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 Delphine de Vigan

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krys
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MessageSujet: Re: Delphine de Vigan   Jeu 5 Mai 2011 - 23:46

je viens de lire No et moi. j'ai bien aimé le style fluide, l'histoire touchante de cette rencontre, la transformation de chacune des deux filles à la suite de cette rencontre. Par contre le style roman jeunesse, cette façon de décrire les sentiments de Lou, m'a pas mal agacée au début.
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Steven
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MessageSujet: Re: Delphine de Vigan   Lun 5 Sep 2011 - 22:06

No et moi

Un petit livre pour une grande histoire ? Oui, une histoire émouvante, triste et pleine d'espoir. Mais aussi une histoire à laquelle on a du mal à croire. Ne serait-ce que l'attitude de la famille de Lou Bertignac qui accepte chez eux No, jeune SDF, l'héberge, l'accueille comme si elle faisait partie de la famille, lui font confiance. Donc il y a cette forte improbabilité dans l'histoire.
Il y a beaucoup de force dans les personnages qui sont très réussis : Lou, Lucas, son condisciple rebelle du collège, No, SDF qui replonge dans son cauchemar, sa vie mais qui a la force de ne pas entraîner Lou avec elle ; la mère de Lou, plongée dans une torpeur par la mort de Thaïs, son second enfant. Les personnages sont forts. Les relations que tissent l'auteure entre eux le sont moins.
Néanmoins, un bon moment de lecture, L'art de dire les choses graves avec légèreté.

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bix229
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MessageSujet: Re: Delphine de Vigan   Jeu 22 Sep 2011 - 15:40

- Delphine de Vigan : Rien ne s' oppose à la nuit. - JC Lattès

Cet apre récit sur sa mère suicidée révèle une Delphine de Vigan insoupçonnée. Télérama

J' ai entendu personnellement D De Vigan interviewée sur France Inter à propos de son livre, et j' ai
été favorablement impressionné. C' est une histoire délicate et tragique. Et romanesque aussi.
Reste à le lire...
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traversay
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MessageSujet: Re: Delphine de Vigan   Lun 26 Sep 2011 - 13:38



Rien ne s'oppose à la nuit
Citation :
« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire.
La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. »

Dix fois, vingt fois, durant la lecture de Rien ne s'oppose à la nuit, on ne peut s'empêcher de regarder encore et encore la photo en couverture du roman de Delphine de Vigan. Une jeune femme blonde, lèvres légèrement entrouvertes, tient une cigarette de la main gauche, les yeux rivés, rêveurs ?, sur quelque chose ou quelqu'un que nous ne voyons pas. Cette femme est belle. Douloureusement belle. Elle, c'est Lucile, la mère de Delphine de Vigan et cette dernière a décidé, non sans hésitations, de raconter sa vie, jusqu'à son suicide. Lucile, sa bipolarité, ses angoisses, ses internements, son absence du réel, ses périodes de rémission. La romancière dévoile des secrets familiaux, une succession de drames invraisemblables -mort d'un enfant, inceste, folie, suicides à répétition-, avoue son impuissance à comprendre les démons qui ont rongé celle qui lui a donné la vie. Un mystère, qu'elle a emportée dans l'au-delà. Pour écrire ce livre, l'auteure a rassemblé des centaines d'écrits intimes, interrogé sans relâche ses frères et soeurs, oncles et tantes. Pour comprendre et expliquer, au risque de se perdre. La lecture de Rien ne s'oppose à la nuit bouleverse, terrifie et passionne. Dans ce roman intime, Delphine de Vigan ne cesse de se poser des questions : à quoi rime son entreprise ? Ne va t-elle pas se brouiller avec l'ensemble de sa famille (comme Lionel Duroy en a fait la triste expérience) ? Tant pis, il faut qu'elle aille jusqu'au bout, écrire sur cette mère solaire et lunaire, perdue, emmurée dans un monde opaque. Et toujours cette interrogation, lancinante : l'accable t-elle ou lui rend elle hommage ? Le lecteur peut lui répondre : c'est la deuxième hypothèse qui est la bonne. Avec Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine de Vigan a écrit son plus beau livre, d'une lumineuse noirceur, qui ne peut laisser les yeux et le coeur secs. Lucile in the sky with diamonds.
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mimi54
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MessageSujet: Re: Delphine de Vigan   Lun 26 Sep 2011 - 13:43

Je dois le recevoir prochainement, et le lire, j'ai hâte.....
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traversay
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MessageSujet: Re: Delphine de Vigan   Lun 26 Sep 2011 - 14:03

mimi54 a écrit:
Je dois le recevoir prochainement, et le lire, j'ai hâte.....

Je te souhaite une belle lecture.
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bulle
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MessageSujet: Re: Delphine de Vigan   Mar 27 Sep 2011 - 13:13

bix229 a écrit:
- Delphine de Vigan : Rien ne s' oppose à la nuit. - JC Lattès

Cet apre récit sur sa mère suicidée révèle une Delphine de Vigan insoupçonnée. Télérama

J' ai entendu personnellement D De Vigan interviewée sur France Inter à propos de son livre, et j' ai
été favorablement impressionné. C' est une histoire délicate et tragique. Et romanesque aussi.
Reste à le lire...
J'ai aussi entendu à la radio, parler de ce livre. À Radio-Canada. Il m'intéresse.
http://www.radiosfrancophones.org/librairie-francophone-interviews-auteurs.php

traversay a écrit:


Rien ne s'oppose à la nuit

Dix fois, vingt fois, durant la lecture de Rien ne s'oppose à la nuit, on ne peut s'empêcher de regarder encore et encore la photo en couverture du roman de Delphine de Vigan. Une jeune femme blonde, lèvres légèrement entrouvertes, tient une cigarette de la main gauche, les yeux rivés, rêveurs ?, sur quelque chose ou quelqu'un que nous ne voyons pas. Cette femme est belle. Douloureusement belle. Elle, c'est Lucile, la mère de Delphine de Vigan et cette dernière a décidé, non sans hésitations, de raconter sa vie, jusqu'à son suicide. Lucile, sa bipolarité, ses angoisses, ses internements, son absence du réel, ses périodes de rémission. La romancière dévoile des secrets familiaux, une succession de drames invraisemblables -mort d'un enfant, inceste, folie, suicides à répétition-, avoue son impuissance à comprendre les démons qui ont rongé celle qui lui a donné la vie. Un mystère, qu'elle a emportée dans l'au-delà. Pour écrire ce livre, l'auteure a rassemblé des centaines d'écrits intimes, interrogé sans relâche ses frères et soeurs, oncles et tantes. Pour comprendre et expliquer, au risque de se perdre. La lecture de Rien ne s'oppose à la nuit bouleverse, terrifie et passionne. Dans ce roman intime, Delphine de Vigan ne cesse de se poser des questions : à quoi rime son entreprise ? Ne va t-elle pas se brouiller avec l'ensemble de sa famille (comme Lionel Duroy en a fait la triste expérience) ? Tant pis, il faut qu'elle aille jusqu'au bout, écrire sur cette mère solaire et lunaire, perdue, emmurée dans un monde opaque. Et toujours cette interrogation, lancinante : l'accable t-elle ou lui rend elle hommage ? Le lecteur peut lui répondre : c'est la deuxième hypothèse qui est la bonne. Avec Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine de Vigan a écrit son plus beau livre, d'une lumineuse noirceur, qui ne peut laisser les yeux et le coeur secs. Lucile in the sky with diamonds.
Merci de me donner encore plus le goût à cette lecture.
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Theo
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MessageSujet: Re: Delphine de Vigan   Mar 4 Oct 2011 - 0:30

Livre très maîtrisé; ça n'était pas évident de manier avec autant de subtilité des points de vue si différents; de décrire l'enfance de sa mère en la rendant vivante tout en gardant une forme qui n'est pas totalement romanesque, de revenir à ses doutes d'écrivain, pour terminer sur son propre témoignage.
Et pourtant aucune lourdeur dans le texte, c'est très fluide.
Et puis on est emporté dans des interprétations qui s'évanouissent, on suit l'auteur et ses doutes, le récit est très vivant, on y colle, on s'identifie à la fois à la souffrance de Lucile et de sa fille, on est jamais pris en otage dans un récit impudique (ce que j'ai pu reprocher un peu à Lionel Duroy)
Un très beau livre, pas seulement sur la maladie mentale mais sur la vie et comment elle nous échappe. Superbe livre bravo
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mimi54
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MessageSujet: Re: Delphine de Vigan   Ven 14 Oct 2011 - 19:30

« J’écris ce livre parce que j’ai la force de m’arrêter sur ce qui me traverse et parfois m’envahit, parce que je veux savoir ce que je transmets, parce que je veux cesser d’avoir peur qu’il nous arrive quelque chose comme si nous vivions sous l’emprise d’une malédiction, pouvoir profiter de ma chance, de mon énergie, de ma joie, sans penser que quelque chose de terrible va nous anéantir et que la douleur, toujours, nous attendra ans l’ombre. »
Ecrire pour se « laver », se débarrasser de ce qui vous ronge ; écrire pour tenter de comprendre à défaut de pouvoir expliquer vraiment ; écrire pour de délester, écrire pour se libérer, écrire pour avancer, écrire pour tenir debout ; écrire pour vivre, tout simplement.
« L’écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. »
Rien ne s’oppose à la nuit
est-il une fiction, comme le défend son auteur, ou une biographie ? Sans doute un peu des deux ; mais mieux que cela, c’est un vibrant portrait de femme marquée très jeune par les drames familiaux et les dessous d’une vie de famille longtemps tus qui la conduiront à sa destruction. Quel contraste entre cette photo de femme magnifique de l’extérieur et si tourment »e au-dedans ?
Delphine de Vigan se livre à un exercice difficile, et réussi, consistant à parler du malheur sans sombrer dans le pathos ni dans l’apitoiement. Elle a su rester vraie, nature ; elle s’est livrée à son lecteur sans voyeurisme inutile et sans déballage excessif. Elle a su dire, tout en restant pudique, et surtout en restant humble.

Tout en revenant sur ce qu’a été la vie de Lucile, et son héritage familiale, Delphine de Vigan livre sa propre quête à propos de sa mère, chemine avec le lecteur sur la genèse de ce livre, rend compte de son travail de recherche auprès de sa famille, de ce qui a constitué de ses difficultés d’écriture, de ses interrogations sur le bien-fondé d’un tel livre.
Trois parties constituent la matrice de ce roman ; trois parties correspondant aux 3 étapes clés de la vie de Lucile : enfant et son environnement familial, jeune femme et jeune mère, et ses dernières années.
Curieusement Delphine de Vigan ne parle de sa mère qu’avec son prénom ; très rarement elle parlera de « ma mère » ou encore moins de « maman ». Ce n’est qu’une fois dans le seconde partie de son livre que l’auteur s’autorisera le « je », et se positionnera dans cette famille.
C’est certainement par cette distanciation par rapport à sa mère, aussi bien dans le rédactionnel que dans le propre ressenti de l’auteur par rapport à sa mère, que l’on peut qualifier cet ouvrage de roman.
« J’écris Lucile avec mes yeux d’enfant grandie trop vite, j’écris ce mystère qu’elle a toujours été pour moi, à la fois si présente et si lointaine, elle qui, lorsque j’ai eu dix ans, ne m’a plus jamais prise dans ses bras. »
J’ai immédiatement été absorbée par cette lecture. Il m’a été difficile de lâcher, mais paradoxalement, j’avais en même temps besoin de laisser décanter un peu entre chaque partie. Aussi grave que puisse être le sujet, j’ai trouvé ce livre lumineux, amusant parfois ; mais assurément marquant, durablement marquant.

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MessageSujet: Re: Delphine de Vigan   Sam 29 Oct 2011 - 8:44

Je le croise et le recroise partout où je vais.
Ce livre attire mon attention et le fait d'avoir lu son résumé consolide mon envie de l'acheter.
La dame de la couverture est magnifique, comme ensorcelante. Cette jeune femme me rappelle Romy Schneider.
Je vais me laisser tenter ou pourquoi pas me le faire offrir? Ce serait une idée. En tout cas c'est certain, il me faut ce livre!
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topocl
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MessageSujet: Re: Delphine de Vigan   Sam 19 Nov 2011 - 13:57

Rien ne s’oppose à la nuit

Bien d'accord avec les avis de Traversay, Mimi, Théo
Qu'ajouter ?

J'ai été particulièrement touchée par l'attention que Delphine de Vigan a portée à colliger tous les témoignages oraux et écrits, à confronter ceux-ci, à chercher résolument la vérité quand elle existe. De nombreuses interprétations sont ouvertes quant aux comportements de l'un ou de l'autre, c'est loin des idées toutes faites et des avis péremptoires. Pas de jugement, pas de valeur morales. Rapporter pour mieux comprendre, et accepter de ne pas comprendre.

Citation :
Incapable de m'affranchir tout à fait du réel, je produis une fiction involontaire, je cherche l’angle qui me permettra de m'approcher encore, plus près, toujours plus près, je cherche un espace qui ne serait ni la vérité ni la fable, mais les deux à la fois

En cela ce livre se différencie de Le chagrin de Lionel Duroy, auquel on ne peut s'empêcher de penser pendant toute la lecture de ces pages, mais aussi dans le sens que Duroy écrit dans la haine, alors que Rien ne s'oppose à la nuit est un témoignage d'amour à sa famille et à sa mère, amour douloureux certes, mais sincère et indéfectible.
L'écriture de Delphine de Vigan traduit parfaitement la joie des temps heureux, la confusion des moments où la folie prend le dessus, l'incertitude fragile des recherches personnelles.
Le livre m’a aussi fait penser à La femme de l'allemand de Marie Sizun, qui, cette fois-ci sous une forme romancée, décrit une petite fille face à la psychose maniaco-dépressive de sa mère, dans un amour transi, trahi et terrifié.
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MessageSujet: Re: Delphine de Vigan   Dim 27 Nov 2011 - 3:53



En exergue:
Citation :
" Un jour je peignais, le noir avait envahi toute la surface de la toile, sans formes, sans contrastes, sans transparences.
Dans cet extrême, j'ai vu en quelque sorte la négation du noir.
Les différences de texture réfléchissaient plus ou moins faiblement la lumière et du sombre émanait une clarté, une lumière picturale, dont le pouvoir émotionnel particulier animait mon désir de peindre. Mon instrument n'était plus le noir, mais cette lumière venue du noir."
Pierre Soulages


Moi aussi, je suis d'accord avec les avis précédents. La grande force de Delphine de Vigan est d'avoir écrit un livre hommage qui reste lumineux malgré l'accumulation de malheurs évoqués. Et aussi de régulièrement préciser que tout ne s'explique pas, et que sa propre force était finalement d'avoir simplement accepté- douloureusement, bien sûr- de ne pas pouvoir combler les zones d'ombre qui jamais ne le seront.

Citation :
On est au coeur du mythe. Le film est à l'image de la légende que Liane et Georges écrivent à mesure qu'ils la construisent, comme nous le faisons tous de nos propres vies. Le film les montre en tant que couple et en tant que parents, il reflète sans doute la représentation qu'ils ont d'eux-mêmes, dont ils ont besoin pour continuer. C'est ainsi qu'ils se perçoivent et qu'ils perçoivent leur famille...
...
Je suis le produit de ce mythe et, dune certaine manière, il me revient de l'entretenir, de le perpétuer, afin que vive ma famille et se prolonge la fantaisie un peu absurde et désespérée qui est la nôtre. Pourtant, à la vision de ce reportage, à les voir tous si beaux, si bien dotés, à la fois si différents les uns des autres et si sensiblement charismatiques, me sont venus ces mots: quel gâchis.

C'est presque le seul endroit du livre , et il dure peu, dans lequel Delphine de Vigan se demande (
Citation :
Ai-je le droit d'écrire..
) si elle peut s'autoriser des hypothèses sur les nuisances familiales ayant conduit aux drames divers de cette famille.
Et bien sûr, topocl en a parlé , en cela elle se démarque totalement de Lionel Duroy qui, malgré l'âge et le recul, a gardé sa rage intacte , et jamais vraiment accordé de circonstances atténuantes aux différents protagonistes de ses récits familiaux.

Ceci, mais aussi tous les passages dont lesquels elle décrit ses recherches , ses craintes, ses cauchemars et ses propres souvenirs qui sont terribles à certains moments, mais jamais remplis de rancoeur, donnent un récit plein de sensibilité, d'intelligence de regard et d'analyse.

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J'appelle bonheur tout espace de temps où la joie paraît immédiatement possible.
André Comte-Sponville
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MessageSujet: Re: Delphine de Vigan   Mar 21 Fév 2012 - 10:17

Rien ne s’oppose à la nuit

Delphine de Vigan écrit sur sa mère. Un texte qui s’ouvre et s’achève avec la mort de Lucile parvenu au bout du chemin, qui ne désire pas aller plus loin mais au contraire de mourir vivante.
Delphine de Vigan nous raconte sa famille. La famille de sa mère. Les grands-parents au sommet de la pyramide, puis les oncles et tantes (neuf en tout), les cousins et cousines. Une histoire ponctuée par les drames. Des drames à répétition. Des drames qui viendrait à bout des plus robustes : la morts de trois des frères, les suicides de divers membres de la famille, le viol et l’inceste qui surgissent ici et là. Des enfants élevés de façon « libérale » (avec une certaine dose d’inconscience, d’irresponsabilité… de laxisme). Des enfants qui subissent plus qu’ils ne profitent.
Lucile est une enfant mystérieuse, secrète. A la beauté stupéfiante. Elle semble de marbre et paraît pouvoir tout encaisser. Mais elle est fragile et se fendille sous les yeux du lecteur. Jusqu’à l’effondrement qui la conduira en asile psychiatrique, plusieurs fois, plusieurs années. Avec des traitements médicamenteux très lourds.
Parallèlement à sa narration, Delphine de Vigan nous conte ses propres difficultés. Difficultés dans son enquête auprès des siens, difficulté à obtenir les confidences (bouleversantes), difficulté avec ses propres souvenirs, difficulté à dévoiler des secrets de famille. Difficulté à écrire sa mère : la bipolarité de Lucile, ses angoisses, ses terreurs, ses dépressions, ses périodes d’euphorie, de surexcitation. La romancière est terrifiée par la réaction des siens à la lecture de son texte. Sans cesse revient, tel un leitmotiv, ses hésitations : poursuivre cette entreprise au risque de se brouiller avec sa famille, abandonner et renoncer à son livre ? Evoluer sur le fil du rasoir et parvenir à concilier sa famille et son livre ? Et ce livre… est-il réellement un hommage vibrant d’amour comme elle le souhaite ou au contraire une trahison ?
Un livre bouleversant. Passionnant. Poignant. Un livre difficile à poser tant il accroche le lecteur. Une écriture que j’ai trouvée fabuleuse, très vivante, facile malgré la gravité du sujet. Un livre fabuleux qui est parvenu à me tirer une larme une fois la dernière page achevée.

Un bouquin qui est entré dans le cercle fermé de mes 20 meilleures lectures.

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[Joyce Carol Oates - J'ai réussi à rester en vie]
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mimi54
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MessageSujet: Re: Delphine de Vigan   Mar 21 Fév 2012 - 13:19

Ce livre m' a également bouleversée

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MessageSujet: Re: Delphine de Vigan   Mar 21 Fév 2012 - 13:34

Belle unanimité! Et forcément très envie de le lire... Un sujet qui revient souvent ces dernières années, celui de la bipolarité qui est aussi bien décrite par ceux qui en souffrent que par leurs proches. Il faut dire que c'est une pathologie mentale qui exacerbe toutes les émotions humaines, de l'exaltation extrême à la souffrance morale la plus profonde, comme un miroir déformant de chacun d'entre nous. Et une pathologie également si souvent reliée à la créativité du fait de l'hypersensibilité qu'elle génère. Les derniers en date pour moi étaient "Un mensonge sur mon père" de John Burnside et "L'intranquille" de Garrouste, 2 auteurs eux-mêmes bipolaires. Je suis curieux de voir ce que Delphine de Vigan décrit de ce qu'elle a observé chez sa mère.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
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