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 Donatien Grau

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ArenSor
Main aguerrie
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MessageSujet: Donatien Grau   Ven 6 Mai 2016 - 18:27



Encore dans cette excellente collection de Gallimard (bibliothèque des idées, de l’histoire…) qui n’a pour seul défaut que d’être assez onéreuse :
Donatien Grau : « Néron en Occident, une figure de l’histoire. »
L’empereur Néron (54-68) est certainement la figure politique la plus connue de l’histoire romaine avec Jules César. Selon la doxa commune, le règne commence sous les meilleurs auspices, mais rapidement le personnage sombre dans la débauche, la folie des grandeurs et la cruauté. Meurtrier de sa mère, Agrippine, il fait également exécuter son ancien tuteur Sénéque, aussi Lucain, Pétrone pour ne citer que les hommes de lettres. En 66, il chante en contemplant l’incendie de Rome dont il fait retomber la faute sur les Chrétiens, les crucifiant et les transformant en torches vivantes. Cocher dans les courses de char, volontiers bouffon dans les pièces de théâtre, poète infatué  de lui-même, il finit misérablement, abandonné par les siens, en se suicidant dans la villa de Phaon.
Donatien Grau analyse très finement les sources écrites contemporaines des évènements : Sénèque, « La Pharsale » de Lucain et montre combien cette littérature engagée et très délicate à interpréter. Les principales informations sur l’empereur sont postérieures à sa mort et viennent d’historiens de l’aristocratie sénatoriale et chevaleresque, persécutée par Néron : Tacite et Suétone dont les récits à charge sont biaisés et ne peuvent être pris au pied de la lettre. Ils fondent la légende noire de Néron promise à un grand succès. En définitive, aucune source ne permet d’approcher l’empereur intimement. C’est si vrai que le grand historien Pierre Grimal, fasciné par le personnage, a dû quitter le territoire de l’histoire et adopter la forme du roman pour tenter de l’approcher.
Ce qui est inédit et passionnant dans l’ouvrage de Donatien Grau est le suivi au cours des siècles, jusqu’à l’époque contemporaine, de l’image de l’empereur qui cristallise toutes les interrogations du moment. Figure de l’Antéchrist dans la littérature chrétienne du Bas-Empire, il reste au Moyen Age, l’image archétypale du souverain monstrueux. La Renaissance se servira de Néron comme exemple des réflexions sur la nature du tyran et du bon prince. Au XVIIe siècle, le personnage s’humanise, le meilleur exemple étant « Britannicus », pièce dans laquelle Racine veut montrer le basculement de l’homme dans la monstruosité. Le XIXe siècle, marque un tournant en donnant une image beaucoup plus positive de l’empereur. Déjà, Sade loue sa grandeur dans le choix de la transgression comme mode de vie. Les Romantiques insistent sur la nature de poète du souverain, incompris du reste de l’humanité. En 1896, l’écrivain polonais Henryk Sienkiewycz tente une approche « historique » très imagée avec son roman « Quo vadis ?». Le livre a un énorme succès et connait une descendance innombrable jusqu’à nos jours. Il est la source, avec des peintres « pompiers » comme Gérôme des innombrables péplums qui jalonnent l’histoire du cinéma. Néron condense la cruauté, le sexe, le grand spectacle, et devient objet de fascination pour un large public. Il est étonnant de constater comment chaque période a su réactiver le mythe néronien, sorte de diamant noir, et qui ne semble pas près de s’éteindre (pour exemple la résonnance médiatique qu’a eu récemment la redécouverte de la salle tournante dans la domus aurea de Rome). Mais en fin de compte, nous ignorons, et nous ignorerons probablement toujours, qui était vraiment Néron ; là n’est peut-être pas le plus important…
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Chamaco
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MessageSujet: Re: Donatien Grau   Ven 6 Mai 2016 - 19:21

Merci pour ce bel ouvrage, lourd héritage que celui de Neron lorsque l'on se penche sur l'histoire de sa mère... Very Happy
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ArturoBandini
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MessageSujet: Re: Donatien Grau   Ven 6 Mai 2016 - 19:34

Merci pour le commentaire, qui me donne maintenant envie d'ouvrir mon Quo vadis, ou ré-ouvrir mon Britannicus. Ce sera chose faite quand je quitterai les Grecs pour les Romains ! content

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Diogène
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MessageSujet: Re: Donatien Grau   Ven 6 Mai 2016 - 20:45

ArenSor a écrit:


Encore dans cette excellente collection de Gallimard (bibliothèque des idées, de l’histoire…) qui n’a pour seul défaut que d’être assez onéreuse :
Donatien Grau : « Néron en Occident, une figure de l’histoire. »
L’empereur Néron (54-68) est certainement la figure politique la plus connue de l’histoire romaine avec Jules César. Selon la doxa commune, le règne commence sous les meilleurs auspices, mais rapidement le personnage sombre dans la débauche, la folie des grandeurs et la cruauté. Meurtrier de sa mère, Agrippine, il fait également exécuter son ancien tuteur Sénéque, aussi Lucain, Pétrone pour ne citer que les hommes de lettres. En 66, il chante en contemplant l’incendie de Rome dont il fait retomber la faute sur les Chrétiens, les crucifiant et les transformant en torches vivantes. Cocher dans les courses de char, volontiers bouffon dans les pièces de théâtre, poète infatué  de lui-même, il finit misérablement, abandonné par les siens, en se suicidant dans la villa de Phaon.
Donatien Grau analyse très finement les sources écrites contemporaines des évènements : Sénèque, « La Pharsale » de Lucain et montre combien cette littérature engagée et très délicate à interpréter. Les principales informations sur l’empereur sont postérieures à sa mort et viennent d’historiens de l’aristocratie sénatoriale et chevaleresque, persécutée par Néron : Tacite et Suétone dont les récits à charge sont biaisés et ne peuvent être pris au pied de la lettre. Ils fondent la légende noire de Néron promise à un grand succès. En définitive, aucune source ne permet d’approcher l’empereur intimement. C’est si vrai que le grand historien Pierre Grimal, fasciné par le personnage, a dû quitter le territoire de l’histoire et adopter la forme du roman pour tenter de l’approcher.
Ce qui est inédit et passionnant dans l’ouvrage de Donatien Grau est le suivi au cours des siècles, jusqu’à l’époque contemporaine, de l’image de l’empereur qui cristallise toutes les interrogations du moment. Figure de l’Antéchrist dans la littérature chrétienne du Bas-Empire, il reste au Moyen Age, l’image archétypale du souverain monstrueux. La Renaissance se servira de Néron comme exemple des réflexions sur la nature du tyran et du bon prince. Au XVIIe siècle, le personnage s’humanise, le meilleur exemple étant « Britannicus », pièce dans laquelle Racine veut montrer le basculement de l’homme dans la monstruosité. Le XIXe siècle, marque un tournant en donnant une image beaucoup plus positive de l’empereur. Déjà, Sade loue sa grandeur dans le choix de la transgression comme mode de vie. Les Romantiques insistent sur la nature de poète du souverain, incompris du reste de l’humanité. En 1896, l’écrivain polonais Henryk Sienkiewycz tente une approche « historique » très imagée avec son roman « Quo vadis ?». Le livre a un énorme succès et connait une descendance innombrable jusqu’à nos jours. Il est la source, avec des peintres « pompiers » comme Gérôme des innombrables péplums qui jalonnent l’histoire du cinéma. Néron condense la cruauté, le sexe, le grand spectacle, et devient objet de fascination pour un large public. Il est étonnant de constater comment chaque période a su réactiver le mythe néronien, sorte de diamant noir, et qui ne semble pas près de s’éteindre (pour exemple la résonnance médiatique qu’a eu récemment la redécouverte de la salle tournante dans la domus aurea de Rome). Mais en fin de compte, nous ignorons, et nous ignorerons probablement toujours, qui était vraiment Néron ; là n’est peut-être pas le plus important…

Merci pour ce commentaire, si la période t'intéresse, outre les oeuvres parus aux éditions les belles lettres ou sources chrétiennes qui sont incontournables, je te recommande la lecture des ouvrages de Lucien Jerphagnon et de Ramsay MacMullen. Tu peux aussi te pencher avec plaisir sur " La guerre des juifs" de Flavius Josephe
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ArenSor
Main aguerrie
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MessageSujet: Re: Donatien Grau   Dim 8 Mai 2016 - 18:44

Exemple savoureux cité par D. Grau d'utilisation de la figure de Néron dans les manuels scolaires. En 1906, Julien Bézard, professeur de français au lycée Hoche, fait publier un ouvrage proposant des sujets de dissertations commentées pour les élèves. L'une d'elle s'intitule :
"Néron dans le monde ou un jeune enfant de ma connaissance"
Commentaire de l'auteur : "Néron est une mauvaise nature, un de ces êtres dont les médecins disent qu'ils ont une hérédité chargée ! De plus, c'est un enfant mal élevé, très mal élevé ; à l'heure où nous faisons sa connaissance, les derniers obstacles qui le retenaient disparaissent...
Vous vous rappellerez le mot de Racine lui-même, qui le traite de "monstre naissant" et vous chercherez autour de vous, parmi les enfants mal élevés (la race n'est pas prête de s'éteindre), des exemples analogues à celui du jeune Néron".
L'auteur continue "Le défaut le plus profond de Néron - ce qu'on appelait autrefois un mauvais esprit ; ce qu'on appelle au régiment une mauvaise tête. L'instinct de la révolte, l'esprit de contradiction, qui se plaît à résister pour le plaisir de résister".
Enseignants d'aujourd'hui. Il ne vous reste plus qu'à repérer les futurs Néron !  
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MessageSujet: Re: Donatien Grau   Dim 8 Mai 2016 - 20:07

Edifiant !!!

Concernant l'incendie de Rome, l'auteur expose apparemment les doutes que l'on peut avoir sur la réelle responsabilité de Néron. Mais fait-il part d'une opinion personnelle ?
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ArenSor
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MessageSujet: Re: Donatien Grau   Lun 9 Mai 2016 - 19:40

Non Armor-Argoat. En fait je me suis mal exprimé dans le compte-rendu de l'ouvrage. D. Grau n'est pas historien mais spécialiste de littérature. Il ne cherche donc pas à donner une nouvelle vision du règne de Néron. Son but est d'analyser au fil des siècles les sources littéraires pour définir l'image que donnent ces textes de la figure de Néron.
En ce qui concerne l'incendie de Rome, je ne sais pas où en est l'historiographie contemporaine. Si le sujet t’intéresse, il me semble que le commentaire que tu peux trouver sur wikipedia en indiquant "incendie de Rome" offre un point de vue honnête (en citant les sources) de l'état de la question. sourire
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