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 Franz Kafka [République tchèque]

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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Jeu 12 Juin 2008 - 8:10

la métamorphose je l'ai lu à l'adolescence et j'en suis resté marqué à vie, cela à imprégné pratiquement toutes mes lectures suivantes...
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MessageSujet: La colonie pénitentiaire et autres récits   Jeu 31 Juil 2008 - 22:48

La colonie pénitentiaire et autres récits

J’avais envie de relire une œuvre de Kafka, et j’ai opté pour celle dont je me souvenais le moins. Et pour cause ! « La colonie pénitentiaire et autres récits » me semble être de ceux qui résistent le plus à l’interprétation : incompréhension, absurdité, non-sens, nous restons perplexes face à tant de questionnements que suscite la lecture de ces récits.

Ce recueil rassemble deux longues nouvelles (« La colonie pénitentiaire » et « Le terrier », inachevé), ainsi que des nouvelles plus courtes (« Un champion du jeûne », « Premier chagrin », « Une petite femme », « Joséphine la cantatrice ou le peuple des souris », « La taupe géante », deuxième récit inachevé).

Attardons-nous un peu sur la première longue nouvelle donnant le titre du recueil !

« La colonie pénitentiaire » nous raconte l’histoire d’un voyageur débarquant dans un camp pénitentiaire situé sur une île des tropiques. Il est invité par le nouveau commandant de l’île à assister à l’exécution capitale d’un soldat condamné à mort alors qu’il ne connaît pas sa sentence et qu’il n’a jamais été jugé pour son crime. Nous retrouvons le même procédé que celui mis en oeuvre dans « Le procès », à ceci près que si le voyageur ne cautionne pas ce type de pratique et qu’il l’exprime ouvertement, il se garde bien d’intervenir en assistant très passivement au déroulement de la procédure.

Il se trouve que la méthode d’exécution est déjà obsolète : machine de torture conduisant à la mort après plus de 12 heures de souffrance, elle fut inventée par l’ancien commandant de l’île afin de graver la faute sous forme de sentence dans la chair du condamné avant sa fin. L’officier en charge de cette procédure sent bien que le nouveau commandant désire se passer de cette pratique archaïque mais sa fidélité à son ancien chef le conduit à demander au voyageur de prendre sa défense lorsqu’il sera invité au conseil. Ce que le voyageur refuse, considérant également cette pratique barbare, sans pour autant la dénoncer par ailleurs. Déçu de cette non-intervention du voyageur, l’officier décide de prendre la place du condamné… et meurt de manière atroce lorsque la machine se mettra à se détraquer complètement, offrant ainsi une fin commune à la machine, à l’officier et à la méthode d’exécution. Le voyageur quittera au plus vite l’île sans prendre la peine de se rendre au conseil avant son départ.

Vous y comprenez quelque chose vous ? On cherche bien des explications : dénonciation des pratiques carcérales cruelles et d’une justice qui ne respecte pas les droits de l’homme, fidélité et soumission à l’ancienne autorité, non-intervention et passivité devant les faits réprouvés, indifférence au sort d’autrui, manque d’humanité… Un peu de tout cela à la fois sans que cela apporte une réelle compréhension du récit, qui semble nous narguer en se soustrayant à toute tentative d’interprétation un tant soit peu satisfaisante. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin ! Bref, autant abandonner toutes recherches explicatives et se contenter du récit en tant que tel, en acceptant qu’il nous échappe partiellement si pas totalement. Mais n’est-ce pas là le plus grand talent de Franz Kafka : se dérober ?

Citation :
« L’explorateur semblait n’avoir déféré que par politesse à l’invitation du commandant qui l’avait prié de venir assister à l’exécution d’un soldat condamné pour indiscipline et outrages à un supérieur. L’intérêt de l’opération était d’ailleurs restreint dans cette colonie. On ne voyait dans la vallée, une cuvette de sable profonde entourés de pentes nues, on ne voyait là, outre l’officier et l’explorateur, que le condamné, un homme stupide à grande bouche, à la tête sale et aux cheveux crasseux, et un soldat portant la lourde chaîne d’où partaient les chaînes plus minces qui chargeaient les pieds, les chevilles et le cou du bagnard. Elles étaient reliées entre elles par d’autres chaînes. Le condamné avait d’ailleurs l’air si caninement résigné qu’il semblait qu’on eût pu le laisser courir en liberté sur les pentes et qu’il aurait suffi de siffler pour le faire venir à l’heure de l’exécution. »
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Jeu 31 Juil 2008 - 22:50



Avant d’être réduit à un adjectif (« kafkaïen » désignant un système bureaucratique absurde sans visage générant angoisse et amertume), Franz Kafka, né en 1883, était un habitant juif du ghetto de Prague. Ce plus vieux ghetto d’Europe, véritable « petite mère » avec ses « griffes », lui devint vite étouffant bien qu’il choisit néanmoins d’y vivre jusqu’à la fin de sa vie, à l’exception des derniers mois de son existence.

Prague faisait encore partie à cette époque de l’empire des Habsbourg de Bohême, empire dans lequel coexistaient de nombreuses langues et tendances sociopolitiques. Un tel environnement n’était guère propice à la constitution d’une identité claire et précise. Kafka en fera également les frais : juif tchèque parlant la langue officielle de l’empire, à savoir l’allemand - langue qui avait l’avantage d’être proche du yiddish - Kafka, qui en réalité n’était ni tchèque ni allemand, se trouva confronté à la montée du nationalisme tchèque alors que les allemands méprisaient ouvertement les tchèques. Quant aux juifs… tout le monde les haïssait. Impossible dans ces conditions de faire abstraction de la haine antisémite qui l’entourait. Plutôt qu’affronter cette peur des autres, Kafka préféra la refouler et la retourner contre lui-même, quitte à vouloir se transformer en infâme insecte rampant rapetissant afin de parvenir à disparaître, essayant en vain de ne point causer au monde trop de déplaisir. Mais la plus grande crainte de Kafka restera son propre père, véritable représentant de l’autorité face à laquelle Kafka éprouvera toute sa vie une terrifiante terreur. L’absence de rébellion se transformera rapidement en maladies psychosomatiques ou en haine de soi. Quant au sexe et la gent féminine… voilà bien également un monde avec lequel il ne sera jamais à l’aise.

« Kafka » de David Zane Mairowitz, illustré par Robert Crumb (pionnier de la BD américaine), est une vraie mine d’or concernant la vie, l’univers et les œuvres de Kafka. Biographie graphique de l’auteur, nous retrouvons également pas mal d’illustrations de ses récits les plus connus tels que « Le château », « Le procès », « La métamorphose » mais également « La colonie pénitentiaire », « Le terrier » ou « Un artiste du jeûne ». Idéal pour découvrir Kafka ou approfondir ses connaissances de l’auteur, qui ne cesse de nous interpeller, de nous questionner tout en demeurant définitivement hors d’atteinte. Cette synthèse de l’œuvre et de la vie de Kafka est absolument passionnante et très intéressante.




Editions Actes Sud BD, ISBN 2742765735 , 01/2007, 172 pages
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Epi
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Jeu 31 Juil 2008 - 23:51

Waouh quels commentaires ! Bravo ! J'ai eu ma période Kafka il y a une vingtaine d'années mais je n'ai jamais eu très envie de le relire et pourtant, quels moments inoubliables j'ai passé avec lui sourire Que tous ceux qui ne connaissent pas encore n'hésitent pas, c'est vraiment exceptionnel.

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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Ven 1 Aoû 2008 - 10:04

Merci Epi Very Happy
J'ai l'impression d'avoir bien fait mes devoirs laugh
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Sieglinde
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Mar 19 Aoû 2008 - 11:43

Oui merci Sentinelle pour cet extrait. Ca aide vraiment à mieux saisir l'univers de cet auteur.

Vous avez beaucoup parlé du Procès mais à aucun moment de son adaptation cinématographique (par Orson Welles, sorti en 1962). Elle vaut pourtant le détour ! Pour une fois qu'un film parvient à retranscrir l'ambiance du livre, sans le trahir ou s'en faire la simple illustration un peu redondante !



Quant au livre, j'aimerais bien savoir en définitive si on peut le considérer comme une illustration de ma montée des totalitarismes ou si cette interprétation n'est pas anachronique ? Parce que ça fait un moment que je me pose la question...
J'ai lu dans un commentaire que Kafka avait laissé très peu d'informations sur la genèse de son oeuvre et avait brûlé tous ses brouillons, ce qui rend les erreurs d'interprétations de sa pensées certainement courantes.

Pour ma part, j'aime voir cette oeuvre comme une allégorie de la culpabilité.
Mais dans le système bureaucratique tout puissant qui est décrit, je vois aussi une source d'inspiration possible à 1984 et son ministère de la vérité et même au réalisateur de Brazil. Il faut se rappeler que dans ce film, c'est suite à une erreur informatique qu'un innocent est arrêté et qu'un procès lui est intenté justement...
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Marie
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Mer 20 Aoû 2008 - 3:29

J'ai eu également, comme Epi, une période Kafka..mais je ne suis plus du tout tentée.
Je n'ai lu par contre qu'assez récemment la fameuse Lettre au père, jamais envoyée,.
J'avais pris quelques notes -ailleurs.

C'est une lettre dont chaque page, chaque mot, même, du fait de la concision du texte, serait à détailler, et il y aurait tant à en dire.....Mais cette concision même fait la beauté de ce texte,sans doute.
C'est un texte qui démarre sur le mot "peur" ,et c'est un texte encore habité par la peur, du moins au début . En effet, Franz Kafka commence par le disculper, ce père. "Absolument innocent". Ben voyons......Oui, dans un sens, bien sûr. Si le père est ce qu'il est, c'est qu'on a fait de lui ce qu'il est. C'est l'éternelle répétition de l'histoire.....Donc, une histoire familiale où l'on note une réussite sociale manifeste, un père donc qui a travaillé tôt et qui pense qu'il suffit de délivrer ses propres enfants( car cette lettre ne concerne pas que le fils, les filles-les soeurs sont évoquées aussi, et même la nièce) des difficultés matérielles qu'il a endurées, lui, pour qu'ils lui soient reconnaissants....Que du classique.

Mais très vite, le réquisitoire démarre sur une phrase magnifique du père: " Je t'ai toujours aimé et quand même je ne me serais pas comporté extérieurement avec toi comme d'autres pères ont coutume de le faire, justement car je ne peux pas feindre comme d'autres" . C'est un typique exemple du double discours si déstructurant : je t'aime et si je ne te le montre pas, c'est que je ne sais pas feindre..........Sans commentaires. Il aime qui, là? L'enfant tel qu'il est, ou celui qu'il aurait voulu avoir, c'est à dire lui renouvelé? Tout est dit. Tout ce qui est à même de détruire la personnalité d'un enfant , une logique de mort dont peu réchappent, d'ailleurs:
- l'écrasement et l'humiliation physique ( la cabine de douche) et spirituel , une seule vision des choses est acceptable, et ce jusque dans l'inconséquence ( très vite notée par les enfants, ça....) et le manque de logique.
- la remise en cause par l'ironie, la moquerie de toutes les paroles, les sentiments, les émotions de l'enfant , ce qui fait qu'il n'a plus qu'une alternative, tout cacher ..
- l'encore classique " fais ce que je te dis, ne fais pas ce que je fais" ( le repas, la religion) , ma loi est pour toi, elle n'est pas pour moi, comment dès lors comprendre cette loi?
- la peur entretenue de la violence physique ( avec l'excellent exemple du pendu), qui même si elle est rare, est toujours suggérée et entretient la même et constante terreur....
- l'ambivalence avec de temps en temps une éclaircie qui entretient l'amour ( même les enfants les plus maltraités aiment leurs parents..): le regard inquiet du père à l'enfant malade, par exemple. Après, il attend d'autres signes, et c'est reparti...
-la tyrannie appliquée dans tout l'univers proche ,qui s'étend aux employés et s'arrête complètement à l'extérieur de ces deux cadres, familial et professionnel. Le désarroi que peut ressentir une enfant devant cette complète transformation de son père dans un cadre différent, le secret qu'il doit garder, la culpabilité qu'il ressent par assimilation
- l'emprise, ce que Kafka quelque part nomme "amour" en parlant de la jalousie du père pour ses amis, mais qui n'est pas du tout de l'amour, mais un besoin de possession totale
- le chantage à la maladie, le surmenage, etc
-et enfin, la mère........Je ne sais pas si vous avez vu un film australien qui s'appelait Shine. Dans lequel un père détruit son fils, pianiste virtuose, et le rend fou. C'est un peu la même chose, la mère n'est qu'évoquée. Et pourtant......quel rôle important a la mère dans ces drames familiaux. Là, Kafka le dit aussi, la mère aime plus son mari que ses enfants. Et c'est ce qui complète le tableau, elle a une position très ambivalente qui est juste suggérée, mais qui n'a pas du aider un fils à véritablement faire ce qu'il avait à faire, c'est à dire ou se révolter, ou au moins fuir.....
Cela aboutit donc fatalement à un personnage qui par définition rate tout...Normal, pour le personnage le plus important de sa vie,ce père pervers (avec lequel il ne cesse d'entretenir une relation d'un masochisme assumé d'ailleurs, faut être deux pour que ça continue, ce genre de relations......) , dans tout ce qu'il fait, dit, ressent, exprime, il n'y a jamais rien eu à admirer. Et il le constate avec une une lucidité admirable. La fin de cette lettre, les reflexions sur son incapacité à fonder sa propre famille et les propos prêtés au père sont un miracle d'intelligence et d'introspection.....


Ce texte devrait être plus lu, à mon avis,tant il est puissant et intelligent, mais il ne peut parler, je crois, qu'à une certaine catégorie de lecteurs, ceux qui ont vécu d'une manière ou d'une autre ce que Kafka décrit. Qu'ils aient pu -un peu- dépasser ce genre d'enfance, ou pas encore. C'est d'ailleurs à mon avis un texte qui pourrait en aider beaucoup à ce que l'on nomme maintenant la résilience.
Je ne pense pas que ce texte soit vain parce qu'il n'a pas été envoyé. A mon sens, il ne servait à rien de l'envoyer, car son destinataire ,tel que décrit ( et je n'ai aucun doute quant au réalisme du portrait) n'était pas à même de le recevoir. Enfin, intellectuellement et affectivement, non. Ce genre de personnage ne peut se permettre une telle déstabilisation, tant son identité tient justement dans les tares reprochées. S'il les admet, il n'est plus rien.....Mais cette analyse, de par sa lucidité , aurait pu être le début d'une autre étape dans la vie de Kafka, lui permettre de repérer les situations dans lesquelles il se remettait lui-même dans la même position qu'on l'avait contraint à adopter dans l'enfance. Il avait tout compris........un peu tard. Or, pour se sortir ( plus ou moins...) des ornières ( à savoir rejeter tous le malheur de sa vie sur l'enfance vécue, même si elle a été tragique) , il faut impérativement, et le plus tôt possible, comprendre ce que l'on a vécu . Ni oublier, ni utiliser, pour avancer et ne pas répéter, il faut comprendre .
Maintenant, c'est évident que cette enfance dramatique, et l'incapacité de la dépasser, cette pure création -quasi expérimentale ( et pourtant si fréquente..) -d'une névrose majeure d'angoisse , a permis l'oeuvre de Kafka. Qui n'est qu'angoisse....
Après, c'est tout le problème de la souffrance nécessaire-ou non- à la création

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Cachemire
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Mer 20 Aoû 2008 - 11:53

Ton analyse, Marie, est très approfondie et extrêmement intéressante. bravo
Je vais lire prochainement la lettre au père...(je crois faire partie des lecteurs dont tu parles).
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Epi
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Mer 20 Aoû 2008 - 13:34

J'aime beaucoup ton commentaire Marie. C'est vrai que si l'on comprend la relation qu'il a eue avec son père, on a une clé supplémentaire très importante pour comprendre son oeuvre.

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Bibi
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MessageSujet: Kafka au bordel   Ven 22 Aoû 2008 - 11:14

Avec Kafka, l’Histoire est sans fin.
On a voulu faire de l’écrivain un Visionnaire anti-totalitaire, un Désespéré, un Anarchiste, un Militant sioniste etc etc. Aujourd’hui, voilà qu’il y aurait une ènième affaire « K », un débat né en Angleterre qui soulèverait une fois encore les passions. Cette fois-ci, il s’agirait de savoir si Franz était oui ou non un… pornographe !!!
Cette grande Question vient à point pour fêter le 125ième anniversaire de sa naissance. On aurait donc découvert que l’écrivain pragois n’était pas si prude que ça, qu’il n’était pas du tout l’ascète que ses fervents admirateurs auraient décrit tout au long de leur Corpus critique. Un certain Monsieur James Hawes aurait lancé – preuves à l’appui – que notre écrivain idolâtré aurait commis de graves péchés (littéraires) en écrivant de la « prose » pornographique, voire aurait été sa vie durant un abonné aux bordels de Prague et d’ailleurs. Pour la démonstration, il n’y aurait qu’à lire le livre (et d’abord, évidemment : l’acheter) « Excavating Kafka » aux Editions Quercus.

Pourtant il n’y a pas de quoi fouetter un chat puisque l’écrivain lui-même, entre dénégations et aveux, le donnait à penser dans son Journal. Dans les années 1910/1913, il fréquente assidument les cabarets, cafés-concerts et bordels, goût qu’il conservera longtemps.
Sur la photographie où Franz Kafka pose avec un chapeau melon et tend la main à un gros chien, il en manque une partie (censurée par qui ?). A sa gauche, de l’autre côté de l’animal, figurait ce qu’on pourrait qualifier avec pudeur de «serveuse de cabaret » et que Kafka lui-même appelait les « geishas ».
Rappelons aussi que par l’intermédiaire de son pote de virée, Max Brod, il a rencontré Franz Blei, un publiciste autrichien qui vivait entre Vienne et Munich. Ce même Blei éditait deux revues d’ « érotisme » dont Franz et Max étaient fidèles abonnés et fervents lecteurs. Ce sont dans ces deux revues (« Opales » et « Améthyste ») que le dénommé James Hawes dit avoir retrouvé des écrits pornographiques du cher Franz. Ces textes auraient été dénichés à la Bodhian Library d’Oxford et à la British Library de Londres. BiBi a hâte d'en lire plus et certainement aussi les Amis pas encore au parfum de ces livres.
Il y aurait encore plus en Israël. Max Brod, décédé en 1968, avait légué les écrits parcellaires de Kafka à sa secrétaire, Esther Hoffe. Aujourd’hui, ce sont les deux filles de Madame Hoffe, Hava et Ruth qui sont en possession des précieux écrits.
Franz Blei, cet éditeur munichois, lancera une nouvelle revue « Hypérion ». C’est dans les premiers numéros que Kafka verra ses premiers textes publiés ( en particulier Description d’un Combat) et des courts aphorismes qualifiés de « spirituels et rêveurs ».
Fin août 1911, Franz et Max Brod partent pour faire un grand voyage européen, dernier grand voyage en célibataires car Max Brod « partira en fiançailles » en 1912. Ce voyage les mènera de Prague ( Kafka y a noté dans son journal « le style Amazone » des bordels » de sa ville) à Pilsen, de Munich à Lindau avant de faire halte à Saint-Gall, Zurich, Lugano. Ils débarquent à Milan le 4 septembre 1911. Là ils s’arrêtent longuement dans le bordel milanais Al Vero Eden puis repartent à Paris via Montreux, Lausanne et Dijon. Kafka à Dijon : cocasse non ?

A Paris, les bordels « sont organisés rationnellement », plus rationnellement qu’à Prague, écrit notre connaisseur. BiBi rajoute qu’au Royaume de Descartes, il n’y a pas de quoi s’étonner : il faut – méthodiquement - sortir ses atouts !
En 1923, Léopold B.Kreitner, élève du même lycée que celui de Kafka, camarade de l’écrivain entre 1910 et 1914, rencontre Ottla la sœur de Kafka. Celle-ci se plaint amèrement à lui que son frère Franz « disparaissait en ville de temps en temps pour aller retrouver des femmes ».

BiBi note effectivement que dans les biographies de Kafka (celles de Marthe Robert, de Claude David, de Pietro Citati, de Klaus Wagenbach), on ne s’y attarde pas, on évite assez systématiquement le sujet ou on ne l’aborde que par la…bande. Peut-être veut-on préserver assez sottement l’image d’un homme qui serait celle d’un ascète (ce qu’il fut aussi au demeurant) ? Probablement veut-on préserver le cliché de l’écrivain qui ne se sacrifierait qu’à son Art. Or Kafka fut pleinement un homme de son époque. Il était curieux de tout, il suivait la vie politique et sociale de son pays, partagé entre cul et culture de son temps.

Retenons plutôt ce qu’en dit justement ce même Léopold B.Kreitner dans son témoignage : « A l’époque, Kafka n’avait rien d’un homme introverti – contrairement à l’impression qu’on pourrait avoir à la lecture de ses œuvres. En société, il pouvait se montrer – et il l’était vraiment la plupart du temps – drôle et spirituel, toujours prêt à faire un jeu de mots que ce fût en tchèque ou en allemand ».(1)
Pour BiBi, rappeler ces petits riens de son histoire individuelle ne rajoute rien à la compréhension de son œuvre mais il plaît à BiBi de s’en souvenir à la lecture de cette incroyables lettres que l’écrivain pragois écrivit à ses amours, Felice Bauer et Milena Jesenska.

Allez bonne lecture car le cher Franz est bien sur in-con-tour-nable.

BiBi

(1) in « J’ai connu Kafka » Témoignages. Solin. Actes-Sud.1998.
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Ven 22 Aoû 2008 - 11:20

Très étrange de "polémiquer" autour de Kafka sexué ou non... Je vois pas trop l'intérêt, et je ne comprends pas que ça puisse "soulever des débats"...

Bibi a écrit:
Peut-être veut-on préserver assez sottement l’image d’un homme qui serait celle d’un ascète (ce qu’il fut aussi au demeurant) ? Probablement veut-on préserver le cliché de l’écrivain qui ne se sacrifierait qu’à son Art. Or Kafka fut pleinement un homme de son époque. Il était curieux de tout, il suivait la vie politique et sociale de son pays, partagé entre cul et culture de son temps.

oui, mais aujourd'hui, si on sait que Môôssieur s'en donnait à cœur joie, ça devrait se "dire" je pense. Notre Société la Dépravée n'a plus froid aux yeux (quoique).

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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Ven 22 Aoû 2008 - 12:33

Quel scoop ! Les écrivains célèbres ont aussi une vie sexuelle. innocent

Franchement, Bibi à la troisième personne Razz , qu’il ait fauté à la morale puritaine de l’époque n’a que peu d’importance… Rolling Eyes

Plus sérieusement, et contrairement à Marie, je pense que sa Lettre au père aurait du être envoyée, ne serait-ce que pour les réactions, ou même l’absence de réaction, qu’elle aurait suscitée.
Comprendre est nécessaire mais pas suffisant, il faut accepter aussi…accepter l’autre tel qu’il est et s’accepter tel qu’on est, accepter aussi ses actes …tâche encore plus dure que la précédente.
L’acceptation bien sûr ne doit pas être fataliste mais comme un enregistrement de faits, contre lesquels on ne peut rien et seulement alors on pourra agir pour que l’avenir soit différent…et pour se faire il faut évidemment que le contexte change pour toutes les personnes concernées, y compris le "bourreau".
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Ven 22 Aoû 2008 - 20:15

Citation :
Plus sérieusement, et contrairement à Marie, je pense que sa Lettre au père aurait du être envoyée, ne serait-ce que pour les réactions, ou même l’absence de réaction, qu’elle aurait suscitée.
Comprendre est nécessaire mais pas suffisant, il faut accepter aussi…accepter l’autre tel qu’il est et s’accepter tel qu’on est, accepter aussi ses actes …tâche encore plus dure que la précédente.
L’acceptation bien sûr ne doit pas être fataliste mais comme un enregistrement de faits, contre lesquels on ne peut rien et seulement alors on pourra agir pour que l’avenir soit différent…et pour se faire il faut évidemment que le contexte change pour toutes les personnes concernées, y compris le "bourreau".
Ca devient une discussion plus générale.. Ce que je disais, c'est que la lecture de cette lettre n'aurait rien changé au personnage du père...mais peut être que cela aurait été un premier acte de courage pour Franz!
Je constate ,sousmarin, que tu es quelqu'un d'optimiste...la seule façon que le 'contexte" change pour le " bourreau", c'est la fuite ( ou le meurtre, mais bon...) .

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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Ven 22 Aoû 2008 - 20:54

Le fait d’avoir un comportement en dehors de son « rôle » change, de facto, le rapport de force (donc le contexte) entre victime et bourreau. La fuite, en général, conforte le bourreau et culpabilise la victime ; elle ne peut être qu’une solution provisoire dans l’urgence mais ne change pas grand-chose sur le fond, psychologiquement parlant.
Tuer met fin à la confrontation physique mais le fantôme est toujours là.

En attaquant l’agresseur tout change, y compris le « bourreau ». La lettre envoyée les aurait forcément changé tous les 2 mais pas forcément en mieux, en tout cas à court terme.
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Lun 1 Sep 2008 - 19:15

Sûrement que je reprends un débat déjà un peu laissé de côté mais : Marie souligne effectivement que le père de Kafka n'était pas en mesure de recevoir cette lettre. J'ajouterai que Kafka n'aurait jamais écrit une telle lettre s'il avait vraiment eu en tête de lui envoyer... Enfin, il me semble. Du coup je ne pense pas que le fait d'imaginer qu'il aurait pu l'envoyer, que cela aurait pu provoqué quelque chose, ait vraiment un sens - si on suit mon raisonnement.

Cela fait longtemps que j'ai lu ce texte, mais j'en garde un souvenir précieux. Comme tous les autres écrits de Kafka que j'ai pu lire d'ailleurs.

D'ailleurs, je ne sais pas si quelqu'un a vu / lu (je suppose que c'est la même affaire en lecture, même si je n'ai pas lu) L'Arrangement d'Elia Kazan, mais ce que tu dis Marie sur le rôle du père et surtout de la mère est aussi extrêmement bien exprimé chez Kazan ; c'était à peu près du même tonneau pour lui... (même si la situation était très différente)
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   

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