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 LC Semprun "l'écriture ou la vie"

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Bédoulène
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MessageSujet: LC Semprun "l'écriture ou la vie"   LC Semprun "l'écriture ou la vie" Icon_minitimeLun 21 Mar 2016 - 10:20

c'était une lecture que je voulais faire, après celle de Primo Levi, Ruth Klüger

donc c'est le moment : début immédiat ou sous peu si vous nous rejoignez

Shanidar
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et ??????

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MessageSujet: Re: LC Semprun "l'écriture ou la vie"   LC Semprun "l'écriture ou la vie" Icon_minitimeLun 21 Mar 2016 - 15:02

Je commence.

Avril 1945 : libération du camp de Buchenwald - 1994 : parution du récit de Semprun : L'écriture ou la vie

Le lecteur peut se demander pourquoi Semprun a tant attendu avant d'écrire le récit que nous avons entre les mains et sans doute la citation de Maurice Blanchot choisie en exergue nous donne une bonne indication :

Qui veut se souvenir doit se confier à l'oubli, à ce risque qu'est l'oubli absolu et à ce beau hasard que devient alors le souvenir.

Il a donc fallu 50 ans d'oubli à Semprun pour pouvoir se souvenir... ou du moins écrire ses souvenirs, entre temps on lui souhaite d'avoir vécu... car d'emblée la question nous est posée : comment vivre avec les milliers de morts de la Shoah ? Et comment renoncer à survivre quand on a vu la haine dans le regard des SS ?

Il n'est pas question ici de la problématique d'Adorno : comment écrire (des poèmes) après l'Holocauste ? Il est question de comment, par quelle forme passer pour dire l'expérience des camps. A cette question, Semprun répond : le langage contient tout et un peu avant : Ne parviendront à cette substance, à cette densité transparente que ceux qui sauront faire de leur témoignage un objet artistique, un espace de création. (...)

Mais il faudrait peut-être commencer par le regard... L'impossible regard croisé, porté sur soi, vu en miroir dans le regard effrayé des soldats britanniques et ce regard de fraternité échangé avec les mourants sur des châlits breneux...

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MessageSujet: Re: LC Semprun "l'écriture ou la vie"   LC Semprun "l'écriture ou la vie" Icon_minitimeLun 21 Mar 2016 - 21:19

ah terrible ce regard dans lequel l'auteur se devine !

je me demande si c'est une section spéciale du camp car il semble qu' il y ait un grand nombre de détenu politique. Ce qui explique peut-être que l'auteur parle de fraternité car il me souvient que dans les souvenirs d'autres détenus il n'y avait au contraire aucune fraternité (cf le livre de Primo Levi et Ruth Klüger)

je suis étonnée aussi qu'il y ait une bibliothèque et des séances de cinéma ?

Important passage que le dialogue de l'auteur avec l'officier américain ; l'auteur lui explique que pour lui l'horreur n'est pas le mal "elle n'en était que l'habillement, la parure" et l'essentiel c'est "l'expérience du Mal radical..." et cette expérience ils l'ont vécue. Il se considère non pas comme un rescapé mais bien comme un revenant, nuance qui présuppose qu'il y est eu mort.

l'auteur cite Kant quand il dit "Mal radical" (la racine du Mal), il cite d'ailleurs plusieurs philosophes et échange sur eux avec le lieutenant Rosenfeld.

Semprun raconte son arrivée au camp, survole son arrestation.

Dans le camp le lendemain de la libération de jeunes Russes ont reproduit la tête de Staline en grand sur la façade d'un bloc, la réflexion de Nicolaï, jeune "barbare" russe(qui ne retournera pas en Russie) est prémonitoire : "Comment disais-tu, déjà ? Les soviets plus l'électricité ? Eh bien tu m'en diras des nouvelles !"
Ce n'est que bien plus tard que l'auteur comprendra : "Si j'avais compris sur-le-champ l'attitude de NicolaÏ, le Stubendienst du block 56, ce mystère de l'âme russe, je me serais sans doute épargné un long détour, non dépourvu d'oasis de courage et de fraternité, par les déserts du communisme."
Evidement que là le lecteur averti pense que l'auteur fera partie des déçus du communisme, toutefois on retrouve aussi les ressentis exprimés par tant d'autres ex dans le mot "oasis".

L'auteur est marxiste mais il dit que lui et ses camarades ne s'intéressent pas à Staline dans leurs discussions.

ps dommage qu'il n'y est pas la traduction des mots allemands

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MessageSujet: Re: LC Semprun "l'écriture ou la vie"   LC Semprun "l'écriture ou la vie" Icon_minitimeLun 21 Mar 2016 - 21:32

Bédoulène a écrit:
ps dommage qu'il n'y est pas la traduction des mots allemands
si tu veux, tu peux les mettre sur ce fil ou me les envoyer en mp, je vais te faire la traduction Wink

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MessageSujet: Re: LC Semprun "l'écriture ou la vie"   LC Semprun "l'écriture ou la vie" Icon_minitimeLun 21 Mar 2016 - 22:16

ça me rappelle sous un autre angle :

shanidar a écrit:
Jamais lu Vercors. Il va falloir rattraper ça...

sur le fil après quelques messages sur Les armes de la nuit

(je referme la parenthèse).

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MessageSujet: Re: LC Semprun "l'écriture ou la vie"   LC Semprun "l'écriture ou la vie" Icon_minitimeMar 22 Mar 2016 - 10:04

Pour répondre rapidement à Bédou sur les questions concernant le camp de Buchenwald, il faut sans doute préciser que ce camp est d'abord un camp de concentration (et de travail) et non un camp d'extermination (comme Auschwitz). Ajouter peut-être aussi qu'au camp de Ravensbrück (où fut interné Ruth Klüger), Germaine Tillion écrivit une sorte d'opérette avec la complicité d'autres prisonnières et que la pièce se voulait drôle. Que Semprun parle de 50 000 détenus au camp de Buchenwald juste avant sa libération (et les marches forcées qui emportèrent la moitié des prisonniers), ce qui laisse penser qu'il devait y avoir un nombre important de détenus politiques.

Et d'ailleurs, je pense que la différence soulignée entre les livres de Levi, Klüger et celui de Semprun vient précisément du fait que les deux premiers étaient juifs et pas Semprun, ni Tillion, ni d'autres et qu'ils n'ont donc pas eu à subir les mêmes traitements dans les camps, les mêmes angoisses, les mêmes souffrances (mais c'est moi qui le dit).

Et c'est bien à une longue réflexion sur la fraternité que nous invite Semprun. Empruntant dès l'exergue ces mots de Malraux : "... je cherche la région cruciale de l'âme où le Mal absolu s'oppose à la fraternité.", il est persuadé que l'essentiel de l'expérience concentrationnaire se trouve dans cette expérience du Mal radical (Kant) qui est intimement mêlé à l'humain et à la liberté de chacun de faire ou pas le Mal.

Surtout, je retiens que les soldats ont dans leur sac des livres de poésie (René Char), que Semprun déclame des vers, qu'il parle longuement avec les intellectuels du camp, que la culture qui est la sienne lui permet de rester vivant (un peu, suffisamment), de rester digne, de rester humain... Et que c'est par le prisme de cette culture qu'il peut raconter son expérience de la mort et du Mal radical. Ce qui m'amène à penser que sans les mots, sans ce langage qui contient tout, Semprun serait devenu fou ou suicidaire ou vraiment mort.

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MessageSujet: Re: LC Semprun "l'écriture ou la vie"   LC Semprun "l'écriture ou la vie" Icon_minitimeMar 22 Mar 2016 - 13:28

Lisant Semprun je me demande si tous nos souvenirs fonctionnent de la même manière, si nous nous rappelons les évènements de nos vies, des plus marquants aux plus insignifiants en passant par les mêmes canaux que ceux explorés par Semprun.

Lui, semble fonctionner par associations d'idées, un mot, un nom, un lieu lui rappelant un évènement de son passé, lui-même relié à d'autres éléments par ce seul mot, ce nom, l'évocation de ce lieu...

Il commence son récit en parlant des oiseaux, ou plutôt de l'absence d'oiseaux dans le ciel de Buchenwald et il affirme que cette absence vient de l'odeur du four crématoire. Cette odeur lui rappelle alors les mots de Léon Blum (interné dans une villa proche du camp de Buchenwald) qui écrit sur cette 'étrange odeur' et tout naturellement Blum précipite Semprun dans le souvenir de Goethe, Goethe dont la maison de campagne touche presque Buchenwald, Goethe qui a eu en ce lieu des conversations retranscrites par son secrétaire Eckermann et que Blum a complétées plus tard sous le titre : Nouvelles conversations de Goethe avec Eckermann. Et Semprun raconte ces jeux du hasard ou de la fortune (ou serait-ce ici de l'infortune) à un jeune lieutenant américain qui l'emmène voir la maison de Goethe et lui parle de la relation de Heidegger au nazisme... Et c'est ainsi que les souvenirs s'enchaînent, conduisent à l'évocation de Brecht et de celle qui fit découvrir le poète-dramaturge à Semprun... Pour revenir encore aux oiseaux, leur absence et cette odeur du four. Comme un cercle à la fois infernal et centrifuge puisqu'il ouvre à la réflexion...

Je ne sais pas si Semprun parlera plus tard des oiseaux d'Eckermann, mais il est étonnant de se souvenir que le secrétaire de Goethe, habitant dans une petite cabane près de la chaumière, y nourrissait avec dévotion une petite collection d'oiseaux en cage...

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MessageSujet: Re: LC Semprun "l'écriture ou la vie"   LC Semprun "l'écriture ou la vie" Icon_minitimeMar 22 Mar 2016 - 13:42

oui bon, tous étaient soi-disant des camps de travail et il y avait bien des fours crématoires en fonction à Buchenwald et l'auteur fait visiter d'ailleurs une salle de tortures aux femmes de la mission France.

"Et d'ailleurs, je pense que la différence soulignée entre les livres de Levi, Klüger et celui de Semprun vient précisément du fait que les deux premiers étaient juifs et pas Semprun, ni Tillion, ni d'autres et qu'ils n'ont donc pas eu à subir les mêmes traitements dans les camps, les mêmes angoisses, les mêmes souffrances (mais c'est moi qui le dit)"

Je me souviens vaguement que ceux qui fomentaient une rebelion, Juif ou non étaient punis publiquement (dans le livre de Klüger ?) et savons-nous si l'empreinte morale, psychologique est moins vivace ? je ne le pense pas pour ma part, ce qui explique comme tu l'a noté qu' il est fallu tant d' années à Semprun pour revivre.

"Surtout, je retiens que les soldats ont dans leur sac des livres de poésie (René Char), que Semprun déclame des vers, qu'il parle longuement avec les intellectuels du camp, que la culture qui est la sienne lui permet de rester vivant (un peu, suffisamment), de rester digne, de rester humain... Et que c'est par le prisme de cette culture qu'il peut raconter son expérience de la mort et du Mal radical. Ce qui m'amène à penser que sans les mots, sans ce langage qui contient tout, Semprun serait devenu fou ou suicidaire ou vraiment mort."

tout comme toi je le pense aussi, on voit avec quel plaisir et quelle fierté il retrouve dans son échange avec le soldat Français, des nouvelles des intellectuels qu'il connaissait. Un moment d'émotion quand l'auteur déclame à haute voix les vers de René Char, que vient de lui faire connaître ce soldat (lequel incite sur le fait que le livre est un prêt !)

(je note des livres à lire ........ sourire )

Alors que l'auteur visite avec le Lt la maison de Goethe et qu'il est l'heure de rentrer, on mesure la difficulté de revenir dans le monde des vivants "J'ai envie de revenir à Buchenwald, parmi les miens, parmi mes camarades, les revenants d'une longue absence mortelle."

Alors qu' ils partent du camp, dans une ville, Semprun se rend compte que son regard qui a bouleversé les soldats Britanniques a un "pouvoir" sur les femmes " Où il n'y avait rien à voir, pourtant, à deviner - mais comment, par quelle procédure perspicace ? - que la surface sans tain d'un passé abominable."


L'auteur nous raconte ensuite ses rapports avec son corps, un corps ignoré jusqu' au jour de l'interrogatoire par la gestapo mais qui a continué à survivre indépendamment de son esprit "Pour sortir vainqueur de cet affrontement avec mon corps, il me fallait l'asservir, le maîtriser, l'abandonnant aux affres de la douleur et de l'humiliation."

C'est le dilemne des torturés, écouter son corps ou sa raison.

Dans la confrontation avec le monde des vivants ce sont les questions qui sont douloureuses à entendre, parce qu'entendre c'est être vivant "Si je n'avais pas été une parcelle de la mémoire collective de notre mort, cette question ne m'aurait pas mis hors de moi. Je n'étais rien d'autre, pour l'essentiel qu'un résidu conscient de toute cette mort."


à suivre



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MessageSujet: Re: LC Semprun "l'écriture ou la vie"   LC Semprun "l'écriture ou la vie" Icon_minitimeMar 22 Mar 2016 - 13:48

nous nous sommes courcircuitées ! sourire

tu as raison oui, ce sont des souvenirs qui arrivent impromptus par un mot, une bruit etc.................. et qui s'ouvrent sur d'autres !

tout comme parler du camp avec le soldat français en débutant par "Pola Negri" ce qui avait bien dérouté le soldat !

je reviens plut tard !

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MessageSujet: Re: LC Semprun "l'écriture ou la vie"   LC Semprun "l'écriture ou la vie" Icon_minitimeMar 22 Mar 2016 - 20:27

Kena puisque tu en a fait la proposition peux tu me dire comment tu traduirais ce mot (l'auteur dit que dans la langue française il n'existe pas un mot qui peut exprimer ce sentiment, mais qu'il existe en allemand et en espagnol)

Erlebnis                                   vivancia pour l'espagnol


merci

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Dernière édition par Bédoulène le Mer 23 Mar 2016 - 13:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: LC Semprun "l'écriture ou la vie"   LC Semprun "l'écriture ou la vie" Icon_minitimeMar 22 Mar 2016 - 20:41

mais volontiers Very Happy
Bédoulène a écrit:
Erlebnis                                   vivancia pour l'espagnol
ce mot se traduit assez facilement par expérience (et le mot espagnol est vivencia Wink )
la traduction devient plus 'évasive' quand on utilise ce mot p.ex. dans des phrases pareilles:
das war ein wundervolles/schreckliches Erlebnis, cela donne: ça a été un moment magnifique/terrible
ou: sie hat einmal ein ähnliches Erlebnis gehabt: elle a vécu quelque chose d'analogue

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MessageSujet: Re: LC Semprun "l'écriture ou la vie"   LC Semprun "l'écriture ou la vie" Icon_minitimeMar 22 Mar 2016 - 21:11

je te copie le passage, car si c'est le mot expérience, il le connait et il dit que ce n'est pas le bon mot

"D'ailleurs je n'avais pas vraiment survécu. Je n'étais pas sûr d'être un vrai survivant. J'avais traversé la mort, elle avait été une expérience de ma vie. Il y a des langues qui ont un mot pour cette sorte d'expérience. En allemand on dit Erlebnis. En espagnol : vivancia. Mais il n'y a pas de mot français pour saisir d'un seul trait la vie comme expérience d'elle-même. Il faut employer des périphrases. Ou alors utiliser le mot vécu, qui est approximatif. Et contestable. C'est un mot fade et mou.

peut-être dois-je me contenter de "d'abord et surtout, c'est passif le vécu. Et puis c'est au passé. Mais l'expérience de la vie, que la vie fait d'elle-même, de soi même en train de la vivre, c'est actif. Et c'est au présent forcément. C'est à dire qu'elle se nourrit du passé pour se projeter dans l'avenir."

tu penses que erlebnis reflète ce qu'il exprime ?

quant à vivancia si je demande au traducteur la réponse est...........vivancia !

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MessageSujet: Re: LC Semprun "l'écriture ou la vie"   LC Semprun "l'écriture ou la vie" Icon_minitimeMar 22 Mar 2016 - 21:30

merci pour l'extrait
Bédoulène a écrit:
"Il faut employer des périphrases."
oui, tout à fait, comme je l'ai aussi indiqué, on ne peut pas traduire à 100% ce mot dans un contexte défini... on doit le décrire... et je trouve qu'il le fait très bien  Very Happy

Bédoulène a écrit:
quant à vivancia si je demande au traducteur la réponse est...........vivancia !
navrée... mais je pense que tu dois te chercher un autre traducteur... vivenciar est le verbe et cela ne change pas en a pour devenir vivancia... cela reste vivencia Wink
(si ce mot se trouve ainsi dans le livre, c'est une faute de frappe)

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MessageSujet: Re: LC Semprun "l'écriture ou la vie"   LC Semprun "l'écriture ou la vie" Icon_minitimeMer 23 Mar 2016 - 6:31

vivencia... vivacité, crudité du vécu...? des écorchés vifs de l'existence...?

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«L'amplitude des contradictions à l'intérieur d'une pensée constitue un critère de grandeur.»
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MessageSujet: Re: LC Semprun "l'écriture ou la vie"   LC Semprun "l'écriture ou la vie" Icon_minitimeMer 23 Mar 2016 - 9:52

merci kena pour les développements et je pense que tu touches quelque chose de primordial jack en évoquant le mot vivacité car il me semble que c'est justement cette idée de mouvement de la vie, de traversée de l'existence, cette expérience mouvante du vivant que le terme français : vécu ne permet pas de dire alors que les mots allemand et espagnol semblent permettre cette idée de "vivacité dans la vie".

Il faut rappeler que Semprun avant de s'engager dans la Résistance armée (la seule résistance à ses yeux) a fait des études de philosophie, qu'il parle couramment espagnol, français et allemand et qu'il peut comme un philologue comparer les expressions sur l'expérience de la mort.

Il ne s'en prive pas un peu plus loin dans son récit lorsqu'il reprend les mots de Wittgenstein :

Der Tod ist kein Ereignis des Lebens. Den Tod erlebt man nicht...

traduit par Pierre Klossowski par :

La mort n'est pas un évènement de la vie. La mort ne peut être vécue.

alors que Semprun aurait plutôt traduit par :

La mort n'est pas une expérience vécue. On ne peut vivre la mort.

ajoutant pour finir qu'en réalité Wittgenstein s'est trompé et qu'il aurait dû écrire :

Mein Tod ist kein Ereignis meines Lebens. Meinen Tod erlebe ich nicht. C'est-à-dire : ma mort n'est pas un évènement de ma vie. Je ne vivrai pas ma mort.



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