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 Franz Kafka [République tchèque]

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colimasson
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 Icon_minitimeLun 24 Sep 2012 - 21:38

Très bonne idée, je note ! Ça a l'air beau visuellement...

MezzaVoce a écrit:

À travers la représentation graphique, une autre interprétation est mise en relief : le sacrifice de l'un des membres d'une famille peut enfermer douloureusement tous ses membres. Kafka était-il psychologique systémique avant l'heure ?

C'est une bonne remarque, mais je trouve aussi que ces idées sont déjà très présentes dans le texte de Kafka. Un pressentiment de la névrose avant l'heure ?

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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 Icon_minitimeVen 28 Sep 2012 - 16:06

La colonie pénitentiaire

Sur une île tropicale, un voyageur étranger visite un camp pénitencier. Il a été convié par le nouveau commandant à l’exécution capitale d’un soldat qui s’est endormit durant son service. L’homme n’a pas été jugé, n’a pu se défendre et ignore jusqu’à sa condamnation. Le nouveau commandant n’assiste pas à la sentence si bien que le voyageur en apprend le déroulement par la bouche de l’officier chargé de l’exécution. Une machine archaïque torture le supplicié durant douze heures avant de l’achever et de jeter son corps dans une fosse creusée spécialement pour l’occasion. Au cours de ses explications, l’officier regrette avec nostalgie le commandement de l’ancien directeur. A cette époque les exécutions étaient festives. Mais les temps ont irrémédiablement changés et la machine semble vivre ses derniers instants. La présence du voyageur est d’ailleurs un signe : le nouveau maître des lieux compte sur la désapprobation de cet invité de marque pour justifier l’abolition de cette procédure inhumaine.
Kafka dénonce la torture et la cruauté des établissements carcéraux à travers cette fable cruelle et absurde. On est gêné du calme et du détachement des personnages : le condamné qui ignore son sort et qui plaisante avec le soldat qui le garde ; l’officier qui regrette avec sincérité une époque sordide et totalitaire et qui détaille le mode d’emploi de la machine d’un ton badin ; et jusqu’à ce visiteur qui – visiblement – désapprouve le procédé mais ne lève pas le petit doigt pour en stopper la marche. Une violence ici banalisée dans ce récit difficile.

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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 Icon_minitimeSam 23 Nov 2013 - 9:08

Jorge Semprun dans L'écriture ou la vie a mis le doigt sur un aspect important de l'écriture de Kafka :

Citation :
[…] Kafka n’aura jamais réellement tenu compte des réalités historiques de l’époque. Son Journal est à cet égard d’une vacuité vertigineuse : nul écho du bruit ni de la fureur du monde ne semble s’y répercuter. Toutes ses œuvres, cependant, écrites le dos tourné aux problèmes et aux urgences de l’environnement historique, arrachées douloureusement par bribes et par fragments à un bloc glacial de cohérence irréelle, du moins dans son essence et quelle que soit la forme trompeusement naturaliste de son apparence ; tous ses textes, de fait, ramènent à l’épaisseur, à l’opacité, à l’incertitude, à la cruauté du siècle, qu’ils éclairent de façon décisive. Et non pas, ou pas seulement parce que Kafka atteint, dans la modestie déroutante de son entreprise narrative, au noyau même, métaphysique, de la condition humaine, à sa vérité intemporelle.

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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 Icon_minitimeMer 5 Mar 2014 - 21:08

shanidar a écrit:
bulle a écrit:
Sur la table de cuisine hier matin " Kafka le procès "  Un livre appartenant à ma fille du temps de son cours de théâtre.  Je vais tenter l'expérience Kafka à mon tour.  Et merci ma fille!!!   Elle a des trésors dans ses bagages.  Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 807321

un livre labyrinthe dont on ne sort jamais vraiment, un peu comme le personnage englué dans l'absurdité d'un système ou attendant indéfiniment qu'une porte s'ouvre... cependant, il m'est difficile de dire que j'ai aimé lire Kafka, c'est de ces auteurs qui semblent écrire 'contre', contre eux-mêmes, contre un système, contre leur lecteur, ne laissant qu'un mince filet d'empathie auquel s'accrocher. Et pourtant, il s'agit d'une oeuvre d'une richesse éblouissante. Je te souhaite non pas du plaisir, bulle, mais de découvrir un monde incohérent, mystique et fascinant.

J'ai terminé il y a peu la lecture du procès de Kafka.

J'ai connu cet auteur comme beaucoup peut-être avec la métamorphose. J'ai lu cette nouvelle deux fois. A la fin de ma première lecture j'avais apprécié ce récit, assez étonné par le ton qui arrive à nous faire passer cette métamorphose comme à peu prés autant extraordinaire qu'une angine qui nous clouerait au lit. Surtout, à la fin de cette première lecture, j'étais vraiment resté sur cette idée que La métamorphose est un récit intellectuel. Intellectuel dans le sens où ce décor de maison, ces personnages, semblent être totalement fonctionnels, comme un monde représenté par une "maquette".  Difficile d'imaginer  si les quelques pièces de la maison où se situe l'action sont d'un style bourgeois, rustique, chaleureux, riche, froid. Dans ma tête, c'est une maison avec une cusine ou l'on dîne le soir, avec un salon ou l'on reçoit les invité, une chambre où l'on cache le monstre. Les personnage sont eux aussi très marqués par leur rôle. Le père, la mère, la soeur ne sont pas des êtres humains pouvant avoir tel trait de caractère particulier, tel aspect physique étonnant (pourtant ils en ont, mais ça parait normal, général, je sais pas comment dire). Non le père, la mère, la soeur sont le père, la mère, la soeur. J'aurai eu tendance à qualifier le texte de froid, pas forcément dans un sens péjoratif mais voilà, plutôt dans le sens du regard de quelqu'un qui nous livre une vision de la vie derrière des couches et des couches de neurones, ou les sens ne seraient plus directement connectés à la sensation mais interprété, puis encore interprété, et "mentalisé", pour en définitive n’être plus que l'idée de la vie ressentie.

Cependant à ma deuxième lecture (dans une autre traduction tout de même, ça a dû sûrement jouer aussi), quelques années plus tard, il doit y avoir deux ans a présent, cet aspect là bien qu'encore présent est passé au second plan. Et c'est le dégoût, le caractère répugnant, la saleté, et par ce chemin là, la souffrance du personnage principal qui m'a affecté durant la lecture. Ce qui a la première lecture m'avait paru amusant, comme un jeu, bien que triste (encore que cette "mise à la poubelle finale m'avait aussi parue saugrenue") , cette histoire de cafard qui se réveille sur son dos avec ces pattes qui papillonent m'est apparue ici dans un ressenti bien plus triste. Le personnage principal n'a aucun amour-propre, il néglige sa propre vie par souci de celle de sa famille, il s'ignore  tellement que même le fait de se voir en cafard ne le répugne pas, mais il culpabilise de l'effet que cela produit sur les autres. J'ai pu ressentir de la pitié durant la lecture, par des scènes complètement humiliantes, ridicules, dégoûtantes (celle où il se cache sous le canapé alors que sa carapace déborde..., celle où il reçoit une pomme lancée avec violence par son père qui s'incruste dans sa carapace pour y pourrir au fil des jours). D'un texte qui m'avait paru assez froid et étrange et un peu amusant,  ma seconde lecture m'est vraiment apparue riche en sensations, allant assez loin dans le dégoût et la pitié.

Soit l'une des deux lectures fut superficielle, soit l'humeur du moment, ou je ne sais quoi. Entre ces deux lectures, j'avais lu les premiers texte de Kafka notamment le bizarre "Description d'un combat" un texte onirique, vraiment particulier que j'ai lu dans ses deux versions, des extraits de journaux. Puis après cette seconde lecture, le disparu et à présent j'ai lu le procès.

Pour ce dernier, je dois dire que j'ai vraiment du mal à en parler. Plus je lis Kafka, plus j'ai cette impression que son œuvre est née d'un travail très intérieur. Il y'a des écrivains qui semblent porter un regard sur les autres, l'on se demande même comment ils peuvent avoir une telle compréhension ou sensation de l'autre. Kafka me fait l'effet du contraire, il me paraît totalement fermé sur lui même dans son oeuvre, nous livrant dans une manière artistique ses démons les plus profonds, ses angoisses les plus totales. Curieusement, j'ai lu à plusieurs reprise que lorsque Kafka faisait des lectures à voix haute de ses textes, il rigolait ouvertement, comme si cela n'était pas sérieux.

Le procès mériterait à la manière de la métamorphose une relecture, mais si parfois le texte m'a fait sourire, le poids de la culpabilité, alors même que la notion de coupable est éclipsée sans ambiguïté, et cette phrase qui résonne par deux fois "C'est comme si la honte devait lui survivre" sont horrible. Le couteau dans le cœur comme verdict inéluctable est pesant pendant la lecture du récit qui sait aussi nous amuser avec son burlesque.

Cela dit j'ai retrouvé ici complètement le "mental", le fonctionnel, le monde abordé par des sensations coincées sous des strates de réflexion qui permet à ce monde cette architecture labyrinthique où les personnages sont des caricatures qui se cognent la tête dans les plafonds,  où tout devient une mascarades organisée dans le seul but (comme dans le disparu) de nuire à K, où la seule logique est que ce procés sans fondement le mène a sa perte. Et ça marche, il n'y a rien à faire, K a beau se battre, il perd. C'est assez terrible, combiné à cette sensation de honte, de dégoût, que l'on peut trouver.

Cette culpabilité qui revient beaucoup dans ses œuvres, c'est assez terrible.

Il paraît qu'il faut lire la lettre au père, qui semble être un texte clef pour comprendre les enjeux de ses autres textes. Je ne l'ai pas encore lu.

Enfin je trouve que le procès (comme ses autres livres) est très personnel, qu'il va pas forcément nous révéler à nous, comment percevoir ou comprendre certaines choses, mais qu'il va nous permettre de pénétrer au cœur de ce que peut devenir la sensation de la culpabilité, lorsque le monde mentalisé s'enraille et part dans les tours à n'en plus finir. En cela je trouve que c'est riche d'enseignement puisque ça nous ouvre une nouvelle "perspective".
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 Icon_minitimeMer 5 Mar 2014 - 21:25

Je réponds rapidement à ton commentaire Hamsterkiller qui mérite des développements plus importants.

Je pense, fondamentalement, que tes deux lectures de La Métamorphose sont tout aussi justes, valables et intéressantes l'une que l'autre, l'humour et l'horreur, le ricanement et la pitié, la honte et l'empathie sont les deux sentiments ambivalents, parfois contradictoires mais ici concomitants qui rendent ce texte absolument unique, délicat, difficile et immanquablement fascinant.
De la même manière tu parles à propos du Procès de cet aspect qui me parait essentiel pour comprendre Kafka de l'intérieur/extérieur. Le lecteur est face à une écriture intime, consciente, travaillée et en même temps à une mise à distance édifiante, bizarre, calculée qui donne au texte sa dimension fantastique, un peu désagréable et en même temps génère cette fascination dont je parlais plus haut. Kafka balance sans cesse entre une certaine familiarité/intériorité et l'absolu éloignement de l'intellectualisation et de l'horreur, comme un balancier qui oscille de loin en loin en passant toujours par un milieu.

En tout cas merci pour ce commentaire.

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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 Icon_minitimeMer 5 Mar 2014 - 23:04

il y a un texte que j'avais  bien aimé, de ses "contemplations", dont je viens de me souvenir à la lecture de ta réponse. il y a une espèce de dualité Existence/détail ou  intellect/intimité qui est ici beaucoup plus connectée au monde "des vivants" que dans ses grandes  œuvres. Ici La sensation reste plus brut de décoffrage et pas du tout approfondie mais le texte est touchant je trouve sur la sensibilité de la vie qu'a l'auteur sur le monde qui l'entoure :

Comme je suis chaud du clavier ce soir   rire   :

kafka a écrit:

Je me trouve debout sur la plate-forme du tramway et je suis dans une incertitude totale quant a ma situation dans ce monde, dans cette ville, dans ma famille. Je serais incapable de dire, même a peu prés, a quels droits je pourrais légitimement prétendre, dans quelque domaine que ce soit. Je ne puis pas du tout justifier ma présence debout sur cette plateforme, pourquoi je me tiens a cette poignée, pourquoi je me laisse transporté par ce wagon, ni le fait que les gens s'écartent devant ce wagon, ou bien marchent tranquillement, ou s'attardent devant des vitrines. - Personne certes ne réclament ça de moi, mais cela ne change rien.
Le wagon s'approche d'un arrêt; une jeune fille se place tout prés du marchepied, se disposent à descendre. Elle m'apparait aussi nettement que si je l'avais touché du doigt. Elle est vêtue de noirs, les plis de sa jupe remuent a peine, le chemisier est ajusté, avec un col de dentelle blanche a fine mailles. ; Elle appuie la main gauche à plat contre la paroi, le parapluie dans sa main droite repose sur la deuxième marche. Elle est brunes de visage, les ailes de son nez sont légèrement pincées et il se termine en un large arrondi. Elle a d’abondant cheveux bruns avec de petites mèches qui volettent sur la tempe droite. Son oreille petite est bien collé ;  pourtant, comme je suis debout prés d'elle, je vois par derrière tout le pavillon droit et l'ombre qu'il fait a sa racine.
Je me demandais alors : D'où vient-il qu'elle ne soit pas étonnée d'elle même, qu'elle tienne sa bouche fermée et ne dise rien a ce sujet ?

J'aime ces questions existentielles du début (ou l'on sent d’ailleurs une histoire de "droit à être", de légitimité devant je ne sais quel "Ordre", et donc de potentielle culpabilisation à exister) misent face aux détails qu'on pourrait penser insignifiants mais qui justement prennent  ici un sens étrange (je trouve). Je me souviens qu'à mesure que je lisais la description de la personne dans le wagon, je me demandais où est ce qu' il voulait en venir. Cette histoire d'ombre du pavillon  sur la racine de l'oreille, ce détail insignifiant plaqué dans un petit recoin de peau, une ombre éphémère qui indique  la présence d'un soleil et de rayons obliques plongeant dans le tram. J'ai trouvé l'image étrange.  Et puis viens cette surprise, l'interrogation de Kafka, cette vaine tentative d'ouverture sur l'autre. Tout ces détails insignifiants qui amènent à cette question sans réponse.

J'aime ce regard qu'il a à ce moment là, cette pensée, et cet enchainement. C'est touchant je trouve. on retrouve aussi dans le disparu, ou le procès des détails saugrenus qui juxtaposent des réflexions plus totales, comme si les uns et les autres se percutaient. Mais là, il y a encore cette réalité d'une jeune fille près d'un marchepied. Le monde du "procès" ou du "disparu" sont plus fous, plus inquiétants, plus déconnectés du réel. Les gens qui prennent le Tram sont a peine suggérés, comme éloignés. Le monde s'est resserré sur K., il n'y a plus réellement cette ouverture, cette facilité de l'observation, cette surprise bienvenue dans la contemplation d'une ombre. Les détails semblent n'être plus que les engrenages d'une machine bien huilée contre le droit au calme, à la facilité, au repos, et à la simple vie de K.
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 Icon_minitimeJeu 6 Mar 2014 - 9:35

Vivre dans l'étonnement de soi-même ! comme c'est étrangement dit...

Ce que tu exprimes Hamsterkiller me fait penser aux Lettres à Milena, que j'ai tenté de lire il y a pas mal d'années mais j'ai vite été arrêtée, justement par cette espèce de distance, de fausse indifférence (ce n'est pas le mot juste, mais vacuité ne va pas non plus), de cérébralité qui pour mes 20 ans manquaient de spontanéité et de vie, d'énergie mais qui à l'aune de cet 'étonnement' prend une autre coloration. Il faudrait que je retente...

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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 Icon_minitimeJeu 6 Mar 2014 - 11:43

je n'avais pas entendu parler de ces "lettres à Milena". je note. Il faudra que je tente cela avec la lettre au père qui ne figurent pas dans le receuil que je lis actuellement.
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 Icon_minitimeJeu 6 Mar 2014 - 12:07

d'après ce que je sais de Milena et de Kafka, elle a été sa traductrice de l'allemand vers le tchèque, ils se sont rencontrés deux fois (une première fois pour quelques jours idylliques puis une seconde fois quelques heures douloureuses) et ils se sont beaucoup écrit pendant deux ans. Kafka voyait en Milena un abîme et un ouragan, de quoi effrayer cet homme sensible et plein d'ambiguïtés...

je viens de voir que j'ai Un artiste du jeûne, suivi de Contemplation et Verdict dans ma bibliothèque. Je vais m'y plonger juste avant d'aller rejoindre Faulkner...

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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 Icon_minitimeJeu 6 Mar 2014 - 14:53

Elles sont superbes les Lettres à Milena. Et en tout cas nettement plus sincères que celles qu' il
envoya à la pauvre Felice qui attendit et ne vit rien venir...et surtout pas Kafka !

Lire  ce sujet L' autre proccès : Elias Canetti.

Oui, et puis lisez aussi Elias Canetti !


Et pour avoir une vision plus familière de Kafka, le livre de Janouch : Conversations avec Kafka.
Janouch était un grand admiratuer de Kafka et raconta ses conversations avec lui. Au point qu' on
croirait lire Kafka.

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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 Icon_minitimeMar 11 Mar 2014 - 18:16

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Un artiste du jeûne-Contemplation-Le Verdict

Souffrance, souffrance, souffrance, tel est le maître mot des nouvelles rassemblées dans le recueil Un artiste du jeûne.

Mais avant de l'élever à la hauteur de l'humanité, je crois surtout que le sujet principal traité par Kafka est celui de sa position dans la société en tant qu'artiste. Qu'est-ce que cela veut dire que d'être un artiste, par quelle souffrance faut-il passer pour en obtenir le statut et être reconnu, et qu'est-ce que c'est que cette reconnaissance, cette renommée (jeune femme soupçonneuse qui d'un mot pourrait détruire la notoriété d'un individu ou du moins la remettre en question). Ces questions défilent tout au long des courts récits égrenés par l'auteur, de cette cantatrice-souris dont le chant captivant et incompris ne l'empêche pas de devoir se plier aux mêmes règles que celle de son peuple à ce jeune trapéziste qui de souffrance en souffrance parfait son art. Il est parfois difficile de transposer les œuvres de Kafka dans la réalité tant elles semblent décalées, étranges pour ne pas dire étrangères et pourtant ici où là se retrouvent des confluences, des intuitions qui convainquent ou effraient (Joséphine en préfiguration d'Hitler ? Les souris ici présentes formant le peuple dont Spiegelman gardera l'idée dans Maus ?!! Oui, non… le lecteur cherche des passerelles pour pénétrer l'univers de Kafka, pour l'habiter et une fois à l'intérieur, effrayé, la fuite ne semble plus possible.

Contemplation

Solitude, solitude, solitude… la litanie s'échappe de Contemplation, qui si j'ai bien compris sont la réunion des premiers textes écrits par Kafka. Très courts, parfois seulement une dizaine de lignes, ils sont déjà la quintessence de ce que sera l'écrivain : la douleur du célibat et de la solitude, la noirceur de la vie, l'absence de l'idée même de Salut. Les narrateurs successifs se désolent et désolent, à regarder par la fenêtre ou à errer de nuit dans les rues des grandes villes (il faudrait faire un parallèle, livre en main, histoire par histoire avec le livre de Vila-Matas Enfants sans enfants qui fait si admirablement écho à Kafka). Ces jeunes écrits sont déjà étonnamment 'racés'.

Le verdict

Court texte qui place le lecteur dans une drôle de situation de voyeur lors d'une scène d'hystérie entre un père et son fils. La confrontation d'une rare violence interroge sur la santé mentale de l'un et de l'autre et sur l'éternelle question de la vérité dans la fiction. Les jeunes personnages de Kafka sont régulièrement hantés par des fantômes, qu'ils prennent l'apparence d'amis éloignés ou de double enfantin, le lecteur ne parvient jamais à savoir si ses personnages sont des êtres inventés ou réels, fantasmés ou possibles. Mais c'est bien là tout le jeu de la littérature…
Quant à ce père aimant-maltraitant et son fils fou-faible, on ne sait trop lequel croire dans ce délire verbal et de tension physique qui heurte la sensibilité et laisse un brin groggy.

Une lecture qui se fait et se défait, se mâche et se remâche, qui ne s'épuise jamais vraiment mais qui parfois effraie par le ton de pessimisme, de solitude subie et de souffrance qui perce derrière chaque situation.
Troublant, triste et pourtant chargé d'une puissance stimulante, l'écriture de Kafka berce et retient, interroge et enchante avec pour l'ensemble des textes une forte et intense cohérence.

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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 Icon_minitimeSam 15 Mar 2014 - 11:58

J'aime bien Kafka... Le Procès est l'une de mes premières claques littéraires (je devais avoir 14-15 ans ?)

Mais La Métamorphose, Le Verdict et Le Terrier m'ont un peu déçu de la part de cet auteur. Enfin il me reste à découvrir L'Amérique et le Château que je remets à plus tard depuis trop longtemps...
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 Icon_minitimeSam 15 Mar 2014 - 15:00

Dreep a écrit:
J'aime bien Kafka... Le Procès est l'une de mes premières claques littéraires (je devais avoir 14-15 ans ?)

Mais La Métamorphose, Le Verdict et Le Terrier m'ont un peu déçu de la part de cet auteur. Enfin il me reste à découvrir L'Amérique et le Château que je remets à plus tard depuis trop longtemps...
Et le Journal et les Lettres à Milena...

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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 Icon_minitimeSam 15 Mar 2014 - 16:31

Oui, c'est dans mes projets aussi  sourire 
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MessageSujet: Re: Franz Kafka [République tchèque]   Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 Icon_minitimeDim 16 Mar 2014 - 20:22

Cahiers in-octavo (1916-1918)


Franz Kafka [République tchèque] - Page 6 Cahier10

Du cahier A au cahier H –du mois de novembre 1916 au mois de janvier 1918-, plusieurs hommes semblent s’être relayés pour écrire les Cahiers in-octavo. Pourtant, Franz Kafka est le seul à tenir la proue. Plus qu’ils ne témoignent de l’évolution d’une technique littéraire, ces cahiers prouvent l’adaptation continuelle de l’homme face à son destin. En effet, la période s’étendant de 1916 à 1918 apprend à l’écrivain que celui-ci souffre d’une grave maladie à laquelle il a peu de chances de survivre. Comme nous le rappelle l’avant-propos de Pierre Deshusses, nous avons trop souvent tendance à croire que Franz Kafka était l’homme angoissé et terrorisé du Procès ou du Château ; nous oublions qu’avant que ne survienne la maladie, jusqu’à ses trente ans, il était encore animé d’une force vigoureuse qui le faisait triompher correctement de ses névroses et qui l’encourageait aux voyages et à la bonne compagnie. En présentant les textes de Franz Kafka dans leur ordre chronologique, contrairement aux choix éditoriaux opérés par Max Brod en faveur d’une classification thématique, la métamorphose (plus subtile que celle du roman éponyme) s’inscrit progressivement dans la succession des cahiers.


Les premiers d’entre eux témoignent d’un travail d’écriture plutôt scolaire. Franz Kafka, élève modèle, semble s’exercer à développer différents genres et formes littéraires. Ce sont de courtes nouvelles, des ébauches d’histoires et des rêves arrangés qui se succèdent avec la plus grande liberté : celle de s’interrompre n’importe quand, de faire s’alterner plusieurs textes, de n’écrire qu’une phrase ou de s’enthousiasmer pour cinq pages compactes. Franz Kafka possède déjà le talent qui confère à ses textes une dimension universelle et symbolique mais l’intention pédagogique qui en régit l’écriture est bien trop voyante. A partir de la moitié de l’année 1917 –cahier E-, le lecteur commence à comprendre que Franz Kafka n’est plus le même que celui qui avait commencé la rédaction du cahier A : lui-même semble s’être lassé de ses exercices de style, de ses fictions parfois laborieuses qu’il n’hésitait pas à interrompre au milieu d’une phrase, sans égard pour leur devenir. Les sentiments d’un homme blessé se révèlent par hasard dans des formes très courtes qui témoignent de la pudeur de Franz Kafka. L’homme terrorisé par son père apparaît encore après l’écriture de la Métamorphose en 1915 («Lorsque mon père disait autrefois, brandissant des menaces aussi sauvages que vides : Je vais te déchirer comme on éventre un poisson –et effectivement il ne me touchait même pas du petit doigt- voilà que la menace se réalise maintenant, indépendamment de lui ») et regrette de n’avoir pas su s’affranchir, comme on gâche son potentiel (« Il était assis devant ses comptes. De grandes colonnes. Parfois il s’en détournait et cachait son visage dans sa main. Quel était le résultat de ces calculs ? Triste, triste calcul »). Les quatre derniers cahiers s’apparentent alors à des recueils d’aphorismes. Franz Kafka s’inscrit en lutte contre une maladie qui semble surtout morale et qui le menace d’effondrement. Il s’entretient avec lui-même, à l’homme encore préservé qui écrivait dans les premiers cahiers, pour exalter ses ressources d’énergie vitale : « Les arrière-pensées avec lesquelles tu accueilles en toi le mal ne sont pas les tiennes mais celles du mal ». La lutte inégale engendre courage et lassitude, espoir d’une vie unifiée et éternelle contre dégoût éprouvé envers un sort injuste.


« En théorie, il existe une parfaite possibilité de bonheur : croire à ce qu’il y a d’indestructible en soi et ne pas y aspirer » : cette pensée, qui est celle d’un homme ayant parcouru toute la hauteur d’un parcours spirituel et intellectuel allant de l’illumination à l’abandon, continuer à faire planer sur l’œuvre de Franz Kafka un fardeau de tristesse –le sentiment d’une grandeur humiliée.


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Au début, ce sont des histoires, de petits contes ou morceaux de rêves...

Citation :
« Triste destin », dit le maire en levant la main comme pour se protéger. « Et vous n'êtes responsable d'aucune faute dans cette affaire ? » « Aucune » dit le chasseur. « J'étais chasseur, est-ce là une faute ? J'étais placé comme chasseur en Forêt Noire où il y avait encore des loups à l'époque. Je me mettais à l'affût, tirais, touchais, enlevais la fourrure – est-ce là une faute ? On bénissait mon travail. Le grand chasseur de la Forêt Noire, c'est ainsi qu'on m'appelait. Est-ce là une faute ? » « Je ne suis pas mandaté pour en juger », dit le maire, « mais il ne me semble pas qu'il y ait là de faute. Mais à qui la faute, alors ? » « Au nautonier », dit le chasseur.


Et puis Kafka lâche prise et montre plus d'honnêteté envers lui-même. Il se dissimule moins, mais son langage reste toujours aussi imagé et puissant :

Citation :
« Une chienne puante, féconde en progéniture, par endroits déjà pourrissante, mais qui était tout pour moi durant mon enfance, qui me suit sans arrêt tant elle est fidèle, que je ne peux me résoudre à frapper et devant qui je recule pas à pas, redoutant son haleine et qui pourtant, si je n’en décide pas autrement, me coincera dans le coin du mur déjà visible pour y pourrir sur moi et avec moi, avec jusqu’à la fin –cela m’honore-t-il ?- sa langue pleine de pus et de vers posée sur ma main. »


Une modestie écrasante, humble jusqu'à l'extrême, qui rejoint presque la volonté d'humiliation qu'on retrouve aussi chez Emmanuel Bove ou Robert Walser :


Citation :
« Avant, je ne comprenais pas pourquoi je n’avais pas de réponse à ma question ; aujourd’hui je ne comprends pas comment je pouvais croire pouvoir poser une question.
Mais je ne croyais pas en fait, je demandais simplement. »

Aussi des aphorismes...


Citation :
« L’insuffisance de l’objet peut faire se méprendre sur l’insuffisance des moyens. »


Citation :
« Croire veut dire : libérer en soi ce qui est indestructible, ou plus exactement : se libérer, ou plus exactement : être indestructible, ou plus exactement : être. »



*peinture de Walter Schnackenberg

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J’ai presque vingt ans ! Me voici à la fin de ma vie, et je n’ai rien accompli !
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