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 Huguette Gaulin

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Huguette Gaulin   Mar 16 Aoû 2016 - 7:54



Huguette Gaulin est décédée de façon tragique à l'âge de vingt-sept ans, s'immolant non loin d'où Émile Nelligan avait déclamé «La romance du vin» au Château Ramezay à Montréal. Elle a laissé à la postérité un recueil rétrospectif qui est depuis lors reconnu tel quel. Il s'agit de Lecture en vélocipède. Elle aura donc été des nôtres entre 1944 et 1972. Dans l'ordre, les écrivains québécois Claude Gauvreau, Huguette Gaulin et Hubert Aquin se sont mis à l'article de mort à sept ans d'intervalle (1970, 1972 et 1977). Pour sa part, Louis Geoffroy mourra en octobre 1977 des suites d'une cigarette qui aura incendié son appartement à la suite d'une insolation et d'une chute accidentelle. Il était alors âgé de trente ans. Huguette Gaulin a laissé une oeuvre assez courte mais tout de même accomplie pour une poétesse. Je la mets sur le même pied que Marie Uguay même si cette dernière a publié plus de recueils. À la lecture, son recueil est parcouru d'une bizarrerie à la réception de lecture, mais c'est un recueil qu'on adopte infailliblement une fois que nous l'avons adopté.

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: Huguette Gaulin   Mar 16 Aoû 2016 - 8:56

Lecture en vélocopède est un recueil dont je ne regrette pas une seule seconde d'être tombé dessus quand je suis tombé sur une page au hasard d'un genre de panthéon des meilleures oeuvres poétiques québécoises. C'est une chose de connaître l'existence d'Huguette Gaulin. C'en est une autre de l'avoir lue.

Un premier extrait :

Huguette Gaulin, Lecture en vélocipède, 1983, Montréal : Les Herbes rouges, p. 28. a écrit:
«un décours de lueurs
les ombres déteignent

arcs chevelure
je me cambre sonore
et vous marchez en moi

la gorge funambule
le grand échevellement

qu'un matin enjambe
l'oreille à la paume
la flaque traverse le ventre

toute bouche émouvante été»

J'ai l'impression de retrouver Geneviève Desrosiers et Josée Yvon juste en lisant ce premier extrait. J'imagine que l'oeuvre d'Huguette Gaulin devient dès lors incontournable pour remonter le fil de la genèse des meilleures oeuvres poétiques québécoises.

Voici un autre extrait décliné sur le mode de la simplicité :

Ibid., p. 45. a écrit:
«culture d'iris
sur les jardins de l'oeil
elle mâche l'ardeur

qu'ils tintent quartiers de rire roulements
et bracelets

le corps au diamètre pivotant
cheville l'ornement

carnaval en cage
clou sur le fil
claquez des vertèbres»

Je sens ici un autre fil qui relie Huguette Gaulin à l'écrivaine et poétesse Anne Hébert.

L'extrait suivant me semble démontrer ce qui fait l'unicité de la poésie d'Huguette Gaulin :

Ibid., p. 64. a écrit:
«ceux tremblent
transpercent l'oeil
pour remanier le sang

le verre vide remue l'oeil et happe
ce tournoiement de poissons
à l'affût des globes
jeu d'attente de grelots radiophoniques
et cloches végétales

nous chassons les fuites blanches
avec des ricanements d'ailes

après les notes élevées
les demeures zébrées
un rythme de bouchon et
le déroulement
c'est une voix de femme
bijou d'ovule
tout un abîme

la ville fume les restes violoneux
et l'octobre en couverture télévisée
s'estompe»

Nous pouvons situer Huguette Gaulin dans le contexte de son époque et l'émergence des mouvements féministes. Elle était à l'avant-garde poétique de ce mouvement :

Ibid., p. 100. a écrit:
«RIEN
avouez tel
le vide avouez

c'est à partir de rien
qu'au septième interdit on se repose

mélange joviale
avec des rappels d'aimants

tirez au hasard de la masse
mais tout vous va MESDAMES tout

RÉSULTAT

quand les vitrines descendront la pluie
des sacs magasinent le corps

en bousculant les mondes collés
quel fou se jette l'escalier mobile
en posant le pied
on lève»

Plus nous approchons de la fin, plus les extraits dignes de mention se multiplient :

Ibid., p. 112. a écrit:
«leur pied comme les bras
paie les violons

elle sirote un tumulte
lisérée contrastante

j'encourage l'enchevêtrement
de ses astres

dit-il l'orientation
logée à d'aussi grandes distances
les taches disparaissent (vers les gigues)

selon que grignote lentement les reliefs»

Celui-ci rayonne :

Ibid., p. 116. a écrit:
«veille la chair en rond        étrange

écoute
on soulève les bois
ils cessèrent d'investir la carrière de nos os

aujourd'hui leurs promesses
comme un tambour qu'une voix
fait luire aux défilés de la faim

elle émeute l'étendue de son sable
et se rassemble»

Nous revenons à une thématique ouvertement féministe :

Ibid., p. 130. a écrit:
«ils dormiraient au travers
le silence troue comme la salive aux gibiers

tout arpenté
écartelé
les doigts l'angoisse comme chevalet

ils assimilent les pleines natures
par taches végétales

et souvenez-vous
le pas des femmes aux cuisines c'est autre chose

avant qu'ils ne tombent
comptez le temps
et salivez élastiquement»

Les extraits qui suivront sont tirés de la suite poétique ou mini-recueil «Lecture du vélocipède» à la fin du recueil :

Ibid., p. 144. a écrit:
«alors ces gestes
lesquels manier
constance
où m'épuiser sans déplacement ou presque

déteindre violente
le désir peu à peu sécrète ses morsures

aussi ruisselante
les thèmes transportent
et nous démêlent

plus tard l'ajustement dans les cordes

et je colle sa colère sa lèvre quasi perpétuelles
l'électrique sensation pour se situer à soi-même
les temps lissés

d'autres morts que la mienne je
je me rature sans cesse»

Les commentateurs de l'oeuvre d'Huguette Gaulin s'entendent pour dire que l'angle de traitement de cette même poésie est assez inusité. Nous pouvons en voir un autre exemple ici :

Ibid., p. 171. a écrit:
«alors je tire quelle fureur
l'endos arqué
et lâche d'entre les axes
les jeux presque imaginaires
les points acrobatiques

le sens germe ce bourdonnement
accompagné d'élytres

l'oeil à l'oreille
sue légère
pèse les vapeurs
aussi lourd en pressant le temps

rappel
autre cycle érosion ou évasion par minces décollements
le corps rentre vers la droite ses circulations»

Ici, nous avons le dernier poème, et je dirais qu'il est l'un des meilleurs si pas le meilleur :

Ibid., p. 175. a écrit:
«morsure autour des réseaux nombreux

les plans se vident complètement

s’ils se taisent plus tard
ils entendent le lent retour des feux

la distance plonge
une arme contre la fatigue

de longs couloirs qu’on file
sous les muscles tendus

alors qu’ils rendent la cérémonie
dans la méditation des arcs»

La poésie d'Huguette Gaulin est très figurative. Elle n'en constitue pas moins une tentative de s'adresser à l'imaginaire québécois. Nous pouvons dire qu'après plus de quarante années d'existence, ses poésies traversent bien le fil du temps, même s'il y a un air légèrement surannée ou vieillot. Disons que cet air dissimule le côté intemporel de la poésie de Gaulin. Nous pouvons la situer au coeur de son époque, mais elle fut des devancières, ce qui lui donne une place de choix dans les poétesses qui ont marqué l'histoire, même si elle reste généralement méconnue. Mettons cela sur le compte d'une oeuvre qui venait à peine de se dessiner, publiée dans une maison d'édition quasiment confidentielle et une mort très hâtive à une époque assez lointaine déjà.

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