras la déteste avec une telle ardeur (et le même degré de cruauté qu’elle distille dans son chef-d’œuvre « L’après-midi de Monsieur Andesmas ») qu’il n’y a absolument rien à faire pour éviter ce genre de réactions qui, soit dit en passant, devaient, selon moi, enchanter Marguerite
»
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MessageSujet: Re: Marguerite Duras   Lun 5 Fév 2007 - 16:11

L'après-midi de Monsieur Andesmas

M. Andesmas vit depuis un an, avec sa fille Valerie, dans un village dominant la Mediterranée. Il ne semble pas très aimé, isolé par la barrière de la richesse dont il use pour acheter, pour sa fille et sans même les voir, toutes les terres du village. Cet après-midi-là, Valerie a conduit son père en voiture jusqu’à la maison récemment achetée car il a rendez-vous à quatre heures avec celui qu’il a chargé de la construction d’une terrasse face à la mer.

Dans L'après-midi de Monsieur Andesmas l'attente est très dominante. Le vieil homme attend tout un après-midi dans une apparente paresse. Son corps ne fait rien pour agir . L’attente est difficile :
"Sans doute, dit M. Andesmas, va-t-il me falloir plusieurs jours pour me remettre des fatigues d'une telle attente. »

Le rythme est très lent. L'attente est pénible et ennuyeuse. M. Andesmas se met d'abord en colère.
" Qui, à ma place, ne se mettrait pas en colère ? »
"Je ne comprends pas. Ce n'est pas bien de la part de M. Arc, ce n'est pas bien de faire attente un vieillard, des heures, comme il le fait. Comment peut-il se permettre une chose pareille
? »

L’arrivée d’une femme a lieu. La femme, qui n’est autre que celle de l’homme attendu, sait, elle, ce que M. Andesmas ne veut pas savoir : que son mari a été séduit par la belle Valerie.

« Tant de blondeur, tant et tant de blondeur inutile, ai-je pensé, tant de blondeur imbécile, à quoi ça peut servir ? Sinon à un homme pour s’y noyer ? Je n’ai pas trouvé tout de suite qui aimerait à la folie se noyer dans cette blondeur-là. Il m’a fallu un an, un an. Une curieuse année. Un événement était en cours qu’il nomma leur rencontre, bien plus tard.»

L'amour est le thème central de l'univers romanesque de Duras. Dans L'après-midi de Monsieur Andesmas c’est d'abord l'amour illimité du père pour sa fille, Valérie. Puis l'amour de la fille pour Michel Arc.

"S’il n'y a pas la musique dans les livres, Il n'y a pas de livres" dit Marguerite Duras.
Dans L'Après-midi de Monsieur Andesmas la musique revient. Le livre évoque un bal heureux. Sur la place du village, que M. Andesmas devine au loin, en bas de la colline où il attend, le bal du samedi remplit l'espace de sa musique. Toutes les vingt minutes un air revient.

Les romans de Duras sont des romans de vacances en été. La chaleur provoque chez les personnages de curieuses réactions. On pressent l'ampleur du désastre par la chaleur, excessive. Les hommes vivent dans l'oisiveté de l'été, comme M. Andesmas, le corps accablé de chaleur.
Dans cet univers qui étouffe, sans air, cerné par le néant, les héros durassiens succombent aux tentations de la tristesse et de l'ennui.
Ce sont les formes les plus apparentes de l'angoisse et du désespoir.
"Pendant cet intermède, que M. Andesmas va connaître les affres de la mort" (...) M. Andesmas connaît les affres de la mort (...). Je vais mourir, prononça tout haut M. Andesmas".
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MessageSujet: Re: Marguerite Duras   Lun 5 Fév 2007 - 16:12

Enrique Vila-Matas parle de "L'après-midi de Monsieur Andesmas":


« Marguerite, parmi d’autres livres, m’avait offert la version espagnole de ce que je considère aujourd’hui comme son chef-d’œuvre : L’après-midi de Monsieur Andesmas , court roman dans lequel son talent est plus visible que jamais.

Sur une plate-forme à mi-pente, ne voyant que le bord d’un abîme traversé par les oiseaux, vieux et immobile, Monsieur Andesmas attend Michel Arc. Il est dans un fauteuil d’osier. Il est seize heures. Il fait chaud. De l’abîme dont il ne peut voir le fond monte la musique d’un pick-up. C’est la chanson de l’été : « Quand le lilas fleurira, mon amour/quand le lilas fleurira pour toujours. »
Le pick-up se trouve sur la place du village. Des gens dansent. La vie est dans cet abîme. Passe un chien qui se perd dans le bois. Michel Arc tarde. En fait, il ne viendra jamais. Monsieur Andesmas se souvient de l’odeur des cheveux de sa fille Valérie. Puis il s’endort et l’ombre d’un hêtre voisin avance vers lui. Arrivent un souffle d’air et une petite fille très étrange. Le temps passe lentement. La maîtrise, de la part de Duras, de ce temps narratif est simplement géniale.
Duras, moi, pour ma part, je ne l’oublierai jamais ; je m’oublierai moi avant. Qu and j’ai fait sa connaissance, Marguerite, qui avait beaucoup lu, ne lisait plus rien. C’était comme si l’ombre d’un hêtre voisin avançait vers elle.
»
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MessageSujet: Re: Marguerite Duras   Lun 5 Fév 2007 - 16:14

On a beaucoup reproché (à raison!) à Marguerite Duras d'avoir écrit sur l'Affaire Gregory. Au moment où la mère de l'enfant était soupçonnée du meurtre , MD voyait en elle une Médée et écrivait "Christine V., sublime, forcément sublime."


Philippe Besson qui a écrit "L'enfant d'octobre" (sur l'affaire Villemin), après avoir dit toute l'admiration qu'il porte à MD ajoute ceci:

"Une fois, une seule fois, je serai en désaccord avec elle...C'est l'été 1985, un enfant est mort neuf mois plus tôt, jeté dans une rivière, elle raconte qu'elle est allée sur les lieux du crime, là-haut, dans ces Vosges sépulcrales, et qu'elle a vu le crime, la mort barbare de l'enfant, et que la mère est nécessairement coupable de ce crime, comme si elles n'avaient que ce moyen, les mères, pour échapper à l'anéantissement de leur existence: tuer leur progéniture.
J'admets absolument, immédiatement, sans même avoir à réfléchir, que Duras s'empare du monderéel, c'est son droit, nul ne peut le lui contester, j'admets qu'elle le transfigure mais cette façon d'asséner la culpabilité, au plus fort de la tempête médiatique, et alors que la mère est emprisonnée, me choque. Péremptoire et injuste, elle se place du côté de la meute, et je ne la reconnais pas. Elle manque de discernement, de distance et il me semble qu'on ne peut pas à ce point se laisser conduire par ses visions, ses emportements.
"
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MessageSujet: Re: Marguerite Duras   Lun 5 Fév 2007 - 16:16

Je partage tout à fait le point de vue de Philippe Besson sur la prise de position de Duras dans cette affaire. J'en avais été scandalisée...

Je crois qu'on ne peut pas aimer le "personnage" Duras de façon inconditionnelle... Pour différentes raisons...Certains peut-être les souligneront...

Mais voici maintenant ce que dit Besson de l'écrivain:

"Elle est là depuis longtemps. Depuis quand au juste? L'adolescence sans doute. Ce moment de mon âge où je ne sais pas ce que c'est, la littérature. Les livres, alors, passent sur moi, ils ne restent pas, je les oublie. Et je n'ai aucune idée de ce qui est à l'oeuvre dans l'écriture, de ce qui se trame. Et puis un jour, sans prévenir, vient Un barrage contre le Pacifique, j'ai 1- ans, 1è ans peut-être. Et je suis emporté par lerécit, par la voix. Du coup, je veux tout lire. Et je lis tout, Le marin de Gibraltar, Moderato Cantabile, Les petits chevaux de Tarquinia, Agatha. Et puis, l'Amant, son succès mondial. La jeune fille sur le bac qui traverse le Mékong, la traversée dure longtemps, un homme est là, tapi dans sa voiture, l'histoire peut commencer.
Tout de même, je n'aime pas tout. Son acoquinement avec le nouveau roman ne me convaoinc pas toujours. Si le dépouilllement va à Duras, la disparition de toute fiction ne lui convient guère. Je la préfère emportée par le tourbillon romanesque, s'aventurant du côté de la tragédie ou du mélodrame, ardente, envoûtante.
Avec les années, imperceptiblement, avec la fréquentation assidue des mots, il se produit cet événement: Duras cesse d'être un écrivain, elle devient quelqu'un qui m'accompagne. J'entends sa voix, cette voix où le sens surgit après la sonorité, je comprends ses fulgurances et ses obscurités, je comprends même l'incompréhensible, je me prends pour Yann Andréa, c'est un peu tragique, un peu risible, mais c'est comme ça. Duras est près de moi, obsédante, bienveillante. Gigantesque et minuscule. Lumineuse et absconse. Arrogante et sentimentale.
Quand viendra pour moi le temps de faire mes propres livres, c'est encore la voix de Duras que j'entendrai, elle qui imprégnera mon écriture, malgré moi le plus souvent. Je lutterai, conscient de ne livrer parfois qu'une mauvaise copie, une grossière imitation mais ça l'emportera contre ma volonté. La seule influence visible, c'est la sienne
."
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MessageSujet: Re: Marguerite Duras   Lun 5 Fév 2007 - 16:18

J'ai évoqué la biographie de Marguerite Duras écrite par Laure Adler.

Une autre: C'était Marguerite Duras de Jean Vallier(Editions Fayard).
Résultat de dix ans d'enquête. Reconstitution de l'histoire de sa vie à travers les archives, sur le territoire de l'ancienne Indochine et en France, en rencontrant des témoins de toutes les époques ( à travers les enfants ou petits-enfants parfois) et en réunissant des images. C'est une mise en perspective des faits de l'existence de l'auteur avec le contexte géographique et historique où ils se sont déroulés.
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MessageSujet: Re: Marguerite Duras   Lun 5 Fév 2007 - 16:22

Marguerite Duras désigne couramment ses livres comme des "blocs sacrés".

"C'est ça l'écriture. C'est le train de l'écrit qui passe par votre corps. Le traverse. C'est de là qu'on part pour parler de ces émotions difficiles à dire, si étrangères et qui, néanmoins, tout à coup, s'emparent de vous." MD

A Bernard Pivot, dans une émission Apostrophes, elle disait:

"Par écriture courante, je dirais une écriture presque distraite qui court, qui est plus pressée à attrapper les choses qu'à les dire, voyez-vous. Mais je parle de la crête des mots, c'est une écriture qui courrait sur la crête pour aller vite, pour ne pas perdre, parce que quand on écrit, c'est le drame, on oublie tout tout de suite. Et c'est affreux quelquefois."

Les archives de MD accessibles aux chercheurs témoignent d'un travail d'écriture approfondi et acharné alors qu'elle disait: "Je peux torcher un livre en trois semaines."...Les brouillons sont denses, dactylographiés ou manuscrits, consignés sur des cahiers ou des feuilles volantes. On est loin d'une oeuvre de "premier jet". Des marques de ré-écritures minutieuses, de multiples versions successivement remaniées...
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MessageSujet: Re: Marguerite Duras   Lun 5 Fév 2007 - 16:23

"La solitude elle se fait seule. Je l'ai faite. Parce que j'ai décidé que c'était là que je devrais être seule, que je serais seule pour écrire des livres. Ca s'est passé ainsi. J'ai été seule dans cette maison. Je m'y suis enfermée - j'avais peur aussi bien sûr. Et puis je l'ai aimée. Cette maison, elle est devenue celle de l'écriture. Mes livres sortent de cette maison. De cette lumière aussi, du parc. De cette lumière réverbérée de l'étang. Il m'a fallu vingt ans pour écrire ça que je viens de dire là. "
(Marguerite Duras dans Ecrire)
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MessageSujet: Re: Marguerite Duras   Lun 5 Fév 2007 - 16:24

Duras, à propos de l'écriture:

" Je ne peux pas me souvenir d'un âge où l'idée m'a traversée que je pourrais être autre chose qu'un écrivain. "

" Je travaille comme une brute " (Le Camion)

" A ce moment-là, j'écrivais des livres huit heures par jour. " (Outside)

" Le mot écrire, c'est être là à cette table tous les jours que Dieu fait, tous les jours, tous les jours... 0ui, c'est être là tous les jours, à être comme ça à ne rien faire . "

" Le véritable travail est imposé de l'extérieur. Horaire et horreur: pour moi deux mots équivalents ".

" Ecrire, non plus, non, je ne crois pas que ce soit du travail. Je l'ai cru longtemps, je ne le crois plus. Je crois que c'est un non-travail. C'est atteindre le non-travail. " (Les Yeux verts)

Parlant des Petits Chevaux de Tarquinia, elle concède: " Oh, je pourrais en faire un en quinze jours, des livres comme ça. J'ai cette vulgarité en moi, je l'ai. C'est une sorte de facilité que j'ai, que j'avais à l'école, vous savez, la même. Je peux torcher un livre en trois semaines, n'importe quoi. La Musica, qui s'est jouée dans le monde entier, elle est de cette veine-là. "

" C'est une facilité d'écrire. C'est une vulgarité aussi. "

" J'écrivais comme on va au bureau, chaque jour, tranquillement, je mettais quelques mois à faire un livre et puis tout à coup, ça a viré. Avec Moderato Cantabile, c'était moins calme. Et puis, après Mai 68, avec Détruire, alors c'était plus du tout ça, c'està-dire que le livre s'écrivait en quelques jours et c'est la première fois que j'ai abordé la peur avec cela. Si enfin, ça avait commencé avec Le Ravissement de Lol V. Stein . "

" C'était une chose dont on ne parlait pas, comme une syphilis cachée. "

" Pendant toute ma jeunesse, j'ai été ensevelie sous les conseils des hommes qui m'entouraient (...): "Ne te fais pas remarquer. Ne te ridiculise pas. (...). Refuse de parler à la radio, à la télévision, refuse les interviews. (...). Travaille plus. (...). Ne parle pas de tes livres comme tu le fais, ça ne se fait pas, on ne parle pas de ses propres livres. Ne fais pas de journalisme. (...). Ne fais plus de cinéma, tu vois bien que tes films ne marchent pas. Tiens-toi tranquille, ne fais pas la folle de Chaillot. (...). Écris dans ton coin, c'est tout."

Elle conquiert sa " première liberté " avcc Moderato Cantabile - " J'avais mis des années à y arriver"

" L'épreuve d'écrire, c'est de rejoindre chaque jour le livre en train de se faire et de s'accorder une nouvelle fois à lui, de se mettre à sa disposition."

" Je sais que le lieu où ça s'écrit, où on écrit - moi quand ça m'arrive -, c'est un lieu où la respiration est raréfiée, il y a une diminution de l'acuité sensorielle. ... Je ne sais pas ce que ce livre va être, je ne sais pas ce qui arrivera dans une heure, dans trois heures, dans quinze jours, je ne sais rien de ça."

" Des fois on a peur de mourir avant que la page soit pleine. (...). On connaît les repères, on connaît l'événement auquel on veut aboutir, mais il faut amener le texte à ça. (... ). Je pense que c'est, effectivement, I'activité qui fait que la pensée de la mort est là chaque jour."

Au moment du Ravissement de Lol ~ Stein: "J'écrivais et tout d'un coup, j'ai entendu que je criais, parce que j'avais peur. (...). C'était une peur (...) de perdre un peu la tête.... "

L'Amant: " Il faut être fou pour exposer, comme ça, son écriture. Se mettre dans le livre et vendre le livre. Il y a plus de pudeur chez la pute du bois de Boulogne qui se montre toute nue. Écrire est plus impudique. (... ). On le fait très naturellement quand c'est là, quand pour vous, il n'y a plus de choix. "

Pour Marguerite Duras, cependant, pas d'autre route que l'écriture,
" injonction interne"
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MessageSujet: Re: Marguerite Duras   Lun 5 Fév 2007 - 16:26

La mouche:

"Ce jour. Celui daté, d'un rendez-vous avec mon amie Michelle Porte, vue par moi seule, ce jour-là sans heure aucune, une mouche était morte.
Au moment où moi je la regardais il a été tout à coup trois heures vingt de l'après-midi et des poussières: le bruit des élytres a cessé.

La mouche était morte.

Cette reine. Noire et bleue.

Celle-là, celle que j'avais vue, moi, elle était morte. Lentement. Elle s'était débattue jusqu'au dernier soubresaut. Et puis elle avait cédé. Ça a peut-être duré entre cinq et huit minutes. Ça avait été long. C'était un moment d'absolue frayeur. Et ça a été le départ de la mort vers d'autres cieux, d'autres planètes, d'autres lieux.

Je voulais me sauver et je me disais en même temps qu'il me fallait regarder vers ce bruit par terre, pour quand même avoir entendu, une fois, ce bruit de flambée de bois vert de la mort d'une mouche ordinaire.

Oui. C'est ça, cette mort de la mouche, c'est devenu ce déplacement de la littérature. On écrit sans le savoir. On écrit à regarder une mouche mourir. On a le droit de le faire.
"

Marguerite Duras (Écrire )

Partant de là, Eduardo Pavlovsky (acteur, auteur, psychanalyste) a écrit un monologue de théâtre intitulé "La mort de Marguerite Duras".
Il ne s'agit, en fait, que de l'agonie d'une mouche solitaire. Celui qui parle, observant l'agonie de la mouche, solitaire lui aussi, réfléchit sur sa vie, ses amours, ses engagements, ses joies...La vie, éclatante ou cruelle...

Extrait:
"Seule résignée à mourir seule car tout près il n'y avait pas d'autres mouches je n'en aperçus aucune je me demandai si le rituel de la mort chez les mouches consistait à mourir dans la solitude la plus absolue...Peut-être les autres fuient-elles parce que la mort les terrifie elles se sauvent pour ne pas la voir mourir.
Elles font ce que nous, nous n'osons pas faire...je pensai
."
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MessageSujet: Re: Marguerite Duras   Lun 5 Fév 2007 - 16:29

Cahiers de guerre et autres textes:

Presque tous des textes inédits. Des ébauches restées sans suite mais aussi des textes repris dans Un barrage contre le Pacifique et dans La Douleur.

448 pages tout de même!


Extraits: l'enfance

"Merdeuse", "sale con" ou "chienne" n'impliquaient pas les coups à l'appui, ils étaient passés dans le langage courant. Il y en avait d'autres et ma tristesse est grande de ne pas m'en souvenir. Je ne peux les entendre sans qu'ils me montent jusque dans l'âme le goût même de ma jeunesse, elles ont le nimbe des étés passés à jamais, des colères vives et crues de mes quinze ans."

«Aussi loin que je me souvienne, mon enfance s'est déroulée dans une lumière désertique et crue, aussi loin du rêve que possible

La mère :

«C'est d'elle que je veux dire l'histoire, l'étonnant mystère jamais connu, ce mystère qui a été très longtemps ma joie, ma douleur, où je me retrouvais toujours et d'où je m'enfuyais souvent pour y revenir.»

"Le principe était de rigoler, parce qu'on n'en pouvait plusde ne pas rigoler
."

A propos de Léo, le Chinois, qui deviendra l'Amant:


"J'avais été embrassé par un foetus, la laideur était entrée dans ma bouche, j'avais communié avec l'horreur. J'étais violée jusque dans l'âme."
(il était laid, avec des traces de petite vérole)

Un passage pour Les petis chevaux de Tarquinia:

«Les yeux de la fille luisaient en silence, noirs et humides, dans l'ombre des stores, elle se tenait debout, sa bouche s'ouvrait sur ses dents, sa bouche comme l'intérieur vierge d'une huître, mouillée, ses lèvres comme les bords prêts à saigner d'une blessure faite à l'instant.»

Un matin dans Paris:
"cette «heure où le soleil n'est pas encore levé mais où il va se lever. [...] Voilà où est la force de l'heure: c'est qu'elle est celle de l'espoir [...] plein de l'inconnu du jour qui vient, et qui maintient dans l'homme le feu brûlant de la vie.»

Pour ce qui est des passages qui mèneront à La douleur, je n'ai pas le coeur à en citer. J'ai trop de mal avec ce livre-là. Les extraits me paraissent encore plus violents que le livre achevé.

Sur le site de l'éditeur, les critiques de la presse:
http://www.pol-editeur.fr/catalogue/fichelivre.asp?Clef=6108

"Demeurait", expliquent les éditeurs, "la question de savoir de quelle manière rendre accessibles à la lecture ces textes manuscrits, parfois morcelés ou difficiles à déchiffrer. Une possibilité consistait dans la présentation de fac-similés, accompagnés de leur transcription et d'un appareil de notes conséquent. Rapidement, cette option s'est avérée dénaturer le texte à plusieurs égards... À l'examen, s'est donc imposé un protocole éditorial qui privilégie la lisibilité des textes ; il s'est agi d'établir le texte sans toutefois le rendre trop lisse, et sans faire oublier son statut de document d'archive, dont témoignent les deux cahiers d'illustration.. Nous avons cherché, avant tout, à respecter le statut intermédiaire des "Cahiers de la guerre et autres textes", à mi-chemin de l'oeuvre assumée et du document d'archive ; c'est au point d'équilibre fragile entre ces deux pôles que se tient ce qui doit être considéré comme l'enfance d'une oeuvre."
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coline
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MessageSujet: Re: Marguerite Duras   Lun 5 Fév 2007 - 17:40

"La maladie de la mort"

...Une femme , et un homme...l'homme a payé la femme pour qu'elle soit près de lui...un homme qui n'aime pas les femmes...

"Elle demande: Encore combien de nuits payées? Vous dites: Trois.
Elle demande: Vous n'avez jamais aimé une femme? Vous dites que non, jamais.
Elle demande: Vous n'avez jamaisdésiré une femme? Vous dites que non, jamais.
Elle demande:Pas une seule fois, pas un instant? Vous dites que non, jamais.
Elle dit: Jamais? Jamais? Vousrépétez: Jamais.
Elle sourit, elle dit: C'est curieux un mort.
Elle recommence: Etregarder une femme, vous n'avez jamais regardé une femme? Vousdites que non, jamais.
Elle demande: Vous regardez quoi? Vous dites: Tout le reste.
Elle s'étire, elle se tait. Elle sourit, elle se rendort
."
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swallow
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MessageSujet: Re: Marguerite Duras   Mer 18 Juil 2007 - 10:18

Mais ma pauvre Coline, comment ai-je pu te laisser toute seule sur ce fil de notre Duras adorée? Laughing
J'ai trouvé ce petit mot d´un académicien que je méconnais. C´est condensé, c'est ça DURAS:
«Mme Duras avait réussi le tour de force d’être emphatique dans le laconisme, sentimentale dans la sécheresse et précieuse dans le rien, inventant le bavardage dans le télégramme et le falbala dans la nudité
L´académicien Rinaldi.
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