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 Zéa Beaulieu-April

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jack-hubert bukowski
Zen littéraire


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MessageSujet: Zéa Beaulieu-April   Mer 18 Mai 2016 - 8:30



Zéa Beaulieu-April est assez discrète en matière de notice autobiographique. Nous savons qu'elle est de Rimouski et elle en parle justement dans son recueil. Elle étudie au doctorat de sémiologie à l'UQAM. Elle s'est illustrée dans le cadre de la grève étudiante de 2012 en animant la revue de grève Fermaille. Elle avait été présente aux premières assemblées de la faculté des arts pour faire la publicité de la revue. En outre, elle participait également à l'atelier de poésie lors de cette même session. J'y avais croisé Sara Dignard et René Lapierre était notre valeureux pédagogue bien inspiré et engagé à fond dans le mouvement de la grève. En outre, nous comptions sur l'assistance de Gabrielle Giasson-Dulude qui a publié un recueil de poésie depuis ce temps. De l'eau a coulé sous les ponts... je suis aujourd'hui prêt à reprendre du service.

Avec Goulka, Zéa Beaulieu-April a saisi la poésie à bras-le-corps avec une démarche qui est la sienne... J'avais l'impression que Sara Dignard me faisait penser à Louise Warren. Je ne sous-estimais pas Zéa Beaulieu-April pour autant. Elle avait tendance à composer des haïkus. Elle ne prônait pas nécessairement une voie de facilité et c'est ce que je percevais dans sa démarche naissante...

Dans l'anthologie de Fermaille, un seul poème de Zéa Beaulieu-April a été retenu. Le voici :

Zéa Beaulieu-April, Anthologie Fermaille, p. 65. a écrit:
«Entre l'amorce et la suite»

toi tu ne veux plus dormir
les songes t'ont saisie
suffisamment

tu as rêvé un monde éblouissant
et tu nous es revenu
aveugle et effrondré

tends l'oreille
nos pas t'appellent du possible
d'une même insomnie

_________________
«L'amplitude des contradictions à l'intérieur d'une pensée constitue un critère de grandeur.»
De Gaulle, citant Nietzsche

Dixit celui qui écrivait plus vite que son ombre.


Dernière édition par jack-hubert bukowski le Mer 18 Mai 2016 - 10:09, édité 1 fois
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Zéa Beaulieu-April   Mer 18 Mai 2016 - 9:35

Goulka (2015) :

Zéa Beaulieu-April a tendance à faire partie de l'actualité poétique brûlante. Son recueil en présente les prémisses. Il ne faut pas croire pour autant que le projet n'est pas bien songé. Après avoir animé une revue de grève, Zéa Beaulieu-April s'est enrolée pour fonder une maison d'édition de type coopératif du nom de la Tournure.

Au jeu des comparaisons, lorsque nous connaissons les recueils de poésie québécoise et les forces émergentes, il est possible d'observer davantage de choses. Je ne saurais pas confirmer l'impression avec une exactitude brûlante, mais lorsque nous constatons le jeu de ses citations mises en exergue, Zéa Beaulieu-April me semble faire un clin d'oeil à Doctorak Go. En citant les Geneviève Desrosiers et François Guerrette, elle relève le standard de l'analyse littéraire à effectuer. À mon sens, Zéa Beaulieu-April a également voulu souffler la référence de L'oeuvre des glaciers d'Emmanuel Simard. Le recueil en question avait été publié au premier trimestre de 2012, soit lors de la grève étudiante ou tout juste avant... ce recueil avait la propriété d'appartenir à la même maison d'édition - Les Poètes de brousse - que celle de François Guerrette en plus de citer Geneviève Desrosiers. Nous y reviendrons plus tard.

Je vous chuchotais un peu plus haut la référence aux haïkus. Explorons un peu les coutures de sa plume dans ce recueil :

Zéa Beaulieu-April, Goulka, 2015, Montréal : La Tournure, p. 12. a écrit:
tendus pour l'accueillir
les bras enfreignent le rythme du fleuve

elle surgit

l'artère est habitée
une rage s'extirpe de la morsure

le rituel s'achève
nous reculons

La poésie de Zéa Beaulieu-April est plutôt particulière. Il y a une telle fureur qui tend à vouloir irradier. Elle n'en garde pas moins contenance, maîtrise le code de la poésie sur le bout des doigts et file la nécessité de rester dans le silence. En personne, je l'ai trouvée plutôt particulière dans sa persona. Elle se drape d'une aura de mystère. Elle est plutôt charmante, mais ne cherche pas à séduire. Il y a quand même quelque chose dans l'air... ses yeux ont tendance à parler, même si elle choisit soigneusement ses moments. Voilà ce que j'en ai tiré...

Ibid., p. 19. a écrit:
chaque nuit près de son mutisme
mes rêves de force s'habillent de fourrure

par sa grâce
j'ai la mémoire de l'époque où on naissait en riant

Il y a ce qu'on voit, et ce qu'on lit par la suite... j'ai eu la chance de connaître Zéa Beaulieu-April dans cet ordre. Il faut comprendre que nous nous sommes trouvés à un moment charnière de l'histoire du Québec, un moment où tout apparaissait alors possible, même en dépit des pires atteintes à notre démocratie étudiante. Zéa Beaulieu-April s'est mise sur le mode de la survivance en poésie. Elle se raccroche beaucoup aux figures de Geneviève Desrosiers et François Guerrette. Je dois quand même dire qu'elle va loin dans ce qu'elle parcourt :

Ibid., p. 28. a écrit:
au revoir pitié
le sol rit sous sa course

je me piétine endurcie
déchire les cordes
le gosier dilaté

vois : ici je règne
je m'aiguise à la pointe du mépris
l'excuse pour me limer les dents

je refais mon territoire

Par le jeu des citations, nous sentons que Zéa Beaulieu-April est pugnace sous la surface des choses. Au moment de lire Geneviève Desrosiers, elle cite :

Nombreux seront nos ennemis
Tu verras comme nous serons heureux.


François Guerrette cite de cette dernière dans Pleurer ne sauvera pas les étoiles :

Ils auront de quoi vivre;
nous aurons de quoi mourir.

Geneviève Desrosiers

Zéa Beaulieu-April a le truc pour s'y prendre quand on s'y attend le moins :

Ibid., p. 46. a écrit:
survivants
nous avons le corps d’avant l’image
nous sommes gestes et actes avant apparition

il y eut la meute

nous restons proie volontaire
d’une espérance

ce qui rend vivant s’avère dangereux

À ce moment, je sens que l'influence de Geneviève Desrosiers est très prégnante. J'y reviendrai encore. Je le précise ici : je fais une analyse des motifs et j'offre une interprétation possible du recueil. Ce n'est qu'une des interprétations possibles. Je pense que la portée peut mener encore plus loin.

Ibid., p. 67. a écrit:
je sors
mais il fait si froid dehors si froid

je cherche l'atteinte

me couvre de miettes
ce qui m'échappe
ce qui me fuit

je laisse tomber

Je dirais que, à la lecture de cet extrait, Zéa Beaulieu-April est inspirée et puise à même les motifs autour des oeuvres de Geneviève Desrosiers et Hubert Aquin. Je reviens maintenant sur un extrait du texte en prose à la fin du recueil, «L'étreinte quémandée au coeur du texte» :

Ibid., p. 74. a écrit:
Le vieil esprit est un cancre, ma soeur. Regarde, tes pages sont comme des dorures, des draps minuscules pour envelopper sa petite caresse fiévreuse et mémorielle. Et tu te hisses contre lui : j'inhale brûlante étreinte. Les voilà tes larmes qui cherchent à le faire renaître, ce fantôme, détourne-t'en et accepte l'audace. Tes larmes maternelles, ma soeur, tout au long de tes joues s'écoulent comme des parvis de lumière. C'est l'horizon qui flambe, ne te retourne pas : nombreuses seront tes demeures.

Maintenant, relevons la citation d'Emmanuel Simard tirée de Geneviève Desrosiers dans L'oeuvre des glaciers :

Ces jours où la destruction devient une paix.
On tuerait tout ce qui se tue.


Je vous invite à lire l'analyse de l'Estuaire sur le recueil Goulka que la maison d'édition a fait publier sous forme de photo sur Facebook : https://www.facebook.com/LesEditionsDeLaTournureCoopDeSolidarite/photos/pcb.961461970559221/961461177225967/?type=3&theater

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Zéa Beaulieu-April   Jeu 19 Mai 2016 - 8:07

Juste pour le plaisir de la chose et ça n'a peut-être pas nécessairement rapport avec l'oeuvre de Zéa Beaulieu-April, j'ai pris sur moi de retracer l'adresse de son lancement de recueil. J'ai aujourd'hui flâné sur la rue des Carrières. J'ai réussi à trouver une librairie de livres usagés à la hauteur de Normanville dans le quartier Rosemont, soit à la rue adjacente de son lancement de livre au 1111, rue des Carrières. Par la suite, j'ai visité le pâté des rues environnantes. Nous avons une vision de Rosemont juste en visitant à partir de ce lieu précis.

La rue des Carrières est considérée comme un lieu patrimonial par excellence dans Rosemont. L'architecture n'y est pas nécessairement sublime. Disons qu'il y a des bâtiments d'intérêt public qu'il est important de relever et qu'il y a des maisons en diagonale qui épousent la courbe de la rue des Carrières sur son tracé sinueux.



Avant d'y aller, je lisais un document rédigé par la Ville de Montréal en 2004 à propos du patrimoine du quartier Rosemont. Ils mentionnaient que le cadre bâti l'était de façon compacte et qu'il fallait préserver l'unicité de cet ensemble patrimonial propre au quartier de Rosemont. Douze ans plus tard, je vois que les immeubles à condos ont envahi la rue des Carrières. Heureusement, il reste encore des protections patrimoniales... Il faudra compter sur la sensibilisation et la vigilance citoyenne pour préserver ce qui demeure à préserver.

Il y a de nombreux duplex et triplex qui ont des éléments de vitrail. Chez nous, c'est assez rare vu que les immeubles sont souvent construits suite à la 2e guerre mondiale. Dans ces coins-là, il y a des immeubles qui datent d'entre 1885 et 1930... Dans Rosemont, il y a de nombreuses églises qui valent le coup d'oeil. Ma copine m'a fait remarquer que l'église Saint-Ambroise lui faisait de l'oeil à chaque fois qu'elle passait devant...

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