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 Marie Darrieussecq

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Marie
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MessageSujet: Marie Darrieussecq   Ven 21 Sep 2007 - 20:16



Marie Darrieussecq est née le 3 janvier 1969 à Bayonne.
Ancienne élève de l'École normale supérieure (promotion 1990), elle est agrégée de lettres modernes et docteur ès lettres. Son mémoire de maîtrise, à l'Université Paris III, portait sur Hervé Guibert, l'homme qui disait tout , sa thèse avait pour titre Moments critiques dans l'autobiographie contemporaine, l'ironie tragique et l'autofiction chez Serge Doubrovsky, Hervé Guibert, Michel Leiris et Georges Perec (Université Paris VII, 1997).

Ses sujets de prédilection sont : l'angoisse, les fantômes, le corps, les non-dits, les clichés, le langage, le rapport à l'espace.
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Babelle
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MessageSujet: Re: Marie Darrieussecq   Ven 21 Sep 2007 - 20:47

Je me suis arrêtée à Truisme, mais j'ai sûrement eu tord...?
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Marie
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MessageSujet: Re: Marie Darrieussecq   Ven 21 Sep 2007 - 21:00

Tom est mort
P.O.L

Dans un entretien du quotidien Libération avec Philippe Lançon, au sujet de la polémique ridicule sur le plagiat qu'elle aurait fait du livre que Camille Laurens a écrit après la mort de son fils, http://www.liberation.fr/culture/275059.FR.php
Marie Darrieussecq , que je lis pour la première fois, dit :
Je souhaitais rendre compte avec le plus de dignité possible, sans pathos ni complaisance, de l'amour parental, amour fait de terreur : tout parent craint et cauchemarde la mort de son enfant

C'est donc un roman, une fiction, mais quelle réussite dans l'empathie et le réalisme. On sent que c'est le texte d'une mère, qui, comme la plupart des mères, a toujours pensé, depuis le jour de leur naissance, à ce qui peut arriver de plus atroce, leur mort avant la sienne.
Ce n'est pas du tout un livre larmoyant, c'est très sec, très concis, dès le début le problème est posé, Tom est mort, comme on pose un énoncé. Et après, on le résoud comment et quand? D'aucune façon et jamais.
Et à partir de cet énoncé, les problématiques ne manquent pas.
Combien de temps pour le deuil, par exemple? Ca dépend de quoi? De l'âge de l'enfant, du temps passé ensemble?

S'il y a des degrés dans la souffrance, c'est à l'intérieur d'un même individu, avec pour chacun une sorte d'horizon impossible, de seuil infranchissable. Le pire. J'avais quinze ans quand je lisais 1984 d'Orwell, et je me souviens de la pièce 101. Dans la pièce 101 il y a le pire. Dans le cas de Winston, ce sont les rats. Winston est attaché sur une chaise , tête et mains entravées. Le bourreau ajuste sur son visage une cage pleine de rats. " On ne sait pas, dit le bourreau, s'ils vont commencer par les yeux ,ou les joues, ou dévorer la langue de l'intérieur." On lit ça, on s'en souvient pour toujours.

Dans mon cas, je croyais que c'était: être enterrée vivante. Et puis j'ai eu des enfants, et le pire a rôdé autour d'eux. Le pire, qu'est-ce-que c'était? Le pire c'était eux. Tout, sauf eux. Sauf que je m'imaginais, je ne souffrais pas.


Il y a tellement de notes justes dans cette fiction sur le deuil maternel , sur le deuil tout court, notamment, comme c'est le cas dans la mort de Tom , lors d'une disparition brutale , que l'on se dit quand même que Marie Darrieussecq ne peut avoir tout imaginé. Et effectivement, non. Elle a vécu et mise en mots la douleur de sa propre mère qui a perdu un fils.
Elle a trouvé les mots pour le dire, et quoi qu'en dise Philippe Forest , les mots sont nécessaires et peut être utiles.


Dernière édition par le Ven 21 Sep 2007 - 21:32, édité 1 fois
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Marie
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MessageSujet: Re: Marie Darrieussecq   Ven 21 Sep 2007 - 21:30

Un extrait, l'action se passe dans un groupe de paroles, la psychologue leur a demandé de parler d'autre chose

Je me suis lancée. J'ai dessiné, sur des transparents, un schéma gradué pour essayer de comprendre ce que la littérature pouvait pour nous, si elle pouvait quelque chose. Le psychologue trouvait que ça restait trop proche de notre sujet. Je me rappelle avoir argumenté que le stress hydrique des arbres était en relation directe avec notre sujet, et les pelles hydrauliques Poclain aussi, parce que c'est un nommé Georges Bataille , agriculteur de l'Oise , au XIXème siècle, qui a fondé Poclain, or Georges Bataille était aussi un écrivain français, qui comme par hasard parlait de la mort. Le psychologue m'a laissée faire ma causerie et en guise d'introduction, j'ai récité " Demain, dès l'aube". Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, je partirai. Vois tu, je sais que tu m'attends.J'irai par la forêt, j'irai par la montagne, je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, sans rien voir au-dehors, sans entendre aucun bruit, seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, triste, et le jour pour moi sera comme la nuit. Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe, ni les voiles au loin descendant vers Harfleur, et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Suivi par une tentative de traduction en anglais.Tout le monde m'écoutait. J'ai noté 140/100 le poème d'Hugo. Sa fille morte, à dix-neuf ans. Ils ont compris l'idée.

Ensuite j'ai noté 0/100 La princesse de Clèves ou les états d'âme d'une nullipare amoureuse qui finit par choisir le couvent. "La foi" a dit quelqu'un, mais j'ai tenu bon sur la littérature et son évaluation, parce que quand les Australiens démarrent sur la religion, on en a pour toute la séance. Ensuite, j'ai essayé de traduire des passages de Charlotte Delbo, en particulier celui sur l'oubli - " J'appelle oubli cette faculté qu'a la mémoire de rejeter dans l'insensible le souvenir d'une sensation chaude et vivante, de transformer en images qui ont perdu leur pouvoir enivrant ou atroce, le souvenir de l'amour vivant, de l'amour de chair et de chaleur."
Et je leur ai expliqué que Charlotte Delbo avait été déportée à Auschwitz et qu'à son retour elle avait consigné tout ce dont elle se souvenait sur chacune de ses compagnes assassinées, tout, une par une, individuellement. Et comme j'avais apporté ses livres, je me suis mise à leur traduire , sauvagement, de longs passages. Alors vous saurez qu'il ne faut pas parler avec la mort c'est une connaissance inutile.
Je me suis mise à trembler et le psychologue m'a demandé si j'étais sûre de vouloir continuer. J'ai noté 150/100 tous les livres de Charlotte Delbo.
J'ai donné 10 à Marcel Proust, 10 quand même parce que même si ce deuil -là n'est rien, les pages sur l'agonie de la grand-mère sont vraiment bonnes. Et 100 à Georges Perec. J'ai expliqué à mon auditoire le coup du " sans e", sans eux, ses parents, le père mort à la guerre et la mère déportée, without them.E est la lettre la plus fréqente de la langue française, et écrire La Disparition entièrement sans e, ça endeuille la langue aussi violemment, aussi tangiblement que nous le sommes tous, ai-je dit. Et tout le monde était suspendu à mes lèvres. Pourquoi 100 et pas 150? Parce que la part du jeu poétique restait choquante, l y avait un côté pas sérieux. A ce moment-là, je confondais le sérieux et la gravité, nous en avons beaucoup discuté....
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Sophie
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MessageSujet: Re: Marie Darrieussecq   Ven 21 Sep 2007 - 23:59

J'avais détesté Truismes, et le mot est faible. Mais je pense que Le bébé est un roman que j'aimerais lire et Tom est mort aussi me tente, pas seulement parce que ça se passe en Australie! Mais bien parce que l'histoire a l'air forte et pudique à la fois.

Par contre, je ne comprends pas bien ta remarque sur Philippe Forest; il doit bien penser que les mots sont nécessaires pour exprimer une douleur puisqu'il l'a fait, et plusieurs fois. Ou alros tu veux dire que, bien qu'on l'écrive, la douleur est toujours aussi forte?
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MessageSujet: Re: Marie Darrieussecq   Sam 22 Sep 2007 - 2:18

C'est le premier livre de Marie Darrieussecq que je lis...

Citation :
Par contre, je ne comprends pas bien ta remarque sur Philippe Forest; il doit bien penser que les mots sont nécessaires pour exprimer une douleur puisqu'il l'a fait, et plusieurs fois. Ou alros tu veux dire que, bien qu'on l'écrive, la douleur est toujours aussi forte?
Oui, plusieurs fois, justement. C''est ce qu'il explique dans l'essai Tous les enfants sauf un.

Je ne crois pas que la littérature détienne un privilège, qu'elle soit susceptible d'offrir un salut. Elle est juste une manie un peu mélancolique. Entre elle et toutes les autres pratiques à l'aide desquelles les individus occupent leur chagrin, il n'existe pas de différence de nature ou même de degré. Un roman est tout à fait semblable à la tombe qu'on entretient dans le coin d'un cimetière, à l'autel qu'on installe avec quelques objets et quelques portraits sur le rebord d'une fenêtre ou le dessus d'une commode, à l'album de photographies qu'on compose pour soi. Il est un arrangement d'images.
...
Ce qui est certain, cependant, est que chacun de mes livres s'inscrit explicitement en faux contre l'esthétique d'une littérature thérapeutique. On m'a pourtant félicité- moi aussi- d'avoir fourni au lecteur une "leçon de vie", d'avoir su éviter " l'écueil du pathos", d'avoir magnifiquement montré comment s'accomplit le "travail du deuil" , d'avoir "sublimé la souffrance", d'avoir montré enfin comment " la littérature triomphe de la mort".
Ironiquement, on m'a ainsi complimenté d'avoir réussi le contraire de ce que je m'étais proposé de faire. Je l'avais bien cherché, sans doute.

Je continue de penser pourtant que la vraie littérature ne répare rien du désastre de vivre. Qu'elle est l'expression d'une fidélité insensée à l'impossible et qui ne transige jamais sur le non-sens qu'il lui revient de dire, vers lequel il lui faut sans fin retourner. Toute mon éthique tient dans cette conviction. Et d'elle dépend mon esthétique aussi- si je veux user de ces termes dont la grandiloquence fera légitimement sourire rapportée à mes pauvres livres. La morale n'est rien d'autre qu'une fidélité comme l'explique le philosophe Alain Badiou: fidélité à l'évènement par lequel se constitue le sujet et auquel il se doit. Au fond, il y a eu un seul évènement dans ma vie- tout ce qui vient avant ou après prenant sens en relation avec lui- et j'ai voulu lui être passionnément fidèle. Mais je sais bien que je n'y suis pas complètement parvenu.

Il n'y a pas de salut en littérature. De quels privilèges les écrivains disposeraient-ils pour se soustraire au désespoir commun? mes livres ne m'ont pas sauvé. Mais l'entêtement absurde et un peu suicidaire avec lequel j'écris prouve sans conteste qu'ils m'ont porté secours. Je crois très sincérement que chacun est le romancier de sa vie, qu'il lui donne la forme d'un rêve ou d'un récit- même si celui-ci reste mental et inécrit. Moi aussi, comme tout le monde, j'ai fait un roman de ma vie et j'ai voulu que ce roman dise l'inexpiable crime de la mort d'une enfant. Je sais bien que je me suis ainsi raconté une histoire, "fait un film" comme on le dit plus trivialement, et qu'ainsi je me suis diverti du désespoir nu qui, autrement, m'aurait anéanti. Alors, j'ai survécu , physiquement et psychiquement. Ecrivant, j'ai donné forme à l'informe d'une expérience sans rime ni raison et à laquelle j'ai pourtant conféré l'apparence d'un roman. Mais, le livre refermé, je me trouvais tout aussi démuni qu'avant. Sauvé? Certainement non. Guéri? Même pas. Vivant? Tout juste.

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MessageSujet: Re: Marie Darrieussecq   Sam 22 Sep 2007 - 11:35

Marie, c´est Darrieussecq qui dit çà? Ou quelqu´un d´autre?
"Ensuite j'ai noté 0/100 La princesse de Clèves ou les états d'âme d'une nullipare amoureuse qui finit par choisir le couvent".
J´espère que ce n´est pas une femme qui le dit.
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MessageSujet: Re: Marie Darrieussecq   Sam 22 Sep 2007 - 13:20

Les extraits me semblent intéressants, finalement, pour se réconcilier avec MD.
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MessageSujet: Re: Marie Darrieussecq   Sam 22 Sep 2007 - 19:32

Citation :
J´espère que ce n´est pas une femme qui le dit.
C'est son personnage qui le dit, Swallow. C'est à dire une mère qui vient de perdre son petit garçon et qui, comme dans les échelles anglo-saxonnes d'évaluation du stress ( valeur en points selon l'évènement, par exemple pour le décès du conjoint 100 points, 47 pour un licenciement...ces chiffres sont assez atroces..), occupe son esprit à faire la même chose avec la littérature.
Alors forcément, et c'est très vrai, ça, ne l'intéressent dans la littérature que des personnages susceptibles d'avoir éprouvé la même chose qu'elle!
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MessageSujet: Re: Marie Darrieussecq   Dim 23 Sep 2007 - 12:03

Merci, Marie. Tout est bien plus clair maintenant Idea
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MessageSujet: Re: Marie Darrieussecq   Dim 23 Sep 2007 - 14:40

Ohlala, ces extraits ainsi que ta critique me plaisent beaucoup, notamment l'extrait assez long que tu as posté (merci beaucoup d'ailleurs :). Je crois que je vais me l'acheter.

_________________
Ce que j'ai souvent éprouvé plus tard, je le pressentis alors en quelque sorte, savoir : que l'on n'a pas le droit d'ouvrir un livre si l'on ne s'engage pas à les lire tous.

[Rilke, Les cahiers de Malte Laurids Brigges]
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MessageSujet: Re: Marie Darrieussecq   Mar 2 Oct 2007 - 2:44

Je l'ai terminé hier et je n'aurai pas grand chose à ajouter à ce que Marie a écrit.

J'avais détesté Truismes mais je suis désormais réconciliée avec Marie Darrieussecq qui montre ici qu'elle possède un vrai talent d'écrivain.

Elle ne verse effectivement ni dans le pathos ni dans le larmoyant. On comprend aisément les réactions de cette mère brisée.

Il n'y a que quelques pages qui m'ont un peu ennuyée et qui ne servaient pas spécialement le reste: vers le milieu du roman lorsqu'elle achète tous ces magnétophones; là, on est un peu parti dans l'ésotérique et j'y ai moins cru.
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MessageSujet: Re: Marie Darrieussecq   Dim 11 Sep 2011 - 11:37

rentrée littéraire 2011 :

Clèves



Résumé du livre P.O.l :

Clèves raconte l’éveil à la vie amoureuse et sexuelle d’une petite fille, en province, il y a une trentaine d’années environ... Les trois parties du livre respectivement intitulées « Les avoir » (les règles), « Le faire » (l’amour), « Le refaire » (l’amour, encore, bien sûr : une seule fois ne suffit jamais, surtout en l’occurrence), donnent bien la temporalité et la dramaturgie de ce huitième roman de Marie Darrieussecq.

« Les avoir »
Nous sommes donc en province, au Sud, pas loin d’un océan où l’on surfe (on aura reconnu le Pays Basque, cher à l’auteur). La petite héroïne, Solange qui n’a pas les yeux dans ses poches, ni l’intelligence en veilleuse, se débat entre une « école obsédée par le sexe » – on n’y pense qu’à ça, on n’y parle que de ça, dans les termes les plus crus – et des parents pour le moins absents (un père volage, hâbleur, rarement là et une mère dépressive : Solange passe la plupart de son temps chez un voisin, un adulte un peu étrange).
Surviennent enfin les règles : il n’en a jamais été écrit comme cela. Loin de tout lyrisme féministe mièvre ou exalté, d’une manière à la fois précise et dérangeante parce que brutale, non métaphorique et surtout assez enfantine pour déranger encore plus.

« Le faire »
Évidemment, le premier épisode passé, cela devient la grande affaire. Il faut choisir le garçon qui procédera, ou se laisser choisir (Solange a-t-elle seulement le choix ?). Stratégie, tactique, séduction. Copines et confidences. Le village devient une vraie Cour, avec ses intrigues, ses renversements d’alliance (d’où le titre).
Dans le cas qui nous occupe, et sans entrer dans les détails, ce ne sera pas vraiment une réussite. Il faut donc sans tarder le refaire.

« Le refaire »
Solange n’a plus dix ans, mais elle n’a pas encore seize ans. Il n’empêche, elle ne pense plus qu’à ça. Comme la précédente, mais davantage encore, cette partie montre les filles en proie aux garçons, la soumission des unes et la brutalité des autres. Alors Solange va trouver à son tour sa victime à elle auprès de qui elle devient une Lolita sans scrupules.

Clèves est un texte extrêmement perturbant, qui met au service d’un réalisme radical une rare inventivité littéraire. Marie Darrieussecq y décrit un monde d’enfants en mutation, loin des adultes qui ne voient rien et qui, quand ils voient, ne comprennent rien. C’est violent, beau, drôle et cruel.



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MessageSujet: Re: Marie Darrieussecq   Sam 8 Oct 2011 - 19:59

Détester Truismes? Ça me semble impossible. Je trouve que c’est dérangeant, inconfortable, d’accord ; mais c’est un livre inoubliable !
Une écriture précise et travaillée, un thème qui donne - j’allais dire de l’urticaire, mais c’est plutôt du domaine de la desquamation – Et un fond de satire visionnaire de la société. Si ça n’avait pas autant dérangé tout le monde, on aurait crié au chef d’œuvre !
L’a-t-on fait ? Je dois dire que je ne me souviens pas d’en avoir entendu parler. Il est vrai qu’à l’époque de sa parution, je ne fréquentais pas encore Parfum de Livres !
Edgar-monstre et président de la République-le marabout qui tire les ficelles spirituelles du pouvoir, les parfumeries (doux euphémisme) Et cette irrésistible chute (ou ascension) vers la condition animale !
Mais on sourit quand même. De temps en temps. Et puis, l'amour d'un beau loup...c'est ancestral comme sujet.
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MessageSujet: Re: Marie Darrieussecq   Lun 2 Mai 2016 - 6:29


Être ici est une splendeur Vie de Paula M.Becker
Citation :
Présentation de l’éditeur
Paula Modersohn-Becker voulait peindre et c’est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n’aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. Elle voulait peut-être un enfant - sur ce point ses journaux et ses lettres sont ambigus.
Elle a existé en vrai, de 1876 à 1907. Paula Modersohn-Becker est une artiste allemande de la fin du XIXème siècle, peintre, célèbre en Allemagne et dans beaucoup d'autres pays au monde, mais à peu près inconnue en France bien qu'elle y ait séjourné à plusieurs reprises et fréquenté l'avant-garde artistique et littéraire de son époque.
Née en 1876 et morte en 1907 des suites d'un accouchement, elle est considérée comme l'une des représentantes les plus précoces du mouvement expressionniste allemand.
La biographie que lui consacre Marie Darrieussecq (nouveau territoire pour l’auteur de "Il faut beaucoup aimer les hommes") reprend tous les éléments qui marquent la courte vie de Paula Modersohn-Becker. Mais elle les éclaire d’un jour à la fois féminin et littéraire. Elle montre, avec vivacité et empathie, la lutte de cette femme parmi les hommes et les artistes de son temps, ses amitiés (notamment avec Rainer Maria Rilke), son désir d’expression et d’indépendance sur lesquels elle insiste particulièrement.

Coup de cœur !

J’avais présenté Paula Modersohn-Becker brièvement sur le fil de la Colonie des artistes à Worpswede.

La France semble découvrir cette artiste seulement maintenant à travers cette grande expo au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris.

Et on peut approfondir cette découverte avec ce livre.

Marie Darrieussecq a écrit un sublime hommage, la maison d’édition l’appelle « biographie », mais en ce qui me concerne, c’est bien plus.

À côté de Paula, on découvre aussi un peu la colonie des artistes à Worpswede (surtout Rainer Maria Rilke et naturellement le mari de Paula, Otto Modersohn).
C’est intéressant, mais surtout plein de passion et d’enthousiasme de la part de Marie Darrieussecq. On ressent à travers ses mots son envie de partager son adoration pour cette artiste.

Cela vibre, chante, tourbillonne et on traverse cette courte vie de Paula avec beaucoup d’empathie et si on ne connait pas bien son œuvre, au plus tard à la fin on a envie de s’émerger dans son monde pictural.

Impressionnant et tout à fait à part.

J’ai adoré !


on peut lire les premières pages ici


Extraits les images ne se trouvent pas dans le livre Wink


Fille devant fenêtre

1902. Une jeune fille devant la fenêtre. Le visage est encadré de deux vases. Errière, des arbres, et toujours la colline en triangle. Le visage est penché, le regard ailleurs, mélancolique et pensif.
Paula l’a peinte sur une plaque d’ardoise. De ce support singulier, il semble que la robe, les vases, les yeux, tirent un gris sombre. Le visage est fendu par une fine cassure. L’ardoise est fêlée. Le tableau est intransportable. Il m’est arrivé de retourner à Brême seulement pour le voir.




Elsbeth dans le jardinier

L’autre grand tableau de la féconde année 1902, c’est le portrait d’Elsbeth dans le verger. La fillette, quatre ans, porte une robe à manches courtes, blanche à pois bleus, que son ventre arrondit. Ce qui ôte toute mièvrerie à cette toile si jolie, c’est qu’elle vient après les corps crayonnés, charbonneux, cagneux, gonflés, mal fichus, des petits modèles de Worpswede. Elle vient après un énorme travail.
« Mère, pardon pour cette lettre peu ponctuelle [,,,]. Il n’y a de place pour rien d’autre que ma dévotion au travail. C’est l’aube en moi, et le jour approche. Je vais devenir quelqu’un. […] Je n’aurai plus à avoir honte et à rester silencieuse, et je sentirai avec fierté que je suis peintre. Je viens de finir un portrait d’Elsbeth, dans le verger des Brünjes, avec des poules qui courent et, à côté d’elle, une immense digitale en fleur. »
Paula a laissé tomber la perspective. Elsbeth est à plat sur la plaine. Elle est haute exactement comme la digitale. Les poules sont devant son torse. L’herbe, le bois et le ciel font trois bandes de couleur. Les pieds sont dans les racines. Le visage incliné est un infini vers l’enfance. La robe explose de blancheur. Aucune ombre. Comment a fait Paula pour donner à ces petites joues, à ces petits bras, le relief doux et rond absent du reste de la toile ? Elle a mis vingt-sept ans – elle a mis toute la vie.




Rainer Maria Rilke

Il pose alors pour Paula, dans ce temps retrouvé. Ils sont l’un devant l’autre, ils se regardent, dans la parole ou le silence, générosité mutuelle et don commun, ils font ce tableau comme on fait l’amitié. De leurs heures ensemble ce portrait est la trace. Rilke est orange, blanc, noir et vert. Il paraît très jeune. Une barbe de pharaon, une moustache de Hun, le col haut et rigide, le front large, les yeux cernés, le blanc de l’œil violet, le regard exorbité, les sourcils levés, la bouche ouverte. Il ressemble aux professeurs ahuris d’Adèle Blanc-Sec (et les chapeaux de Paula ressemblent à ceux d’Adèle). La bouche est lippue, le nez est gros, la barbe rectangulaire, les yeux noyés. Le visage est comme déformé par une tension vers la droite. Rilke regarde loin, ailleurs, dedans, il semble frappé par ce qui, le reste de sa vie, le fera écrire sans trop savoir vivre.



Autoportrait à la branche de camélia

Chez Paula il y a de vraies femmes. J’ai envie de dire des femmes enfin nues : dénudées du regard masculin. Des femmes qui ne posent pas devant un homme, qui ne sont pas vues par le désir, la frustration, la possessivité, la domination, la contrariété des hommes. Les femmes dans l’œuvre de Modersohn-Becker ne sont ni aguicheuses (Gervex), ni exotiques (Gauguin), ni provocantes (Manet), ni victimes (Degas), ni éperdues (Toulouse-Lautrec), ni grosses (Renoir), ni colossales (Picasso),m ni sculpturales (Puvis de Chavannes), ni éthérées (Caolus-Duran). Ni « en pâte d’amende blanche et rose » (Cabanel, moqué par Zola). Il n’y a chez Paula aucune revanche. Aucun discours. Aucun jugement. Elle montre ce qu’elle voit.

_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
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MessageSujet: Re: Marie Darrieussecq   Aujourd'hui à 2:54

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