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 Josée Yvon

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Josée Yvon   Lun 4 Avr 2016 - 9:17



Josée Yvon (1950-1994) est entrée en littérature par l'entremise d'une photo de son clitoris dans un recueil de poésie de son compagnon de vie Denis Vanier. Cette introduction de son corps dans la construction du personnage littéraire et féministe qu'elle revendique pleinement était mûr pour une contestation des plus radicales. De plus en plus, son oeuvre se détache de celle de son compagnon pour conquérir un espace autonome, notamment dans la littérature des jeunes poétesses du Québec. Ce que je viens d'étayer ne révèle que des barbarismes de sa démarche qui va au fond des choses.

Oeuvre (tiré de Wikipedia) :


Filles-commandos bandées, Les Herbes rouges, coll. "Les Herbes rouges", 1976.
La Chienne de l'hôtel Tropicana, Cul Q, coll. "Exit", 1977.
Travesties-kamikaze, Les Herbes rouges, coll. "Lectures en vélocipède", 1980.
Koréphilie, avec Denis Vanier, Écrits des forges, coll. "Radar", 1981.
Danseuse-mamelouk - récit, VLB éditeur, 1976.
Gogo-boy, avec une composition originale de Marie Vigneault, Éditions d'Orphée et Éditions des Ateliers Guillaume, 1983
L'âme/défigurée, avec Denis Vanier, Plaisirs solitaires no 10, Le Castor astral et l'Atelier de l'Agneau, 1984.
Maîtresses-Cherokees - récit, VLB éditeur, 1986.
, Filles-missiles, Écrits des forges, coll. "Les rouges-gorges", 1986.
Travaux pratiques - œuvres critiques complètes, avec Denis Vanier, Éditions Rémi Ferland, 1987.
Les Laides otages - récit, VLB éditeur, 1990.
La Cobaye - récit, VLB éditeur, 1993.
Lettres, Atelier de l'Agneau, 1994.

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De Gaulle, citant Nietzsche

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Josée Yvon   Lun 4 Avr 2016 - 10:02

Filles-missiles (Tiré de Pages intimes de ma peau) :

À mon sens, Filles-missiles est le recueil de poésie de Josée Yvon qui se rapproche le plus d'une facture conventuelle de poésie. Il faut voir sa poésie sous le signe d'un manifeste. Sa vie fut une succession de mésaventures et d'excès. Elle défend plusieurs identités marginales et les revendique comme ayant droit de cité. J'ai peu de mots pour décrire ce qui définit la terreur de la poésie de Josée Yvon. Il nous faut tout au plus l'expliquer, l'accompagner.

Josée Yvon, Filles-missiles dans Pages intimes de ma peau, 2015, Trois-Rivières : Écrits des Forges, p. 81. a écrit:
«Drogue de butch»

Le frigidaire ne garde plus que tes poppers
la moutarde
la mayonnaise
une vieille sandwich piquée au sauna
du café instant
de la bière en canettes
sublimes
avec une description méticuleuse du char

Un pénis saignant ne durera jamais
comme les Quaaludes

La paranoïa nous guette
le rock-ring essentiel
et le sang bloque le «shaft»

il n'y a qu'une waitress
une old fairy
qui a servi dans tous les puits de pétrole

elle se souvient de ton petit nom et tu es ravie
mais elle ne sert
que de la vinaigrette au roquefort

Une telle poésie peut être qualifiée de «coup de poing». Regardons maintenant un autre extrait :

Ibid., p. 94. a écrit:
«Le complexe de Peter Pan»

à l'aube
déchirée de cris de frédériques
celles qui tortillent
réveillent le coeur
quand les vagues lèchent les fenêtres
et les orchidées s'absentent
sous la première sueur du soleil
sous les pages les plus intimes de ma peau

pour celle qui vomit chaque matin
l'addiction je la connais trop bien
et cette tache mauve crève les longues langues

Les images que Josée Yvon utilise sont d'une telle efficacité.

Ibid., p. 99. a écrit:
«Vagabonde-efficace»

et cette envie du vide
étourdit
suce comme un aimant

ce grand carré d'espace
invite
et tremble dans les chèvrefeuilles
et les passeroses
comme le cléome sans le charme
de descendre le pergola.
Ne commande plus le doute.

Depuis Lucien Francoeur, je n'avais pas ressenti l'emblème de la contre-culture québécoise comme ici :

Ibid., p. 107. a écrit:
et que vaut ce spasme
une cambrure du dos
strate ratatinée
une si petite inféodation
dans des bras mêlés
auront-ils voulu que les brûlures des saillies
ne soient qu'au premier degré
un si petit meurtre
un si petit pays
la saga pré-pubère naïve ressuscitée
est-elle encore de race ma fille exsangue

Je vous livre maintenant des poèmes de la série poétique «La belle nuit des âmes» :

Ibid., p. 121. a écrit:
«Berserk»

Elle sentait la chèvre
ne mangeait que des galettes azyme
fille de montagne
godasses
jupes empilées d'où ne sort que le mollet poilu
folle de crinière
aussi ramée que les mêlées d'un vieux chêne
fille d'un autre siècle
elle s'étend dans l'herbe sur le sentier des roches
les fleurs s'ouvrent et se ferment
lui signalant l'heure

et elle retourne au troupeau
je garde encore sa tache de baiser
sur le sein

Ici, nous reconnaissons les thèmes qui sont communs à sa démarche et à celle de Denis Vanier :

Ibid., p. 126. a écrit:
«Aveugles-délurées»

petite
elle parle à la tarentule
à la tourterelle
au poisson rouge
je l'envie : elle ne comprend pas qui est distance
Manon (elle disait)
porte des bottes mi-cuisse noires
d'où les chaussons mauves dépassent
dit «Quinze ans...»

du provolone
elle articule mal sous les arcades
d'un mauvais mauresque

solitude et école :
quand sa petite amie a été écrasée
le chauffard a ri

Dans le registre de la poésie désabusée, terminons avec cet extrait :

Ibid., p. 129. a écrit:
brune un chef-d'oeuvre
me comprend sablonneuse

coulent les rizières de sang
rye and ginger
adorables elles se couchent
sur la main comme une caresse
mon matou castré
prix d'ami
râle une demi-odeur de perroquet
qu'à prix d'une armée

les héritières ne trouveront jamais

Josée Yvon revendique pleinement le contexte d'une vie telle qu'elle se traverse dans les affres de la contre-culture, l'univers des rues et des bars sordides. Nous pouvons ainsi mieux comprendre l'attrait qu'elle exerce chez les jeunes poétesses qui revendiquent une vie plus libre. Sa poésie peut être qualifiée de trash. À ce trait, le sentier qu'elle a ouvert et disséminé peut être qualifié d'une démarche de pionnière dans le domaine d'une littérature féministe résistante.

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Josée Yvon   Sam 9 Avr 2016 - 5:02

La chienne de l'hôtel Tropicana (dans l'anthologie de Pages intimes de ma peau)

Je continue ma mini-tournée de l'oeuvre de Josée Yvon. Comme toujours, je trouve que sa poésie est brute et très forte dans ses qualités formelles si nous suivons le courant dans lequel elle s'inscrit. Elle a écrit au cours d'une certaine époque et ça n'empêche pas sa plume de rester actuelle même avec un charme légèrement suranné. La poésie est hardcore, on le sait bien...

J'aime pratiquer l'intertexte poétique. Chez Josée Yvon, je trouve de la matière sur laquelle puiser...

Dans le recueil dont il est question, la poésie est plutôt ample, mais j'ai retenu des extraits qui peuvent être plus compacts et resserrés pour les besoins de l'exercice. Je me coupe rien des pages que je cite, sauf si je le mentionne...

Josée Yvon, La chienne de l'hôtel Tropicana dans Pages intimes de ma peau, 2015, Trois-Rivières : Écrits des Forges, p. 21. a écrit:
une damnée freak d'étoiles
continue à la frontière du mal de coeur
fresque des jeans vite dézippés
se munit d'un fix euphorique
pour les mères des putains de Laprairie.
on ne fait pas la cour bien longtemps à celle qui n'est
pas un ange, les spores prêtes à se donner, dans une
régie d'alcools pour chats errants.

elle danse démesurément, «Soul Sister» toujours le
même disque,
comme des huées de football
son clitoris lourd pesant sur les mâchoires de la mort.

Comme vous pouvez voir, Josée Yvon assume bien le sens de sa quête assez radicale, du moins aux années où elle l'écrivait et dans le contexte du Québec par exemple...

Ibid., p. 35. a écrit:
ici se pétrifie la fièvre jaune des peaux blanches

les chattes étaient toutes enceintes en avril, comme
un goût de peau douce
dans les bras de sa blonde Diane, Ginette vient fort,
raide et chaud.
Ginette pleure quand une fille la crosse : c'est une
belle image de cinéma.
friction et kérosène, la sueur goûte bon
une cow-girl embrasse la hors-la-loi et lui donne
refuge.
elle enseigne à ses enfants gay de mourir en flamme
plutôt qu'infirme.
et cruche le cunnilingus bombe folle comme des
biscuits Lido Petit Beurre.

Josée Yvon était actuelle et très contemporaine dans sa façon de voir les choses. Bien sûr, il y a toujours eu des gays et des lesbiennes un peu à toutes les époques, mais le coming-out a fini par émerger autour de cette période. Ça restait quand même assez tabou...

Ibid., p. 42. a écrit:
son inévitable smirnoff dans son verre de magicienne
les veines prêtes à déborder comme saillante au
printemps
très longtemps depuis un repas familial avec la dinde
et le trimming
l'ozone d'un poing américain se greffe sur l'est
assassiné.
pour arracher la plogue d'avec le réel
elle lèche les miroirs.

Elle n'y va pas avec le dos de la cuiller, même si elle en a abusé un peu - au niveau de la consommation de substances... sourire

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MessageSujet: Re: Josée Yvon   Sam 9 Avr 2016 - 5:20

Je remercie Emmanuel Deraps pour nous avoir guidés dans une introduction à l'univers des blogues littéraires québécois. Il a parlé notamment de la page Les épuisés qui revient sur les classiques littéraires et poétiques épuisés au Québec. Il donne une large part aux Denis Vanier et Josée Yvon...

Dans L'Âme défigurée, Josée Yvon a écrit «Défigurée» que voici :

Citation :
DEFIGUREE

ses ongles de fiber-glass ratourent l’oeil-araignée
souffrant
frissonnée de plâtre et de jute
pour incarner l’horloge qui s’arrête
sur l’asphalte de cour d’école déserte
elle peint les stratégies-fantasmes de la princesse

on ne fait que se débattre
dans des abris, si petite stratosphère
accélérée sur une banquise en faux-teck
de plantes grasses mauvais design
sa fourrure suicidaire brûle un ineffable hameçon
trop près de peau elle darde première
et neurotise l’ego percé
quand morte de ruelle de bar
elle épile le sourcil déhanché
et silence ses souliers plastic qui heurtent le fond marin

mi-sphinx, mi-motel

dure, tes cils alignés ne reconnaissent qu’un sofa-lit
les auriculaires cassés, coup de débouche plein l’épaule
si ma colonne pouvait, ça ne serait que dans tes bras

adolescente à tiroir des lunettes teintées
l’aile du nez brûlée et la rétine tachée à jamais

ses bas de réchauffement ensorcèlent le pansement gibaud
et s’ennuient des fausses amitiés
de ce remugle saoul de connotations
pendant qu’on asperge les jeunes filles pour qu’elles ne fanent
jusqu’à l’an prochain, d’eau de cologne
comme un côlon couleuvre pour Gotha, déesse de lumière

le trousseau de la jeune mariée en meubles miniatures
la serrure ridicule
qui se mimétise encore plus fou que le rire parvenu
cette quête-enfant en mal d’estomac
où dans certaines noirceurs

sa sensibilité non-parfaite
bijou presque dur d’un étrange compromis
obscène-obscur
bouge encore.

si nuée
on dirait pauvre d’allure
mais si belle de ses taches nouées
qui de peur rebondissent de ses plaies
je l’écris en LETTRES CARREES
et police je l’arrêterais de suite

mais je place mes gales au cendrier
l’oeil me coule d’un drano défunt

j’en ai déjà vu des vraies
et toute la campagne s’inquiète
se taille le nombril mandala
transfigurent les jambes collées pas même riches

effrontée
à n’importe quel prix
elle a vendu son âme.

Source : https://lesepuises.wordpress.com/2014/02/09/lame-defiguree/

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MessageSujet: Re: Josée Yvon   Mer 20 Avr 2016 - 7:49

Dans Koréphile, Josée Yvon est égale à elle-même. Elle admet volontiers pratiquer une forme de provocation dans son idée de luttes entre les sexes.

Il y a un poème qui revient tel un mantra pour moi :

Josée Yvon, Koréphile dans Pages intimes de ma peau, 2015, Trois-Rivières : Écrits des Forges, p. 59. a écrit:
«Pélagie-La-Charrette vengée
par le Klu-Klux-Klan»

«Les étoiles avivées du froid»
Alphonse Daudet

je n'écris pas, je soupçonne;
ton matelas comme pupitre
ÇA SENT LA CHAIR HUMAINE!
une hydratation qui fait
que
je m'habitue à l'anormal
contradiction comme une autre.
comme s'invective ma vieille sorcière
préférée de l'est
bonheur excentrique des objets et une si petite
révolution

Je vous invite à lire «Un 8 1/2 pouces de la rue Ontario» si jamais vous en avez la chance...

Je vous laisse sur cette conclusion :

Ibid., p. 69. a écrit:
déjà nous étions seuls
comme de vulgaires siamois
dans toute cette obscène modernité
reptiles dans un pot d'épices obscur.
je porte mal mon adolescence
quand je saute à tes hanches
des sutures pour la psychose
sous le pont tracassé le miracle ne s'est pas produit;
le pâté chinois goûtait le poivre blanc d'amérique
et je m'arrache les ongles
aimer sans réplique
sismographe si bête
qu'elle s'essuie la langue.
viens prendre ton mascara
et la beauté peut bien se ressaisir
d'un «lily dancing»
pour ne pas les abuser.

La poésie demeure très contemporaine dans sa façon de voir les choses. Josée Yvon est très militante de par la manière qu'elle revendique son sexe et c'est pas peu dire...

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