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 Bernard de Ventadour

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Arabella
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MessageSujet: Bernard de Ventadour   Dim 20 Nov 2016 - 13:55

Bernard de Ventadour







Parler de la vie de Bernard de Ventadour, c’est un peu évoquer une légende, une légende dorée, comme une enluminure. Parce qu’aucune source « historique » de l’époque où il a vécu (chronique, charte…) ne le mentionne.

Des vidas (biographies poétiques) écrites à posteriori, comme celle d’Uc de Saint-Circ, comme des commentaires de ses poèmes datant du XIIIe et XIVe siècle, contiennent des éléments biographiques. Presque trop beaux pour être vrais, aurais-je envi de dire. Puis l’analyse attentive de ses poèmes eux-mêmes. Mais là, je suis encore moins convaincue. Peu importe au final. Cette légende fait maintenant partie du personnage et l’œuvre, et on ne saura sans doute jamais qui était vraiment cet homme, il y a juste les textes comme certitude, et quelques musiques, et ce sont des splendeurs.

Bernard serait né au château de Ventadour, fils d’un homme d’armes et d’une boulangère. Mais il aurait aussi pu être le fils du vicomte Ebles II de Ventadour, voire celui du Guillaume d’Aquitaine…des allusions le laissent penser. En tous les cas, le vicomte de Ventadour, trouvère lui-même, chef d’école de trobar, même si aucune de ses œuvres ne soit parvenue jusqu’à  nous, l’aurait initié à son art, et tenu en haute estime.

La première dame à qui il aurait adressé ses chants, serait Marguerite de Turenne, femme d’Ebles III, fils et successeur d’Ebles II. Bernard est chassé de Vendatour, et Marguerite finira répudiée.

Bernard aurait ensuite rejoint Aliénor d’Aquitaine, juste un peu avant son divorce avec le roi de France et avant son union avec Henri Plantagenêt. Bernard aurait suivi sa dame en Angleterre, après l’accession du couple au trône. Il lui adresse des poèmes, mais l’arrestation et l’incarcération de la reine d’Angleterre, mettent fin à cette période la vie du troubadour.

Bernard rejoint ensuite la cour de Raymond de Toulouse, il aurait fini sa vie au monastère cistercien de Dolan, auprès de Bertrand de Born, autre troubadour célébre.

Cela fait beaucoup pour un seul homme, mais la distance entre l’époque où vivait Bernard et la notre, ne nous laisse pas autre chose que cette belle légende. Mais les légendes, cela permet le rêve et l'imaginaire. Pas si mal pour un poète....

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Arabella
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MessageSujet: Re: Bernard de Ventadour   Dim 20 Nov 2016 - 13:57

Le temps, va et viens et vire

Le temps, va et viens et vire
par jours par mois et par ans
et moi, las, je ne sais que dire
pareil reste mon penchant
pareil reste et ne change pas :
une j’aime et j’aimais déjà
dont jamais je ne fus jouissant.

Puisqu’elle n’en perd pas le rire
à moi revient deuil et dam ;
au jeu où elle m’a fait venir
j’ai le dessous doublement
car telle amour est condamnée
qui n’est tenue que d’un côté
tant qu’on ne va s’accordant.

Je devrais bien être à blâmer
par moi-même et à raison
car nul qui naquit de mère
n’aura tant servi perdant
et si elle ne m’en châtie
en redoublera ma folie
car fol ne craint que coup qu’il prend.

Jamais je ne serai chanteur
ni de l’école d’Ebles
car mon chant ne me vaut guère
ni mes couplets ni mes notes
en quoi que je fasse ou dise
il n’est rien qui me favorise
ou me vaille plus grand bien.

J’ai beau faire de joie apparence
au fond du cœur je suis aigri.
A-t-on vu jamais pénitence
précéder le péché commis ?
Plus je la prie, plus elle m’est dure
mais si tantôt elle ne s’épure
viendra notre éloignement.

Pourtant, c’est bien qu’elle me plie
en tout à sa volonté
et si à tort elle se dédit
elle aura sitôt pitié ;
comme le montre l’Ecriture
pour une bonne aventure
un jour compte plus que cent.

Jamais je ne romprai de ma vie
Tant que serai sauf et sain.
Après que l’âme en a jailli
l’épi balance encore longtemps
et si elle ne s’est empressée
jamais je ne la blâmerai
pourvu qu’elle s’amende à présent.

Ah, bonne amour si convoitée
corps bien fait, élégant et fin
ah, chair fraîche colorée
que Dieu modela de ses mains
en tous temps je vous désirais
aucune autre ne m’attirait
d’une autre amour je ne veux rien.

Douce chose en tout accomplie
que Celui qui si bien vous fit
me donne joi que j’en attends.

Traduction Luc de Goustine

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Chamaco
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MessageSujet: Re: Bernard de Ventadour   Dim 20 Nov 2016 - 15:00



Can vei la lauzeta

Quand je vois l'alouette mouvoir
De joie ses ailes face au soleil,
Que s'oublie et se laisse choir
Par la douceur qu'au cœur lui va,
Las ! si grand envie me vient
De tous ceux dont je vois la joie,
Et c'est merveille qu'à l'instant
Le cœur de désir ne me fonde.

Hélas! tant en croyais savoir
En amour, et si peu en sais.
Car j'aime sans y rien pouvoir
Celle dont jamais rien n'aurai.
Elle a tout mon cœur, et m'a tout,
Et moi-même, et le monde entier,
Et ces vols ne m'ont rien laissé ;
Que désir et cœur assoiffé.

Or ne sais plus me gouverner
Et ne puis plus m'appartenir
Car ne me laisse en ses yeux voir
En ce miroir qui tant me plaît.
Miroir, pour m'être miré en toi,
Suis mort à force de soupirs,
Et perdu comme perdu s'est
Le beau Narcisse en la fontaine.

Des dames, je me désespère ;
Jamais plus ne m'y fierai,
Autant d'elles j'avais d'estime
Autant je les mépriserai.
Pas une ne vient me secourir
Près de celle qui me détruit,
Car bien sais que sont toutes ainsi.
Avec moi elle agit en femme

Ma dame, c'est ce que lui reproche,
Ne veut ce que vouloir devrait
Et ce qu'on lui défend, le fait.
Tombé suis en male merci
Car ai fait le fou sur le pont
Et si celà m'est advenu
C'est qu'ai voulu monter trop haut…
Et puisqu'auprès d'elle ne valent

Prière, merci ni droit que j'ai,
Puisque ne lui vient à plaisir
Que l'aime, plus ne lui dirai ;
Aussi je pars d'elle et d'amour ;
Ma mort elle veut, et je meurs,
Et m'en vais car ne me retient,
Dolent, en exil, ne sais où.


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Arabella
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MessageSujet: Re: Bernard de Ventadour   Dim 20 Nov 2016 - 21:23

Le rossignol s’ébaudit


Le rossignol s’ébaudit
près de la fleur à la branche
et il me prend si grande envie
que, je n’y peux rien, je chante
mais je ne sais pour quoi ni qui
car je n’aime moi ni autrui
et me force car je sais faire
sans être amoureux de beaux vers.

Plus d’Amour obtient qui courtise
par orgueil et en intrigant
que celui qui toujours supplie
et va par trop s’humiliant
car Amour n’estime guère qui
est franc et fidèle comme je suis.
Cela m’a ravi mon affaire
n’étant ni tricheur ni faussaire.

Ainsi que le rameau se ploie
là où le vent le va menant,
j’étais pour celle qui me guerroie
soumis à son commandement.
Ainsi elle m’épuise et détruit
(à bas lignage elle se réduit)
mes yeux je lui donne à extraire
s’il est un reproche à me faire.

Souvent elle me blâme et m’accable
et me cherche noise à toute heure
et si sa conduite est coupable
elle m’impute tout le malheur.
Noble elle se joue de moi, et jouit
Que pour son propre tort j’expie.
Tant il est vrai qu’un voleur
voudrait que tous soient ses frères.

Nul ne la voit sans se fier
à ses beaux yeux et beau semblant
et nul ne pense qu’elle aurait
cœur félon et mauvais penchant.
Mais l’eau qui doucement fuit
est pire que celle qui bruit.
Trompeur qui débonnaire
semble et ne l’est guère.

De tout lieu où elle se tiendrait
je me détourne en m’éloignant
et pour ne pas la regarder
je ferme les yeux en passant
car Amour poursuit qui le fuit
et qui le pourchasse le fuit.
J’ai bien à cœur de l’esquiver
tant qu’elle n’a ma dame regagnée.

Nul doute, quoiqu’il me pèse
que je lui offre pacte et paix
quoiqu’ainsi cédant me déplaise
de perdre une si longue peine.
A son gré qu’elle me garde et lie
et si nous ne sommes amis
d’une autre amour je ne crois guère
que mon cœur à nouveau s’éclaire.

Fût-il épris comme je suis
Mon Auvergnat, nous serions deux
à ne pouvoir nous détacher
d’En Bel Vezer de Beaucaire.

Tristan, si vous ne le voyez
je vous aime plus que jamais.


Traduction Luc de Goustine

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