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 Charles Dionne

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Charles Dionne   Dim 22 Mai 2016 - 7:19



Charles Dionne est le cofondateur avec Fabrice Goulet-Masson du défunt site Internet Poème sale. Il est important de soulever qu'il y a un cycliste québécois du même nom qui est né un certain 15 mars 1979. Nous pouvons aussi faire un parallèle avec Mathieu Boily qui a un homonyme qui joue au hockey à la position de défense. Pour sa part, Charles Dionne le poète est tout sauf un poète fancy, même si sa poésie dépouillée n'est pas dénuée d'attrait. Je vous réfère donc au site Poème sale pour voir une certaine partie de ses productions poétiques vu qu'il a publié un seul recueil jusqu'à ce jour, D'espoir de mourir maigre.

Charles Dionne est considéré comme un poète de l'avant-garde québécoise. Il a également pris part à l'aventure de la maison d'édition La Tournure. Il n'y a pas si longtemps, son recueil a été réédité avec une nouvelle mise en page et une couverture plus attrayante. Je vous mentionne qu'il y a des images dans la première édition du recueil que j'ai en ma possession.

Le 1er juin 2013, Charles Dionne et Fabrice Goulet-Masson cosignaient Cousins de personne. Dans ce texte à saveur de manifeste, le premier paragraphe du texte mérite qu'on le cite à lui seul :

Citation :
À la base du projet, il y a un souper entre amis. Un jour de semaine banal où l’on se surprend à penser de grandes choses autour d’une bouteille de mauvais vin rouge. Quoi faire, se demande-t-on ? D’une part, une vie littéraire montréalaise qu’on sait bien vivante se soustrait au regard dès qu’il est question de réseaux sociaux, de site Internet… de présence numérique. D’autre part, une maigre bibliothèque et une formation universitaire de premier cycle s’exhibent comme de petits trophées. Trop modestes, se dit-on, pour légitimer les milliers de dollars dépensés au cours de nos années de formation. Ce soir-là, la communauté poétique montréalaise nous apparaît un brin austère. Nous en venons à nous demander si elle ne s’est pas cachée pour mieux mourir. Il nous vient une idée : La poésie est morte. Sa résurrection ne nous intéresse pas. Nous intéresse une poésie sale, sanglante et en lambeaux.

Source : http://www.cousinsdepersonne.com/2013/06/poeme-sale/

Avant de commenter le recueil, je reviens sur la déclaration de Jean-Simon Desrochers, président de jury du prix Émile-Nelligan 2013 :

Citation :
Parce qu’il est un espace occupé par des voix puissantes, le poème qui s’imprègne des matières de l’urbanité et des imaginaires de la transgression présente une matière dangereuse. À la suite des Vaniers, Desbiens, Yvon et Ginsberg, arriver à proposer une manière personnelle d’aborder cet espace du poème sale demande une rigueur, une connaissance et une lucidité d’écriture peu commune. D’espoir de mourir maigre démontre admirablement qu’il y a de l’espace à la suite des géants, des emplacements où la terre est encore à prendre. Ce livre propose que le salut ne relève pas d’un art du pastiche, mais de la pleine reconnaissance des œuvres en place et de la certitude que la synthèse ne suffit pas. Avec une vive inventivité verbale traversant les malheurs ordinaires pour « rythmer d’inspiration les images muettes », avec ses procédés de répétition et ses réflexes sériels pour saisir le sentiment d’une Amérique, Charles Dionne affirme brillamment son désir de dire le réel immédiat, s’en servant comme espace transitoire afin de le transformer en expérience limite à la fois rude et lumineuse « pour que mourir soit charnel », pour transfigurer les rébellions triviales.

Source : http://www.fondation-nelligan.org/CharlesDionneBio.html

Vous aurez compris ici que Charles Dionne a été finaliste du Prix Émile-Nelligan en 2013 pour D'espoir de mourir maigre.

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«L'amplitude des contradictions à l'intérieur d'une pensée constitue un critère de grandeur.»
De Gaulle, citant Nietzsche

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Charles Dionne   Dim 22 Mai 2016 - 7:49

D'espoir de mourir maigre (2013) :

Je serai un critique sans concession pour le recueil. C'est un bien grand mot dans la mesure où le recueil présente plusieurs belles pages de poésie qui rappellent l'importance du courant de poésie post-2010. Étant donné qu'il s'agit d'avant-garde et que nous parlons du fondateur d'un site de poésie révéré dans les milieux où la poésie tend à s'innover, il y a la tentation d'un programme. Gardez ce mot à l'esprit.

Tout bien compris, la poésie de Charles Dionne s'affirme avec beaucoup d'ampleur. Par rapport à une notion de programme, j'attire votre attention sur :

Charles Dionne, D'espoir de mourir maigre, 2013, Montréal : La Tournure, p. 19. a écrit:
bourgeoisie d'asphalte
terrasse devant l'autoroute
pichet d'eau de javel

grand roi de centre d'achat de muscles de vitrine

cultivateur de rêves de croissance en affaires
de capital porte d'entrée dans le monde des grands
de cauchemar de taux de rebond
de détresse de mauvais trimestre
de mythe du monde sur ses épaules
et de poursuite de l'élévation personnelle

construire un quatrième étage
sur le bungalow

et s'approcher du ciel

Nous sommes dans une critique sociale féroce ponctuée d'une tonalité poétique - pensons ici à la référence cryptée du titre Le Windex de Narcisse de Marie-Ève Comtois :

Ibid., p. 22. a écrit:
tous les rabais - soldes occasions incroyables
orgasmes à valeur réduite
pour éjaculer le Windex
entre deux pipes de fond de Zellers

communauté de plastique
bombeurs de torse

revenus les mains pleines de sacs espérance

En majuscules, accompagné d'une illustration sobre qui pourrait évoquer soit du papier ou des draps froissés.

Ibid., p. 30. a écrit:
JE SUIS ALLÉ ME FAIRE DÉBOSSELER
LA GUEULE À TON PARTY PAR
CEUX QUI VENAIENT DE VIVRE
UNE RÉVÉLATION AU CENTRE
D'ACHAT

Un peu plus tard, nous restons dans le registre de la critique sociale à l'aune des baby-boomers vieillissants :

Ibid., p. 45. a écrit:
somme toute verser le vin
devant la réussite d'une vue sur les montagnes

fatigue de marivaudage arraché au visage
d'un honneur asthmatique
indignant amour de jeunesse

ne reste qu'une fatigue pilote automatique
air enflé
journées sèches
adaptation large des contes où les vieux baisent encore
langoureusement

Nous pouvons parler d'un portrait sans concession, qui a tendance à dénoncer les travers d'une époque. Néanmoins, la référence littéraire québécoise prédomine :

Ibid., p. 49. a écrit:
pauvres
lisant Gauvreau Giguère Aquin Lapointe
marchant pieds nus sur la neige qui ne fond pas
suicidés un peu sans succès souriant au reflet qui
stagne à leurs pieds

quel animal de métal et de brique a pris leur crâne entre ses
griffes de ciment
pour les fendre

rouage affreux des jours qui s'emboîtent

rouage
ordinaire

pour fendre leurs images tordues
fendre leurs places près des autobus

monstre de solitude
de cauchemar
laideur affreuse
machine infernale
aveugle
cannibale
monstre sans corps
sans âme

Je vous parlais d'une poésie particulière. En voici un exemple, et je vous dis de lire le recueil car il s'apprécie de différentes manières.

Ibid., p. 25. a écrit:
l'absence
encore
s'accumule
dans l'acouphène
étroit
où la neige
me laisse

Rapidement, repasser :

Ibid., p. 14. a écrit:
les mots
fauves
langage créature sauvage
assise sous son bureau
pour nous dire

faites plus de bruit que les murs

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Charles Dionne   Dim 5 Juin 2016 - 9:33

Il m'a semblé en lisant Quand j'parl' pour parler de Jean Narrache que Charles Dionne s'en est inspiré pour son titre. J'ai lu de la poésie, des motifs qui faisaient que Charles Dionne semble les avoir «repiqués» pour donner une résonance face à ce qu'il entreprend comme esthétique et propos. Il faudrait que je relise le recueil par exemple pour vous trouver les passages cités...

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