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 Clara Dupont-Monod

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Clara Dupont-Monod   Mar 30 Oct 2007 - 14:18

je suis tentéeaussi.

merci Coline et Sentinelle !

à bientôt
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coline
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MessageSujet: Re: Clara Dupont-Monod   Mar 30 Oct 2007 - 19:08

Ce livre a encore une bonne critique dans le dernier Magazine Littéraire. Wink
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Aeriale
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MessageSujet: Re: Clara Dupont-Monod   Jeu 22 Nov 2007 - 17:45

La passion selon Juette-


D' emblée j'ai été emportée par la fougue de Juette, son âme de rebelle qui ne cherche qu'à éclore et dont on suit avec avidité l'évolution car la plume de Clara Dupont Monod est vibrante et légère. L'histoire réelle de cette jeune fille nous bouleverse et nous transporte à une époque où être femme pouvait être un calvaire, où les règles les obligaient à se taire et où tout choix de vie était impossible.

Cette jeune fille qui rêve d'histoires galantes et de preux chevaliers enfant, va devoir aliéner son âme et subir les assauts d'un mari qu'elle n'aime pas. A l'époque pas d 'autre choix!
J'ai tenté d'imaginer ce que devait être la vie de ces femmes au Moyen Age, et la souffrance sourde qui devait les aliéner peu à peu...Difficile d'y arriver. Oser dire non, refuser le rôle que les autres imposaient, seule Juette à la fois passionnée et assez lucide pour ressentir cette injustice, pourra y parvenir...

Voilà un beau portrait d'.une âme pure et lumineuse, incomprise par sa famille et par l'église qui la voit comme une hérétique alors qu'elle n'écoute que sa foi et lutte contre la perversion. L'eternel combat finalement de personnes en quête de vérités absolues...L'intransigeance anti-chambre de la folie?

J'ai bien aimé aussi la voix de Hugues, le seul ami (amour?) de Juette , qui tentera jusqu'au bout de la comprendre, et qui apporte une certaine sagesse à l'ensemble, le calme après la tempête, évitant aussi à ce récit intense de dépasser les limites .

Une très belle lecture que je vous invite à patager dans le cadre du Cercle car j'ai vu que beaucoup s'y intéressaient...Very Happy
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coline
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MessageSujet: Re: Clara Dupont-Monod   Jeu 22 Nov 2007 - 18:54

Il faudrait que je vous dise un peu ce que Georges Duby avait écrit sur cette Juette à laquelle il a consacré un chapitre de ses Dames du XIIème siècle.
Puisque ce sont les écrits de Duby qui ont inspiré ce roman à Clara Dupont-Monod. Juette a vraiment existé.
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Sahkti
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MessageSujet: Re: Clara Dupont-Monod   Jeu 22 Nov 2007 - 20:09

La passion selon Juette

Juette de Huy a réellement existé, elle a vécu à Huy au XIIe siècle. Mariée à treize ans, veuve à dix-huit avec trois enfants, sa vie a été relatée dans une historiographie due à un auteur anonyme. Une jeune femme bien connue en terre hutoise, mais également parmi les historiens médiévistes. Car Juette est le symbole d'une certaine révolution féminine, d'une prise de liberté qui cadre assez peu avec la vie de l'époque, le traitement des femmes au moyen Age et la suprématie masculine.
Juette a eu le courage de dire non, même si ce refus est avant tout passé par une réclusion extrême. La jeune femme a vécu murée dans une petite maison, une simple ouverture lui permettait d'être nourrie et d'assister aux offices religieux.

Séduite par le personnage, Clara Dupont-Monod s'en est librement inspirée pour raconter sa Juette à elle. Qui a deux et non trois enfants dans le récit mais vit le même parcours de liberté, possède le même sens de révolte et de volonté d'aider les autres, les femmes en particulier.

Connaissant bien l'histoire de la vraie Juette (quand je suis en Belgique, je vis dans cette région), j'ai ouvert le livre de Clara Dupont-Monod avec envie mais aussi une certaine forme d'appréhension. Je craignais la biographie lourde, le roman historique ennuyeux, l'énoncé de faits bruts. Rien de tout cela, il s'agit avant tout d'un roman, dont l'héroïne est un personnage qui a existé mais qui dispose ici d'une entière liberté de parole. L'auteur lui donne vie, son écriture agréable met le personnage en valeur sans en faire trop; elle raconte une histoire.
Un roman que j'ai apprécié, en toute subjectivité.
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coline
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MessageSujet: Re: Clara Dupont-Monod   Jeu 22 Nov 2007 - 23:15

Je le "cercle" non pas sur Parfum (excusez-moi les Parfumés) mais parmi mes proches...
A chaque fois il m'est rendu accompagné des commentaires enthousiastes.
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Chatperlipopette
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MessageSujet: Re: Clara Dupont-Monod   Ven 23 Nov 2007 - 8:58

je ne lis que des commentaires enthousiastes sur les blogs que je visite régulièrement! Du coup, il est dans ma liste à lire.
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MessageSujet: Re: Clara Dupont-Monod   Ven 23 Nov 2007 - 16:51

Voici un extrait du texte de Georges Duby sur Juette dans Dames du XXième siècle.
Je ne peux en mettre trop long, au risque de déflorer l'histoire de cette jeune femme ré-écrite cette année par Clara Dupont-Monod.

« En 1172, une fille nommée Ivette, ou plutôt Juette, vivait à Huy. Dans cette petite ville de l’actuelle Belgique, alors en pleine expansion économique, l’argent coulait à flots. Juette avait treize ans. Son père, receveur des impôts que l’Evêque de Liège levait dans le pays, était riche. Il prit conseil de sa parenté et choisit pour elle un époux.
Juette n’a pas compté dans l’Histoire. Elle est loin d’avoir occupé dans l’esprit des hommes, ses contemporains, la place que tenaient Aliénor ou Héloïse. J’évoque cependant son image parce que le récit de sa vie s’est conservé. Un religieux de Floreffe l’écrivit vers 1230.Il était bien informé : l’abbé de son monastère venait de recevoir la dernière confession de la mourante, et lui-même avait été son confident. Il l’avait écoutée parler. Il s’est efforcé de rapporter fidèlement ce qu’il avait entendu. Par lui, par cette biographie consciencieuse, fourmillant de détails précis, un écho nous parvient des paroles d’une femme. Transformées, certes, par le passage de la langue vulgaire au latin d’école, par les préjugés du transcripteur, par les exigences du discours hagiographique.[…] Toute locale qu’ait été cette aventure féminine, elle en dit long sur ce que les hommes de ce temps pensaient des femmes.

[…] Juette ne s’était pas enfuie de la maison paternelle pour échapper au mariage. Elle n’était pas non plus parvenue à convaincre son époux de ne pas la déflorer et de poursuivre à ses côtés dans la chasteté commune. Docile, cette enfant s’était laissé donner, elle s’était laissé prendre et, comme tant de pucelles livrées jeunettes aux brutalités de l’accouplement, elle ne s’en était jamais remise. »
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Le Bibliomane
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MessageSujet: Re: Clara Dupont-Monod   Lun 10 Déc 2007 - 22:49

"La passion selon Juette"

Georges Duby, dans son ouvrage "Dames du XIIème siècle" (Gallimard, 1995), évoquait, entre les figures célèbres d'Héloïse et d'Aliénor d'Aquitaine, une personnalité féminine méconnue : Juette.

C'est ce personnage qui a inspiré à Clara Dupont-Monod le sujet de son dernier roman "La passion selon Juette".

Juette a treize ans quand son père prend la décision de la marier. Rien que de très banal pour l'époque. En ce XIIème siècle, c'est la norme. Pourtant, Juette est encore une enfant, une enfant qui aime se raconter des histoires et en entendre de la part de son ami et confident, le moine Hugues de Floreffe. A ses côtés elle écoute les histoires de chevalerie, les romans arthuriens, l'histoire du Chevalier à la Rose, celle de Tristan et Iseult...
Juette rêve de chevaliers. Elle idéalise ces hommes au cours de ses rêveries qu'elle appelle "ses histoires". Ces chevaliers , elle les imagine comme des anges justiciers, des parangons de pureté et de loyauté, des êtres éclairés par la foi et l'héroïsme.

Mais cet univers, elle va devoir l'abandonner brutalement car son père a décidé de la marier et elle devra chaque soir subir les assauts d'un homme qui se couche sur elle, qui remue et qui la pénètre avant de rouler sur le côté et de s'endormir.
Alors Juette comprend. Elle voit ce que sont réellement les hommes, avec leurs rires, leur soif de domination, avec leurs grosses voix et leurs grandes mains velues. Elle, à qui l'on a appris la simplicité et l'humilité pour s'adresser à Dieu, ne comprend pas cet orgueil et cette avidité des hommes, qu'ils soient prêtres ou laîcs. Tous n'ont qu'une obsession : posséder. Posséder le pouvoir, posséder la richesse, posséder les femmes. Voilà de quoi sont faits les hommes.

Alors Juette va se révolter. Elle ne va pas crier, taper, ni se débattre. Non, elle va subir en silence les attouchements de son mari, se laisser faire un enfant pour qui elle n'éprouvera qu'indifférence, et vivre sa vie d'épouse comme on porte un masque, sans en éprouver ni joie ni plaisir. Mais au fond d'elle-même, Juette brûle de l'envie de se rebeller contre l'ordre établi par les hommes, ce système qui souille tout ce qu'il touche.
Juette va souhaiter que tous les hommes disparaissent de la surface de la terre, son mari en premier.

Dieu a-t-il entendu sa prière ? Cinq ans après son mariage, son mari meurt subitement. Juette va-t-elle pouvoir recouvrer sa liberté et ses rêves d'enfant ? Non. Car si Juette n'a plus de mari, elle a toujours un père qui ne souhaite qu'une chose : la remarier.
Juette va refuser et demander à intégrer l'ordre des veuves, une communauté de béguines où elle va se dévouer au service des lépreux. Par son exemple et par son voeu de respecter un idéal de pauvreté évangélique, Juette et sa communauté, au même titre que les Cathares et les Vaudois dont les idées se répandent dans toute l'Europe, va s'attirer les foudres du clergé et va devoir lutter jusqu'à risquer sa vie pour préserver son indépendance, ainsi que sa conception sociale et religieuse de l'ordre du monde.


Avec le personnage de Juette, Clara Dupont-Monod nous offre un texte d'une écriture sublime, traversé d'éclairs de poésie et de sensualité. A travers le destin d'une femme que l'histoire a longtemps oubliée, elle nous dresse le portrait d'une personnalité hors du commun, d'une jeune femme qui ne renoncera jamais à son individualité pour se fondre dans le moule que la société a construit pour elle et ses semblables.

Par son refus de l'ordre établi, par sa révolte contre l'oppression masculine, Juette est une figure qui transcende les frontières et les époques. L'histoire de Juette n'est pas qu'une anecdote de l' histoire médiévale, elle est de tous les instants, de tous les combats, qu'ils soient présents, passés et à venir, pour l'émancipation des femmes. Magnifique.

Un grand merci à Aériale qui m'a prêté ce livre dans le cadre du cerclage
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MessageSujet: Re: Clara Dupont-Monod   Mar 11 Déc 2007 - 13:33

Le Bibliomane a écrit:


Avec le personnage de Juette, Clara Dupont-Monod nous offre un texte d'une écriture sublime, traversé d'éclairs de poésie et de sensualité. A travers le destin d'une femme que l'histoire a longtemps oubliée, elle nous dresse le portrait d'une personnalité hors du commun, d'une jeune femme qui ne renoncera jamais à son individualité pour se fondre dans le moule que la société a construit pour elle et ses semblables.

Par son refus de l'ordre établi, par sa révolte contre l'oppression masculine, Juette est une figure qui transcende les frontières et les époques. L'histoire de Juette n'est pas qu'une anecdote de l' histoire médiévale, elle est de tous les instants, de tous les combats, qu'ils soient présents, passés et à venir, pour l'émancipation des femmes. Magnifique.

Je suis ravie que ce livre t'ait plu Biblio, mais je savais qu'il n'y avait pas de risque non plus car l'écriture de Clara Dupont-Monod est lumineuse, poétique et passionnée, et sa voix reste celle de toute femme portée par cet élan de liberté irrépressible. Une belle démonstration de force et de courage: A lire car ces combats sont malheureusement encore d'actualité...
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MessageSujet: Re: Clara Dupont-Monod   Jeu 13 Déc 2007 - 17:28

"La passion selon Juette"



Juette est une enfant de 13 ans, solitaire et au monde intérieur riche de questions et de rêves. Elle vit une enfance sombre, loin de toute tendresse maternelle. Elle aimerait tellement savoir lire et écrire, pouvoir lire les romans de chevalerie, rêver tranquillement sous le grand arbre de la cour et surtout pouvoir être pieds nus et sentir les douceurs de l'herbe, de la mousse: "Parfois je m'échappe pour aller m'asseoir sous l'arbre de la cour. Je me tiens aussi droite qu'une porte. pas un seul de mes cils ne bouge. Je ne fredonne aucune chanson. Je me tais, immobile. Très doucement, je frotte mes pieds l'un contre l'autre. Les sangles de cuir cèdent. J'appuie fort pour sentir la terre sous ma peau. C'est un froid bienheureux, une caresse fraîche qui remonte dans mes jambes. Si quelqu'un me surprend, il ne verra qu'une statue. Il se dira que les statues ne pensent pas et e font rien. Mais moi, perchée sous mon arbre, je suis pieds nus. Je respire. Je regarde." (p 17) Juette est à l'étroit devant le feu où coud sa mère, où elle-même tente d'apprendre à repriser, à couper, assembler....pour qui? Pour quoi? Pour un futur mari....Pour bien tenir un futur foyer. Comme elle aimerait se soustraire à cet avenir si terne, tellement insipide, si loin de ce qu'elle ressent au plus profond de son âme. D'ailleurs, son âme se cabre dès qu'elle voit les prélats à la table de ses parents. Juette se cabre pour beaucoup de choses et Juette passe pour être étrange, bizarre et guère facile à marier au grand désespoir de sa mère! Juette sent la révolte contre le système gronder et grandir en elle...d'autant plus qu'elle admire les livres du monastère d'Hugues, le moine copiste, doux et compréhensif envers sa fascination pour les récits chevaleresques, pour les conteurs itinérants qui animent l'imagaire des gens de foire en foire. Hugues écoute les questions qui assaillent Juette, elle qui souhaiterait tant apprendre , savoir et connaître pour enfin avoir des réponses.
Juette aime suivre la Meuse qui devient Sambre juste avant le monastère: "J'aime ce chemin: il suit le bord de la Meuse jusqu'à ce qu'elle devienne Sambre. C'est un sentiment étrange que de marcher en confiance aux côtés d'une amie qui a perdu son nom. Comme si l'on pouvait découvrir encore une présence que l'on connaît si bien." (p 28 et 29)
Juette a 13 ans et est sur le point de perdre son enfance sans aucune explication, sans aucun chemin à suivre hormis celui de sa révolte et sa haine de l'homme. Pourquoi en arrive-t-elle à la haine non seulement du corps de son époux, de l'homme, mais aussi du sien? Sans doute parce que les adultes n'ont pas su saisir son désarroi intérieur qui ravage lentement mais sûrement son âme. La lecture de ce passage est poignant et intense d'émotion...Juette, pauvre Juette, jetée aux fauves: "Souvent je repense aux dernières couleurs de mon enfance. Les joues roses de ma mère quand elle dit: "Tu devras coudre pour quelqu'un." L'éclat bleu des vitraux. Bleu aussi, le regard de cet homme découvert lors des fiançailles. Ses mains sont courtes et pâles. Il est receveur des impôts, comme mon père. Il y avait le gris des boucles du prêtre. Le noir de ses ongles. Et la belle couleur jaune, l'or des anneaux échangés, a brillé dans la lumière. L'homme s'est approché. Il tremblait d'émotion. J'ai tourné la tête. Lorsque sa bouche s'est aplatie contre ma joue, j'ai croisé les yeux de mon père, assis au premier rang.
Je me souviens du gris des quarante jours suivants. Le blanc de la robe cousue par ma mère. Le rouge de ma peau sous la robe parce que le tissu me grattait. Ces couleurs, j'aurais voulu les conserver dans les petits bocaux qu'utilise Hugues pour dessiner. Chaque instant de mon enfance sous forme de poudre, sagement posée sur un pupitre, qui n'a besoin que d'eau pour apparaître."
(p 76 et 77) Juette sacrifiée sur l'autel des convenances et des traditions. Comment ne pas haïr celui qui la possède chaque nuit? Comment ne pas refuser de grandir, de devenir femme? Comment accepter une transformation de son corps lors de la maternité? Juette perd son premier bébé mais un corps mort ne peut donner la vie, une enfance morte dans la souffrance ne peut donner la vie. Puis elle est imperméable au garçon qu'elle engendre: le dégoût pour tout ce qui concerne la chair est à son paroxysme, Juette est mûre pour aborder les rives de la folie et de l'illumination.
Juette a 18 ans et est une jeune veuve convoitée et désirée. Elle se rebelle contre le cours de la vie et des choses: elle refuse le remariage, elle refuse la loi des hommes et des prêtres bouffis de suffisance et de nourritures. Elle abandonne ses biens pour s'occuper d'une léproserie et elle en deviendra peu à peu la porte-parole. Elle acquiert une aura telle que l'Eglise prend peur: c'est l'époque des mouvements religieux contestataires, prônant un retour aux sources du christianisme, sans apparat et sans hiérachie. Dieu est partout pour tous. A force de prières, de privations, Juette parviendra à l'illumination et sa renommée n'en sera que plus grande.
C'est le temps des procès, des bûchers sur lesquels l'hérésie est réduite en cendres par l'Eglise. Juette sera arrêtée, échappera au bûcher mais clamera haut et fort, rebelle et partant vivre sa passion en recluse: "Je suis propre. Je suis propre et je sais tout." Une violence monte en Juette, celle des illuminés qui non seulement n'ont plus peur de quoi que soit mais encore savent que tout espoir est perdu. Reste à aller au bout de la route choisie...la réclusion dans la solitude emmurée et les prières. Un homme, un seul homme saura la cerner, l'accompagner et surtout l'aimer de tout son être sans pouvoir lui offrir la délivrance de l'amour partagé: Hugues, ce moine séculier, son ange gardien, sa conscience et son ami le plus cher.
Clara Dupont-Monod nous livre un roman extraordinaire d'émotion, d'actes vrais, de foi exacerbée par l'hypocrisie d'une église vautrée dans les abus les plus indécents. Un roman racontant l'histoire vraie d'une jeune fille qui se lève pour résister à l'oppression masculine, pour se rebeller contre l'ordre établi, pour vivre sa foi dans l'illumination de la passion, au le sens christique du terme: elle souffre, elle endure les restrictions qu'elle s'impose pour être au plus près de Dieu et de la vérité....mais aussi, peut-être, pour obtenir les réponses à toutes ses questions.
Clara Dupont-Monod dote son roman de deux voix, masculine et féminine, celles de Hugues et de Juette: elles se répondent, se complètent, s'amplifient et s'éclairent l'une et l'autre.
Une très belle découverte et un voyage extraordinaire dans la vie d'une femme libre perdue dans son époque qui ne reconnaît aucun droit, aucune capacité de raisonner à la femme. Certes, la haine des hommes peut paraître outrancière parfois, mais comment ne pas comprendre Juette qui se voit sacrifier au nom d'un mensonge contenu dans le "oui, je le veux" des sacrements d'un mariage qu'elle n'a jamais voulu?
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MessageSujet: Re: Clara Dupont-Monod   Jeu 13 Déc 2007 - 17:31

Quelques passages glanés ci et là dans le roman...


"Je leur transmets ce que m'a appris Hugues, en particulier ce langage intime pour parler à Dieu. Je les reprends, je les corrige, je les pousse à vivre pleinement leur foi. Mes compagnes apprennent à dire "je" et "pourquoi". (p 174)


"Ce qu'ils ne savent pas, c'est que Juette n'a plus peur. Et après? La folie est une paix comme une autre." (p 195)


"Les hommes. Voilà le travail des hommes. Ces murailles que je vais piétiner pour que résonne encore le cri des cadavres. Je ne hais pas les hommes parce qu'ils sont hommes, mais parce qu'ils ne sont pas vraiment des hommes. Je les hais parce qu'ils n'ont pas su se montrer plus forts que moi. Les papes condamnent, les évêques exécutent, les fils éventrent et les pères abandonnent. Voilà, pour eux, ce qu'est la force. Voilà leur ignorance et leur faiblesse." (p 199)

"On aime le monde seulement quand il nous parle. Prenez l'Abbé Jean. Il a souffert de la mort de maître Amaury et de celle de ses disciples parce que ces gens pensaient comme lui. Et regardez-vous, Hugues. Tout ce que vous faites, c'est par peur de me perdre. Seul compte ce que vous ressentez. C'est ainsi: toute entreprise, aussi grande et sacrée soit-elle, repose sur des nécessités personnelles. L'altruisme n'existe pas. Mais la bonté de Dieu, c'est justement prendre l'homme ainsi, avec son égoïsme. Sa grandeur est là: il n'exige pas la perfection mais uniquement les efforts déployés pour l'atteindre. Peu importe les règles et les armes, tant qu'elles obligent à faire mieux chaque jour pour se rapprocher de Dieu. C'est cela que l'Eglise ne comprend pas. C'est en cela que je la combattrai, jusqu'à la fin." (p 213 et 214)

Merci encore aériale cat
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MessageSujet: Re: Clara Dupont-Monod   Jeu 13 Déc 2007 - 18:58

De rien Chappy , j'espère surtout que vos commentaires, passionnés aussi, donneront l'envie aux autres de poursuivre le cerclage...car elle le vaut bien ! Like a Star
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audrey
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MessageSujet: Re: Clara Dupont-Monod   Jeu 13 Déc 2007 - 19:02

Je mis la passion selon Juette et les Disparus sur ma liste au Père Noël.

En espérant qu'il m'entende... innocent
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domreader
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MessageSujet: Re: Clara Dupont-Monod   Jeu 3 Jan 2008 - 16:52

Je viens de le terminer, et j'ai bien aimé ce livre même si je ne suis pas aussi enthousiaste que vous tous.

C’est une belle histoire que celle de Juette, inspirée d’une histoire réelle. Clara Dupont-Monot a une plume élégante et nous entraîne vraiment aux côtés de cette jeune fille simple et entière si peu adaptée à son temps et à son milieu. Elle rend bien compte de cette âme singulière et pure qui ne conçoit pas les compromis, et que les arrangements de l’église dégoûtent. On flotte nous aussi à la surface de l’époque, un peu étourdis par le bruit, la brutalité des coutumes, toute la pourriture des bourgeois et du clergé érigée en loi, en système de fonctionnement qui broie ceux qui ne s’y plient pas. C’est la loi des hommes déguisée en loi de Dieu. Mais Juette, elle, ne plie pas. Un bien joli livre.

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'Si vous ne lisez que ce que tout le monde lit, vous ne pouvez penser que ce que tout le monde pense.' - Haruki Murakami.
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