Parfum de livres… parfum d’ailleurs

Littérature, forum littéraire : passion, imaginaire, partage et liberté. Ce forum livre l’émotion littéraire. Parlez d’écrivains, du plaisir livres, de littérature : romans, poèmes…ou d’arts…
 
Accueil*Portail*RechercherS'enregistrerMembresConnexion

Partagez | 
 

 Philip K. Dick

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3, 4, 5  Suivant
AuteurMessage
Invité
Invité



MessageSujet: Philip K. Dick   Mer 26 Sep 2007 - 13:29



Sometimes the appropriate response to reality is to go insane. Philip K. Dick

Aussi loin qu'il remontât, il avait toujours, de tout son être, repoussé l'idée que ce qui lui arrivait pouvait être le fruit du hasard, d'une danse d'électrons privée de chorégraphe, de combinaisons aléatoires. Pour lui, tout devait avoir un sens et il avait vécu, scruté sa propre vie en fonction de ce postulat. [...]
Cette intuition que nous éprouvons tous, plus ou moins honteusement, donne sa pleine mesure dans deux systèmes de pensée: le premier est la foi religieuse, le second la paranoïa [...].

Je suis vivant et vous êtes morts
, Emmanuel Carrère


Philip Kindred Dick, ou Philip K. Dick, né en 1928 à Chicago et mort à Santa-Ana en 1982 est l'auteur de 36 romans et 5 recueils de nouvelles de science-fiction.


Emmanuel Carrère lui a consacré une biographie, Je suis vivant et vous êtes morts , autant récit d'une vie hors-normes qu'analyse passionnante de ses principales oeuvres. Il y mêle épisodes de la vie de Dick et intrigue de ses romans, portrait de l'écrivain et celui de ses héros, au point que l'on croit lire à la fin un autre titre de l'auteur du Maître du Haut-Chateau, du Dieu venu du Centaure, de Substance Mort, Les androides rêvent-ils de moutons électriques (adapté au cinéma sous le titre Blade runner...)

Il y décrit comment Philip K.Dick a poussé à l'extrême cette quête d'un sens que l' on nous cacherait soigneusement, faisant en chemin l'expérience des drogues et du mysticisme. Heureusement pour nous, il en a surtout fait le sujet principal de son oeuvre. Persuadé que le réel est "la couverture d'autre chose" , Dick piège ses héros dans des simulacres de réalité, il les dote de souvenirs factices, il en fait des pantins manipulés par des entités puissantes et énigmatiques ... Sapant nos certitudes et repères, il pointe la relativité des perceptions physiques: qu'est-ce qui nous prouve que nous sommes vivants, que ce que nous prenons pour la vie n'est pas un coma, un rêve, une demi-mort ? La découverte de l'univers Dickien (avec Ubik) a été pour moi un moment de lecture inoubliable.

Cette biographie est aussi une troublante réflexion sur les liens entre création littéraire et folie. Angoissé, puis paranoïaque et schizophrène, Dick a toujours vécu avec des troubles psychiques. Confronté très jeune aux psychiatres, il est passé maître dans l'art de les mystifier, et a fini par connaître si bien la typologie des maladies mentales qu'il en fera le sujet d'un roman. Mais il en est aussi prisonnier, sujet à des épisodes délirants et au dédoublement de personnalité.
Cependant, quand, temporairement "guéri" et plus ou moins clean, il arrive à la conclusion que le réel est" simple, compact et dur comme une pierre", "sans double-fond", sa créativité littéraire se tarit. Carrère le compare alors au triste Don Quichotte agonisant, libéré de sa folie et reniant son amour pour les romans de chevalerie, mais perdant ainsi la vie."Je suis vivant et vous êtes morts" est le message adressé à Joe Chip, le héros d'Ubik, par son patron. Et le moment où Joe réalise que ce qu'il croit vivre n'est que le rêve tissé par son corps mourant depuis un lit d'hôpital. Pourrait-on aussi le comprendre comme "ma folie me maintient en vie, elle nourrit ainsi mon oeuvre tandis que votre lucidité vous tue" ?...

Dick peut sembler excentrique et marginal, mais Carrère montre aussi à quel point il s'est fondu dans son époque, dans l'Amérique de la guerre froide et du maccarthysme, où "la paranoïa est devenue la passion la mieux partagée". Ensuite, celle de la Californie des 60s faisant avec enthousiasme,sous l'égide de Timothy Leary et Carlos Castaneda, l'expérience d'un mysticisme imbibé de LSD, puis celle de l'addiction aux drogues dures dans les 70s, pour finir par l'émergence du new age.
Ceux qui ne connaissaient pas Philip K. Dick se rendront compte en refermant ce livre de son impact sur les auteurs et cinéastes actuels. Indéniablement dickiens, le héros cobaye et l'univers factice du Truman Show, la réalité virtuelle de Matrix, les androïdes de Ghost in The Shell, l'ambiance sino-japonisante de plusieurs films de SF...sans compter les adaptations qui continuent à être faites de ses romans, dernièrement le plutôt réussi Minority Report.


A suivre sur ce fil: des critiques des oeuvres maîtresses de Dick.
Revenir en haut Aller en bas
Pénélope
Posteur en quête
avatar

Messages : 61
Inscription le : 05/09/2007
Age : 30
Localisation : Bruxelles

MessageSujet: Re: Philip K. Dick   Mar 6 Nov 2007 - 22:39

K. Dick, le Grand K.Dick m'emporte dans ses univers bizarroïdes et moi-même, quand je le lis, je me réveille la nuit et j'ai l'impression d'être dans un autre univers ou bien de ne pas exister réellement tant le simulacre est présent dans ses oeuvres.

J'ai lu cinq-six romans de K.Dick et je compte TOUS les lire. Il y en a une quarantaine...je n'ai que 21 ans et le temps devant moi!

Dans Le bal des schizos que je suis occupée à lire, il y a une magnifique métaphore sur ce qu'est la vie.

Il y a quelques citations que j'ai relevé comme par exemple celles-ci:

- Celui que les dieux veulent abattre, ils le rendent d'abord fou.
(Le Géni était lui-même schizo).

- Dans notre société il est presque essentiel d'être détaché.

Ces citations sorties de leur contexte sont tout à fait parlantes et profondes de sens.

Avec K.Dick, l'on voyage dans des univers bizarres et même dans le cosmos mais ce n'est pas pour autant que ses histoires n'ont pas de profondeurs. Pour découvrir K.Dick, il faut décrypter ses métaphores.

K.Dick, c'est l'auteur que j'aime le plus, pour lequel j'ai le plus d'affection et je n'aimerais pas le partager avec tout le monde. On aime tous avoir nos petits trésors cachés.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Pénélope
Posteur en quête
avatar

Messages : 61
Inscription le : 05/09/2007
Age : 30
Localisation : Bruxelles

MessageSujet: Re: Philip K. Dick   Mar 6 Nov 2007 - 22:42

D'ailleurs, je fais appel à vous TOUS, bibliophiles!

Je suis vivant et vous êtes mort: que cela signifie-t-il pour vous?
Que veux dire K.Dick par là?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Ludo28
Envolée postale
avatar

Messages : 128
Inscription le : 15/10/2007
Age : 42
Localisation : Maisons-Laffitte

MessageSujet: Re: Philip K. Dick   Mer 7 Nov 2007 - 8:29

Pénélope a écrit:
D'ailleurs, je fais appel à vous TOUS, bibliophiles!

Je suis vivant et vous êtes mort: que cela signifie-t-il pour vous?
Que veux dire K.Dick par là?

Pour avoir lu un peu l'oeuvre du monsieur, je dirai que c'est peut être l'idée que nous ne dépendons pas de la même dimension et que la notre relève de la "non-existence". Je ne sais pas si on parvient à cette dimension grace à l'ingérence de psychotropes ou autres). Je sais pas si je m'exprime bien, j'ai pris qu'un café... Embarassed
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Philip K. Dick   Mer 7 Nov 2007 - 13:22

Pénélope a écrit:

Je suis vivant et vous êtes mort: que cela signifie-t-il pour vous?
Que veux dire K.Dick par là?

Ben comme je l'ai écrit un peu plus haut: "ma folie est gage d'activité créatrice, tandis que votre lucidité de sains d'esprit est synonyme de mort intellectuelle et spirituelle".

Ou alors "les fous sont ceux qui connaissent la réelle nature du monde, ce sont les seuls vivants. Les sains d'esprit qui se contentent de la fausse réalité dans lequel ils croient vivre sont comme morts." J'ai été troublée en découvrant Ubik et cette phrase car ado, je m'étais tenu à un moment plus ou moins le même raisonnement.
Revenir en haut Aller en bas
Veterini
Envolée postale
avatar

Messages : 104
Inscription le : 23/07/2007
Age : 34

MessageSujet: Re: Philip K. Dick   Lun 12 Nov 2007 - 19:48

Pénélope a écrit:
D'ailleurs, je fais appel à vous TOUS, bibliophiles!

Je suis vivant et vous êtes mort: que cela signifie-t-il pour vous?
Que veux dire K.Dick par là?

1) Il y a l'explication évidement rationnel, Dans UBIK, les personnages sont quasi-morts et celui qui parle est vivant. Enfin peut-être. Le propre des romans de Philip K Dick est justement de ne pas trop savoir qui vit dans la "vrai" réalité

2)Ce qui est mon explication plus personnel, c'est à dire qu'il n'existe pas de "vrai" réalité. Chacun ayant une vision particulière de cette réalité. Soit du fait des différences entre personnes, ce qui normal. Soit par ce que l'on est tous fous, lire par exemple "les clans de la Lune Alphane." Soit comme dans "la vérité avant dernière" parce qu'elle est caché par d'autres.

3)Ici d'ailleurs il faut s'arrêter un instant sur l'explication mystique. Si vous avez eu l'occasion de voir "Waking Life" de Richard Linklater elle est expliqué dedans. Mais en fait Philp K Dick, à une période de sa vie, croyait qu'on était une centaine d'année après JC. Et qu'en fait L'empire romain ou l'empire du mal nous retenait prisonnier dans une sorte de contre-réalité pour empêchè de nous libéré. Dit comme ça, cela à l'air assez dingue. Mais Dick en était d'ailleurs conscient, je ne peux que recommander de lire sa Trilogie Divine (Siva ; L'invasion divine ; La transmigration de Timothy Archer) pour mieux comprendre. D'ailleurs, il me semble, que dans la transmigration de Timothy Archer, Dick, s'il ne fait pas forcément preuve d'athéisme revient à une attitude plus septique.

Quoiqu'il en soit si je devait conseiller un livre à lire de Dick se serait "Substance Mort" Linklater -encore lui- en à d'ailleurs fait une très bonne adaptation. Il y est question de schizophrénie, et surtout de drogue. Plus qu'une prise de conscience type : "la drogue c'est mal" c'est la vie de paumés, qui se retrouvent embourbés dans une réalité à laquelle ils ont du mal à faire face. Et bon, c'est émouvant.
L'aspect SF s'il est présent, est relativement léger. Et toujours utiliser de façon intelligente. Ainsi il existe des costumes qui empêche de connaitre l'identité des agents du FBI, et cela même de la direction du FBI, ce qui est censé permettre aux agent une plus grande liberté d'action. Or un de ces agent, est chargé d'enquêter sur lui-même.

Sinon deux précisions sans grande importance, The truman show est extrêmement inspiré de "Le temps désarticulé" et à d'ailleurs inspirée quantité d'autres films, quant à Minority Report il s'agit en fait d'une nouvelle(comme Total Recall par exemple).
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Pénélope
Posteur en quête
avatar

Messages : 61
Inscription le : 05/09/2007
Age : 30
Localisation : Bruxelles

MessageSujet: Re: Philip K. Dick   Mar 4 Déc 2007 - 20:23

nous ne dépendons pas de la même dimension et que la notre relève de la "non-existence".

Qui ne dépend pas de la même dimension? Que sous-entends-tu derrière le "nous" et qui sont les autres?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Pénélope
Posteur en quête
avatar

Messages : 61
Inscription le : 05/09/2007
Age : 30
Localisation : Bruxelles

MessageSujet: Re: Philip K. Dick   Mar 4 Déc 2007 - 20:29

Il est clair que nous avons tous notre réalité et que dès lors il n'existe pas une seule réalité mais des milliards. Cela dit, est-ce que les personnes qui se droguent sont-elles plus vivantes que moi? que permet-il, selon vous, qu'il puisse dire cela?

Cela dit, fumer un ptit joint me fait vivre des choses que je n'aurais jamais vécues si j'en fumais pas. Je n'ai pas l'impression que K.Dick pense que nous sommes morts quand nous avons l'impression de vivre dans la réalité.

Admettons, (et c'est le cas) que je suis consciente que la réalité n'existe pas. Je l'accepte mais il m'est impossible de ne pas vivre selon ma réalité, je suis donc folle? Et donc vivante?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
K
Main aguerrie
avatar

Messages : 352
Inscription le : 30/11/2007
Age : 44
Localisation : Belgique

MessageSujet: Re : Philip K. Dick   Sam 8 Déc 2007 - 20:41

Après avoir lu 12 de ses romans et les deux biographies disponibles en français (le Carrère et le Sutin), je crois que je peux dire qu'il vaut mieux éviter de trop se prendre la tête avec Dick, ou en tout ca éviter de le prendre trop au sérieux (avec lui on est parfois plus proche de la pataphysique que de la métaphysique). C'est peut-être l'erreur commise par certains intellectuels dans le domaine de la SF (surtout dans les années 70).
Certes, les spéculations de Dick sont fascinantes et j'avoue qu'au plus fort de mon intérêt pour son oeuvre, j'étais emballé. Mais il ne faut pas oublier que toute cette dialectique réel/illusion existait déjà dans l'Antiquité.
Disons que le point fort de Dick est d'avoir extirper ces spéculations du domaine strictement théorique pour en faire la base d'une oeuvre romanesque.
Mais aujourd'hui, si Dick peut-être considéré comme un visionnaire (terme qu'on a souvent employé), c'est, de mon point de vue, pour une autre raison.
Son oeuvre est plus que jamais d'actualité car il a su anticiper une époque (la nôtre) où se côtoient l'essentiel et le dérisoire, la gravité et la farce.
Je prendrais deux exemples des propos d'un Dick (tiré de la bio de Sutin) étonnament lucide (alors que le bonhomme a souvent tenu des propos contradictoires, pour ne pas dire mensongers à certains moments) :

"C'est vrai, je crois que je suis attiré par ce qui ne vaut rien ou presque, comme si c'était là que résidait la réponse, l'indice suprême." [...] " Tout y est réel au même titre, la pacotille comme le reste " [...] " Le Divin, un Fabricant de jouets ? Qui croirait sérieusement (sic) une chose pareille ?"

et :

"Si Dieu Se manifestait à nous ici, Il le ferait sous forme d'atomiseur vanté à la télé"

C'est bien ce qui se passe de nos jours, où nous avons l'impression de vivre dans un monde où tout devient relatif, où chaque chose n'a que la valeur que notre subjectivité veut bien donner. Un monde où la Joconde voisine avec des cartes à collectionner Pokémon et dans le même ordre de valeur. Il n'existe plus d'instance pour nous dire : ceci est d'une grande valeur et cela d'une valeur moindre.
Quant à savoir quel jugement porter sur ce fait... il y a du pour et du contre et je ne veux pas entrer dans ce type de débat.

Toujours est-il que Dick avait vu juste, à la fois sur sa propre oeuvre et sur le monde où "tout est réel, la pacotille comme le reste".
N'oublions pas, d'ailleurs, que la culture de Dick elle-même comptait autant de livres ardus philosophico-mystiques que de vulgaires pulps à dix cents !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
animal
Tête de Peluche
avatar

Messages : 31549
Inscription le : 12/05/2007
Age : 36
Localisation : Tours

MessageSujet: Re: Philip K. Dick   Sam 8 Déc 2007 - 21:00

je n'ai lu que le Maître du Haut-Chateau il y a... 4, 5 ou 6 ans. ça devait être pour élargir mon panorama sf (sorti de Gibson... ) et puis les avis positifs sur l'auteur. J'ai le souvenir d'avoir été assez hermétique, pas de déplaisir mais l'impression d'un univers et d'évènements construits pour démontré quelque chose qui n'a pas du m'interpeler. Encore une fois peut être que du coup je rate quelque chose à ne pas réessayer jemetate

_________________
Je suis snob, j'ai lu un Mickey Spillane.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Pénélope
Posteur en quête
avatar

Messages : 61
Inscription le : 05/09/2007
Age : 30
Localisation : Bruxelles

MessageSujet: Re: Philip K. Dick   Dim 9 Déc 2007 - 22:27

Merci pour ton commentaire, K!: je le trouve fort intéressant!
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Veterini
Envolée postale
avatar

Messages : 104
Inscription le : 23/07/2007
Age : 34

MessageSujet: Re: Philip K. Dick   Lun 10 Déc 2007 - 17:52

C'est vrai qu'on oublie souvent de le dire, mais les romans de Philip K Dick sont souvent très drôle.

Sinon, le maitre du haut-chateau, bof. C'est intéressant car c'est une des premières uchronies, et que le thème "les Nazies ont gagné la guerre" était encore novateur, mais maintenant je ne le conseillerait pas trop.

Un livre sur la folie qui est sympa, c'est les clans de la Lune Alphane, bon il a un petit coté pulp, mais l'idée reste très amusante. Sur la lune, avait été construit un grand asile, or pour diverses raison il fut abandonné laissant les fous à eux-même. Du coup s'est mis en place une société avec des Hébéprènes, des Schizoides, des Panoaiques et des maniaco-dépressifs avec chacun leur rôle.
Or les terriens supposées sain d'esprit décide de revenir sur la lune, et ça, ça ne plait pas aux fous. Et à coté tous les thèmes récurent de Dick bien sur.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
FrançoisG
Envolée postale
avatar

Messages : 281
Inscription le : 29/09/2009
Localisation : Au calme dans ma maison

MessageSujet: Re: Philip K. Dick   Lun 25 Avr 2011 - 12:18

Je viens de terminer la lecture de : "Le maître du haut château".

J'ai adoré les cent cinquante premières pages, ensuite, j'ai trouvé que l'histoire s'essoufflait, se compliquait inutilement.

Finalement, ce sont les chapitres consacrés à l'uchronie - la véritable histoire du livre - qui m'ont le moins plu. Même si je reconnais le talent de l'auteur.

J'ai bien aimé le chapitre dans lequel le client Japonais de l'antiquaire Robert Childan tente de le persuader de se lancer dans la production à grande échelle des bijoux produits par Frank Frink et son acolyte, avec tous les sous-entendus que cela suppose (et que l'auteur nous révèle dans un sursaut d'orgueil de son personnage).

J'ai beaucoup aimé tous les chapitres "annexes" à l'histoire de l'uchronie. Notamment, lorsque Frank Frink et son acolyte fabriquent les bijoux puis tentent de les vendre. Ces chapitres m'ont un peu rappelé le style de John Fante et je les ai trouvés très agréables.

J'ai aimé aussi la façon de décrire la folie de Juliana Frink, à la fin lorsqu'elle laisse son compagnon se vider de son sang dans la chambre d'hôtel.

En ce qui concerne le chapitre où Tagomi ne voit plus de vélos taxi et demande à des enfants d'aller voir s'ils en trouvent, je m'attendais à d'autres développements, m'attendant à une progression à la H.G. Wells ou à la Christopher Priest, mais tout rentre dans l'ordre et on se demande alors ce qu'a voulu dire l'auteur.

J'ai aussi été un peu déçu par la rencontre Juliana Frink/Abendsen, l'auteur du livre La sauterelle. Je m'attendais à d'autres développements, plus imprévisibles.

En conclusion, tant que l'histoire reste terre à terre, j'ai goûté avec délice à l'écriture de l'auteur, mais dès que Philip K Dick prend de la hauteur et poursuit son uchronie, j'aime moins...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
rivela
Zen littéraire
avatar

Messages : 3875
Inscription le : 06/01/2009
Localisation : Entre lacs et montagnes

MessageSujet: Re: Philip K. Dick   Dim 29 Mai 2011 - 19:27

Voilà j'ai lu Dans le jardin ce sont des nouvelles écrites en 1953 .

La lecture de ces nouvelles m'a enchanté, quelle imagination débordante cela me fait penser parfois aux rêves que l'on fait avec des évènements bizarres, des scénarios abracadadantesque, on y lit des mondes parallèles avec des créatures venu d’ailleurs, on suis la vie de personnes normales jusqu'au moment ou ils se persuadent à tort qu'il y a mensonges, manipulations.
C'est très divertissant et ces histoires sont construites d'une manière très intelligentes. J'adorerai pouvoir écrire ce genre d'histoire. Ce P.K. Dick est un écrivain de génie.

Un extrait d'une nouvelle .
Citation :

À vue d’œil

C’est par le plus grand des hasards que j’ai découvert l’existence d’une incroyable invasion de la Terre par des êtres originaires d’une autre planète. Jusqu’à présent, je n’ai rien fait pour l’arrêter ; et je ne vois pas très bien ce que je pourrais tenter. J’ai bien écrit au gouvernement, mais je n’ai reçu en retour qu’une brochure sur l’entretien des maisons à charpente en bois. Quoi qu’il en soit, l’affaire est connue ; je ne suis pas le premier à m’en apercevoir. Peut-être même maîtrise-t-on la situation.
J’étais assis dans mon fauteuil, à feuilleter négligemment un livre de poche trouvé dans l’autobus, quand je suis tombé sur une allusion qui m’a mis sur la piste. Dans un premier temps, je n’ai pas réagi. Il m’a fallu un bon moment pour saisir tout le sens de ce que je venais de lire. Mais après cela, je me suis étonné de ne pas avoir compris tout de suite.
Il s’agissait clairement d’une référence à une espèce non humaine aux invraisemblables facultés. Sans rien de commun avec les autochtones de ce monde. Une espèce dont les membres, je me hâte de le préciser, sont habitués à se déguiser en êtres humains ordinaires. Mais ce masque tombait dès lors qu’on prenait en compte les observations de l’auteur du livre. D’emblée, il était évident qu’il savait tout. Oui, il était au courant — et il acceptait la chose sans sourciller. La phrase qui avait éveillé mes soupçons (j’en tremble encore en y repensant) comportait le passage que voici :

… ses yeux errèrent lentement dans la pièce.

De vagues frissons m’assaillirent. Je tentai de me représenter les yeux en question. Est-ce qu’ils roulaient comme des pièces de monnaie ? Le texte ne l’indiquait pas ; il semblait plutôt suggérer qu’ils se déplaçaient dans les airs, et non sur le sol. Et sans traîner, manifestement. Or, aucun des personnages de l’histoire n’éprouvait la moindre surprise. Ce fut ce qui éveilla mes soupçons. Nul ne manifestait d’étonnement devant un phénomène aussi monstrueux. Un peu plus loin, cela continuait en s’amplifiant :

… ses yeux se posèrent alternativement sur les personnes présentes.

Bref, il était flagrant que les yeux de cet individu s’étaient séparés du reste de son corps et menaient une activité indépendante. J’avais le cœur battant. Mon souffle restait bloqué dans ma gorge. Je venais de repérer accidentellement une référence à une espèce entièrement différente de la notre, et qui, à l’évidence, n’était pas terrestre. Pourtant, du point de vue des personnages du livre, elle était tout à fait normale — ce qui laissait entendre qu’ils appartenaient à la même.
Et l’auteur ? Mon doute se fit plus insistant. Cet homme-là acceptait un peu trop facilement la situation. De toute évidence, elle n’avait pour lui rien d’extraordinaire. Il ne faisait aucune tentative pour dissimuler le fait qu’il était au courant. Quant à l’histoire, elle se poursuivait ainsi :

… enfin ses yeux se fixèrent sur Julia.

Etant une dame, Julia était suffisamment bien élevée pour s’en indigner. On disait qu’elle rougissait et fronçait les sourcils avec colère. Cette description me fit soupirer de soulagement. Ce n’étaient donc pas tous des extraterrestre Mais le récit continuait :

…Lentement, calmement, ses yeux la détaillèrent de la tête aux pieds.

Juste ciel ! Heureusement, à cet instant-là la fille tournait les talons et sortait en coup de vent. Fin de l’incident. Je me suis laissé aller contre mon dossier en m’étranglant d’horreur. Ma femme et mes enfants m’ont regardé avec surprise.

« Quelque chose ne va pas, mon chéri ? » me demanda mon épouse.

Mais je ne pouvais lui dire la vérité. Une révélation pareille, c’était trop lourd pour une personne ordinaire. Il fallait que je garde cela pour moi. « Non, ce n’est rien », ai-je articulé avec peine avant de me lever d’un bond et de quitter la pièce en toute hâte en emportant le livre.
Je me suis réfugié dans le garage pour reprendre ma lecture. Ça ne s’arrêtait pas là. Tout frémissant, j’ai lu le passage révélateur que voici :

Qui est cette étrange Allison Holmes qui prétend que le monde n'est qu'une projection de son propre esprit, destiné à son seul bonheur ? Comment se fait-il que personne ne se soucie de ce pendu dans le square ? Pourquoi le nouveau moyen de transport instantané qui relie tous les points de la planète en quelques pas semble-t-il... habité ?


Dernière édition par rivela le Dim 29 Mai 2011 - 19:37, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Philip K. Dick   Dim 29 Mai 2011 - 19:35

Ca donne bien envie, merci pour cette présentation!
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Philip K. Dick   

Revenir en haut Aller en bas
 
Philip K. Dick
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 5Aller à la page : 1, 2, 3, 4, 5  Suivant
 Sujets similaires
-
» MAC x Philip Treacy (Avril-Mai 2015)
» Ces pierres qui guérissent de philip permutt
» Dick Rivers
» baby phone choix tres compliqué
» Les Légendes dans la Marine

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Parfum de livres… parfum d’ailleurs :: Le cœur du forum : Commentons nos lectures en toute liberté… :: Littérature nord américaine (par auteur ou fils spécifiques)-
Sauter vers: