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 Geneviève Desrosiers

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Geneviève Desrosiers   Mar 5 Avr 2016 - 9:25



Geneviève Desrosiers (1970-1996) est une poétesse québécoise qui a fulguré on ne sait trop d'où. Aujourd'hui même, nous la consacrons dans la confection de nos recueils de poésie. Cette même poésie aura beau se tenir dans des semblants de blocs de prose, la plume de Geneviève Desrosiers est sans pitié, avec tout juste ce qu'il faut de tendresse et de lumière pour survivre à travers les ténèbres de la vie. Fauchée rapidement à l'âge de 25 ans, elle a connu l'opportunité d'une correspondance avec l'ultime critique fait institution, Gilles Marcotte. Son passage au sein de la constellation québécoise fait en sorte que la poésie post-2010 s'écrit d'une manière on ne peut plus consacrée.

Nombreux seront nos ennemis est son seul recueil. Composé de quelques poèmes achevés d'une rare maestria et d'une suite d'écritures poétiques inachevées ponctuées de quelques correspondances avec le critique cité plus haut, le recueil est immaculé. Il s'est vendu comme des petits pains bien chauds et les fournées ne sont pas fait attendre par la suite. Geneviève Desrosiers aura connu la consécration à partir des années 2010. Là réside son legs qui aura fait bifurquer la littérature et la poésie québécoise dans une direction inattendue...

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Geneviève Desrosiers   Mar 5 Avr 2016 - 10:06

Nombreux seront nos ennemis (1999, première publication posthume) :

Emblématique du destin inachevé du Québec-Canada, la poésie de Geneviève Desrosiers s'est surtout rédigée entre 1994 et 1996. Elle fut publiée par ses proches et la maison d'édition L'Oie de Cravan qui ont exhumé les partitions en attente. Je ne saurais vous dire que sa poésie est politique, car elle est éminemment littéraire. Elle fut publiée l'année même de la mort du père de la Charte de la langue française au Québec, Camille Laurin. À mon sens, les conditions dans lesquelles la poésie québécoise fut traitée ont longtemps fait en dépit d'un rayonnage institutionnel adéquat. En 1996, Gaston Miron mourait en même temps que Geneviève Desrosiers fut happée par la vie. Nous perdions alors l'ambassadeur de la poésie québécoise par excellence. Il faut toutefois dire que la poésie du pays avait alors fait son temps. Des poètes de la relève avaient eu le temps de s'illustrer de belle façon pendant que Gaston Miron les encourageait infailliblement. Nous pouvons notamment penser aux Michel Beaulieu de ce monde.

Revenons à nos moutons. Geneviève Desrosiers est aujourd'hui portée aux nues. Des critiques et des poètes aussi illustres que Mathieu Arsenault, Maxime Catellier et François Guerrette prennent part à la réhabilitation de l'oeuvre de Geneviève Desrosiers dans les cercles restreints de la pratique littéraire. Il est remarquable que des hommes prennent la parole pour défendre la cause d'une femme et s'effacer devant l'immensité de son oeuvre. Imaginez, son oeuvre était tout juste un embryon. Il est étonnant qu'elle puisse être d'aussi bonne qualité et avec des données brutes et tangibles en ce qui concerne les qualités formelles de sa poésie.

Pour ma part, j'ai pris connaissance de l'existence de Geneviève Desrosiers quelque part à la fin de l'année 2014, début 2015... À l'époque, je n'étais pas encore prêt à encaisser l'immense météorite de Nombreux seront nos ennemis. J'avais eu la chance de voir Nelly Arcan de son vivant, j'ai lu la poésie de Marie Uguay et je connaissais lointainement Josée Yvon. Plus près de nous, Vickie Gendreau est morte des suites d'un cancer il n'y a pas si longtemps... il y a une conscience du survivant qui entre en ligne de compte.

Il y a tellement d'extraits qui doivent être cités. Le recueil en entier est une citation à lui seul. Disons qu'il nous faut agglutiner ce qui donne de vitalité à une poésie qui ne se surprenait plus dans les horizons blafards qui précédaient la revitalisation de la poésie québécoise post-2010.

Je commencerai par une première fournée de citations de Nombreux seront nos ennemis. Je vais splitter sur plusieurs posts.

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MessageSujet: Re: Geneviève Desrosiers   Mar 5 Avr 2016 - 10:22

Geneviève Desrosiers, Nombreux seront nos ennemis, 2014 (c2011), Montréal : L'Oie de Cravan, p. 22-23. a écrit:
«Tu»

Tu perdras une à une les perles.
Toutes les perles.
Ta conversation n'en sera pas diminuée, mais
atrophiée.
En fait, tu ne diras plus rien.
L'observation sera ton purgatoire.
De tes cendres inutiles, il ne naîtra rien.
Les épopées et les aventures ne te regarderont
même plus.
Tu te nourriras de maïs et de mâchefer.
Tes armes, couchées depuis longtemps déjà,
suinteront.
L'été sera ta seule saison.
La résonance de tes chants sera sans cesse
accompagnée d'un quadruple écho vengeur.
Tu transporteras dans ton sourire les terribles
traces de la nostalgie.
Les chaises, les bancs et les fauteuils où tu
t'assoiras seront tous vivants.
Tes chairs mettront au monde des enfants
aveugles et nains.


// p. 22


Les crayons dont tu useras de tes mains
blanches manqueront tous d'encre
Tu en oublieras jusqu'à la conception du
cercle.
Tes marches et tes balades n'auront plus que
l'intérêt du vide.
Tes festins et tes fêtes auront tous le même
goût, le même fade.
Plus rien ne te résistera.
Même pas la tristesse.
Tu ne connaîtras plus jamais l'ennui.

// p. 23

La mise en contexte du recueil est importante pour faciliter la lecture de l'extrait. Geneviève Desrosiers structure le principe de sa série poétique en mentionnant un mot de «Bienvenue» et elle passe au «je» pour arriver au «tu», continuer avec «elle», le «il» et ainsi de suite... Comme vous verrez, le projet est assez élégant dans son application.

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MessageSujet: Re: Geneviève Desrosiers   Mar 5 Avr 2016 - 10:30

Ibid., p. 30. a écrit:
«Fourrons la mort»

Plus rouge que la rouille.
Le bien-fondé est mort comme un pape qui
meurt;
En grande pompe.
Pompéi compris.
Dieu! Que faites-vous donc de tous ces morts?
Il y a mille et une façons de faire un gâteau.
Une seule de faire un enfant.
Fourrons-les de crème et fourrons.
Pour que la terre soit peuplée d'enfants qui
s'empiffrent de gâteaux à la crème.
Les guerres se sentiront mieux dans leur peau
et nous dans nos estomacs.
J'ai toujours adoré pleurer mes chiens morts.
Cela durait des jours, voire des années.
Je ne crache sur rien.

Je mentionne au passage l'existence du bloc de prose poétique «Enfants» aux pages 36 et 37.

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MessageSujet: Re: Geneviève Desrosiers   Mar 5 Avr 2016 - 10:40

Ibid., p. 44-45. a écrit:
«Bain sale»

Mon bain est sale.
Qui a sali mon bain?
J'aimerais bien le savoir.
C'est moi.
Comment faire pour m'accuser?
Comment faire pour m'acculer?
Comment faire pour m'enculer?
Suis-je vulgaire? Délétère?
Je n'aime pas mon visage qui se reflète dans le
miroir qu'on m'a offert un jour pour mon
anniversaire ou peut-être était-ce pour Noël
qui se met toujours au majuscule, je ne m'en
souviens.
Mon bain est sale. Je n'enlèverai pas l'eau.
Même que je m'y replongerai sûrement et
même souvent. À l'instar des canards et des
cochons. Les premiers, on les tue avec des
fusils, les seconds, on les assomme avant de
les égorger pour que leur sang se vide.
On appelle cela faire du sang de cochon. À la
campagne, ils le font chauffer, y ajoutent
quelques épices, du sel, du poivre, le boivent
dans des tasses brunes. C'est ça, le sens des
vraies choses.
Si je trouvais du sang dans mon bain, ou dans
un bain, cela ne m'étonnerait pas outre
mesure. Si j'y trouvais du tofu, là...
Si j'enlève le bouchon du bain, je partirai avec
l'eau salie.
Est-ce tout?
Il me semble bien que oui.

Le reste du recueil est à l'avenant. Il contient en lui les fragments qui font éclater la conception de la nouvelle école de poésie qui s'est formée sous nos yeux quelque part entre Steak haché et Poème sale...

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MessageSujet: Re: Geneviève Desrosiers   Mar 5 Avr 2016 - 12:45

Citation :
Je ne saurais vous dire que sa poésie est politique, car elle est éminemment littéraire.
c'est à dire ?

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MessageSujet: Re: Geneviève Desrosiers   Mar 5 Avr 2016 - 20:00

animal a écrit:
Citation :
Je ne saurais vous dire que sa poésie est politique, car elle est éminemment littéraire.
c'est à dire ?

Je soutiens par là que sa poésie est entièrement consacrée à une vocation littéraire. Elle tient tout au plus compte du contexte québécois, un peu comme quand elle l'écrit dans le poème «Criss», page 48. Je vous dirais qu'elle a devancé le contexte d'émergence des mouvements littéraires. La revue Steak haché voyait le jour en 1998 et Poème sale s'ouvrait comme blogue en février 2012.

J'affirmais donc quelque chose qui ancre la démarche de Geneviève Desrosiers et elle faisait état d'un certain parler québécois en mentionnant le «steak haché» qui est également quelque chose que nous mangeons fréquemment au Québec, notamment avec du pâté chinois. Si vous avez vu la série «La petite vie», vous pourrez voir à quel point cette passion pour le steak haché est assez contagieuse.

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MessageSujet: Re: Geneviève Desrosiers   Mar 5 Avr 2016 - 20:28

Dans un esprit de série, je reprends mon périple dans le recueil. Les citations se cisaillent, quitte à prendre un sécateur. Dans la section «Fragments» qui contient les projets poétiques inachevés de Geneviève Desrosiers, il est possible de lire :

Ibid., p. 67. a écrit:
Il y a trop de synonymes.
La fatigue éprouvée, éprouvante, épouvante.
Farce et ensuite attrape.
La vérole de la cornée.
La syphilis du coeur.
Faux cadre pour entourer le vrai.
Nous voulions aimer.
Battre son coeur comme on bat une omelette.
Jumeaux de l'épiphanie.
Que s'est-il donc passé pour que l'absence ne
cesse.

Comme vous pourrez le voir, sa prose poétique est assez vivifiante. Il est difficile de trouver son équivalent même si nous parlons comme ça, «en gros».

Ibid., p. 73. a écrit:
Il y a cent milliards d'étoiles, beaucoup de
haine et un peu de poivre.
On peut leur faire dire n'importe quoi. J'en
remercie la mort. J'ai cassé mon lacet. C'est le
soir des poubelles. Il pleut dehors. Je t'aime. À
table. À demain. C'est la guerre. Debout, c'est
l'heure. Tu veux un café? Les prières respirent
le brûlé. Avez-vous froid? Un coussin pour
mon royaume. Ma chaise. Ma table. Ma ma.
C'est un jeu. Un jeu de mots. Un jeu de toi.
Un jeu de moi. Un jeu de nous.  Un jeu de vous
me l'avez bien appris. Merci. Si vous dites que
ceci est un chapeau, je vous mords la langue.

Je le dirai bien sûr dans un esprit de dérision, mais cet extrait me fait penser au recueil L'Île de Stéphane D'Amour.

Ibid., p. 76. a écrit:
Tirer de ton grand corps et de ton grand
esprit une essence infinie, indestructible et
apostolique qui portera tout ton être vers la
beauté, vers l'immanent, vers les saisons de
tous les dieux.

C'est la communion. C'est ta communion.
C'est ta première communion.

Tout me porte vers toi.

Mon île désincarnée, ma première arène et
mon dernier combat.

Samedi, nous rentrerons à l'aube des abattoirs.

Je t'aime.

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MessageSujet: Re: Geneviève Desrosiers   Mar 5 Avr 2016 - 22:05

certains extraits ("Tu") donnent malgré tout l'impression d'un rapport de contestation à un appauvrissement de la vie fondue dans un mou moderne de rigueur.

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MessageSujet: Re: Geneviève Desrosiers   Mer 6 Avr 2016 - 0:28

La poésie de Geneviève Desrosiers est contestataire et «in your face» bien évidemment. Nous pourrions aussi faire un rapprochement avec les poètes et les poétesses qui se sont illustré-e-s au Québec depuis le Printemps érable de 2012. Je dirais qu'une autre inspiration de ces poètes est puisée à même une revue du genre de La conspiration dépressioniste.

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MessageSujet: Re: Geneviève Desrosiers   Mer 6 Avr 2016 - 7:49

Suite et fin :

Vous me pardonnerez d'avoir un peu éventré le punch concernant les citations de Geneviève Desrosiers que j'ai fait publier en primeur sur Facebook avant de venir les poster ici. J'avais la bonne raison et la conscience sociale de le faire en lien avec mon sens de l'engagement. Il y avait notamment une référence à quelqu'un de connu qui a été postier avant d'écrire...

Je poursuis avec les citations :

Ibid., p. 81. a écrit:
«Je n'ai ni paix, ni force. Je me sens comme une
guerrière au coeur saignant. Je me demande où
j'ai rangé mon sourire. Et puis je ne me le
demande même pas. C'est ben long à sécher
cette criss d'affaire-là.»

Le sens du politically correct n'étouffe pas Geneviève Desrosiers, bien au contraire... et elle ne se privera certainement pas d'humour...

Ibid., p. 82. a écrit:
«Fini les plaintes, fini les amours, passons aux
choses graves, devenons les Juifs hassidiques
de la pensée, avec des boudins dans les
cheveux et de noirs manteaux même aux pires
jours de la canicule. Pour ce qui est des hivers,
nous les passerons nus. Mais avec les boudins,
tout de même.»

Stylistiquement, la poésie est impeccable ici. J'ai l'impression que tout est en liste pour dresser des éléments qui feront école et deviendront des classiques en matière d'intertexte.

Ibid., p. 84. a écrit:
«Quand je te regarde, mes paupières en porte
de garage s'ouvrent sur un criss de beau char.
Tu me remplis comme une catastrophe bénie.
L'ondée arrive. La vivifiante, la mère fouet-
tarde, l'hyperréaliste, la tête de mille turcs bat-
tant retraite, la violente, la foudroyante, la
spectaculaire, la splendide, l'ivre, la lyre.
Je n'ai pas acheté de billet de loto.
Aujourd'hui, c'est sûr, mes balles bâillent...
Aujourd'hui j'ai beaucoup trop de choses à
faire pour en entamer ne serait ce qu'une
seule.»

Je dois bien avouer que j'ai été époustouflé par celui-là... mais sobrement et superbement, en encaissant le choc du météorite.

Ibid., p. 84-85. a écrit:
«M'en va swigner dans flow-fly. Bukowski peut
ben crever la gueule ouverte. Il est déjà mort.
Une anthologie. Je réclame une anthologie
pour tous les mousquetaires zouaves et
assoiffés qui peuplent nos campagnes. De
Saint-Denis à Saint-Simon de Bagot, de Mont-
Laurier à Saint-Hyacinthe, en passant par
Verdun pis l'Plateau.
Mon émeute émouvante, mon encombrant
mystère.»

Je vous invite à lire le recueil dans son entier. Il y a un extrait aux pages 90 et 91 qui donne le ton en clôture... et ce n'est pas encore fini...

Ibid., p. 94. a écrit:
«À comprendre trouble de troubler. En français
interné. J'éructe mes joies et je sue mes
amours mortes. Je suis la col bleu transitoire.
Mon âme se dévergonde et je surabonde, pas
affamée pour deux sous, glacée de noir de
charbon desséché.»

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MessageSujet: Re: Geneviève Desrosiers   Sam 30 Avr 2016 - 6:24

À l'automne dernier, notre enseignant de l'atelier de flânerie nous a fait mention de l'existence du livre de Félix Leclerc, Le calepin d'un flâneur. Je vais relier le thème à Geneviève Desrosiers car il y a beaucoup d'intertexte et de thématiques dans la littérature québécoise qui s'entrecoupent pour donner une portée à l'oeuvre de cette dernière. Nous pouvons notamment penser à Tu regardais si intensément Geneviève de Fernand Ouellette. Dans Le calepin d'un flâneur, Félix Leclerc décrit :

Félix Leclerc, Le calepin d'un flâneur, 1994 (1988), Québec : Bibliothèque québécoise, p. 207. a écrit:
Tu te souviens? Nos deux corps étaient tout en chaleur d'avoir couru pour échapper à nos ennemis. Tu te souviens comme nous avions soif? Au bas de la côte solitaire et lointaine, il y avait une source cachée. Nous l'entendions sans la voir. L'immense ciel vide de juillet était rempli de sa petite voix. Nous l'avons cherchée en silence et nous l'avons trouvée sous une touffe de fougère. Nous y avons mis nos bouches, tu te souviens? La pureté de la glace dans cette coupe faite pour nos deux bouches.
Mais nous n'étions pas au bout de notre bonheur. Sous un grand pin, nous sommes morts, tu te souviens? Des laboureurs nous ont ramenés au village sur un grand lit de planches et ils ont dit : «Les amoureux sont morts d'amour.»
Moi je me souviens.

À la page suivante, il est question d'une certaine Geneviève. Je me disais qu'il pouvait être utile de revoir ce livre et voir comment la genèse de l'oeuvre de Nombreux seront nos ennemis s'imbrique à travers les références chuchotées. Il fallait que je revienne parler de Geneviève Desrosiers pour souligner à quel point son oeuvre vaut le détour pour comprendre une des inspirations de la relève poétique post-2010.

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MessageSujet: Re: Geneviève Desrosiers   Sam 21 Mai 2016 - 7:58

J'attire votre attention sur un article du Devoir daté du 1er février 2014. J'avais en partie raison à propos de Marie-Ève Comtois, en partie tort... j'ai appris son existence dans cet article. Geneviève Desrosiers a été véritablement fauchée par la vie et elle en avait une prémonition quelques mois avant sa mort.

http://www.ledevoir.com/culture/livres/398653/genevieve-desrosiers

Extraits, Article Le Devoir 1er février 2014 a écrit:
«Geneviève Desrosiers, la lumière indélébile.
Des poèmes posthumes qui continuent d'émouvoir»

[...]

L’artiste visuelle Valérie Blass était alors compagne d’études. « Elle était très mature comme poète — je n’ai su que plus tard qu’elle écrivait —, mais en arts visuels elle commençait juste à trouver sa voie. Elle était dans l’expérimentation, travaillait tous les matériaux : dans le cours de résine, elle avait fait une oeuvre en plexi ; dans le cours de bois, elle avait gossé en gouge taille directe une super belle paire de gants de goaler, rouges. Elle était très intéressée par le pop art. » La sculpteure insiste : Desrosiers avait une force de travail gigantesque. « C’est fou, la quantité d’oeuvres qu’elle avait faites en une année. Je savais qu’elle écrivait, mais jamais j’aurais pu penser qu’elle écrivait autant. Elle faisait la fête, aussi. »


Et c’est un soir de fête, en mars 1996, chez son ami peintre Serge Lemoyne, qu’elle chute d’un balcon, de plusieurs étages. L’accident bête, le déséquilibre, la vie fauchée qui la fait rejoindre trop tôt la société des poètes disparus. L’auteure et amie Hélène Monette continue de bellement se demander, sur cette chute fatale, « pourquoi elle n’a pas ouvert ses ailes ».

[...]

« Moi, je mourrai très jeune », écrivait Desrosiers en janvier 1996. « Je n’oublierai que tes paroles, afin que chaque mot que tu me portes reste le premier. »

Pour ma part, j'ai eu une quête initiatique qui m'a en quelque sorte mis sur la piste de Geneviève Desrosiers sans que je m'y attende vraiment et qui date de 1995. Je mets ceci sur le compte des synchronismes jungiens que j'observe dans ma vie depuis un jour de 2001.

Complément d'information sur le parcours de Geneviève Desrosiers (vidéo inclus) : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2014/09/15/006-la-poete-genevieve-desrosiers.shtml

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MessageSujet: Re: Geneviève Desrosiers   Sam 21 Mai 2016 - 8:15

Pour poursuivre sur l'idée développée dans le dernier message, j'attire votre attention sur une citation de Zéa Beaulieu-April dans Goulka :

Zéa Beaulieu-April, Goulka, 2015, Montréal : La Tournure, p. 46. a écrit:
survivants
nous avons le corps d’avant l’image
nous sommes gestes et actes avant apparition

il y eut la meute

nous restons proie volontaire
d’une espérance

ce qui rend vivant s’avère dangereux

Je pense à juste titre que la pertinence de la citation poétique se mesure à l'inspiration puisée à même l'oeuvre de Geneviève Desrosiers. Il faut savoir nous montrer dignes du legs littéraire de Geneviève Desrosiers et du Printemps érable de 2012.

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