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 Katherine Dunn

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shanidar
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MessageSujet: Katherine Dunn   Lun 3 Oct 2016 - 11:05



Katherine Dunn naît à Garden City, dans le Kansas, en 1945. Elle étudie la philosophie et la psychologie mais abandonne son cursus sans diplôme pour voyager à travers l’Europe où elle écrit ses deux premiers livres. De retour aux États-Unis, sept ans plus tard, elle entame une longue et brillante carrière de journaliste. Ses textes paraissent dans Esquire, The New York Times, Playboy, Vogue… Elle est l’auteur de trois romans, dont Amour monstre, finaliste du National Book Award en 1989. Elle s'éteint en 2016 à Portland dans l'Oregon.

source éditeur : Gallmeister

Bibliographie

2016 Amour monstre,

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shanidar
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MessageSujet: Re: Katherine Dunn   Lun 3 Oct 2016 - 11:07

Amour Monstre

Ce roman raconte l'histoire d'une famille, les Binewski, pas tout à fait comme les autres, une famille nomade, travaillant dans un cirque et qui pour s'en sortir fabrique des monstres. Des enfants. Des enfants monstrueux. Papa Al et maman Lil, deux êtres parfaitement 'normos' usent et abusent de drogues, médicaments et radiations lors de la gestation de leurs enfants pour pouvoir faire de leur progéniture des monstres de foire. Il fallait y penser.

Nous avons donc Arturo, alias Aqua Boy dont les bras et les jambes sont remplacés par des nageoires et dont la méchanceté n'a d'égale que la perversion. Il y a bien sûr, les sœurs siamoises Elly et Iphy, qui se collent des gnons quand elles ne sont pas d'accord, ce qui arrivent souvent. Il y a notre narratrice, Oly : naine, chauve, bossue et albinos qui voue un amour indéfectible voire pathologique à son grand frère. Et puis, il y a Chick, le Poussin, ultime rejeton dont on découvre (et ses parents également) assez tardivement l'étendue des pouvoirs.

Bienvenue chez les Freaks !!

La narration, très enlevée, un peu folle, sans les harnais de la bienséance, oscille entre deux temps : celui de l'enfance au cœur du cirque Binewski et celui du monde adulte dans lequel Oly, maman cachée d'une grande fille tente de la protéger des visées de Melle Lick.

La question, bien sûr, est de savoir comment les 'normos' voient les enfants Binewski et comment les Binewski vivent leurs différences avec ou contre les 'normos'. Que fait-on pour accepter les différences ? Quelles sont nos limites face à des êtres particulièrement monstrueux et qui ne souhaitent surtout pas devenir normaux. Au contraire, les enfants Binewski sont fiers de leur aspect, ils revendiquent leur différence comme une 'beauté' supplémentaire et si je mets 'beauté' entre guillemets, c'est bien que la question ne se pose pas vraiment, pour eux, en ces termes. En gros, ils haïssent les 'normos' parce que les 'normos' sont forcément inférieurs à eux. Mais alors... où placer l'être 'normal', non difforme qui développe une certaine forme (par exemple) de folie. Il sera d'apparence normale mais en réalité il sera un déviant. Mais par rapport à quelle norme ?? Vous voyez le truc… Cela nous emmène très loin dans la réflexion sur la logique, le rationnel, le normal et l'anormal. Qui est le plus fou ? Le père de famille capable de faire des expériences sur sa femme pour qu'elle mette au monde des 'monstres, ou les 'monstres' qui en sont le résultat ? Existe-t-il des échelles de valeur dans le monde des 'monstres' ? Les siamoises sont-elles plus monstrueuses qu'Aqua Boy ? Notre naine, bossue, albinos et chauve a-t-elle le droit de procréer, avec qui et comment ?? Oh là, on s'approche de limites très douteuses mais qu'il faut bien prendre en compte si on ne veut pas rester pétrifié par ce roman monstre. Et quid de l'amour ? Parce que, au fond, c'est bien de cela dont il s'agit. De l'amour. L'amour d'un père, d'une mère, l'amour fou pour un frère, un enfant, le désir de protéger celui que l'on pense plus faible, le désir d'être aimé à son tour, malgré les différences, les secrets honteux, les difformités, les petites déchéances. Et puis l'autre là, la jalousie, ce sentiment qui va de pair avec l'amour comme une sœur siamoise, cette déformation du cœur et de la pensée, cette obsession, cette marque, cette rougeur, cet élan destructeur… alors :

Etes-vous parfait ? N'avez-vous pas vous aussi ce petit défaut (que personne ne remarque peut-être) mais qui vous empêche de vivre (un peu, beaucoup ou pas du tout) et qui vous stigmatise ? Les enfants Binewski vous riraient au nez en vous dévoilant leurs nageoires, leur bosse, leurs jambes communes et leur beauté. Car beauté il y a. Et même si les personnages de Katherine Dunn n'existent pas pour être aimés, qu'ils sont souvent ingrats, méchants, vicieux, ils sont comme nous, avides d'être aimés, d'être puissants, d'être heureux et peut-être un peu libre, un peu puissant, un peu mauvais.

Mais le problème c'est que la réflexion s'épuise assez vite lorsqu'on propose une vision binaire du monde : le beau contre le laid, le normal contre le monstrueux, etc. Si Dunn avance l'hypothèse qu'une belle personne (physiquement) ne développera pas tout son potentiel intellectuel alors qu'une laide intelligente misera tout sur son cerveau, il faut bien reconnaître que ce roman ne va pas beaucoup plus loin.

Finalement, le livre n'est pas un chef-d'œuvre, il manque parfois d'un peu de resserrement ou de suspens, mais il se lit dans l'étourdissement d'un monde bizarre, méconnu, monstrueux, parfois effrayant, souvent touchant. Je suis restée un peu extérieure à l'aventure, comme si les caractères restaient trop statiques de l'enfance à l'âge adulte, renonçant aux nuances du temps et aux frottements avec la vie. Mais il n'en reste pas moins que ce roman est particulièrement atypique et retient par une écriture sauvage et souvent drôle.

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shanidar
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MessageSujet: Re: Katherine Dunn   Lun 3 Oct 2016 - 11:09

extrait :

Je coupe lentement la viande d'Arty en sentant ma poitrine se gonfler d'une ardeur qui cherche à s'évacuer par mes yeux et mon nez. Je suppose que c'est la douleur habituelle que les enfants éprouvent lorsqu'ils doivent protéger leurs parents de la réalité du monde. C'est une chose cruelle pour les jeunes que de voir l'affreuse innocence dans laquelle les adultes sombrent avec l'âge, la terrible vulnérabilité qu'il convient de protéger du bourbier corrosif de l'enfance.

Peut-on en vouloir à l'enfant de haïr l'attrait trompeur des choses grandes ? Des grands bras doux et des voix graves dans le noir qui disent : "Raconte à Papa, raconte à Maman, et tout va s'arranger." L'enfant, qui ne cesse de hurler sa demande de refuge, sent bien l'extrême fragilité de la hutte de brindilles que la conscience adulte lui offre en guise d'abri. La terre en larmes elle-même sait l'impérieux besoin qu'a l'enfant de trouver ce sanctuaire. Elle n'ignore rien de la profondeur et de la poisse des ténèbres de l'enfance. Elle n'ignore rien du tranchant des dagues du mal enfantin, non encore altéré, non encore réprimé par les coussins commodes de l'âge et de son civilisateur pouvoir anesthésiant.

Les adultes peuvent faire face aux genoux éraflés, aux cornets de glace qui tombent, aux poupées que l'on perd, mais s'ils soupçonnaient les vraies causes de nos pleurs ils nous expulseraient de leurs bras en un violent geste de dégoût horrifié. Pourtant nous sommes petits et aussi terrifiés que terrifiants dans la férocité de nos appétits.

Cette chaleureuse stupidité qu'ont les adultes, nous en avons besoin. Conscients que ce n'est qu'une illusion, nous pleurons et nous nous réfugions tout de même sur leurs genoux, ne parlant que de sucettes souillées et d'ours en peluche perdus, prenant en réconfort ni plus, ni moins, que la valeur d'une sucette ou d'un ours en peluche. Nous nous accommodons de cela plutôt que d'affronter tout seuls les recoins caverneux de nos crânes pour lesquels il n'y a pas de remède, pas d'abri, pas le moindre réconfort. Nous survivons jusqu'à ce que, par la seule grâce de l'énergie vitale, nous disparaissions à notre tour dans la trouble innocence et dans l'oubli de notre propre âge adulte.



Avec cet extrait, on voit bien l'originalité du propos de Dunn, son désir de renverser les valeurs et sa manière un peu lassante d'étirer sa démonstration trop longuement.

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Katherine Dunn   Lun 3 Oct 2016 - 17:04

merci pour ton commentaire, un livre de moins à noter ! dentsblanches (ce livre me rappelle l'île de Edogawa Ranpo)



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domreader
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MessageSujet: Re: Katherine Dunn   Lun 3 Oct 2016 - 18:07

Même si ton avis est mitigé, l'aventure reste tentante, on verra....

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