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 Gilles Leroy

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MessageSujet: Gilles Leroy   Lun 8 Oct 2007 - 16:11

GILLES LEROY



BIOGRAPHIE :

Gilles Leroy suivit un parcours classique de littérature : hypokhâgne et khâgne au lycée Lakanal, DEUG de lettres et arts en 1977, licence puis maîtrise de lettres modernes en 1979 se terminant par un mémoire sur Henri Michaux. Il exerce divers métiers, avant d'être journaliste de presse écrite et audiovisuelle durant quelques années. En 1996, il quitte Paris pour vivre à la campagne, dans le Perche, et écrire. Il voyage, étudie seul les littératures américaine et japonaise. Il publie son premier roman, 'Habibi', en 1987, suivi par une dizaine d'autres, dont 'L'amant russe' (2002), 'Grandir' (2004) et 'Champsecret' (2005).


Bibliographie

Romans, récits et nouvelles
1987 Habibi, roman,
1990 Maman est morte, récit,
1991 Les Derniers seront les premiers, nouvelles,
1992 Madame X, roman,
1994 Les Jardins publics, roman,
1996 Les Maîtres du monde, roman,
1998 Machines à sous, roman,
2000 Soleil noir, roman,
2002 L'Amant russe, roman,
2004 Grandir, roman,
2005 Champsecret, roman,
2007 Alabama Song, roman,
2010 Zola Jackson, roman,
2012 Dormir avec ceux qu'on aime, roman,
2013 Nina Simone, roman,
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MessageSujet: Alabama Song   Lun 8 Oct 2007 - 16:22

ALABAMA SONG



Présentation :

Les garçons des clubs, les jeunes officiers du mess, je les tiens dans ma main gantée de fil blanc. Je suis Zelda Sayre. La fille du Juge. La future fiancée du futur grand écrivain.
Du jour où je l’ai vu, je n’ai plus cessé d’attendre.
Et d’endurer, pour lui, avec lui, contre lui.


    Montgomery, Alabama, 1918. Quand Zelda, « Belle du Sud », rencontre le lieutenant Scott Fitzgerald, sa vie prend un tournant décisif. Lui s’est juré de devenir écrivain : le succès retentissant de son premier roman lui donne raison. Le couple devient la coqueluche du tout New York. Mais Scott et Zelda ne sont encore que des enfants : propulsés dans le feu de la vie mondaine, ils ne tardent pas à se brûler les ailes…
    Gilles Leroy s’est glissé dans la peau de Zelda, au plus près de ses joies et de ses peines. Pour peindre avec une sensibilité rare le destin de celle qui, cannibalisée par son mari écrivain, dut lutter corps et âme pour exister…

Critique :

Citation :
Le livre raconte à la première personne le destin de Zelda Sayre, l'épouse de Francis Scott Fitzgerald. Jusqu'ici la plupart des biographes avaient fait davantage la part belle à ce dernier, laissant entendre que la folie et les extravagances de Zelda auraient été pour lui un frein à la création. "C'est oublier que Fitzgerald était largement aussi dans la démesure. Il buvait comme un trou... Le côté ravageur de leur union a été vraiment partagé."

Elle est une toute jeune fille issue de l'aristocratie du Sud des Etats-Unis (son père est juge dans la petite ville de Montgomery, son grand-père a été sénateur...) lorsqu'elle le rencontre en juin 1918, fringant lieutenant yankee de 21 ans, à un bal donné en l'honneur du contingent qui doit s'embarquer pour l'Europe. Leurs ambitions et leurs révoltes les rassemblent. Scott croit en sa future gloire littéraire. Zelda cherche à s'arracher à "l'éden abominé" de l'Alabama. "Divorce de ton rêve. Tout de suite", lui fait dire Gilles Leroy. Lucide réticence. Après des fiançailles tumultueuses, ils se marieront à New York en avril 1920, moins d'un mois après la parution de L'Envers du Paradis. Titre prémonitoire pour une vie de couple qui va se désagréger dans la célébrité destructrice, l'alcool et les jalousies.

Alabama Song est le récit de ce long naufrage. En 1940, l'année de la mort de Scott, dans le cabinet du psychiatre de l'Highland Hospital d'Asheville, où elle séjourne de son plein gré après avoir été internée une vingtaine de fois, Zelda se confie à rebrousse-mémoire. Douloureux retours dans son existence hoquetante. "Il s'agit bien ici d'un roman, souligne Gilles Leroy. J'ai relu les livres, j'ai relu les lettres, mais, au-delà des événements connus, je me suis surtout efforcé de lui rendre une voix personnelle. D'imaginer ses doutes, ses angoisses, ses envolées. De combler les lacunes laissées par les écrits biographiques."

Comme cette passion amoureuse qu'elle vit quelques mois de 1925 sur la Côte d'Azur avec un aviateur français, Edouard Jozan, dont elle fera l'essentiel de son unique roman (Accordez-moi cette valse, éd. Robert Laffont, 2000). "L'épisode a été balayé comme s'il s'agissait d'un fantasme hystérique, soupire-t-il. Jozan, devenu amiral, a même nié la relation. Mais on oublie que lorsqu'il tenait ces propos il était un homme marié, respectable."

On l'a compris, Leroy fait de Zelda une véritable héroïne, magnifique et tragique. "Cela va jusque dans son prénom, explique-t-il. Sa mère l'avait choisi parce qu'il était celui d'une Gitane dans un roman populaire américain de la fin du XIXe, La Salamandre. Comme l'animal mythique, on a le sentiment qu'elle traverse les flammes." De fait, on franchit avec elle une succession d'épreuves. Fitzgerald pille ses écrits pour en faire ses propres textes, tente de l'empêcher de publier sous son nom, bride tant qu'il le peut son enthousiasme pour la danse, pour la peinture. On lui dénie le droit de s'occuper de sa fille. Tout cela entraîné par la psychose et le ressentiment. Zelda périra carbonisée dans l'incendie du Highland Hospital à 47 ans.

Le livre est d'une puissance narrative rare. Zelda y apparaît révélée. "Elle est pour moi depuis longtemps une vraie passion littéraire, dit Leroy. Sa présence m'a accompagnée de manière diffuse, quasi secrète pendant des années. Je me devais d'en rendre compte d'une manière ou d'une autre." Il est l'auteur discret d'une dizaine de romans où les souvenirs personnels et les émotions intérieures se fondent pour créer un univers d'inquiétude, de difficiles espoirs, de deuils douloureux. Maman est morte (Michel de Maule, 1990) était un récit d'une bouleversante justesse. L'Amant russe (Mercure de France, 2002) ou Champsecret (Mercure de France, 2005) accompagnaient son trouble, ses élans amoureux pour les garçons.

Histoires de coeur, de séduction et de sans-gêne simple. Alabama Song est paradoxalement son texte le plus intime. "J'ai écrit dans l'évidence, lâche-t-il, je voulais juste être fidèle".
Xavier Houssin pour l'édition Le monde paru le 21.09.07.


    Je viens à peine d'entamer ce roman mais je suis déjà très enthousiaste !
    Je vous donnerais tous mes commentaires d'ici quelques temps.
    Le roman Alabama Song a été sélectionné pour l'obtention du prix Goncourt 2007, le prix Renaudot 2007, le prix Fémina 2007 et le prix Médicis 2007.
    Je crois qu'il a beaucoup de chances pour le Fémina, il s'agit d'un très beau portrait de femme.
    A suivre donc…
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domreader
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MessageSujet: Re: Gilles Leroy   Mar 9 Oct 2007 - 6:41

Oh la la, il me plait bien celui-là ! fascination sans doute pour ce couple ythique et névrosé.... Je ne l'ai pas encore en main et je suis déjà enthousiaste aussi.
Thanks !!

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MessageSujet: Alabama Song   Mar 9 Oct 2007 - 13:15

Alabama Song

Oh ! le silence ! le silence des interstices. Le grand blanc qui s'immisce et vient panser d'ouate et d'éther la fêlure de nos têtes.


Zelda Sayre nait à Montgomery en Alabama dans une riche famille de Sud. Elle est une jeune fille peu farouche qui se fiche du qu'en-dira-t-on :
    Il est interdit de fumer – mais la famille de maman a bâti sa fortune sur le tabac. Des plantations de tabac jusqu'à l'infini, jusqu'en Virginie, jusque dans le Maryland. Je suis la fille du Juge, la petite fille d’un sénateur et d’un gouverneur : je fume et je bois et je danse et je trafique avec qui je veux. Les jeunes pilotes de la base se seraient battus pour un signe de moi et lorsque enfin je leur accordais une danse je voyais leurs joues dorées s'étoiler de fossettes.

A la fin de la première guerre mondiale, Zelda rencontre Francis Scott Fitzgerald , qui se trouve en garnison près de Montgomery.
    Du jour où je l'ai vu, je n'ai plus cessé d'attendre. Et d'endurer, pour lui, avec lui, contre lui.

Zelda a plusieurs ambitions dans la vie : épouser celui qui deviendra selon elle le plus grand écrivain du pays de demain - le plus grand écrivain du monde d'après-demain et former le couple qui incarnera le mieux l'esprit des années 20, les années folles.
    Je veux partir, fuir cet Eden abominé. Eden – c'est vous qui le dites, car pour moi, c'est le cimetière des ambitions.

    Tu m'emmèneras au Nord, dans ces villes de ton enfance, Buffalo, Niagara, ensemble on se jettera dans les chutes pour voir qui rebondit le mieux. Evidemment, ce sera moi […]

Mais cela aura un prix, et quel prix : alcoolisme, tromperie, jalousie, folie, séquestration, électrochocs, dépressions, usurpation de ses écrits par son époux.
    La vérité est qu'il s'est servi des mes propres mots, qu'il a pillé mon journal et mes lettres, qu'il a signé de son nom les articles et les nouvelles que seule j'écrivais. La vérité, c'est qu'il a volé mon art et persuadée que je n'en avais aucun. Que voulez-vous que je ressente ? Piégée, abusée, dépossédée corps et âme, c'est ainsi que je vis. Cela ne s'appelle pas être.

Elle vivra plusieurs années dans de multiples instituts psychiatriques où elle finira par trouver la mort à 47 ans dans un incendie.

Alamaba Song est une œuvre s'inspirant de Zelda Sayre Fitzgerald. Mais qu'on ne s'y trompe pas, il s'agit avant tout d'un roman sous forme d'hommage à cette femme que l'on sent si précieuse aux yeux de l'auteur.

Il s'agit de mon premier roman de Gilles Leroy mais j'ai été tant charmée par son écriture que cela ne sera certainement par le dernier. Une belle œuvre qui mérite amplement sa place dans les sélections des prix littéraires de l'année 2007.
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MessageSujet: Re: Gilles Leroy   Mar 9 Oct 2007 - 13:19

domreader a écrit:
Oh la la, il me plait bien celui-là ! fascination sans doute pour ce couple ythique et névrosé.... Je ne l'ai pas encore en main et je suis déjà enthousiaste aussi.
Thanks !!

Et bien moi, je ne connaissais pas du tout le couple formé par Fitzgerald et Zelda, une vraie découverte donc !

Ce roman est très court (un peu moins de 200 pages) et se lit très vite.
Je te le conseille fortement drunken
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Chatperlipopette
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MessageSujet: Re: Gilles Leroy   Mer 24 Oct 2007 - 21:01

Nous avons vu cet auteur présenter son roman à l'émission "Le bateau livre" sur la 5è....il nous a donné l'envie de le lire!
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MessageSujet: Re: Gilles Leroy   Mer 24 Oct 2007 - 21:28

J'ai également vu l'émission, mais après ma lecture du livre Wink

Je vous l'envoie via le cerclage ? Very Happy
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MessageSujet: Re: Gilles Leroy   Lun 5 Nov 2007 - 18:49

Alabama Song a reçu le prix Goncourt 2007 ce lundi 5 novembre 2007 bonjour

Interview de Bernard Pivot sur le site Bibliobs par Grégoire Leménager

Citation :
Il a défendu à la fois Gilles Leroy et Olivier Adam
Bernard Pivot: «j'aurais voulu que les deux aient le prix Goncourt»

Autour de la table des jurés du prix Goncourt, chez Drouant, quelques minutes après qu'ait été rendu public le nom du lauréat 2007, Bernard Pivot a accepté de revenir sur le choix de Gilles Leroy, récompensé cette année pour «Alabama Song»

Le choix a été très compliqué. C'était prévu. Au fond, tout s'est passé exactement comme prévu : on ne savait pas qui aurait le prix, mais on savait que ce serait difficile, et très ouvert. Il n'y a pas eu d'empoignades, chacun a dit au départ ce qu'il pensait des livres. J'ai peut-être été le plus long à parler d'ailleurs, avec François Nourrissier. Et puis on a voté... Jusqu'au 10e tour, il faut la majorité absolue. On a compris qu'il n'y aurait pas de majorité absolue. Et la majorité relative n'est arrivée qu'au 14e tour, pour départager Gilles Leroy et Olivier Adam... [le premier l'a finalement emporté par quatre voix contre deux; sur ce choix difficile]

C'était très compliqué pour le jury, mais aussi très compliqué pour moi, parce que j'aimais les deux livres. J'ai même voté pour les deux, alternativement. J'aurais voulu que les deux aient le Prix Goncourt...

«Alabama Song» et «A l'abri de rien» sont deux histoires de femmes. D'ailleurs, dans les cinq romans de la dernière sélection, quatre racontaient des aventures féminines. C'est assez étonnant. Le seul où il n'y avait pas de femme héroïne, c'était «le Rapport de Brodeck», de Philippe Claudel, qui n'a pas eu de voix.

Mes deux favoris étaient cependant très différents: l'histoire de Zelda est celle d'une grande bourgeoise qui a beaucoup de qualités et tout pour avoir une vie facile; de l'autre côté, l'héroïne d'Olivier Adam est dans une misère à la fois psychologique, langagière et sociale... Si on lui demandait de juger Zelda Fitzgerald - on n'oserait d'ailleurs même pas lui poser la question - elle répondrait: «elle se fout de moi, elle a tout pour être heureuse et elle ne l'est pas, quelle erreur». Ce n'est pas Zelda qui irait s'occuper des sans-papiers du côté de Calais ou de Cherbourg!

La grande réussite de Gilles Leroy tient à son style très brillant, enchanteur, flamboyant. C'est un livre où l'on passe constamment d'une époque à une autre, avec une grande ambition structurelle et, surtout, un style moderne qui - sans essayer de copier le style du début du XXe siècle- fait de Zelda une femme d'aujourd'hui, avec ses problèmes de solitude, d'alcoolisme, ses rapports avec un mari qui l'étouffe... C'est cela qui m'a conquis dans le livre. D'ailleurs, je l'avais écrit dès la fin août dans le «Journal du dimanche».

Evidemment, il prend le parti de Zelda contre son mari, mais ce sont les droits du romancier: il a le droit de faire ce qu'il veut. Il invente des détails, même si le canevas reste fidèle à la vie de son modèle: elle termine folle dans la vie, elle termine folle dans le livre de Leroy. Cette façon de s'emparer de personnages réels est sans doute une mode, une tendance contemporaine de la littérature. Mais il ne s'agit pas ici pour le romancier d'inventer quand il ignore ce qui s'est passé - ce serait alors du roman historique. Leroy prend de la hauteur par rapport à son personnage, il choisit de la croquer comme un peintre qui aurait eu envie de faire son portrait. Il dit ici qui est Zelda pour lui. C'est elle qui l'obsède, pas Scott Fitzgerald.

Il est sûrement un peu amoureux de Zelda - son mari n'est pas le seul à l'avoir été... Car il fallait aimer cette femme, en effet, pour la rendre aussi séduisante, en dépit de tous ses défauts, son narcissisme, son alcoolisme... Le résultat littéraire est le portrait d'une femme qui vit, qui est constamment dans le mouvement. Celui d'une battante.

Gilles Leroy a également su entrer dans la tête d'une femme. Il n'est pas le premier bien sûr. Flaubert avait déjà fait cela il y a un moment, avec «Madame Bovary», et n'avait pas trop mal réussi son coup... C'est le privilège des grands romanciers: ils se mettent dans la peau de qui ils veulent : un personnage vrai ou un personnage inventé, une femme, un homme ou, pourquoi pas, un transsexuel.

J'ai aussi beaucoup défendu le livre d'Olivier Adam, parce qu'il trouve beaucoup d'échos dans l'actualité. L'héroïne d'«A l'abri de rien» est saisie par une compassion excessive, et se met à oublier ce qu'elle doit à sa famille, son mari, ses enfants. Avec l'Arche de Zoé, aujourd'hui, c'est un peu la même chose qui se produit: on voit des gens qui d'un seul coup, par compassion, par amour des enfants des autres, transgressent les lois et vont au-delà de ce qu'ils doivent faire.

Philippe Claudel n'a eu aucune voix. Mais on savait avant de commencer que sur les cinq romanciers sélectionnés, il était celui dont les chances étaient infimes. Parce qu'il avait eu le Renaudot il y a quatre ans [pour «les Ames grises»], et aussi un peu à cause des «Bienveillantes»: couronner à nouveau un roman qui parlait de la guerre et des camps de concentration, même si Claudel a un talent indiscutable, c'était difficilement envisageable. Il a été la victime de Jonathan Littell, c'est sûr.

Pour les autres, en revanche, on ne pouvait pas savoir, c'était très ouvert : Michèle Lesbre et Clara Dupond-Monod ont chacune failli revenir dans la course ; et même Amélie Nothomb, qui avait été éliminée de la dernière sélection, s'est retrouvée avec une voix cette fois-ci. Sans doute celle de Sabatier, ce n'est pas vraiment un secret...
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Marie
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MessageSujet: Re: Gilles Leroy   Jeu 6 Déc 2007 - 19:31

Alabama Song

Vous ne vous êtes pas mariée. Vous avez signé un contrat publicitaire.
Chacun a utilisé l'autre pour parvenir à ses fins..

Ces deux phrases résument la sombre vie racontée et imaginée ( c'est là la force du roman de Gilles Leroy, qu'il ait pu , partant d'éléments réels, aussi bien prêter vie à celle qui était déjà une héroïne de roman dans Tendre est la nuit) de Zelda Fitzgerald. De la fille du juge qui a cru que cette caractéristique pourrait lui être utile loin de son Alabama natal et de sa nourrice noire qui l'avait élevée dans une atmosphère familiale déjà complètement névrosée.
Sans arrêt, elle se trompe de vie, Zelda, elle qui voulait exister par elle même. Elle va rester la fille de et la femme de. Femme d'un grand écrivain américain, mais à quel prix? C'est une entreprise, qu'ils forment tous les deux, une entreprise qui va vite faire faillite.
Accordons nos violonslui dit un jour Scott. Et elle entend Accordons nos violences et acquiesce.
J'ai souvent pensé à Sylvia Plath, et à ses cloches de détresse... et c'est un livre qui m'a profondément émue.

Un petit extrait, après la mort de Scott, et le suicide de son frère...:

..........................................................................................................

Ce que je ressens?.....à l'imaginer pourrir entre quatre planches d'acajou?...c'est de la tendresse, docteur. Une horrifique tendresse. Mais cette folie à deux, ce n'était pas de l'amour.


............................................................................................................

Rendez moi mon frère. Les hommes comme Anthony Jr ne peuvent se résoudre au rien annoncé. Le zéro s'est effacé lui-même, proprement. Ne reste du grand frère si beau et si lointain que sa légende d'enfant frondeur, aux frasques et bizarreries incessantes. Minnie ( sa mère )la mutilante: " Ton frère ne savait quoi inventer pour se faire remarquer. Il a fini par trouver."

Rendez moi René, l'autre frère, mon jumeau de hasard. En se suicidant au gaz, René a détruit tout son immeuble mais je ne crois pas qu'il voulait cela. Je le revois, sur le lit de Lariboisière, à l'apparition des premières taches brunes sur le thorax. " Maintenant, il faut t'en aller, il a dit, il faut t'échapper, ma petite danseuse américaine, il faut t'en aller sur les pointes. Eh! Eh! Pleure pas. Tu verras: tu seras grande un jour..."Et il a tout fait exploser. Je ne crois pas qu'en se tuant il voulait en tuer d'autres. René n'est pas comme ça. Il y avait bien trois ans qu'on n'avait plusparlé de Coconut. Tout le monde avait disparu, mort ou bien enfui. Il y avait eu tant d'alcool, tant de benzédrine et d'opium. Des neuroleptiques, ensuite, et les électrochocs. Puis cette foutue tuberculose.

Ils étaient des enfants aux yeux fous. De bons enfants, tout de même.
Les enfants rêvés de la Grande Guerre de Civilisation.
Pitié pour ceux qui ne sont pas nés avec au front l'étoile des héros!



Merci à Sentinelle pour cette lecture!
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MessageSujet: Re: Gilles Leroy   Ven 7 Déc 2007 - 7:35

Je suis contente que ce roman t'ait plu.
S'il n'avait pas gagné le Goncourt 2007, j'ai l'impression que ce livre serait passé aussi inaperçu que semble l'être l'auteur Gilles Leroy, écrivain très discret qu'on connaît peu.

Ce roman m'avait également émue.

Dans une interview, l'auteur nous confie qu'il a réussi à dire plus de choses sur lui à travers Zelda, femme américaine riche et très éloignée de son milieu social que dans ses romans pourtant sensés être plus autobiographiques. Dans ce cas, il l'a fait avec beaucoup de subtilités car je n'ai pas eu ce sentiment à la lecture attentif
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Sophie
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MessageSujet: Re: Gilles Leroy   Mer 2 Jan 2008 - 19:19

Voici la note que j'ai publiée sur mon blog:

Gilles Leroy, journaliste devenu écrivain, nous narre de façon romancée la relation "particulière" entre Scott Fitzgerald et sa femme, Zelda. La rencontre a lieu au sortir de la Première guerre mondiale en Alabama et ressemble à un coup de foudre contrarié par les caractères perturbés des amoureux. Zelda est issue d'une famille très aisée à laquelle elle ne s'identifie pas; la personnalité du futur écrivain l'attire, ainsi que son physique. Bien vite ils se marient, ont une petite fille et parcourent l'Europe, vivant même en France. Le couple est fauché comme les blés mais prend des apparences d'opulence: rencontres, grands hôtels et festins, débauche d'alcool qui les perdra.
La fin sera tragique et précoce, pour l'un comme pour l'autre.

Gilles Leroy s'est mis dans la peau de Zelda Seyre, Fitzgerald de son nom de femme, de façon, ma foi, plutôt convaincante. Il est difficile de démêler le vrai du faux mais après une recherche sur Wikipédia, tout a été plus clair dans ma tête; j'ai ensuite pris pris un réel plaisir et éprouvé un réel intérêt à la lecture de ce roman. Cette relation à la "je t'aime moi non plus" entre deux personnalités complexes m'a prise au piège. Zelda aurait grandement inspiré son mari, et même, celui-ci lui aurait volé des manuscrits, avant de la faire interner dans diverses unités psychiatriques d'où elle ne sortira plus.
Après un début non pas difficile mais sans passion, j'ai eu besoin d'aller fouiner, d'en savoir plus et cela m'a permis d'apprécier cette biographie romancée.
Et j'ai désormais envie d'aller plus loin, à savoir, découvrir un peu plus Zelda et lire du Scott Fitzgerald (oui j'avoue, je n'ai rien lu de lui mais j'ai Gatsby le Magnifique en rayon!).
Toutefois, reste à savoir si Alabama Song restera dans ma mémoire car, malgré le plaisir que j'ai pu en tirer, tant grâce à l'histoire qu'à la plume de Leroy, j'aurais aimé qu'il aille davantage au fond des choses. N'empêche que j'ai aimé et espère avoir l'occasion de lire d'autres de ses ouvrages.
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MessageSujet: Re: Gilles Leroy   Mer 2 Jan 2008 - 19:24

Tout comme toi, je n'ai jamais lu Francis Scott Fitzgerald et ce roman m'a donnée envie de le lire, notamment Gatsby le Magnifique, dont j'ai l'adaptation cinématographique avec R. Redford en rayon.
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monilet
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MessageSujet: Re: Gilles Leroy   Sam 12 Jan 2008 - 11:13

Je viens de terminer la lecture de Alabama song. Il m'a intéressé mais je dirais moyennement, ou plutôt que mon intérêt a faibli dans la deuxième partie du livre. J'ai trouvé le thème un peu répétitif. Bien écrit.
Faut dire que je sortais de "Un roi sans lendemain" de Donner qui m'avait passionné.
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MessageSujet: Re: Gilles Leroy   Lun 14 Jan 2008 - 11:05

Eh bien, je dois dire que ce roman m'a nettement plus marquée que le Donner Monilet! content

J'ai aimé le parti pris de Gilles Leroy, loin de l'image flamboyante du couple phare symbolisant les années folles, qui nous en livre ici une vision douloureuse : la confession de Zelda, fille du sud farouche et fière, en lutte constante avec un Scott la vampirisant .
Un Scott Fitzgerald qui ne tient pas le beau rôle , obnubilé par ce besoin de briller, et ressentant constamment l'envie malsaine de rabaisser, de brimer l'autre...Arrachée à son seul amour véritable, forcée d'avorter, violée dans son âme jusqu'à en voir son inspiration dérobée, et finalement internée, Zelda nous est dépeinte comme une femme bafouée et incomprise mais dont le force de caractère l'aidera toujours à garder un regard lucide et d'autant plus amer. Donc forcément très émouvant.

J'ai été impressionnée par cette faculté de pouvoir rentrer complètement dans l'esprit de l'héroïne et de nous en communiquer le caractère passionné, le tempérament frondeur. Peu à peu la folie s'insinue au fil des pages, le rythme s'accélère et les retours en arrière qui sont autant de souvenirs de Zelda s'enchevêtrent. A tel point qu'il est dur de n'y voir autre chose qu'une biographie.

Impertinent, provocateur, mais empli de poésie, ce roman frappe par sa puissance mais nous laisse avec un sentiment d'inachevé. L'envie d'en savoir plus. Qui était vraiment Zelda ? et surtout Scott a t'il été aussi destructeur?
Un bon livre, pour moi, car il nous emporte dans son souffle, mais nous ouvre d'autres portes...
(Grand merci à Sentinelle pour m'avoir incitée à le lire Very Happy )
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MessageSujet: Re: Gilles Leroy   Mar 1 Avr 2008 - 18:02

"Alabama Song"


Zelda, fille de juge et petite fille de sénateur, une "Belle du Sud" tout en provocation et beauté du diable, rencontre en 1918, le beau Scott Fiztgerald. C'est le début d'une folle histoire d'amour et de haine entre ces deux personnalités hors du commun. Zelda et Scott Fitzgerald, le couple le plus célèbre de l'entre deux guerres, le couple le plus glamour et le plus extravagant qui mettra au goût du jour la célébrité et la mise en scène d'une vie à travers la presse.
Gille Leroy se met dans la peau de Zelda et nous emporte dans l'intensité de sa vie. Zelda est un feu follet qui danse sur les ombres de la décence, flirte avec les abysses de la folie, apprend l'ivresse de la création et de la créativité, mord à pleines dents la folie de l'amour et subit l'horrible regard de la soi-disant norme.
Zelda est un personnage romanesque qui a vécut une vie hors du commun que le commun a lentement consummé dans l'univers carcéral des chambres d'hôpital: son caractère entier, fou, bouillant de joie de vivre et d'appétit insatiable envers la vie, son talent d'artiste font de l'ombre au génie de Scott. Lui qui puise, sans vergogne, dans le creuset de leur amour et de leur intimité pour animer ses personnages littéraires.
Gilles Leroy dresse un portrait peu glorieux du grand Scott Fiztgerald, homme qui aura toujours une pointe d'envie envers les famille riches et qui voudra toujours prouver qu'il vaut plus que les pauvres revenus qu'il possède. Le personnage qui tire son épingle du jeu est Zelda, jeune fille puis femme sans cesse à vif, sans cesse à vivre à cent à l'heure. Parfois elle agace, souvent elle fatigue mais elle reste envers et contre tout lumineuse de désordre et d'audace.
Je ne sais pas si, parmi tous les goncourables, "Alabama Song" était le meilleur d'entre eux, mais l'écriture de Gilles Leroy m'a émue, m'a "tourneboulée" et dérangée, trois états qui m'ont charmée et embarquée dans son roman de l'absurde et du désespoir. L'idée d'écrire le journal intime de Zelda est osée mais fonctionne de bout en bout: entre folies langagières et corporelles et lucidité du regard face aux blouses blanches, on est promené dans le dédale intérieur de Zelda. C'est fascinant autant que dérangeant et on en sort secoué au plus profond de soi: Zelda utilise des mots crus, vit des situations crues aux limites du vulgaire; le courage côtoie la folie, l'amour la haine, la passion le désastre. L'image d'Epinal donnée par le couple Scott-Zelda vole en éclats à la lecture du roman: la part d'ombre du Grand Homme qui dévore, peu à peu, son épouse jusqu'à la folie. Lequel des deux était le plus fou? Gilles Leroy offre une revanche à Zelda en la faisant tenir la plume de son carnet intime: elle se dégage de l'empire de Scott pour vivre une vie intérieure autonome.... la survie est au prix de la douleur et de l'incompréhension.
A ma grande honte, je n'ai lu que des extraits de "Gatsby le magnifique"...la fausse autiobiographie de Zelda, roman où l'atmosphère mélancolique est entêtante, par Leroy demande que ce manquement soit bientôt réparé.

Merci Le Cercle des Parfumés swing
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Gilles Leroy
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